Table de concertation et ségrégation communautaire

Les lendemains du décès de Fredy Villanueva

Un deuil collectif à faire

Raymond Viger Dossier Montréal-NordHochelaga-Maisonneuve

Suite à la mort de Fredy Villanueva, un des artistes du Café Graffiti est venu me voir et voulait faire une murale à sa mémoire. Il fournissait le temps pour le faire. Nous fournissions le matériel.

Un rapper du Café Graffiti est venu me demander de le soutenir dans la production d’un spectacle pour commémorer Fredy Villanueva.

Nous devions demander des autorisations à l’arrondissement pour réaliser ses projets. Les fonctionnaires nous ont dit que parce que le Café Graffiti fait parti d’un autre arrondissement, nous ne pouvions pas demander de telles autorisations et qu’il fallait passer des organismes communautaires reconnus dans Montréal-Nord. Nous avons demandé à la concertation qui s’était donné le mandat de « gérer » la crise. Ils n’ont pas voulu qu’un « outsider » d’Hochelaga-Maisonneuve s’implique dans Montréal-Nord.

Deux projets artistiques qui n’ont pas voir le jour. Il va falloir inventer de nouveaux termes comme ségrégation d’arrondissement. Les gangs de rue peuvent faire peur. Nous sommes impuissant devant les monopoles de grosses multinationales. Mais les tables de concertation, cette gang d’organismes qui décident pour les autres, font-ils parti de la solution ou du problème ?

P.S. L’auteur de ce billet a été exclu de deux tables de concertation dans deux secteurs différents. Et nous en sommes fier. Parce que notre exclusion vient du fait que nous avons dénoncé des actions contraires à nos principes et nos valeurs. Nous avons pointé d’importants manquements sociaux que plusieurs voulaient garder sous le tapis. Cela peut déranger.

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Montréal-Nord. Racisme envers les Noirs. Les Italiens

Réaménagement du Parc Henri-Bourassa

Wiel Prosper et une consultation

Raymond Viger Dossier Montréal-Nord

M. Prosper nous partage sur sa page Facebook une triste réalité encore bien vivante.

Arguments entendus dans un groupe d’environ 25 personnes de l’âge d’or majoritairement d’origine italienne (en passant, dommage que j’ai à le faire, mais on s’entend que je ne veux pas généraliser à l’égard des personnes de l’âge d’or, ni d’origine italienne) lors de la consultation du réaménagement du parc Henri-Bourassa, incluant l’espace de commémoration de 2008 en lien avec Fredy Villanueva :

– « on ne veut pas honorer des jeunes pousseux de drogue qui traînent dans le parc » (en faisant référence à tous nos jeunes du quartier, on s’entend surtout les plus foncés).
– « en plus ces jeunes-là, ça ne paye pas de taxes »
– « si on donne une plaque à la mémoire de Fredy, maintenant ils vont tous vouloir faire la même chose »
– « Je (Will) dit, Fredy n’a jamais eu de casier judiciaire, il allait à l’école Henri-Bourassa… on m’interrompt… Ouais c’est ça, ils avaient juste à rester chez eux, c’est toutes des gangs de rues »

J’aimerais juste vous rappelez que nous sommes en 2016 dans un quartier rempli de diversités comme à Montréal-Nord. Certains pensent que c’est juste en région que ça se passe. Le racisme c’est partout. Je ne pensais pas vivre une autre soirée aussi violente.

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Blood VS Crips, la guerre des gangs de rue

Spectacle hip hop au Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo)

Histoire d’un Blood en Général

La guerre des gangs de rue s’intensifie

Journal intime d’un membre de gang de rue qui veut s’en sortir. Histoire de Général, un membre de gang de rue qui a changé son fusil d’épaule. Reflet de Société raconte la vie dans un gang de rue à travers l’histoire de Général.

Dominic Desmarais  Dossier Gang de rue 

gang-rue-blood-crips-montreal-nord-guerre-gangs Général a fait son entrée dans l’univers des gangs de rue en voulant défendre son clan. Au début du secondaire, son appartenance se traduisait par de violentes bagarres contre les ennemis de sa famille, les Bleus. En vieillissant, sa guerre a pris un nouveau visage: l’argent du crime.

Porté par une haine, Général se défoule dans la violence au début de son adolescence. Avec ses amis de Montréal-Nord, il fait la guerre aux Bleus de Saint-Michel. Ses pensées sont dirigées vers ses ennemis, qu’il aime détester. Il carbure à ça. Leader né, il en mène large. Ses amis le respectent et recherchent sa compagnie. Ses rivaux le craignent et veulent le faire tomber. Il se fait une réputation de dur, de chef. Il n’a peur de personne. Il n’a aucune limite.

Général est une arme chargée à bloc. La guerre de ses aînés est devenue la sienne. Mais les plus vieux, eux, ne font pas que se battre. Forts de leur nombre et du peu de respect qu’ils éprouvent pour la société, ils ont développé un lucratif business qui devient un mode de vie. Ils volent, fraudent, vendent de la drogue, des armes, assassinent. Pour de l’argent. Ils sont prêts à se battre farouchement pour conserver et augmenter leur part du gâteau. Et ils ont une armée à leur disposition. Des jeunes fidèles à la cause, à la famille, prêts à tout pour vivre comme eux.

Le mentor

gang-de-rue-rapper-general-hip-hop-gang Général faisait partie d’un groupe d’environ 40 jeunes. «On avait un parrain. Notre vétéran direct. De la première génération. C’est lui qui nous donnait des ordres. On le suivait. S’il devait se débarrasser d’un stock volé, on le vendait pour lui. S’il avait des problèmes avec la mafia, on allait incendier des bars italiens pour lui. On cassait la gueule de gens pour lui. C’était pas un gentil!» Général parle de son initiateur, Teken, avec admiration. Le plus vieux l’impressionnait. «On le voyait comme une idole. Et il s’occupait toujours de la job sale.» Un chef qui montre l’exemple à ses jeunes recrues, en repoussant les limites de la violence.

«Une fois, dans sa jeep, alors qu’on fumait des joints, il s’est arrêté sec. Il est sorti de sa voiture et on l’a vu aller sortir son revolver pour canarder quelqu’un dans une auto. J’avais 16 ans! Mes premiers coups de feu live! J’étais excité et nerveux. On était fiers d’être là, cette journée-là. On s’en vantait auprès de ceux qui n’étaient pas là!» Un chef qui prend les choses en main, qui agit sans peur, rend les amis de Général plus hardis pour gagner son respect. «On voulait lui montrer qu’on avait des couilles, nous aussi. Donc quand il nous demandait quelque chose, on ne se faisait pas tirer l’oreille! On le faisait!»

Les petits trafics d’un gang de rue

Général délaisse quelque peu la guerre frontale avec les Bleus. Il commence à vendre du pot à l’école et au centre-ville. Il développe son réseau avec quelques amis. «On n’avait pas de comptes à rendre aux plus vieux. Mais on prenait notre drogue d’eux.» Teken est son fournisseur. Il lui vend sa marchandise et Général l’écoule. Il fait de même avec les marchandises volées que leur parrain leur fournit.

Entre ses petits trafics, Général décharge sa violence pour aider Teken dans son business. Et il continue la guerre contre les Bleus. Il nage entre deux eaux. «J’en ai vu des choses. C’était ça, mon quotidien. Je ne faisais pas de ski, moi! Chez mes amis, je voyais les plus vieux s’armer pour aller faire un job sale. Je trempais dedans! Chaque semaine, il y avait une histoire. Untel s’est fait battre, un autre s’est fait tirer.» Ces événements échauffent les esprits. Les gangs de rue deviennent de plus en plus sérieux. La violence augmente. Entre eux et dans le crime.

Déclaration de guerre

Entre 2000 et 2005, la guerre atteint son paroxysme. La police impose un couvre-feu à Montréal-Nord et à Saint-Michel. «On n’avait pas le droit d’être 3 gars à marcher ensemble dans la rue sinon, on était considérés comme un gang. Et la police pouvait nous fouiller sous ce prétexte. Mais nous, au plus fort de la guerre, on ne pouvait pas être seuls. J’ai perdu 4 amis proches. Des amis qui venaient régulièrement chez moi», dit-il en les nommant, le poing sur le cœur. Au début des années 2000, Général est très actif. Il participe activement à cette guerre mais préfère ne pas en parler. Il a commis des gestes qu’il regrette aujourd’hui sans pouvoir revenir en arrière. Il a perdu des amis et il comprend que, de l’autre côté, c’est la même chose.

La guerre est déclarée. Il n’y a aucune règle. «Chaque semaine, il y avait un mort», raconte Général qui devient subitement émotif en abordant l’un des tournants du conflit. «Notre vétéran est mort. Je fumais un joint avec des amis dans le parc Henri-Bourassa. On marchait pour rejoindre les plus vieux. Ils étaient une vingtaine, il y avait des femmes. Ils faisaient la fête dans la rue. Au loin, j’ai vu une auto stationnée se mettre à rouler. J’ai tout vu au ralenti. Teken est sorti de la meute. Ils lui ont mis une douzaine de balles dans le corps. Et ils sont partis à toute vitesse. Tout le monde s’est précipité vers notre chef. C’était mon idole. Et je l’ai vu rendre son dernier souffle. Ils sont venus chez nous, devant nous. Et ils ont tué l’un des boss. On le respectait tous. Il disait que Montréal-Nord, c’est chez nous, c’est à nous. Ils ne voulaient rien savoir des motards et des Italiens.»

Le conflit s’envenime

Général a les yeux humides. Il témoigne d’une sensibilité qui cadre mal avec l’image d’un dur à cuire sans cœur. «Quand il est mort, la même journée, on avait une dizaine de voitures qui se promenaient dans les quartiers Bleus. Après, il y a eu beaucoup de morts des deux côtés.» Il y a escalade du conflit. Les liens entre les générations se resserrent. Ils se battent ensemble.

«Plus on grandissait, plus on développait des liens d’amitié avec nos aînés. On n’était plus des petits frères. On faisait partie du même clan.» Général n’est plus une recrue. Il a gagné en expérience. Il est prêt à prendre la relève de son mentor. «Au début, j’allais prendre ma drogue dans les mains du parrain. Mais très vite, j’ai eu mes jeunes qui prenaient leur drogue de moi. Rapidement, j’ai formé mon propre gang, mes jeunes. Le petit frère d’untel, le gars du quartier. Ce que j’ai fait pour Teken, mes jeunes le faisait pour moi.» La roue tourne. Général devient le Teken de la nouvelle génération. L’exemple à suivre.

Introduction Histoire des gangs de rue

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