Le suicide, une responsabilité de toute une société

Journal de Montréal, Sarah-Maude Lefebvre

Article questionnable sur le suicide

Raymond Viger Dossier SuicideJournal de Montreal

La lecture de l’article de dimanche le 8 décembre dernier sur le suicide me laisse un peu perplexe. C’est comme si la seule responsabilité d’intervenir auprès d’un jeune n’appartiendrait qu’aux parents, comme le démontre ces 2 passages:

Ce n’est pas facile pour les parents de détecter les signaux indirects que leur envoie leur enfant, indique M. Johnson… Malheureusement, on laisse parfois passer ces signaux parce qu’ils ne sont pas clairs. C’est après qu’on le réalise. Mais il ne faut pas culpabiliser. Chaque parent essaie toujours de faire de son mieux.
C’est difficile pour les parents de juger si l’état de leur enfant est passager ou s’il faut agir. Mais ils devraient toujours prendre au sérieux la détresse de leur jeune. Dans le doute, il ne faut jamais s’abstenir, explique Bruno Marchand.

Un jeune est pourtant entouré de parents, d’enseignants, de professionnels… Tel que souligné dans cet autre passage, trop souvent les suicides ont été précédés d’une tentative de suicide:

Parmi les 69 cas consignés dans les rapports de coroner depuis 2008, près de la moitié des adolescents québécois qui se sont suicidés avaient déjà tenté préalablement de s’enlever la vie ou avaient eu des idées suicidaires.

Malgré cela, il m’est arrivé trop souvent d’aller à l’hôpital accompagner un jeune qui avait fait une tentative de suicide et qu’il soit retourné chez lui en 24 ou 48 heures avec comme seule prescription un rendez-vous avec un psychiatre dans 6 mois!

J’ai eu à mettre de la pression sur des centres de crise pour qu’ils prennent en charge certaines personnes. J’ai joué au yoyo pendant 6 mois entre Louis H. Lafontaine et l’hôpital Maisonneuve-Rosemont pour qu’un jeune reçoive une aide adéquate. Les premiers l’envoyait à Maisonneuve pour un problème d’alcool qui eux le retournait à Louis H. pour un problème de santé mentale. Il a eu de l’aide qu’au moment où il a fait une défenestration!

J’ai vu des parents appeler la police pour des jeunes dangereux pour eux-même mais que ces derniers réussissaient à convaincre la police que tout était correct et que ceux-ci repartaient sans offrir l’aide nécessaire au jeune.

Le suicide un mal de toute une société

Il est triste et malheureux de voir que, malgré que les parents aient fait l’impossible pour demander des soins à leurs jeunes, que ces soins ne soient pas toujours disponibles adéquatement et qu’on retourne trop facilement le jeune chez lui sans suivi adéquat.

Le suicide est un mal de société. Nous avons tous notre part de responsabilité et un rôle à jouer dans sa prévention et son intervention.

Ressources en prévention du suicide:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056.

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide.

Autres textes sur le Suicide:

Survivre, un organisme d’intervention et de veuille en prévention du suicide et en promotion de la Santé mentale. Pour faire un don. Reçu de charité pour vos impôts.

Merci de votre soutien.

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet:http://www.editionstnt.com/livres.html

Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

Maintenant disponible en anglais: Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Survivre au suicide de son enfant

Santé mentale et suicide

La douleur d’un père

Dominic Desmarais Dossier SuicideSanté mentale

Jean est défait. Il a perdu son fils Michel qui s’est suicidé à 47 ans. Une douleur trop grande pour les frêles épaules d’un père. Michel, aux prises avec des problèmes de santé mentale, s’est enlevé la vie. Il avait trop peur d’être stigmatisé par les autres. Il a refusé toute forme d’aide. Jean est allé aussi loin qu’il le pouvait pour tenter de le sauver. Il a échoué. Aujourd’hui, il ne souhaite à personne de connaître une souffrance comme la sienne.

«Mon fils n’est pas né avec la maladie. Il a aimé la vie», raconte Jean sans cesse au bord des larmes. Son fils, diplômé en commerce de l’université McGill, était toute sa richesse. Jean se sent vide, pauvre. Il se questionne, se demande s’il n’aurait pas pu en faire plus. Tout a commencé il y a 4 ans, lorsque Michel s’est mis à raconter des histoires étranges de gens qui lui voulaient du mal. Jean ne veut pas nommer la maladie qui affectait son fils. «Il était différent, bizarre», se limite-t-il à dire, soucieux de ne pas banaliser le désarroi de son enfant par une étiquette.

Peur de l’étiquette

L’absence d’aide n’a pas tué Michel. Bien au contraire. Employé d’une institution financière, il avait droit aux soins d’une thérapie avec congé payé. «Je voulais qu’il en parle avec une personne responsable, aux ressources humaines. On lui a offert de l’aide. Ça l’a inquiété. Il a refusé de peur d’être stigmatisé. S’il avait accepté, ses collègues auraient su qu’il avait un problème. Il était en position de rester à la maison pendant quelques mois tout en recevant son salaire.» Malgré cette proposition honorable, Michel avait peur du regard des autres. Il comptait s’en sortir seul, fier qu’il était.

Devant son refus, Jean doit puiser au fond de son amour. Sa femme et lui offrent une thérapie à Michel. Un autre refus et Jean se sent encore plus impuissant. «Que faire comme parent? Je lui disais : “J’ai toujours été fier de toi. Je vais l’être encore si tu acceptes d’aller chercher de l’aide. Si tu étais un enfant, je ferais ce qu’il faut. Mais tu es un adulte, c’est à toi de décider.” »

Michel reconnaît l’amour inconditionnel de son père et sa mère. Il ne repousse pas l’appui de ses parents pour leur faire mal. Il voulait s’en sortir seul. «Il me disait: “Papa, donnez-moi du temps. Je ne suis pas encore prêt. Quand je le serai, je le ferai.” C’était un homme fier. Il ne voulait pas que les autres sachent qu’il avait un problème. Mais il avait peur d’en parler. Il ne voulait pas être étiqueté.» S’il accepte d’en discuter avec ses parents, Michel refuse de voir son jeune frère. «Il ne voulait pas qu’il le voie dans cet état», dit Jean les yeux rougis.

Au travail, on lui donne 6 mois pour corriger la situation. Passé ce délai, voyant l’absence d’améliorations, il est mis à la porte. Jean, propriétaire d’un restaurant familial, lui propose d’y travailler avec lui. Il essuie un autre refus qui le chamboule. Jean est désemparé. Il aimerait forcer son fils à suivre une thérapie pour se soigner, mais respecte sa décision en constatant les efforts de son garçon pour s’en sortir. «Il a arrêté de fumer et de boire du café par lui-même. Il essayait de s’aider. Mais il n’a pas réussi. S’il avait su qu’il n’y aurait pas de stigmatisation, peut-être qu’il aurait suivi une thérapie. Mais il savait qu’il y en aurait…»

Tentatives de suicide

Michel a tenté de se suicider. Il est interpellé par des policiers qui ne croient pas à ses explications. Ils l’emmènent sur-le-champ à l’hôpital Notre-Dame pour y être examiné. Trois psychiatres le rencontrent et diagnostiquent un état dépressif, pas suicidaire. «Ils l’ont laissé sortir la journée même», raconte Jean qui, plus tard ce jour-là, rencontre son fils sans se douter de ce qui venait de se passer.

Une semaine plus tard, Michel récidive. Découvert par les policiers, il est conduit à l’hôpital Général de Montréal, où il décède quelques heures plus tard.

En insistant auprès des médecins, Jean a pris connaissance de ces deux tentatives de suicide. Dans les deux hôpitaux, Michel avait demandé de ne pas communiquer avec sa famille. «Je ne blâme pas les médecins. J’ai parlé à l’un d’eux. Il m’a dit que son travail était de garder mon fils en vie, pas de communiquer avec moi. Il a raison. Mais l’hôpital devrait avoir quelqu’un pour rejoindre la famille. Notre fils était encore vivant et ma femme et moi n’étions pas là, près de lui», dit-il en sanglotant.

Jean est encore sous le choc d’avoir perdu son fils. Il cherche une raison pour justifier cette mort qui l’a déchiré. D’abord, il se dit que la loi devrait être plus flexible et permettre aux hôpitaux de communiquer avec la famille d’un patient. Et, surtout, il espère une meilleure sensibilisation de la société sur les maladies mentales et les effets de la stigmatisation. «Nous sommes en 2012. Nous devons arrêter d’appeler ces êtres humains des fous, des tordus. Je n’ai pas sauvé la vie de mon fils. Si je peux sauver celle d’autres fils ou filles, de frères ou sœurs, ce sera une grande satisfaction.»

Ressources en prévention du suicide:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056.

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Mylène Lavoie et le conte

Art et santé mentale

Mylène Lavoie : le conte dans l’abîme et les émotions

Mylène Lavoie est une conteuse amateure de 35 ans. Sa vie est marquée par la maladie mentale depuis l’enfance. Même si elle est aux prises avec le trouble de la personnalité limite, rien ne l’empêche d’évoluer tranquillement dans le monde du conte, un art qu’elle manie avec brio.

Anders Turgeon Dossiers Santé mentale

conte conteur mylene lavoie trouble personnalite limiteMylène vit une douleur constante à cause du trouble de la personnalité limite. Appelée fréquemment le trouble borderline, cette maladie mentale est caractérisée par une grande intensité et une grande variation dans les émotions ainsi qu’une instabilité de la personnalité. «C’est comme des montagnes russes d’émotions en une couple d’heures. Mes proches me considèrent hystérique. Mon trouble me fait souffrir et je me réfugie dans la boisson, le sexe, des relations pas satisfaisantes et des comportements impulsifs», révèle-t-elle.

L’enfance et l’adolescence troubles de Mylène

La maladie mentale de Mylène trouve son origine dans sa jeunesse. «J’ai grandi avec une mère schizophrène, une grand-mère très protectrice, un père absent et une sœur plus jeune que moi qui me maltraitait. On me faisait sentir que je ne pouvais pas être capable de grandes choses», déclare-t-elle.

Isolée par son milieu familial, elle se réfugie dans les livres. «Je me suis toujours sentie différente. J’ai passé ma jeunesse dans les livres. Je vivais beaucoup dans ma tête et je n’ai pas développé mon côté social», raconte-t-elle. À défaut d’avoir des amis, elle a développé son imagination grâce à sa passion naissante pour la littérature.

Fragilisée psychologiquement par son environnement, Mylène s’effondre à 17 ans. Ses craintes incessantes et son anxiété l’ont menée à une dépression et une psychose, lesquels l’ont conduit à l’hôpital.

L’insécurité, la découverte du conte et son diagnostic

À la suite de son hospitalisation, Mylène a connu une longue traversée du désert avant de recevoir un diagnostic de trouble de la personnalité limite. «J’ai fait mes études et je me suis trouvé un emploi que je n’ai pas gardé longtemps. Je me suis fait quelques amis. N’empêche que je me sentais seule chez moi et je pleurais fréquemment», avoue-t-elle.

Alors qu’elle doit composer au quotidien avec les hauts et les bas de son trouble psychologique, elle découvre l’art du conte. «Je travaillais pour une entreprise familiale lorsque j’ai pris des cours de soir sur le conte au défunt organisme La Vingtaine. J’ai beaucoup aimé ces cours et j’ai eu la piqûre», raconte-t-elle.

Mylène a fait ses premiers pas de conteuse sur scène durant l’événement Cégeps en spectacle à 20 ans. Bien qu’elle ne gagne pas sa vie avec le conte, elle enchaîne les spectacles à un rythme régulier dans des petites salles et des cafés et elle prend régulièrement part aux soirées du Cercle des conteurs de Montréal.

Et son diagnostic de trouble de la personnalité limite arrive à l’âge de 33 ans. «Mon agente d’Emploi-Québec a voulu me référer à un programme de pré-employabilité avec un volet en santé mentale. Elle voulait aussi me faire voir un psychiatre. Elle trouvait que je n’avais pas des réactions « normales »», avoue-t-elle. Contrairement aux médecins généralistes qu’elle a consultés, un psychiatre a été en mesure de lui diagnostiquer son personnalité limite.

Le conte pour contrer son état limite

Consciente d’être à la merci de son intensité et de ses émotions, elle entreprend d’utiliser ces deux facettes de son trouble mental pour les transposer dans ses contes. «J’éprouve toujours un sentiment de vide. Je le comblais par toutes sortes d’excès. Maintenant, je suis en mesure de le satisfaire à travers mon imaginaire dans la création de mes contes. Les écrire me donne l’espoir que les choses peuvent aller mieux dans ma vie», raconte-t-elle.

Elle monte ses spectacles pour que les gens soient immergés dans ses histoires à travers ses personnages. «J’utilise l’intensité de mes émotions pour donner vie à mes personnages. Les spectateurs embarquent ainsi dans mes histoires même si leur niveau d’enthousiasme peut varier. Être en interaction avec un public comble un besoin de reconnaissance que je n’ai jamais eu étant plus jeune», confesse-t-elle.

Pour créer ses histoires, elle puise dans l’univers des contes européens, le fantastique et le côté sombre de l’humain. «Mes contes sont peuplés de sorcières, de fées et d’autres créatures fantastiques. La jalousie se retrouve aussi dans mes histoires tout comme la mort et la vengeance. La spiritualité, le bien et le mal, la morale et les embûches de la vie sont des valeurs transparaissant également dans mes contes. Elles sont très importantes à mes yeux. Mes contes ont tous un important aspect autobiographique», conclut-elle.

À présent, Mylène a plusieurs projets en tête. Elle souhaite être encadré professionnellement. Elle prépare aussi un spectacle de conte incluant une exposition de photos avec des poèmes. Nous pouvons lui souhaiter de vaincre les démons de son trouble de personnalité limite et de faire carrière en tant que conteuse, tout comme Fred Pellerin.

Autres textes sur Santé mentale

Après la pluie… Le beau temps

apres-la-pluie-le-beau-temps-recueil-de-textes-a-mediter-croissance-personnelleRecueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

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Schizophrénie: suis-je fou?

Spectacle hip hop au Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo)

Santé mentale; schizophrénie

Suis-je fou?

Ai-je les bons comportements sociaux? Mais quelle est la définition de la normalité? Afficher un beau sourire quand on vous diagnostique une schizophrénie? Dire merci quand on vous interne pour la quatrième fois? Être content quand votre beau-frère vous encourage à chercher un emploi pour schizophrène? Faire oui de la tête et s’écraser devant les docteurs qui vous disent d’accepter de prendre des médicaments toute votre vie?

Malick   Dossier Santé mentale

folie-sante-mentale-fou-etre-normal-signes-folie-schizophrenieJe ne crois pas. Je pense qu’il est normal de vouloir être normal. Que les mers tranquilles n’ont jamais fait avancer les voiliers.

Je n’ai jamais accepté ma maladie. Je crois que je ne l’accepterai jamais. Mes amis l’ont accepté.  Ils m’en parlent comme si la maladie définissait ce qu’ils sont. Ce n’est pas plus mal.

Sauf que moi, je veux me battre, distancer mes craintes. C’est pour ça que je suis encore convaincu que je vais un jour avoir une femme, des enfants et un emploi.

Examen de la folie

folie-schizophrenie-sante-mentale-fou-psychiatriqueMaintenant que le pire est passé, je peux raconter la crise existentielle par laquelle je suis passé. Si je retourne dix ans en arrière, je me rappelle la première journée de ma tourmente. C’était la veille du dernier examen du baccalauréat. J’avais les yeux plongés dans le miroir de la bibliothèque de l’université. C’est en m’observant que j’ai eu la conviction qu’une dualité m’habitait. D’une part le démon, un mal au sens biblique, gouvernait mon œil droit. Dans l’autre œil la pureté, le bien. Dérangé par cette révélation, j’entrepris de combattre l’œil malin. Il faut dire que j’avais toujours été fasciné par les histoires de religion. Cette idée donnait un sens à mon existence. C’est donc avec cette certitude que j’ai quitté le monde réel pour m’enfermer dans un autre univers.

Des folies pour vaincre mon œil droit, j’en ai faites. J’ai crié que j’aimais Dieu dans des lieux publics. J’ai marché dans des champs sans m’arrêter. J’ai coupé des arbres en leur demandant la permission. J’ai reçu la clé du paradis des mains de la Sainte Vierge. Je m’en foutais parce que je ne faisais de mal à personne dans ma quête de me libérer du démon. De fil en aiguille, mes théories devenaient de plus en plus complexes et précises. Jusqu’à me convaincre que si tout cela m’arrivait, c’est que j’étais un ange de Dieu qui devait passer par toutes ces épreuves pour évincer le démon en moi et pouvoir accomplir une grande destinée.

L’acte de trop

Et vint le jour où ma vie bascula. C’était en soirée. J’étais monté parler à ma sœur pour la réconforter. Elle me dit que sa vie allait mal et qu’elle avait de la difficulté à regarder l’ours en peluche que son ancien copain lui avait offert. Que ce dernier était possédé et qu’elle en avait peur. Qu’elle se sentait seule et que son chien était comme son psychologue. Elle lui parlait et il était le seul à la comprendre. Le lendemain, je prenais une hache et je tuais son chien. Elle me traita d’assassin, de meurtrier, de monstre. La police s’est  présentée à la maison familiale. Je me suis retrouvé en psychiatrie.

ambulance-ambulancier-premier-repondant-urgence-911Couché dans l’ambulance, attaché avec des sangles, escorté par quatre autos patrouilles. Les choses vont vite. Je me demandais pourquoi tout ce déploiement autour de moi. Étais-je une menace pour quiconque? Je venais de tuer un berger allemand avec une arme  tranchante. Je me sentais comme un meurtrier, quelqu’un qu’il faut craindre. Ce n’est vraiment pas agréable.

L’hôpital psychiatrique

Je passai la nuit avec des gens qui tournaient en rond, qui criaient, qui parlaient de démon et de Satan. Le lendemain, on m’a transféré dans l’aile psychiatrique. J’ai rencontré un psychiatre. Je l’ai vite compris, ce que j’allais dire allait déterminer le temps que j’allais passer enfermé.

J’ai essayé d’expliquer l’histoire en minimisant mon geste et en mettant l’accent sur le fait que c’était un animal. Que jamais je n’aurais fait de mal à un humain. Tout de même, j’ai raconté tout ce que je croyais. J’étais un ange avec un œil bon et l’autre mauvais. Ça m’a fait du bien sauf que cela m’a suivi durant mon séjour en psychiatrie.

Une fois les portes magnétiques de l’aile psychiatrique franchies, il n’y plus de retour en arrière. Vous vivez avec d’autres patients et le personnel médical. Tous les jours vous rencontrez un psychiatre. Vous mangez aux mêmes heures, vous vous couchez avec la fermeture des lumières. Il y a une hiérarchie parmi les malades de longues dates : les plus vieux sont respectés et les plus fous, craints. Il m’est arrivé de rencontrer des assassins qui, plutôt que d’être en prison, purgent leur sentence en psychiatrie. Ils n’ont pas l’air de meurtriers, souvent même ils affichent un beau sourire. Je me suis plutôt bien adapté même si je n’aimais pas être là. Je me suis fait une raison. Je me suis tenu avec ceux qui sont le moins affectés par la maladie.

Faire passer la pilule

A la fin de mon séjour, j’ai intégré un centre en santé mentale où j’ai fait du théâtre, du karaté, de la cuisine pendant un an. C’est là que j’ai rencontré celui qui allait devenir mon chum de consommation. Durant cette période, j’avais déjà l’habitude de consommer de la marijuana et de l’alcool. Par l’entremise de cet ami, j’ai connu le speed qui, sur le coup m’a paru inoffensif. Sauf que la petite pilule magique est rapidement devenu un baume sur mes plaies.

Avec cette drogue, je me sentais fort et certain. Tranquillement, je me suis mis à consommer régulièrement et à sortir dans les clubs. Ce qui devenait dangereux, c’est que j’en prenais pour me sentir bien. Ma famille le savait et tout le monde en souffrait. Mes parents tentaient de me raisonner sur les dangers de cette drogue. Je n’écoutais pas. Trois fois par semaine, je passais des nuits blanches tout en sachant qu’il suffisait d’une pilule pour devenir légume. En plus je prenais des médicaments. Je faisais attention à ne pas me faire prendre mais j’étais soumis à des analyses d’urine tous les trois mois alors, forcément, le test a fini par se révéler positif.

Centre de thérapie Le Portage

Les docteurs ont donc décidé qu’il me fallait un traitement choc: le centre de thérapie Le Portage.

Mon entrée fut difficile. J’ai dû quitter ma liberté pour entrer au TSTM (Toxicomane Souffrant de Troubles Mentaux). Tous les jours, lever à 6h45, ménage et thérapie, thérapie et thérapie.

Les premiers temps, je pensais mourir. Les cinq premières semaines sans sortie ni téléphone. Mais rapidement, j’ai changé. J’ai accepté le programme. Je m’y suis fait des amis. Je suis devenu chef de la cuisine puis chef de la communauté. J’ai même arrêté de fumer la cigarette.

Même si j’avais beaucoup de réticence à me plier à cette thérapie, elle m’a libéré de mes habitudes. Je me suis rendu compte que je pouvais réussir à être heureux sans drogue. Ils m’ont supporté et m’ont fait travailler mes comportements et la gestion de mes sentiments. Il m’a fallu 13 mois pour franchir les 4 étapes de réhabilitation avant de pouvoir habiter en appartement supervisé et commencer une réinsertion sociale. J’en suis sorti grandi et capable d’être autonome avec un style de vie positif.

Folie de psychiatre

Une fois fiché en psychiatrie, on vous suit, vous observe, vous investigue. Il faut constamment peser ses mots. Parfois, une attitude suffit à inquiéter les médecins.  Pour prévenir une crise, ils vous envoient faire un séjour de 21 jours en psychiatrie.

C’est ce qui m’est arrivé à ma troisième hospitalisation. Cela faisait huit ans qui tout allait bien. Je rencontrais ma psychiatre pour fermer mon dossier. Je ne sais pas pourquoi mais pour moi c’était important. J’avais mis un habit pour la rencontre. Mauvaise idée! J’ai haussé le ton pour expliquer mon habillement. On a appelé un «code blanc» pour moi. Quand un patient semble incontrôlable, le personnel appelle à l’aide. Un autre petit 21 jours à l’hôpital. J’ai retrouvé mes appartements dans l’aile psychiatrique. Maintenant j’en fais des blagues mais, sur le coup… Bref ce fut ma dernière hospitalisation et j’espère la dernière.

Aujourd’hui je me considère comme heureux, j’ai mon petit appartement. Je participe à un programme d’Emploi-Québec. J’écris mon histoire chaque jour avec un peu plus de confiance à chaque réussite. Je n’ai pas changé le système, c’est le système qui m’a changé! Est-ce mieux, est-ce pire?… je reste convaincu qu’un jour les injections vont cesser.

Autres textes sur Santé mentale

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Biographie de l’auteur

Impact des medias sur le suicide, les tueries et les drames familiaux

Impact des médias sur le suicide, les tueries et les drames familiaux

Raymond Viger               se suicider vouloir mourir sans souffrance suicidaire prévenir intervenir prévention intervention   Dossier Suicide et Médias et publication, Patrick Lagacé, La Presse

Le 8 avril dernier, Steve Proulx, journaliste et blogueur pour le journal Voir, se questionne sur la vague de drames familiaux qui secoue le Québec depuis le début de l’année. Le lendemain, Patrick Lagacé dans son blogue lance la question: la médiatisation encourage-t-elle l’imitation?

La Presse et le suicide

Je suis intervenant de crise auprès de personnes suicidaires depuis le début des années 1990, une époque où La Presse publiait à la une 4 photos d’une personne se lançant dans le vide du pont Jacques-Cartier pour se suicider. Avec de telles photos à la une du quotidien La Presse, nous avions assisté à une augmentation notable des suicides sur le pont Jacques-Cartier.

Études de l’Association québécoise de prévention du suicidse suicider suicide prevention vouloir mourir sans souffrir intervention suicidaire se tuere (AQPS)

Toujours au début des années 1990,  l’Association québécoise de prévention du  suicide (AQPS), dont je faisais partie, s’est donnée le mandat de sensibiliser journalistes et coroners du lien entre la médiatisation du suicide et l’effet d’entraînement. L’idée n’était pas de censurer les journalistes, mais de leur demander de traiter du suicide avec dignité et respect. On ne peut passer sous silence un suicide, surtout si c’est celui d’une personne publique et déjà fortement médiatisée. L’AQPS avait réalisé un dossier fort garni sur la relation entre les médias et l’effet d’imitation. Robert Simon, directeur du Centre de crise de Chicoutimi, en était un des principaux porte-parole.

Coroner en chef et psychiatres: impact des médias sur le suicide

mourir sans souffrir se tuer sans souffrance suicide prevention intervention suicidaire crise Une dizaine d’années plus tard, 16 novembre 2001, lors du colloque de l’Association des psychiatres du Canada, un rapport des coroners épouse officiellement la cause de l’AQPS. Sous la responsabilité de plusieurs psychiatres et du coroner en chef, le rapport souligne quels sont les impacts sur le suicide:

L’impact sur le suicide, on l’augmente si :

  • on fournit des détails sur la méthode particulière utilisée.
  • le suicide est rapporté comme inconcevable « il avait tout pour lui ».
  • les motifs semblent romantiques « réunis pour l’éternité » « Roméo et Juliette ».
  • on banalise le suicide « à cause d’une mauvaise nouvelle ».

L’attention du public est augmentée si :

  • le texte est à la une.
  • le mot suicide est dans le titre.
  • on inclut la photo de la personne.
  • le geste est présenté comme héroïque et désirable « il devait agir ainsi… dans sa situation ».

L’impact sur le suicide, on le diminue si :

  • les ressources de prévention du suicide sont diffusées (où trouver de l’aide).
  • on décrit une crise résolue autrement que par le suicide.
  • les lecteurs sont informés sur le comportement suicidaire et le suicide en général.

Les médias et le suicide

  • Éduquer le public :
    • Le suicide n’est pas une solution.
    • Le suicide est le symptôme d’une maladie.
    • Il existe de meilleures alternatives que le suicide.
    • Il est important de prévenir le suicide.
    • Il faut présenter et faire connaître les ressources.

suicider suicidaire prevention crise intervention quoi faire comment faire se tuer sans souffrance Traitement du suicide par les journalistes et les médias

En septembre 2006, j’ai écrit un billet félicitant les journalistes et les médias qui ont bien répondus non seulement à l’AQPS, mais aussi au coroner. Les journalistes continuent de parler du suicide, mais avec une sensibilité qui permet d’aider les personnes en crise, tout en informant le public. Que les journalistes le veuillent ou non, quand on fait des titres et que l’on choisit des photos pour aller en une, on influence la société.

Y a-t-il un lien entre drame familial et suicide?

Qu’en est-il maintenant des drames familiaux et des tueries dans les écoles? Entre le suicide et l’homicide, il n’y a pas une grande différence. Entre décider d’affronter seul une foule en lui tirant dessus ou de retourner le canon de son arme vers soi, c’est la couleur de l’étincelle qui fait toute la différence. Dans les deux cas, nous nous retrouvons devant une personne en crise, incapable de s’adapter aux changements que la société nous impose et nous fait vivre.

Le suicide est une violence que l’on retourne contre soi-même. Au cours d’une vingtaine d’années d’intervention auprès de gens marginalisés et en crise, j’ai régulièrement senti cette ambivalence entre tuer les gens qui causent des injustices et vouloir tout simplement disparaître.

Cette violence qui nous habite et qui nous pousse à vouloir disparaître est une bombe à retardement. Le père de famille suicidaire est dans la cuisine, absorbé par tous ses problèmes et sa souffrance. Son jeune enfant entre dans la maison en faisant du bruit et en dérangeant le père. L’homme peut perdre le contrôle et tuer son enfant. Aveuglé par ce qu’il vient de faire, la tuerie continuera, incapable de vivre avec le geste qu’il vient de poser. Si le jeune n’était pas entré dans la cuisine à ce moment-là, peut-être que le père se serait suicidé, sans emporter avec lui le reste de la famille.

Quelques jours avant Noel dernier, en France, une mère avait planifié son suicide en amenant avec elle ses 5 jeunes enfants. Sa souffrance était telle qu’elle ne pouvait pas voir comment ses enfants pouvaient continuer à vivre dans une société si injuste.

En ce qui me concerne, le lien entre suicide et drame familial est clairement défini. Le lien entre le suicide et une médiatisation indue et sensationnaliste est officiellement accepté par les coroners et les psychiatres depuis 2001. Peut-on faire une règle de trois et dire qu’il y a officiellement un lien entre les drames familiaux et la médiatisation des événements?

Officiellement, il faut attendre les rapports qui sortent 10 ans après que l’on se pose la question. Personnellement, j’en suis convaincu. Je dois cependant nuancer la réflexion. Il y a un lien direct lorsqu’il y a une médiatisation sensationnaliste et indue. Les médias peuvent et doivent en parler, avec respect et dignité. Et lorsque les médias présentent les ressources pouvant intervenir, l’affaire est ketchup et je suis aux anges.

Billet de Patrick Lagacé: Drames familiaux, tueurs fous et médias: une question.

Billet de Steve Proulx: Vague de drames familiaux.

Rapport du coroner sur l’impact des médias sur le suicide.

Autres textes sur Média

Huffington Post arrive au Québec

Le Globe, un nouveau webzine au Québec

RueMasson.com le blog du Vieux-Rosemont

Le magazine des journalistes frappe un iceberg!

se suicider sans souffrance vouloir se tuer mourir rapidement suicide prévention intervention suicidaires Ressources:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Autres textes sur le Suicide

Survivre, un organisme d’intervention et de veille en prévention du suicide et en promotion de la Santé mentale. Pour faire un don. Reçu de charité pour vos impôts.

Merci de votre soutien.

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Le Doc Mailloux et Yves Boisvert de La Presse

Le Doc Mailloux et Yves Boisvert de La Presse

Dossier La Presse – Cyberpresse, Ville de Montréal

Dans sa chronique du 5 février, Yves Boisvert de La Presse souligne un fait intéressant dans l’histoire du Doc Mailloux. Le comité de discipline des médecins a été provisoirement radié. Ceci est une mesure exceptionnelle utilisé pour qu’il y ait un arrêt d’agir immédiat sur un médecin dangereux. Une radiation avant que le comité ait le temps de juger de la situation.

M. Boisvert nous mentionne que c’est une décision purement politique. Même si plusieurs, comme moi, en avait assez de l’entendre dire des absurdités dans les médias, en tant que psychiatre, il n’y a eu aucune plainte contre le Doc Mailloux.

Et c’est là que je suis un peu bouleversé. Dans ce cas-ci, sans aucune plainte, non seulement le comité de discipline des médecins va juger l’affaire Mailloux, mais ils ont été jusqu’à le radier immédiatement en attendant d’étudier le cas. Dans d’autres histoire, nous entendons régulièrement des institutions tel Santé Canada nous dire qu’ils ne peuvent rien faire tant qu’il n’y a pas de plainte. Deux poids, deux mesures.

Quand c’est politiquement dérangeant, on procède. Si ce n’est que la sécurité des citoyens qui est en jeu, on s’en lave les mains et il faut attendre des plaintes en bonne et dû forme. Est-ce une façon d’utiliser les institutions en place à son avantage personnel?

Docteur Pierre Mailloux psychiatre: bon psychiatre, mauvais communicateur

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