Deux handicapés en amour

Une sexualité adaptée

Marie et Mathieu, deux handicapés, vivent une histoire d’amour qui leur donne des ailes. Ils s’épaulent dans les moments difficiles et partagent leurs victoires quotidiennes. Deux tourtereaux pour qui l’amour se goûte à chaque seconde.

Dominic Desmarais Dossiers Handicap, Santé,

Sans sa canne, Marihandicapés handicap infirme infirmitée aurait du mal à faire deux pas. À 51 ans, son état ne s’améliorera jamais. Elle a la sclérose en plaques. Marie endure son mal et ne perd pas son temps à s’apitoyer. Il y a cinq ans, elle commençait à boiter, à manquer d’équilibre. «C’est bête, c’est sorti de nulle part. Je suis partie à courir pour rattraper mon bus et je suis tombée en pleine face.» Opérée au colon à l’automne 2006, Marie se demande si la consommation de dilodil, un dérivé de la morphine, n’est pas responsable de son état. «J’ai vu un reportage qui disait qu’on n’en donnait plus parce que ça a causé des morts et de graves problèmes secondaires. Moi, ça m’a fait halluciner. Je n’ai pas dormi pendant 2 jours alors que c’était censé être un anesthésiant.»

L’éternelle optimiste

Ses jambes la font souffrir, mais elle persiste à les faire bouger. «Je travaillais et je prenais le métro. Je ne voulais pas prendre les transports adaptés tant que j’étais capable de marcher. Une fois, dans les escaliers roulants, j’ai pris l’allée de gauche pour me forcer à marcher avec ma canne. Un beau jeune homme me talonnait. Je lui ai demandé s’il voulait embarquer dans mes souliers. «Quand on est handicapé, on reste du côté droit», qu’il m’a répondu.  Alors, je lui ai dit: «Quand on est en forme et qu’on veut aller vite, on prend les vrais escaliers.»

Ces commentaires, Marie les ravale. Elle comprend. Mais, elle souffre à chaque fois. «Je n’étais pas hypothéquée comme maintenant. Mais, depuis l’an passé, ça a dégénéré. J’ai des spasmes aux jambes. C’est comme des décharges électriques, des engourdissements. À un moment, je ne sentais plus mes bras. Quand c’est arrivé, je me suis dit: pas aussi mes bras! Laissez-moi au moins ça! Depuis un gros deux mois, ils vont bien. En ce moment, c’est la douche. Je me demande parfois si je vais être capable de tenir debout. J’angoisse avant d’y entrer.»

Au début de l’année 2009, Marie doit recourir aux services du centre de réadaptation Lucie-Bruneau. Son handicap prend de l’ampleur. Elle quitte son emploi, son conjoint. Un pan de sa vie jeté à la poubelle.

Le traumatisé

Mathieu est atteint de sclérose en plaques depuis 2004. Il ne sent pratiquement plus son corps. Ses jambes n’ont aucune force. Il passe ses journées dans un fauteuil roulant à fumer des joints pour dégourdir ses doigts. Il a des problèmes d’incontinence.

Au printemps 2010, Mathieu entreprend des séances de réadaptation. La mort dans l’âme, il se cherche une raison pour continuer à vivre. «Je voulais mourir. Je capotais. Ça faisait au moins six mois que c’était fini, avec mon épouse. Même quand elle ne sortait plus avec moi, elle me lavait. À la longue, elle n’était plus capable. Elle a commencé à me faire de la violence physique et psychologique. Elle levait mes jambes bien hautes et les laissait retomber. J’avais peur d’aller me coucher. Car c’est là qu’elle pétait sa coche. Elle vivait une dépression. Notre appartement était dans un état insalubre. Il y avait des fourmis partout. Des préposés ont trouvé des couches sales dans le linge à laver. Ils ont porté plainte. Mais ce n’était pas de sa faute. Elle partait travailler à 7h et revenait à 19h. Elle devait se lever la nuit pour la petite, lui donner du lait et s’occuper de moi.»

Mathieu marche sur des œufs pour éviter la catastrophe. Il veut épargner à sa petite fille les crises conjugales. «J’ai été 13 ans sans voir mon père. Je ne veux pas que ça m’arrive avec ma fille.»

Le début d’une idylle

Un ami commun raconte l’histoire de Mathieu à Marie qui en est bouleversée. Mathieu, 12 ans plus jeune que Marie, l’invite à souper chez lui. C’était le 27 juillet 2010. La veille de l’anniversaire de Marie.

Depuis, ils sont toujours ensemble. «Ça n’a pas pris de temps. Ce qui est très rare pour moi. C’est sûr qu’au début, c’est l’inconnu. Avec son fauteuil roulant, j’avais peur de lui faire du mal.» Marie, la prévenante, est sensible aux traumatismes de son nouvel amoureux qui acquiesce en hochant de la tête. «Au début de notre relation, je pleurais toujours. J’étais comme un petit chien blessé.» Mathieu, après les lamentations de son épouse, se demande comment une femme pourrait l’aimer à nouveau.

«Il était tellement sensible. Je me demandais toujours si j’avais dit quelque chose de mal. Je l’embrassais et il devenait les yeux pleins d’eau. Ça a pris des mois avant qu’il réalise que je l’aime pour lui. Il était très inquiet. Je pense que c’est le cas de la plupart des handicapés.»

L’amour avec un grand A

«Ça change tout, d’être handicapé. Les valeurs ne sont pas les mêmes. Les relations amoureuses, ce n’est pas la même chose. On ne se perd pas dans des niaiseries. On n’a pas l’énergie. Pour nous, le temps est important. Mathieu, on ne sait jamais ce qui pourrait lui arriver.»

Mathieu et Marie n’ont pas d’emploi, vu leur état. «Au niveau du couple, on n’a pas le tracas de travailler, de s’occuper d’une famille bien que Mathieu reçoive sa fille aux deux semaines. On est toujours ensemble sauf pour le déjeuner. On n’a pas à se raconter nos journées, comment ça s’est passé au boulot. Et Mathieu a bien des deuils à faire. Quant à moi, pas plus tard que l’an passé, je sortais dans les bars. Maintenant, mon petit party, c’est ici, avec Mathieu. Pour nous, c’est toujours le dimanche!»

Une relation entre handicapés demande des sacrifices. «On sent qu’on est limité. On ne peut pas aller monter le Mont-Royal», raconte Mathieu en souriant, sur son fauteuil roulant. Marie le regarde avec tendresse avant de reprendre la parole. «S’il bascule pour s’endormir, ça ne va pas me déranger. Je le comprends. Moi aussi, je suis plus faible. Mais, quelqu’un de normal trouverait ça long. On le sait que telle activité, la piscine par exemple, ça va nous fatiguer. On le sait, alors on s’organise. On peut aller au soleil, sur le banc, dans la cour de l’immeuble.»

Marie, pistonnée par Mathieu, s’est pris un logement dans le même édifice. Elle habite juste au-dessous de son amoureux. «Je me revois dans mon immeuble, avec mes 40 marches à monter… Sans Mathieu, je n’aurais pas eu de logement ici. Je ne sais pas comment je me serais arrangée.»

L’exercice qui rassemble

Marie fait beaucoup de vélo stationnaire et des exercices. «C’est ma religion. Je suis très disciplinée. Je pense que je ne marcherais plus, sans mes exercices. C’est très bénéfique pour les jambes quand j’ai des spasmes. En plus, Mathieu fait les siens en même temps. Ça le motive énormément. Je vois une grosse amélioration. Il n’est peut-être pas aussi bien chez moi qu’au centre de gym, mais au moins il ne reste pas ankylosé dans sa chaise. Et c’est moralement que ça fait le plus de bien. Ça nous aide dans notre couple.»

Marie et Mathieu se regardent avec amour. Ils savourent chaque moment qu’ils passent ensemble. «C’est des petites joies qui, avant, étaient des moments anodins. On se trouve très chanceux.»

À défaut de parcourir le Mont-Royal, les deux tourtereaux prévoient un petit voyage de quatre jours à Québec pour célébrer l’anniversaire de la sœur de Mathieu. Pendant ce temps, ils devront se passer de leur confort adapté. «On va faire avec. On a loué un lève-personne avec une toile pour coucher et lever Mathieu. Et un fauteuil roulant manuel pour qu’il puisse se déplacer à l’intérieur», explique Marie. Le lève-personne leur coûtera 100$ et le fauteuil roulant, 45$. Mais, une sortie en amoureux, ça n’a pas de prix.

Sexualité et handicaps

Quand Marie rencontre Mathieu, elle n’a aucune attente. «Je le trouvais tellement gentil que je me disais : même s’il ne bande pas, ce n’est pas grave. Ce fut une agréable surprise! Il y a des gens qui sont bien portants qui ne baisent plus, ne bandent plus. Ils vivent un amour faux, ils s’engueulent. Quand tu es invalide, tu as le temps de tout regarder et, surtout, d’écouter. On se parle beaucoup, Mathieu et moi.»

Des regards curieux

«Nous, en public, on s’embrasse souvent. On s’aime! C’est toujours drôle de voir la réaction des gens. J’ai plus de relations sexuelles que je n’en ai jamais eues. Mon moment privilégié, c’est le soir quand je retrouve mon chum. Ça fait un an qu’on est ensemble, on baise tous les soirs. Je pourrais compter sur mes 10 doigts les jours où on ne l’a pas fait!»

Les deux amoureux se considèrent chanceux d’avoir une vie sexuelle si satisfaisante. « On est gâtés pourris. J’ai eu des chums qui ne bandaient pas comme ça. Des gens en parfaite santé qui n’avaient pas sa dégaine. »

L’amour plus fort que tout

Faire l’amour avec Mathieu pourrait être repoussant. Incontinent, il porte des couches. Ses jambes sont molles, inanimées. Il peut difficilement utiliser ses mains. S’il veut s’offrir une vie sexuelle épanouie, Mathieu doit avoir une partenaire qui l’accepte comme il est.

«C’est moi qui enlève sa couche et la remet, quand on fait l’amour Ça ne me dérange même pas. Je ne me suis même pas posé de question, la première fois. Tant mieux parce que sinon, ça n’aurait pas marché. C’est ça, l’amour. Si j’ai envie de lui faire plaisir pendant le jour, ce n’est pas un problème. J’ai juste une couche à enlever. Dans l’après-midi, il n’y a pas de préposé. Je le mets dans la toile, je le couche, je déshabille ce qu’il faut et je le rhabille.»

Comme des adolescents, ils piaffent d’impatience quand le préposé de Mathieu est présent. « On peux-tu avoir du fun? On as-tu hâte que la préposée parte le soir. C’est le seul moment qu’on a pour se coller. Avec ma chaise, ce n’est pas facile le jour.»

Les deux handicapés peuvent faire un petit somme d’amoureux l’après-midi et rattraper le temps perdu la nuit. Mais la condition de Mathieu limite les possibilités. Sans un lit orthopédique que l’on peut lever avec une télécommande, le jeune homme dort mal. « On a essayé dans mon lit mais c’était trop dur pour lui. Dans le sien, il peut lever ses jambes, lever la tête. Pas dans mon lit. »

Voyages d’une nuit

C’est Marie qui doit se déplacer et monter un étage. Elle ne s’en plaint pas. Elle amène son lit simple qui est à la hauteur du lit orthopédique. Le matin, pour ne pas être dans les jambes du préposé qui vient lever son amoureux, Marie s’éclipse après avoir rangé son lit. « Je m’organise pour avoir quitté sa chambre pour 8h. Mais, je préfère ça que de retourner passer la nuit chez moi. »

Mathieu acquiesce. Voir sa compagne le quitter en pleine nuit le déprimait. « On trouvait ça dur de se laisser pour aller dormir chacun de son côté. Il va falloir qu’on demande pour avoir un lit double orthopédique. Pour se toucher la cuisse, se donner un petit baiser, passer la main dans les cheveux de l’autre. Des petites caresses normales entre conjoints. »

De temps à autre, Mathieu délaisse son lit orthopédique. Il prend l’ascenseur et quitte son appartement pour des contrées éloignées. « Je pars en voyage! C’est ce que je dis quand je vais dormir chez Marie. Une nuit, je suis à Paris, une autre en Espagne. Et quand je ne passe pas une bonne nuit, on se dit qu’on était en Saskatchewan. Et on n’y retourne plus! »

L’amour qui unit Marie et Mathieu a changé leurs vies. Mathieu s’accepte de plus en plus. Ses pensées suicidaires semblent disparues. Son amertume s’atténue. Il reprend des couleurs, de la joie de vivre. Il est beau. Surtout quand Marie le regarde. Il savoure ces doux moments. Et il y consacre tout son temps.

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Jocelyn Pelosse, la musique et la sclérose en plaques

Santé

Comment vivre sa retraite médicale

Certaines maladies semblent nous rendre prisonniers de notre corps. On passe alors, d’une vie de citoyen productif, à une retraite et à une solitude forcées.

Normand Charest Dossier Santé, Handicapés

Cela peut mener au désespoir… À moins de se trouver une nouvelle place dans la société où l’on pourra se sentir encore utile, mais autrement. Et alors, cela éveille souvent de nouveaux talents.

jocelyn pelosse sclérose plaque santé handicapAvant, Jocelyn Pelosse était un jeune gestionnaire peu porté vers les activités méditatives. Tout cela a changé il y a 3 ans, lorsqu’il devint «retraité médical» à l’âge de 34 ans.

À la suite de divers malaises, il découvre qu’il est atteint de la sclérose en plaques. On pouvait lui donner des traitements qui stopperaient sa dégénérescence. Mais il ne guérirait jamais de cette maladie, à moins qu’on ne découvre un nouveau remède. Et il devrait vivre avec des séquelles… Cela lui laissait peu d’espoir.

De nombreux deuils, des idées noires…

Cette maladie apporte des deuils successifs. «D’abord, on perd son travail, on est mis en « retraite médicale« . Ensuite, on perd son permis de conduire, parce que la vue et la coordination sont touchées.

Puis on risque de se retrouver seul, sans conjointe.» Ce qui lui est arrivé. Et dans sa condition, ça ne semble pas évident de trouver une nouvelle compagne.

La vie sociale active que Jocelyn Pelosse connaissait se transforme alors en isolement. «On se sent mis à part», dit-il. En plus de souffrir, il se sent inutile. Ce qui le remplit d’idées noires. Il se demande s’il ne vaudrait pas mieux en finir, et songe à des moyens pour y parvenir.

«Ce n’est pas normal de se lever le matin avec l’idée du suicide. En plus du fardeau de la maladie, je me sentais rejeté. Et je me demandais ce que j’allais faire de mes prochaines 30 années», dit-il. Il se croyait un peu trop jeune pour la retraite.

D’abord, en parler…

guitare jocelyn pelosse sclérose plaque nock musique santé handicapPour éviter que le désespoir l’envahisse, il décide d’abord d’entreprendre une action sociale utile. «Je n’étais peut-être plus capable de travailler comme avant. Pour le marché du travail, j’étais mort. Je ne pouvais plus conduire. Mais je pouvais encore parler. Pour ça, j’ai beaucoup de facilité!» dit-il en riant et en se qualifiant de verbomoteur.

À partir de là, il s’applique à mieux faire connaître la sclérose en plaques. Peu timide, il agit comme une sorte de porte-parole de cette cause. Il trouve que la question est trop peu médiatisée et qu’il faut relancer le débat. Selon lui, il y a en ce moment autour de 20 000 personnes atteintes de sclérose en plaques au Québec, et 3 nouveaux cas s’ajoutent chaque jour. Les pays nordiques sont les plus touchés par cette maladie, en particulier les jeunes gens. Les femmes sont atteintes en plus grand nombre, mais les hommes le sont de manière plus grave.

Il organise des pétitions, contacte des journaux locaux et la radio, participe à des manifestations. Il croit important d’en parler pour que les malades ne se sentent pas seuls. Pour les informer aussi des ressources qui pourraient les aider, mais dont ils ignorent souvent l’existence. «Sinon, ça peut prendre des années avant de découvrir les groupes d’aide, les associations qui peuvent nous aider. Je le sais parce que je suis passé par là. Et puis le fait de sortir de l’ombre fait du bien aux malades. Ils se sentent moins exclus de la société», dit-il.

Une thérapie artistique

Les deux premières années de sa maladie ont été les plus dures, du point de vue psychologique. S’il va mieux depuis un an, c’est à cause de la musique. Il jouait déjà un peu de guitare depuis l’âge de 15 ans, mais à partir du moment où il commence à composer des chansons (sous le nom de Joce), la musique et l’écriture deviennent pour lui une forme de thérapie.

Le fait d’exprimer son vécu en paroles le libère de ses idées noires, comme en une sorte de «journal intime», dit-il. La magie de la créativité transforme ses douleurs en œuvres d’art. Et il constate que ses confessions «intimes» rejoignent le vécu et la sensibilité de beaucoup d’autres. Soudain, il n’est plus seul. En même temps qu’il s’exprime, il donne une voix aux plus silencieux. Découverte fantastique: ce qui est utile pour soi peut aussi l’être pour les autres!

Et il devient lyrique lorsqu’il dit: «La musique m’a sauvé la vie… L’art guérit l’âme.»

Ses chansons et leurs contextes

Il enregistre sa première chanson, «La manifestation», chez Yves Savard qui en prépare les arrangements. Il s’agit d’une ballade accompagnée à la guitare acoustique. La voix est belle et chaleureuse, et les paroles reflètent sa condition, son vécu ainsi que ses idéaux sociaux. Il parle aussi des 20 000 personnes atteintes de la sclérose en plaques qui forment une société en soi.

De plus, cette pièce raconte une «histoire vraie» à laquelle il a participé. Une cinquantaine de malades, manifestant à Montréal devant les bureaux du Collège des médecins qui tardait à approuver une intervention pourtant reconnue et pratiquée en Europe: l’«angioplastie» (une opération libérant l’obstruction des veines du cou, afin de soulager les symptômes de cette maladie). Certains Québécois se faisaient déjà opérer en Pologne, à leurs frais, pour 15 000$.

«Je trouvais aberrant qu’une solution probable à notre maladie soit ainsi à portée de la main et qu’on ne puisse pas l’utiliser», dit-il.

Si ce genre de manifestations et de pression sur le Collège des médecins et les gouvernements n’ont pas donné de résultats directs, elles ont quand même fourni une présence médiatique plus importante à cette maladie, et ont aidé le public à mieux la comprendre. «La Société canadienne de la sclérose en plaques et le gouvernement canadien investissent pour la recherche.

«Par contre, c’est important que des gars comme moi s’efforcent d’en parler, dans le but de dire aux malades: non, vous n’êtes pas seuls, gardez espoir. Les différentes formes de sclérose en plaques font que, pour certains, le temps presse», ajoute Jocelyn Pelosse.

Il enregistre les 4 chansons suivantes dans le studio de son ami Daniel Labrecque à Mascouche, qui en réalise les arrangements. Il complète le CD en juillet 2012. Si la production de ce disque apporte beaucoup de satisfaction à «Joce», elle n’est pas toujours facile, par contre. À cause de sa santé, qui lui accorde une énergie très variable. Certaines journées sont bonnes et d’autres moins. C’est là où l’expression «au jour le jour» prend tout son sens, selon lui.

La chanson «10 000 questions» nous laisse entendre qu’il a «mal jusqu’au fond de l’âme». «Assis dans mon salon, à me poser 10 000 questions… En attendant les jours de paix.»

En réalité, cette composition ne parle pas directement de lui. Il l’a plutôt écrite pour une amie paraplégique, qui ne se plaint jamais de sa condition. En ce sens, l’exemple de son amie est remarquable.

La chanson «Au travers l’écran» apporte un éclairage intéressant sur l’utilité de l’Internet et des réseaux sociaux pour les gens isolés. C’est là où Jocelyn Pelosse prend conscience qu’il fait partie d’une grande communauté de personnes dont le vécu ressemble au sien. Cela donne lieu à un partage de photos, de pensées. On y voit le malheur des autres, ceux qui se lamentent pour de petites choses et ceux qui ne se plaignent jamais. «Lorsque ces moyens servent à bon escient, dit-il, ils peuvent être très utiles.» Comme le dit cette chanson: «On se partage nos mémoires… nos espoirs… au travers l’écran… Le temps nous guérit, nous grandit…»

«Ça change à soir», la chanson préférée de son père, est inspirée par les revendications étudiantes qui, selon lui, vont au-delà du problème des frais de scolarité. Et ses paroles prennent d’ailleurs un sens plus large lorsqu’il y chante: «le monde tourne à l’envers… on veut changer le cours de la société… on se lève pour la vérité…»

«Imparfait» parle de «tromper ma détresse pour mieux m’avancer», de «chercher la vérité dans ce monde cruel». «C’est ma chanson favorite», dit-il. «Et je pense souvent à cette phrase: « Trouver ma dignité au fond de la poubelle » qui exprime beaucoup de choses, pour moi. Au fond de la poubelle, je vois le permis de conduire que j’ai perdu, et puis toutes sortes de deuils. Mais je retrouve ma dignité par la musique qui me libère, en laissant moins de place à la maladie. Ça me permet de faire encore des choses utiles. Et de donner aux autres, à la société. Lorsque le disque a été complété, j’ai souri pour la première fois depuis longtemps. Et puis les échos positifs sur le Web me surprennent toujours. Ça me fait du bien d’écouter mes chansons, ma réalité exprimée en chansons qui peut ainsi rejoindre les autres.»

Et beaucoup de courage

Les recherches se poursuivent sur la sclérose en plaques, dont les causes sont mal connues. L’angioplastie (l’opération qui consiste à libérer les veines du cou) demeure controversée.

Certains médecins, au Canada et au Québec, s’y intéressent, mais il n’y a pas encore consensus. Pendant ce temps, ceux qui souffrent trouvent le temps long. Certains vont se faire opérer, à leurs frais, à l’étranger. Pas seulement en Pologne, mais aussi au Costa Rica, une destination populaire chez les malades canadiens. Parmi ceux qui ont été opérés là-bas, on dit qu’un tiers ont obtenu une grande amélioration, un autre tiers une certaine amélioration, mais aucune amélioration pour le dernier tiers (voir l’émission The Nature of Things avec David Suzuki, CBC, 30 août 2012).

Bon courage à Jocelyn Pelosse qui, pendant ce temps, fait tout ce qu’il peut pour donner un sens à sa vie. Tout en étant actif socialement et en aidant moralement ceux qui souffrent comme lui. Une attitude qui éveille notre respect.

Jocelyn Pelosse :

«Je suis devenu animateur pour la radio Web http://www.nockmusique.ca. J’y parle de sclérose, de musique et fais tourner de temps à autres mes chansons. Encore une fois, c’est une façon pour moi de me réaliser en tant qu’être humain.

L’impact de la maladie est parfois lourd à porter, encore aujourd’hui. Mais vous savez, j’ai la tête dure! Je veux foncer, m’exprimer et être à l’écoute des plus jeunes qui vivent des choses rock-and-roll…

On peut écouter ma musique sur :  myspace.com/jocelynpelosse»

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Une handicapée veut faire de l’exercice

La Clinique médicale Physergo

Services pour handicapés

Monique Trudel, une résidante de Verdun, est atteinte de la sclérose en plaques et se déplace en fauteuil roulant. Elle a besoin de s’exercer afin de pouvoir garder de la flexibilité et de la souplesse. Elle a contribué à créer le programme Bouger et vivre avec la Clinique médicale Physergo, un organisme sans but lucratif (OSBL).

Anders Turgeon  Dossiers Dossiers Santé, Handicapés

« Les besoins spécifiques en conditionnement physique pour les personnes limitées sont là », allègue la thérapeute en réadaptation physique de la Clinique Physergo et co-fondatrice de Bouger et vivre, Annie Viger. « Ce n’est pas motivant de côtoyer des personnes surentraînées dans des salles d’entraînement régulières. Les gens aux besoins spécifiques ont besoin de faire de l’exercice. Il permet le maintien à domicile de ces gens et retarde leur entrée dans un CHSLD. Cela permet de diminuer les coûts dans le domaine de la santé », fait-elle valoir.

La santé des personnes handicapées

La Clinique Physergo contribue à améliorer la santé et à assurer une qualité de vie. Sa mission est la réadaptation physique à l’aide de la physiothérapie, l’ergothérapie et le gymnase. Après que M. Réjean Douville, le directeur de la Clinique Physergo, et Monique Trudel ait réglé le financement, Annie et Monique ont collaboré ensemble pour la création du programme Bouger et vivre.

Ce nouveau programme est offert à la Clinique Physergo dans un centre de conditionnement physique. Il est personnalisé selon le client, dans un cadre adapté. « La clinique Physergo a eu l’idée du projet, mais je m’y suis impliqué dès sa création », insiste Annie. Elle a trouvé la motivation à s’impliquer dans ce projet grâce à sa passion pour le conditionnement physique. Elle a également observé les besoins des gens âgés ainsi que de ceux aux prises avec un handicap ou une blessure due à un accident de travail.

Le démarrage du programme Bouger et vivre

Afin de démarrer le projet, la Clinique Physergo a obtenu une subvention du Centre local de développement (CLD) Verdun. Elle a aussi obtenu deux autres sources de financement : une petite subvention de l’entreprise récréo-touristique Omnium Bruno Fortin et l’argent recueilli par les abonnements à la Clinique Physergo et ses activités.

Malgré ces fonds, Annie Viger dit qu’il a été difficile de trouver des subventions et d’autres sources de financement pour le programme. « Nous avons connu des difficultés au niveau de l’achat du matériel, plus spécifiquement au niveau du coût élevé des machines spécialisées pour l’entraînement. J’ai aussi dû affronter des problèmes relativement à la préparation du projet comme le temps que j’ai dû y consacrer », plaide-t-elle.

Un médecin de famille pour faire de l’exercice

Pour les clients de la Clinique Physergo qui désirent suivre le programme, Annie doit obtenir un billet du médecin les autorisant à suivre le programme. « Évidemment, ce n’est pas tout le monde qui possède un médecin de famille. Il y a une longue liste d’attente pour en voir un selon les besoins du patient. Je dois déterminer qui je dois prendre avec ou sans billet médical », indique-t-elle.

Annie déplore le manque d’initiatives pour garder les gens avec des limitations physiques et les aînés en forme, et ce, ailleurs sur l’île de Montréal. « C’est une question de coûts, de lourdeur dans la bureaucratie gouvernementale et de disponibilité de spécialistes pour des projets comme celui de Bouger et vivre. Les ressources sont limitées », constate-t-elle.

Néanmoins, elle a confiance en son projet. « Il permet à bon nombre de personnes de Verdun  et du Sud-Ouest, de garder la forme et de rester autonomes le plus longtemps possible », mentionne-t-elle. Bouger et vivre, tel est l’essentiel pour des gens comme Monique Trudel.

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Lazy Legz présente son T-Shirt Pas d’excuses… pas de limites

T-Shirts Pas d'excuses Pas de limites Lazy LegzPour soutenir le breakdancer Lazy Legz dans ses conférences de motivation dans les écoles.

Les T-Shirts Pas d’excuses, pas de limites en noir ou encore No excuses, no limits en bleu sont maintenant disponibles. 20$ (plus taxes et transport).

Par téléphone pour paiement par carte de crédit 514-256-9000. Par Internet. ou courriel cafegraffiti@cafegraffiti.net

En  passant au  Café-Graffiti 4237 Ste-Catherine est du lundi au vendredi  de 9:00 hres à  17:00 hres. vous pouvez payer en argent, chèque, carte  de crédit ou débit.

Par la poste: 4237 Ste-Catherine est  Montréal, Qc. H1V  1X4. N’oubliez pas de mentionner la grandeur et si vous voulez le T-Shirt français ou anglais.

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