Les vins du Québec et la Société des alcools du Québec

Les vignobles du Québec

La Société des alcools du Québec, le Wal-Mart du vin

Annick Gazaille est propriétaire d’un marché IGA à Magog. La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) a retiré son permis de vente d’alcool pour 14 jours. Son crime? Mme Gazaille a vendu, en 2004, des vins du Domaine Félibre, un vignoble de la région. Sans avoir obtenu la permission de la Société des alcools du Québec. «Il y a beaucoup d’agriculteurs dans les environs. Je les ai toujours aidés», raconte la propriétaire pour justifier sa conduite.

Dominic Desmarais   Dossier Société des alcools du Québec

vins-du-quebec-route-des-vins-vignobles L’affaire Gazaille représente bien les difficultés des vignerons québécois à écouler leurs produits. Leur préoccupation majeure, c’est de rejoindre le client. Il leur est possible de vendre au vignoble. Dans les autres endroits, comme les restaurants, les foires, les épiceries et la Société des alcools du Québec, ils doivent obtenir l’autorisation de la société d’État qui détient l’exclusivité de la distribution des vins et spiritueux au Québec.

«Pour nous, le plus rentable c’est au vignoble, admet Jean-Paul Scieur, propriétaire du Cep d’Argent, à Magog. On écoule nos productions lors de réceptions, des visites guidées. Nous avons un restaurant. Nous avons également des ententes avec des auberges de la région. Mais notre problème, c’est de janvier à avril. Est-il possible d’avoir un marché parallèle?» s’enquiert le vigneron, dépité.

Les vignobles comme le Cep d’Argent ne peuvent attirer des visiteurs à longueur d’année. L’hiver, la caisse enregistreuse ne tinte pas. Les foires sont peu nombreuses. Et la Société des alcools du Québec ne rend pas la vie facile aux producteurs de vins artisanaux.

Le monopole de la Société des alcools du Québec

photos_reportage_images4 La Société d’État possède le monopole de la vente d’alcool au Québec en dehors de la bière, que ce soit dans ses propres succursales ou dans les différents commerces: supermarchés, dépanneurs, restaurants, etc. Quiconque veut offrir ses vins ou spiritueux aux Québécois doit au préalable passer par elle. La Société des alcools du Québec, pour assurer une distribution dans ses 816 succursales et agences, demande aux producteurs de vins d’assurer la livraison d’une importante quantité de vin. Peu de vignobles québécois peuvent répondre à cette exigence.

Le respect des traités internationaux fait également mal aux producteurs. La Société des alcools du Québec doit mettre tous ses clients sur un pied d’égalité. Avec des taxes d’accise pouvant monter jusqu’à 125%, exigées pour tous les produits, les vignobles de la province sont peu concurrentiels. Leur faible production, alliée aux coûts de production élevés pour ce secteur, les écarte, pour la plupart, de la visibilité à la Société des alcools du Québec. Ce qui explique l’absence des vins du vignoble les Trois Clochers. Sa propriétaire, Nadeige Marion, n’a pas les moyens. «Si je veux que mon vin soit vendu à 12$ la bouteille, je dois vendre mon litre 4$. Je ne vendrai pas en bas du prix courant», affirme-t-elle avec frustration.

«La Société des alcools du Québec, c’est le Wal-Mart du vin, lance sérieusement Leonard Pennachetti, propriétaire d’un vignoble en Ontario. C’est conçu pour traiter avec les grosses compagnies. Ça détruit les petits producteurs. À la Société des alcools du Québec, il n’y a pas de produits artisanaux.»

M. Pennachetti considère la LCBO, l’équivalent de la Société des alcools du Québec en Ontario, également comme un Wal-Mart. À la différence près qu’en Ontario, le gouvernement a explicitement demandé à sa société monopolistique de promouvoir les produits locaux.

Au Québec, la Société des alcools du Québec n’a aucune exigence en ce sens. Dans son discours du budget en 2005, le ministre des Finances, Michel Audet, a déclaré vouloir faire de la place aux producteurs de vins québécois et autres alcools artisanaux dans le réseau de la Société des alcools du Québec. Deux ans plus tard, les vignerons du Québec n’ont constaté aucun changement. Les vignerons s’interrogent sur la volonté politique des élus provinciaux.

«Est-ce normal de ne pas voir de présentoirs pour les vins du Québec en entrant dans les succursales de la Société des alcools du Québec?» s’interroge Jean-Paul Scieur, du vignoble le Cep d’Argent. Le gouvernement du Québec, seul actionnaire de la société d’État, demande d’aider les vignobles de la province, rappelle-t-il.

«La Société des alcools du Québec achète 170 millions de bouteilles par année à travers le monde pour les revendre dans ses succursales. Là-dessus, 170 000 proviennent d’ici», détaille Jean-Pierre Belisle, propriétaire du vignoble La Roche des Brises et président de l’Association des Vignerons du Québec (AVQ). Dans l’exercice 2006-2007, les ventes de produits locaux à la Société des alcools du Québec atteignaient 2 200 000$ sur des ventes totales de 2 milliards, indique Linda Bouchard, porte-parole pour la Société des alcools du Québec.

Dans la province voisine, selon les chiffres du Wine Council of Ontario (WCO), les ventes de vins provinciaux ont triplé depuis 15 ans pour atteindre 483 millions cette année. Des ventes 200 fois plus volumineuses qu’au Québec.

Vins locaux sans promotion

vignobles-route-des-vins-du-quebec-vin-quebecois Si le vin québécois s’empoussière sur les tablettes des Société des alcools du Québec, c’est peut-être par manque de promotion de la part des employés du monopole d’État. «Les conseillers sur le plancher offrent des vins français et internationaux depuis 15 à 20 ans, explique Jean-Pierre Belisle, de la Roche des Brises. Il faut changer la mentalité. Promouvoir nos vins doit devenir un réflexe».

En Ontario, la LCBO donne le mandat à un représentant service clientèle de promouvoir les vins locaux. 300 de ses 598 succursales possèdent un tel représentant. Une mesure qui aide beaucoup à promouvoir les vins ontariens, selon Leonard Pennachetti, du vignoble Cave Spring Cellars.

Linda Bouchard, de la Société des alcools du Québec, précise que des employés de la société d’État ont reçu une formation sur les vins locaux. «Certains conseillers ont même fait les vendanges dans des vignobles québécois», raconte-t-elle.

Solutions pour vignobles québécois

Le Cep d’Argent, à Magog, ne va pas trop mal. Son propriétaire, Jean-Paul Scieur, est constamment à la recherche de solutions. Comme celle de vendre ne serait-ce qu’une seule bouteille par année par habitant. «C’est 7,7 millions de bouteilles. Tu multiplies ton industrie par 10. Tu crées des emplois, tu développes les régions», avance-t-il.

Son confrère de la Roche des Brises, Jean-Pierre Belisle, souhaite un marché parallèle à la Société des alcools du Québec pour les vins de la province. «Un vrai réseau, avec une bannière, insiste-t-il. Nos collègues agriculteurs n’ont pas plus de place dans les grandes surfaces». M. Belisle, également président de l’AVQ, verrait d’un bon œil des succursales de produits artisanaux. Il espère que la demande des consommateurs, dans ce réseau nouveau genre, force la main de la Société des alcools du Québec pour donner plus d’espace aux vins québécois.

À l’unanimité, les vignerons considèrent que toute solution passe par une décision du gouvernement. «Le gouvernement n’a qu’à passer le mot. Il est l’actionnaire unique de la Société des alcools du Québec. C’est lui qui décide. Il pourrait, par exemple, vendre 20% de nos bouteilles. Ça ne changerait pas grand chose, rajoute M. Belisle. Linda Bouchard, de la Société des alcools du Québec, confirme que le gouvernement québécois ne ferait pas moins d’argent en vendant des produits locaux plutôt que des vins importés.

Pour M. Belisle, président de l’AVQ, le gros bon sens s’impose. Tant le gouvernement et les consommateurs devraient soutenir une industrie d’ici. «Chaque fois qu’on achète un vin étranger, le Québec ne reçoit que des taxes. Il n’y a aucun rendement économique. On veut créer des emplois en France, mais pas au Québec? C’est fou!»

 

PHOTO-REPORTAGE DE CE TEXTE.

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Vignobles du Québec, cul-de-sac à la SAQ

Les vignobles du Québec

Cul-de-sac à la SAQ

À partir de demain, pendant 3 jours, je vais vous présenter un dossier sur la route des vins au Québec et en Ontario écrit par notre journaliste Dominic Desmarais. Pour introduire ce dossier, je vous présente aujourd’hui un éditorial que j’ai écrit en 2007 sur ma découverte de la route des vins du Québec.

Raymond Viger Dossier Société des alcools du Québec

vins-du-quebec-vignoble-route-des-vins Surprise! Le Québec a deux routes des vins. Une dans les Cantons de l’Est et l’autre dans les Basses-Laurentides. J’ai décidé d’en faire un éditorial pour une raison très simple. J’ai 49 ans et je lis plusieurs journaux et magazines. Je n’avais pourtant jamais entendu parlé d’une route des vins au Québec.

C’est par hasard que j’ai découvert l’existence d’une route des vins. En revenant de Bromont, je décide de prendre des petites routes secondaires. Par hasard, j’aperçois une enseigne bleue de Tourisme Québec qui affiche la «Route des vins» et je m’arrête au premier vignoble. En plus de la traditionnelle dégustation, j’ai droit à une carte aux trésors qui révèlent l’emplacement des 14 vignobles des Cantons-de-l’Est. La semaine suivante, lors d’une autre escapade, je tombe sur la route des vins des Basses-Laurentides et ses 8 vignobles.

Tourisme et la route des vins

vignobles-route-des-vins-du-quebec-vin-quebecois On ne peut rater les panneaux routiers qui annoncent partout le Casino de Montréal. Toutes les autoroutes en sont tapissées. Or, ceux des routes des vins sont beaucoup plus discrets. Il faut emprunter une route secondaire pour les apercevoir.

Saviez-vous que parmi ces vignobles Québécois, certains ont maintenant plus de 25 ans d’existence? Que le nom du vignoble «L’Orpailleur» a été trouvé par Gilles Vigneault? Que plusieurs vins québécois ont gagné des prix internationaux? On ne fait pas que du vin de glace. On élabore aussi des vins blancs, rouges, rosées, gris et fortifiés de qualité.

La Société des alcools du Québec et le vin du Québec

route-des-vins-du-quebec-vignobles-quebecois C’est vrai qu’il existe un monopole pour faire la promotion de nos vins: la Société des alcools du Québec. J’ai fait le tour d’une succursale. J’ai vu des affiches identifiant les vins de plusieurs pays. J’ai même constaté que le Canada partageait une enseigne avec le Portugal. Mais rien pour les vins du Québec.

Une commis m’informe que la Société des alcools du Québec vend bel et bien des vins du Québec. Elle me dirige vers le fond du magasin, à côté des vins en solde. Une affiche différente des autres démontre bien que les vins du Québec n’ont pas encore leur place officielle. Elle précise que les producteurs doivent payer pour être présents sur les tablettes. Étonnant! Je lui réponds du tac au tac que la Société des alcools du Québec devrait soutenir les producteurs locaux.

Un vin québécois devrait pouvoir se retrouver sur les tablettes de la Société des alcools du Québec gratuitement, du moins la première année, pour l’aider à se faire connaître. Ceux que j’ai vus à la succursale ont dû payer leur emplacement. Comment se fait-il alors qu’ils soient moins visibles que les autres vins. Comment se fait-il qu’ils n’aient pas droit à une enseigne bien à eux pour proclamer leur existence?

Sarcastique, je pourrais dire qu’avec un vin québécois, contrairement aux vins européens, on ne peut pas jouer avec les taux de change pour augmenter sa marge de profit. Je pourrais aussi souligner qu’un vin d’Europe génère plus de pollution par son transport qu’un vin d’ici. En consommant les vins du Québec, nous créerions de l’emploi local tout en soutenant des artisans qui ont travaillé d’arrache-pied pour créer des vignobles dans notre contrée au climat inhospitalier.

Soutien aux vignobles du Québec

Nous sommes très fier de la percée des fromages québécois. Maintenant, approprions-nous nos vins des Cantons-de-l’Est et des Basses-Laurentides. Pour aviser la Société des alcools du Québec que vous souhaitez une meilleure représentation des vins québécois, contactez le service à la clientèle au (514) 254-2020. En attendant que la Société des alcools du Québec les présente convenablement, vous pouvez toujours faire vos emplettes directement chez le producteur. En plus, c’est le temps des vendanges!

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