Bilan 2012 et regard sur 2013

Rétrospective de l’année

Le nouvel an est une période privilégiée pour faire une mise au point, se remettre en question. Qu’avons-nous vécu en 2012? Que voulons-nous vivre en 2013?

Raymond Viger Dossier Famille

Du printemps érable au meurtre de Denis Blanchette lors d’un attentat contre Pauline Marois en passant par la libération de Guy Turcotte, plusieurs événements ont secoué le Québec en 2012.

La tuerie de Newtown au Connecticut a soulevé plusieurs questions dans mon entourage. Certains ont voulu avoir mon opinion.

Je n’écoute pas les nouvelles. Je n’étais même pas au courant qu’il y avait eu une tuerie aux États-Unis.

Je n’avais pas à jouer au gérant d’estrade et commenter ce triste événement. Je n’avais pas à inventer de grandes théories prématurées sur les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à poser un tel acte. Je n’avais pas à tenter d’en extrapoler des tendances sociales.

Ma réalité

Pendant que cet événement se déroulait, un des jeunes avec qui je suis en contact depuis longtemps était la cible de 5 balles. Nous sommes devant le Café Graffiti pendant qu’il me contait les événements et que nous regardions comment régler les imbroglio entre différents groupes et lui.

Quand on m’a questionné sur les tuerie de Newtown, ce qui a remonté était cet instant sur la rue avec ce jeune. Et si on avait voulu le tirer à nouveau, c’était peut-être moi qui allait en manger une.

Avec ce que je vis et ce que je vois dans mon quotidien, je n’ai ni le temps, ni l’intérêt d’écouter les nouvelles. Il y a tant de choses qui m’entourent sur lesquels je suis totalement impuissant. Une journée à la fois. Un événement à la fois. Et si, pour une journée, il n’y a pas d’événements spéciaux dans ma vie… c’est correct. Je prendrais le temps de regarder le soleil et d’apprécier cette belle journée. J’ai suffisamment d’émotions à vivre avec ma petite communauté que je n’ai malheureusement pas le temps et l’espace émotif pour m’occuper des événements dont je ne pourrais ni agir, ni être significatif.

Bonne Année 2013 à tous. Pour vous, vos familles et vos proches. Profitez de chaque journée comme si c’était la dernière. Et dites à vos proches que vous les aimez. Pas juste le 1er de l’an, mais à chaque jour que l’on vous offre.

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Luttes sociales de la jeunesse américaine dans les années 60

Marie-Claire Blais, Passages américains

Contre la ségrégation et pour la paix

Retour sur la jeunesse et la révolte des années 1960 aux États-Unis et sur les justes luttes sociales qu’elle a menées.

Normand Charest – chronique Valeurs de société

débats société réflexions sociales socialeLe « printemps érable » de 2012 nous aura montré des étudiants luttant contre la hausse des frais de scolarité et, si possible, pour la gratuité scolaire complète. Sans vouloir diminuer les défis auxquels fait face la jeunesse actuelle, il faut bien constater que chaque génération a connu son lot de difficultés tout aussi importantes.

Dans son essai Passages américains qui vient de paraître, la romancière québécoise bien connue nous ramène à une autre jeunesse, celle des années 1960 qui luttait aux États-Unis contre la ségrégation raciale et la guerre du Vietnam, en commençant par ces paroles :

« Ces années étaient des années de révolte et d’illuminations, mais des années, aussi, de grandes souffrances. »

La lutte pour les droits des Noirs

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Martin Luther King

Le livre est divisé en trois parties. La première, intitulée « Lamentation pour un sénateur foudroyé », met en scène le sénateur Robert Kennedy, sa lutte pour les droits des Noirs, son assassinat après celui de Martin Luther King, et brosse un grand tableau, plein de passion et de compassion, de cette époque impressionnante.

« Mais c’est l’esprit que l’on voulait tuer en Martin Luther King, Jack et Robert Kennedy, Malcom X, l’esprit et ses idées de progrès, l’esprit et sa désobéissance à un ordre inéquitable, social ou racial. »

Et Marie-Claire Blais ressort une prophétie que Robert Kennedy avait faite aux Noirs américains, après l’assassinat de Martin Luther King, en la reliant à l’actuel et premier président noir des États-Unis, Barak Obama :

« Oui, il  se pourrait bien que dans quarante ans nous ayons un président noir (« A Negro would be president within forty years »), avait dit le sénateur, dont la vision soudain s’était agrandie, prophétique, jusqu’à ces jours que nous vivons. »

Désobéissances civiles

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Robert Kennedy

La deuxième partie appelée « Désobéissances civiles » raconte la longue Marche pour la paix et la liberté entreprise par des jeunes qui cheminèrent de Québec à Miami en 1963, qui furent menacés de mort par le Ku Klux Klan, puis emprisonnés et maltraités dans le Sud ségrégationniste :

« En ces années 1963-1964, de jeunes manifestants pacifistes partaient sur les routes, c’étaient des étudiants ou des professeurs, des artistes, des femmes, des hommes, qu’ils soient de race blanche ou noire, ils étaient tous frères et appartenaient au même mouvement de l’action non-violente… »

À près de cinq décennies de distance, on reste sidéré par le courage, certes, mais peut-être aussi par l’inconscience de cette jeunesse venue du Nord, de l’Est et de l’Ouest qui croyait que l’on pouvait changer les choses par des manifestations non-violentes. Une jeunesse qui, arrivée dans le Sud des anciens planteurs de coton, se retrouve à la merci d’une minorité blanche prête à toutes les humiliations, et jusqu’au meurtre.

Dans le Sud où le Ku Klux Klan s’affiche encore en toute impunité, de jeunes manifestants non armés sont entourés par des meurtriers armés jusqu’aux dents. Les manifestants réalisent alors, avec horreur, qu’il y a une différence entre des lois théoriques et l’application de ces lois.

« C’est peut-être cette fin du silence de l’esclave qui inquiète le plus les maires et les shérifs de ces villes du Sud, dans la venue des militants du Nord », écrit l’auteur. Et puis : « si on a l’illusion de pratiquer la charité, d’être chrétien, dans cette ville, pourquoi tant de manifestations de haine raciste » ?

Cependant, les jeunes qui ont vu cet enfer de leurs propres yeux continueront à lutter toute leur vie contre la ségrégation et pour les libertés civiles.

« On a tué des enfants innocents »

La troisième partie du livre, plus courte, a été publiée dans le Devoir. L’auteure y relate une manifestation non-violente des étudiants de l’université Kent contre la guerre, en 1970. C’était des jeunes « paisibles, sans armes… échevelés et doux » qui croyaient à la victoire de l’amour sur la guerre, comme leurs pancartes l’indiquaient : Make love, not war.

La Garde nationale viendra briser la manifestation en tirant finalement sur les étudiants, dont quatre seront tués, qui n’avaient que 19 ou 20 ans, des filles et des garçons. « On a tué des enfants innocents », écrit Marie-Claire Blais. Le président Nixon déplorera leur mort, mais en jetant le blâme sur les manifestants, qu’il accuse injustement de violence.

Le combat intérieur

Une telle lecture pourrait réveiller en nous la révolte, et peut-être même la haine, mais ce n’est pas son intention. Il s’agit plutôt d’une invitation à la vigilance, à l’action sociale positive et non-violente dans le but de faire évoluer nos sociétés.

On se rappellera aussi que le combat commence d’abord sur soi, puisqu’il s’agit en premier lieu de se changer soi-même avant de changer les autres.  C’est seulement ainsi que l’on pourra avoir une influence évolutive sur les autres et sur nos communautés.

  • Référence : Marie-Claire Blais, Passages américain, essai, Boréal, 2012.
  • Aussi recommandé : Evan Thomas, Robert Kennedy. His life, Simon & Schuster, NY, 2000.

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