Enveloppes brunes et journalistes

Pots-de-vin et corruption

Mon père, décédé depuis quelques années, se serait plu en prison. Pas à cause de la nourriture, de la saleté ou du confinement. Mais parce qu’il fut, à l’époque, chroniqueur judiciaire au Montréal Star, un quotidien disparu en 1978.

Colin McGregor, prison de Cowansville | Dossier Prison

Nos bibliothèques, à Saint-Adèle, étaient remplies de romans policiers. Lorsque de vieux auteurs de polars venaient souper à la maison, la conversation tournait autour de la police et des voleurs, des politiciens et de la manière dont les truands se débarrassaient de ceux qui parlaient trop: en leur passant une corde au cou. On attachait un bout de la corde à un arbre et l’autre au pare-chocs d’une voiture, qui s’éloignait alors bien lentement.

Des enveloppes brunes

Mon père était le plus jeune reporter de son secteur, et son bureau était situé à même le quartier général de la Sureté du Québec, rue Parthenais. Il n’a jamais cessé de se plaindre du fait qu’il recevait les plus petits pots-de-vin dans ses enveloppes brunes, à cause de sa jeunesse.

Je dis qu’il aurait aimé être ici, parce que chaque prison fédérale représente une collection de vedettes médiatiques: des visages et des noms connus qui ont fait la une des journaux, et dont les rôles sont repris par des acteurs au Canal D. Sauf qu’on ne peut pas parler de ces choses en prison. Pas si on a une tête sur les épaules.

Crime au Canal D

Certains détenus sont fiers de leurs crimes. Ils épinglent des coupures de journaux sur le babillard de leur cellule. Un chef de gang de la place avait l’habitude de courir, son TV Hebdo à la main, pour dire à tout le monde que son moment de gloire allait être diffusé au Canal D: «N’oubliez pas de regarder mon spectacle, ce soir!»

Mais la plupart de ceux qui se retrouvent derrière les barreaux agissent autrement, au sein de la communauté des détenus. De manière à faire oublier, le plus possible, le crime qui leur a valu d’être ici. Ils travaillent à l’atelier, vont en classe, jouent aux cartes et font du sport sans jamais mentionner ou revivre leur moment de gloire au Canal D.

Être psychopathe

Le crime ronge tout le monde à l’intérieur. Sauf les psychopathes, dont le nombre est étonnamment limité. Les conversations tournent presque toujours autour du sport à la télé, du prochain mauvais repas, du livre qu’on est en train de lire, ou de ce que l’on va acheter à la cantine, ce soir.

Mon père et moi, nous ne nous entendions pas bien, la plupart du temps, au cours de sa longue vie bien remplie. Il buvait. Souvent, les enfants nuisaient à ses nuits prestigieuses au bar où, beau et courtois, il fréquentait les reporters, les anciens escrocs, les millionnaires et milliardaires, tous fascinés par son talent de conteur et sa mémoire photographique pour les noms et les détails personnels embarrassants. Lorsque je me suis retrouvé avec de sérieux et tragiques problèmes, il a réagi en tentant de vendre à un producteur une idée de film inspirée par mon procès. Je ne lui ai jamais pardonné d’avoir signé le contrat. Et il n’a jamais pardonné mon terrible geste. Mais lors de ses rares visites en prison, il était au septième ciel: échangeant des histoires avec le gardien qui le fouillait; scrutant la pièce, les yeux brillants de curiosité, en se demandant qui avait commis quel crime. Il n’a jamais perdu son instinct de reporter.

Je l’ai haï pendant quelque temps. Mais je n’aurais pas dû. Les gens sont comme ils sont. Leurs expériences les forment. Et en prison, vous considérez les gens selon leur manière d’agir et de vous traiter, en étant conscients que nous sommes le résultat des expériences que nous avons vécues.

Mon père était capable d’une grande générosité. Il m’a appris à aimer les livres; un amour qui m’a permis de survivre à mon emprisonnement. Nous sommes tous à la fois bons et méchants, jamais parfaitement conformes à l’image qu’on pourrait donner de nous au Canal D. Aucun de nous, quels qu’aient pu être les pires moments de nos vies… aucun humain, en fait, ne devrait se définir par son jour le plus sombre.

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    Les livres de Colin McGregor

    Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

    Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

    love-in-3dLove in 3D

    Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

    This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

    Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

    teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

    Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

    This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

    Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

    quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

    Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

    Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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    Le magazine Reflet de Société maintenant disponible

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    Le numéro du printemps pour Reflet de Société

    Tout juste sorti de l’imprimeur, nous nous affairons à faire sécher l’encre du tout nouveau numéro du magazine Reflet de Société.

    Raymond Viger | Dossiers Commerce équitableMédias et publicité

    rapper dali rap music hiphop lac st-jean culture urbaineUn tout nouvel exemplaire du magazine d’information et de sensibilisation vient de sortir de presse. Un numéro bien garni de témoignage humain.

    Le rapper Dali fait fièrement la couverture de ce numéro qui annonce le printemps.  Dali, cet artisan de la culture Hiphop, nous présente l’intimidation qu’il a vécu de la part de la communauté Hip hop et du milieu du rap pour avoir chanté avec un homosexuel, Lunatique.

    Le joueur compulsif Ali termine son témoignage sur sa vie de gambler et le prisonnier Jean-Pierre Bellemare nous présente le pire crime qu’il ait commis et pour lequel il n’a jamais été sentencié.

    Nous pourrons aussi y découvrir la fin du reportage du rapper Général et sa décision de sortir du gang de rue des Bloods.

    Guillaume Parent, atteint de paralysie cérébrale nous partage les embuches qui l’ont, malgré tout, amené à un succès pour aider d’autres handicapés à bénéficier de subventions et leur permettre une planification financière pour une éventuelle retraite.

    imagePendant que je présente l’histoire de la Bourse et de ses déviences, Normand Charest nous livre un témoignage sur la Justice sociale et l’économie.

    Pierre, celui qui a connu les piqueries en tant que travailleur et qui nous décrit son ambiance de travail, notre journaliste Dominic Desmarais présente un projet original, Safewalls qui crée différentes affiches pour le Cirque du Soleil tandis que le journaliste Luc Dupont nous présente l’histoire du Refus Global et son actualité dans un mouvement de liberté sociale.

    Les textes seront disponibles sur le blogue dans les mois à venir. Les liens présentés dans ce billet réfèrent aux premières parties des textes annoncés, aux sujets ou aux auteurs.

    Photos couverture François Laplante-Delagrave

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    show_imageQuand un homme accouche

    Roman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet: www.refletdesociete.com. Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4


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