Jean Béliveau, le tour du monde en 11 ans

Tour du monde à pied

Retour sur les pas du Marcheur

En 11 ans, il a marché 75 543 km, rencontré 4 prix Nobel de la Paix et vécu des histoires incroyables. Aujourd’hui, Jean Béliveau (dit le Marcheur) revient sur ses pas pour observer sa marche à travers 64 pays et réfléchir sur l’homme qu’il est devenu. Et comme derrière tout grand homme, il y a une grande femme (même s’il préfère dire à côté) sa compagne Luce parle également de ces années à soutenir et accompagner son conjoint. Une histoire extraordinaire avec des personnes hors du commun. 

Delphine Caubet dossiers Environnement

Jean-Béliveau 2006-06-29-Jean Béliveau, peu de gens peuvent se targuer d’avoir son vécu. À la fin des années 1990, Jean traverse une crise existentielle; il perd son entreprise, le travail de plusieurs années. Alors il commence à marcher. Un pâté de maisons… deux pâtés de maisons… et puis la décision est prise. Il part 11 ans faire le tour du monde à pied. Le départ se fait en août 2000, de Montréal, direction le Sud.

Marcher pour la paix

Jean a marché pour la Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde de l’UNESCO. L’idée de marcher pour une cause n’était pas nouvelle. Avant son départ, il avait approché des organisations, mais toutes étaient réfractaires à l’idée de se joindre à lui. C’est Luce, sa compagne, qui le convainquit de soutenir la décennie de l’UNESCO.

Si aujourd’hui, l’homme de 60 ans a intégré la cause, les premiers temps n’ont pas été faciles. «Quand j’étais aux États-Unis, j’avais l’impression d’être un imposteur, explique-t-il. J’étais invité dans des écoles pour discuter avec les enfants, pour parler de la paix. C’était au début de la guerre en Irak.»

Lui n’en pouvait plus, il était parti pour découvrir le monde. Promouvoir une cause n’est arrivé qu’après dans son cheminement. Alors, être invité à défendre des valeurs aussi grandes, nobles et mondiales! Cela peut effrayer au commencement.

La réaction de Jean ne s’est pas faite attendre. «Pendant une période aux États-Unis, je ne voulais plus voir personne. Je dormais dans les bois, j’étais sale… je voulais vraiment être seul. Et puis un jour j’ai eu une prise de conscience. Je vais marcher pour la paix et pour les enfants. C’est décidé.»

Pendant son périple, il dort dans des camps ennemis et partage la table de «radicaux»: «J’ai déjà été chez des habitants pour qui Ben Laden est un héros. Et ils m’encourageaient à continuer, à marcher pour la paix. Dans des camps ennemis, chacun me recevait bien. Je me suis senti bien avec eux», explique le Marcheur.
L’étincelle du brasier
Mais pour réussir son exploit, il a fallu que Jean devienne le Marcheur. «Et ce sont les gens sur la route qui m’ont formé», explique-t-il. En chemin, il fait des rencontres, discute et fatalement on lui parle de son panneau où est écrit qu’il marche pour la paix.

«C’est la population, les gens simples, qui appelaient les médias», explique-t-il. L’engouement se fait, les médias de tous pays parlent de lui tandis qu’il rencontre de grands personnages, dont Nelson Mandela, prix Nobel de la paix. «Sa rencontre a été une grande bénédiction. Quand j’allais dans un pays et que je montrais notre photo, les gens comprenaient de quoi il s’agissait.»

Sa venue suscitait un engouement phénoménal pour promouvoir la non-violence et la cause des enfants: «Quand je suis arrivé dans un village du Chili, on m’avait dit que 3 ou 4 enfants m’attendraient. Mais en réalité il y en avait 300 ou 400! Ma présence était l’occasion pour des organismes de publiciser leur cause. Aux Philippines, par exemple, la Fondation Virlanie a profité de mon passage pour organiser une grande marche pour la protection des enfants. Il y a eu plus de 1 000 personnes et ils ont récolté 5 000$ pour le financement!» Jean était l’épicentre, mais l’investissement venait des populations locales.

Une page se tourneJean-Béliveau---14-octobre-2003

Si ces 11 années ont été un projet conjoint entre Luce et Jean, aujourd’hui une page s’est tournée. Jean a bouclé sa marche le 16 octobre 2011 à Montréal. Luce, que le Marcheur qualifie «de lumière qui l’a éclairé sur son chemin», souhaite maintenant passer à autre chose. Depuis 2004, elle est à la retraite et elle s’est entièrement consacrée à leur projet de tour de monde. «Je n’ai jamais autant travaillé, plaisante-t-elle. Au moins 40h/semaine.»

Le Marcheur qui a traversé 64 pays et fait rêver des milliers d’hommes et de femmes est aussi une personne, et aujourd’hui comme tout autre, il est à un tournant de sa vie. En janvier 2015, il est reparti en Colombie pour une marche (l’un des 5 pays ou régions qu’il n’a pas pu faire pour des raisons politiques), et cette fois-ci il reviendra avec du matériel pour faire – peut-être – des documentaires.

Il cite notamment sa rencontre avec des migrants africains qui remontent l’Amérique latine pour rejoindre celle du Nord. Des images qui promettent d’être intéressantes!

Nouvel homme

Ces marches ont changé Jean. Il dit lui-même qu’avant il était un homme avec peu de valeurs et d’éducation. «J’ai arrêté l’école en secondaire 1. Ma vision du monde était restreinte. Je n’avais pas nécessairement de bonnes valeurs. Pour mon entreprise, il m’arrivait de jouer des coudes et de payer pour des contrats par exemple. Pas souvent, mais c’est arrivé.»

Alors forcément, toutes ces années à ne pas savoir où dormir ni comment manger, lui ont appris à vivre de façon minimaliste. Luce, sa conjointe, était toujours avec lui. Elle le suivait sur son ordinateur, «marchait sur le clavier» et l’aidait autant qu’elle le pouvait.

Vivre en pleine nature ou avec des personnes démunies a fait de lui «un fanatique de l’environnement» selon ses propres termes. «Quand je suis arrivé en Asie, j’ai vu la surconsommation et les conséquences sur l’environnement. J’ai commencé à vouloir défendre notre nature. Je me suis posé beaucoup de questions… Est-ce que je suis en train de me perdre? Je suis là pour marcher pour la paix et les enfants. Dois-je m’impliquer autant dans l’environnement? Et j’ai fini par comprendre: protéger l’environnement, c’est protéger nos enfants et leur avenir.»

Choc du retour

De retour à Montréal, la vie commune a été un nouveau défi pour le couple. 11 années à se voir une fois par an dans des circonstances toujours exceptionnelles; paradoxalement le quotidien est un défi. «Et j’ai frappé mon mur, dit Luce. Jean était préparé à ce que ce soit dur. Il avait rencontré des médecins en Australie qui l’avaient averti. Moi, je n’avais pas pensé aux difficultés, pourtant mes amies m’avaient mise en garde.»

Lui n’avait besoin de rien et avait acquis une conscience écologique exacerbée; elle, elle avait continué à vivre dans notre confort. «Je ne comprenais pas qu’il n’arrive pas à s’adapter à la vie ordinaire. Et c’est vrai qu’il est devenu un fanatique de l’environnement. Parfois je n’ai même pas le temps de me laver les mains qu’il ferme le robinet.»

Mais le Marcheur, c’était surtout une équipe, chacun y avait un rôle. L’un marchant à travers le monde, l’autre sur son clavier répondant aux courriels et gardant contact avec les personnes rencontrées. Luce et Jean ont réussi un exploit ensemble.

Mais 4 ans après le retour de l’homme, le couple a décidé de prendre des chemins différents. «Comme l’a chanté Joe Dassin “On s’est aimé comme on se quitte”, explique Jean. Après 27 ans ensemble c’est étrange, mais c’est d’un commun accord.» Malgré ce dénouement, l’histoire de Luce et Jean n’en perd rien de sa superbe.

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société social réflexions sociales débatLorsque je retourne au lieu de mon enfance à Montréal, je trouve ma rue bien grise et un peu misérable. Bien sûr, tout cela paraissait plus grand alors… quand j’étais petit. Mais il y a plus.

Je me souviens d’une certaine pauvreté, des maisons en mauvais état, des terrains vagues où s’accumulaient des camions défaits, parmi les chardons sans cesse accrochés à nos vêtements.

Mais ce dont je me souviens le plus, c’est de la présence de grands arbres qui recouvraient les rues en été. Et de la couleur de leurs feuilles qui inspiraient nos dessins, lors du retour en classe en automne.

Les grands arbres forment une couverture verte sur la ville. Ils nous offrent l’oxygène, la fraîcheur, la beauté et une présence vivante qu’aucune invention humaine ne pourrait remplacer.

Les arbres offrent aussi une dimension historique aux enfants. Ils ont vu grandir leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents. Ils n’ont jamais été remis à jour. Ils n’ont jamais suivi les courants ou les tendances, et ils ne sont jamais démodés.

Ils incarnent, pour nous, la notion de permanence, de durabilité. Leurs grandes formes tranquilles nous apportent la paix et nous rappellent que nous faisons partie d’un large réseau d’éléments et d’êtres vivants dont nous dépendons pour notre existence.

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Au pied du mont Royal (photo N. Charest)

Les grands arbres de la forêt sont magnifiques, mais ils sont loin de la ville. Ceux des grands parcs et du Jardin botanique sont déjà plus proches. Mais les plus utiles, les plus près de nous, ceux qui accompagnent la vie quotidienne des citadins, ce sont les arbres des rues et des ruelles.Ils ont la vie dure, pourtant, et même les modes ont fini par les affecter. Ils étaient devenus difficiles d’entretien, il fallait les tailler, ils nuisaient aux fils électriques. Certains, comme les ormes, ont souffert de maladies. D’autres avaient des racines trop importantes en surface.

On les a remplacés par des arbres plus petits qui n’offrent plus de grands ombrages, qui ne couvrent plus les rues en été. Souvent, d’ailleurs, ils meurent avant de parvenir à maturité. Les grands arbres, par contre, valent la peine qu’on s’occupe d’eux. Car ils nous donnent beaucoup plus que ce qu’ils coûtent à entretenir et à protéger.

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«Il y a de moins en moins de forêts, les cours d’eau se tarissent, le gibier disparaît, le climat est détérioré et, tous les jours, la terre s’appauvrit et s’enlaidit.»

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reflet de société réflexions sociales débats sociauxVoilà des propos parfaitement d’actualité, qu’on ne serait pas surpris d’entendre à la télévision. Pourtant, ils ont été exprimés il y a déjà plus de 120 ans par un personnage d’une pièce de Tchekhov (*), qui s’était donné comme mission de protéger les forêts contre la surexploitation, un personnage que ses contemporains, toutefois, trouvaient «démodé et peu sérieux». C’est pourquoi ils l’avaient surnommé Le Sauvage, ce qui est aussi le titre de la pièce (1889) d’où est tirée cette citation.

L’idée de prChekhov_1898_by_Osip_Braz culture Anton Tchekhovotéger la nature menacée par l’être humain est donc loin d’être nouvelle. Cependant, dans notre façon de considérer l’actualité, nous souffrons souvent de courte vue, et chaque génération s’imagine refaire le monde. Mais en réalité, une telle attitude «nouvelle» existait déjà dans la génération de nos parents, puis de nos grands-parents — ou il y a plus d’un siècle dans le cas de ce discours écologiste. Un discours qu’on trouvait «démodé» au 19e siècle, alors qu’on saluait plutôt le progrès, comme beaucoup le font encore maintenant.

La leçon pour nous serait donc de ne pas mésestimer les expériences des générations précédentes. D’ailleurs, une meilleure connaissance de l’Histoire pourrait éveiller en nous un peu plus d’humilité et une plus grande profondeur.

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* Anton Tchekhov (1840-1904) : dramaturge russe, dont les pièces de théâtre les plus connues sont : La Mouette, Oncle Vania, Les Trois Sœurs, La Cerisaie…

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