Autisme et soccer en région

Avril, mois de l’autisme

Un enfant autiste rejeté par son équipe de soccer

Durant ses vacances estivales, Jérémie (nom fictif) avait le goût de bouger. C’est pourquoi ses parents ont décidé de l’inscrire dans une équipe de soccer pour qu’il puisse jouer avec ses amis. Quoi de plus banal ?

Sébastien Lacroix Dossier Santé mentale

soccer sport autisme santé mentale football ballonPas pour Jérémie, qui est atteint d’autisme. En plus, de faire face à différentes problématiques, il n’a pas la chance de côtoyer ses amis autant qu’il le voudrait. C’est que, durant l’année scolaire, il fréquente une classe adaptée.

Dès le départ, le garçon est tout heureux de chausser ses souliers, de remplir sa bouteille d’eau des super héros et de se rendre à la course au terrain de soccer pour s’amuser avec les autres. «C’est beau à voir», souligne sa mère en souriant.

Celle-ci ne peut pas espérer mieux pour le bonheur de son fils qui doit affronter toute sorte de difficultés chaque jour. Jérémie est aux prises avec un trouble du langage, de la dyspraxie, et un trouble envahissant du développement.

Autisme et sports d’équipe

Dès les premières pratiques, il rencontre certaines difficultés. La chance du débutant, ce n’est pas pour lui. Ce n’est pas facile d’apprendre à jouer au soccer, mais il aime ça.

Malheureusement, Jérémie fait face aux préjugés. Malgré le caractère participatif de la ligue qui regroupe des équipes des villages avoisinants, on ne veut visiblement pas de lui.

Au fil des semaines, il se rend compte que quelque chose ne va pas lorsque sa mère doit se résoudre à lui demander, à contrecœur, s’il veut vraiment jouer au soccer… «Quoi maman m’demande ça?», lui répond-il. Elle en a le cœur brisé. Elle réalise que son fils comprend qu’elle mène un autre combat.

« On nous a fait sentir dès le départ qu’on ne voulait pas de lui. On me disait toute sorte de choses: qu’il était trop petit, distrait et que ce pouvait être dangereux pour lui. Croyez-vous vraiment que je lui aurais permis de jouer au soccer si j’avais senti qu’il était en danger? Certainement pas. Il n’y a aucun parent au monde qui ferait ça.

Autisme et Rain Man

Quand on parle d’autisme, on pense tout de suite au film «Rain Man», mais ce n’est pas tout le temps comme ça dans la réalité. Il y a différents stades d’autisme. Ce que les spécialistes nous ont dit, c’est que ça ne l’empêche pas de faire des activités sportives.

C’est certain que Jérémie n’est pas un joueur d’élite, mais il ne s’agit pas de la FIFA non plus. C’est une ligue de villages qui n’est même pas fédérée. Il n’était pas le meilleur, mais il n’était pas le pire non plus!

L’argument ultime qu’on m’a donné, c’est que l’arbitre a dû attacher son soulier lors d’une partie. Selon eux, ça ne se fait pas. C’est honteux… Pourtant, il n’est certainement pas le seul à qui c’est arrivé.

La vraie raison, c’est qu’il n’y avait pas assez de joueurs pour faire deux équipes et qu’il y en avait trop pour en faire une. Il fallait qu’ils en éliminent et c’est évident qu’il a été le premier visé. N’étant pas comme les autres, il devenait une cible facile».

La fin du soccer

La saison de soccer de Jérémie a fini par être écourtée lorsqu’on lui a demandé d’aller jouer avec les enfants de 5 ans. Âgé de 6 ans et 10 mois, il était dans la catégorie des 7 à 9 ans. Il était dans la même situation que plusieurs de ses amis qui étaient sur le point d’avoir 7 ans.

Ses parents n’ont pas voulu qu’il soit rétrogradé. En colère, ils ont plutôt décidé de retirer leurs deux enfants de l’équipe de soccer en signe de protestation.

« Il n’en était pas question, surtout qu’il jouait avec ses amis. Comment lui expliquer qu’ils doivent aller jouer avec les petits? Comment lui expliquer que sa sœur pouvait continuer à jouer, mais pas lui ? L’entraîneur aurait voulu faire jouer Isabelle (nom fictif) et que Jérémie aille jouer au parc en attendant…».

Le petit garçon a fini par troquer les souliers à crampons pour le maillot de bain. La différence, c’est que plutôt que d’aller rejoindre ses amis en courant sur le terrain, Jérémie doit maintenant faire près de 45 minutes de routes pour se rendre à ses cours de natation.

« Nous l’avons inscrit à la piscine dans un village voisin. Il y est accepté. On en prend soin.».

Des moyens limités

Le conseiller en charge des Loisirs, maintient que les droits Jérémie n’ont pas été brimés. Il convient tout de même qu’il y a encore du travail à faire pour l’accessibilité des personnes handicapées aux activités de loisir.

« Mon neveu jouait au hockey dans le AA et il n’était pas assez bon. Il a été rétrogradé dans le A. C’est la même chose. Il n’avait pas encore 7 ans et il jouait dans cette catégorie. S’il avait eu l’âge, nous n’aurions pas eu le droit de faire ça. Nous avons remboursé les inscriptions jusqu’au dernier sou, et ce, même si la saison était en cours.

C’est certain que nous essayons de plaire à tout le monde, mais comme nous sommes une petite municipalité rurale, nos moyens sont limités.

Nous aurions pu demander un accompagnateur. C’est vrai. On regarde ça, mais tout dépend de combien nous pourrions obtenir en subvention. Il faut respecter la capacité de payer des contribuables».

Pour éviter les préjugés

La mère de Jérémie a décidé de se battre pour ne pas que d’autres enfants comme lui soient victimes de préjugés. Elle a fait des démarches auprès d’organismes qui défendent l’accessibilité aux loisirs pour les personnes handicapées.

C’est le directeur général de l’organisme, qui a attrapé la balle au bond. Il a entrepris des pourparlers avec le conseil municipal pour s’assurer que l’évaluation des jeunes ne se base plus sur des préjugés.

Il a obtenu, qu’à l’avenir, ce soit un spécialiste qui évalue la capacité d’un jeune handicapé à pratiquer, ou non, une activité sportive. «On a qu’à le demander et ils iront sur place dès les premières pratiques. Ils seront en mesure de dire quoi faire et quoi essayer avec tel type d’enfant avant de dire que ça ne fonctionne pas.

Ça évitera les zones grises. L’évaluation ne sera pas basée sur une impression, mais sur les capacités réelles de l’enfant, selon l’avis d’un expert qui a les compétences pour porter un jugement.

Ça ne coûte rien. Ce sont des ressources qui sont fournies par le gouvernement. Il y en a pour des cas de déficience intellectuelle, mais aussi de la déficience physique ou visuelle».

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Normand Charest, dossiers Autisme, Santé mentale

Au 19e siècle, les thérapeutes utilisaient couramment le terme d’ «idiotisme» pour qualifier cet ensemble de troubles apparaissant chez les enfants. Mais il faut comprendre que le terme grec idiotes désignait la «vie privée» par opposition à la sphère publique. Ainsi, le terme médical d’idiotisme s’appliquait à une personne qui se replie sur elle-même.

Au 20e siècle, le psychiatre suisse Eugen Bleuler (1857-1939) conçoit le terme d’«autisme» pour remplacer celui d’idiotisme, le mot «idiot» étant devenu trop péjoratif dans la langue populaire. Mais le sens demeurait à peu près le même, puisque la racine grecque autos signifie «soi-même» et représente la même notion de repli sur soi, puis de difficulté de communication avec les autres.

Causes et symptômes

Au début, on considérait l’autisme comme un symptôme de la «schizophrénie infantile». Mais en 1943, on commence à considérer ce trouble comme une maladie à part entière, à partir d’un article de Leo Kanner (1894-1981) dans lequel il remarque que les symptômes à long terme ne correspondent pas à ceux de la schizophrénie. De plus, Kanner croit que les autistes ont une intelligence normale, mais qu’ils n’arrivent pas à s’exprimer correctement. L’article parle d’isolement (aloneness) et d’intolérance au changement (sameness).

L’idée s’est répandue, en psychanalyse, que l’autisme pouvait résulter de la froideur affective des parents, en particulier de la mère. C’est en réaction à cette culpabilisation que sont nées les associations de parents dans les années 1980, contre cette conception qui les excluait.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe l’autisme dans les TED, les «troubles envahissants du développement». De nos jours, on parle aussi de TSA, de «troubles du spectre de l’autisme».

Trois symptômes de l’autisme

L’autisme est caractérisé par trois symptômes observables vers l’âge de 3 ans: la difficulté à socialiser; les difficultés de communication verbale et non verbale; les actions restreintes et répétitives. Toutefois, il existe plus d’une forme d’autisme et les symptômes varient selon les cas.

De plus, divers troubles peuvent accompagner l’autisme: un retard mental (dans environ 60% des cas, mais pas chez les autistes «de haut niveau»), l’épilepsie (30%), des troubles d’attention, d’anxiété ou de dépression à l’âge adulte, etc.

L’autisme au cinéma

On dit que le film américain Rain Man (1988) fut l’un des premiers à traiter de l’autisme. Le personnage de Raymond Babbitt, dont l’interprétation a valu un Oscar au comédien Dustin Hoffmann, présente certains symptômes de l’autisme: il ne souhaite pas établir de liens avec les gens ; il a des comportements répétitifs (il doit écouter la même émission de télévision à heure fixe, sinon il fait des crises d’angoisse) et possède une mémoire exceptionnelle des chiffres.

On peut penser à ce film, lorsqu’on entend parler d’autisme, mais le cas de ce personnage n’est pas représentatif de la majorité des autistes. Il a été inspiré d’un cas réel, celui de Kim Peek (1951-2009), qui souffrait de ce que l’on appelle le «syndrome du savant».

En réalité, seulement la moitié des personnes qui souffrent de ce syndrome sont des autistes, l’autre moitié étant affectée d’une variété d’invalidités du développement et de maladies cérébrales.

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Sources des informations: OMS (Organisation mondiale de la santé) et l’article «Rencontre avec Jacques Hochmann» (psychanalyste) du magazine «Sciences humaines» (France), juillet 2009, N° 206.

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