Anorexie et anorexie mentale; causes et conséquences

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Troubles de l’alimentation

Survivre à l’enfer de l’anorexie

Certaines maladies sont taboues, minimisées. J’ai connu l’enfer de l’anorexie, et la première étape de ma guérison a été d’admettre que j’étais malade, et d’accepter que je n’y étais pour rien. Mon histoire reflète celle de tant d’autres…

Laure Bidal   Dossier Anorexie

anorexie-diete-maigrir-se-faire-vomir-regime-anorexiqueJe me souviens très bien de la semaine où le retour en arrière n’a plus été possible. J’avais 17 ans. Brillante élève, j’étais en filière scientifique au secondaire «parce que ça ouvre toutes les portes.» Tu parles… Je détestais ça, moi qui, dans mon enfance, avais toujours un bouquin à la main et la tête dans les nuages.

C’était la fin des grandes vacances. Mes parents et mon frère étaient partis en vacance. J’avais déjà un peu maigri, je veillais à mon poids, je ne sais pas vraiment pourquoi.

Malgré la présence de mon chum et de mes copines, je me sentais seule, dans cette maison. J’aurais pu m’amuser, mais une grande vague de culpabilité est venue surveiller chacun de mes pas. La maladie a pris le contrôle de mon être et j’ai pris le contrôle de tout… surtout de ce que je mangeais. Tout ce qui m’échappait m’angoissait.

Descente vertigineuse

anorexique-anorexie-diete-regime-maigrir-se-faire-vomirJe maigrissais à vue d’œil. J’en étais satisfaite. On me complimentait… au début. Mes parents sont rentrés de vacances. C’était trop tard. Je savais que quelque chose s’était produit en si peu de temps… Leur présence aurait-elle changé quelque chose? Ma mère a tout de suite vu que j’avais changé. La rentrée scolaire est arrivée, et je suis descendue droit vers l’enfer, en quelques semaines. Je suis rentrée dans ma bulle. J’ai quitté mon chum, Ugo, qui m’encombrait dans ma quête de pureté, et de perfection. C’est lui qui est le premier à m’avoir balancé le mot «anorexie» en me ramenant chez moi.

À l’heure où l’on devient adulte, je redevenais enfant. Je quittais mon corps. Pour rien au monde, je n’aurais échangé cette silhouette de fantôme. Je ne mangeais rien. Juste de quoi tenir debout.

Mes amies étaient désemparées. Ma mère hurlait, pleurait à me voir dépérir. Je gardais un sourire triste. «Tout allait bien.» Je refusais de mettre le mot «malade». Je refusais d’admettre qu’il y avait un problème. Je me nourrissais de l’ivresse des chiffres qui s’envolent sur la balance. J’exultais à sentir mon ventre vide.

Premier séjour en clinique

À y réfléchir, ces quelques mois n’ont pas existé. Un rêve, une chimère. Jusqu’à ce que j’obtienne ce que je cherchais tout en le fuyant: l’hospitalisation. J’avais perdu plus de 35 livres en trois mois. J’ai atterri dans une unité psychiatrique réservée aux adolescents, toutes pathologies confondues. Le choc a été rude. Certains hurlaient, d’autres se scarifiaient. Ce monde, je ne le connaissais pas, moi qui venais d’un milieu plutôt favorisé, moi qui avais toujours été «l’enfant épanouie».

J’ai passé quatre mois là-bas, à me plier aux activités, au rythme hospitalier, pendant que les autres personnes de mon âge allaient à l’école et faisaient la fête, le week-end. Le principe était simple: je devais atteindre 106 livres pour avoir le droit de sortir. Alors je les ai repris. Je clamais à qui voulait l’entendre que j’avais compris la leçon, que la vie valait la peine, que je me sentais guérie. C’est ce qu’on attendait de moi. Au fond, je gardais cette fascination pour la maigreur, et ce dégoût pour la chair.

Je suis sortie au printemps. La veille de ma majorité. Tout de suite, ç’a été la crise. Je suis retournée en cours. Je m’y suis sentie si mal que j’ai arrêté. C’était l’année du bac.  J’allais le louper. Moi, la bonne élève. Je suis allée à certaines soirées arrosées, je ne pouvais rien boire à cause des calories. Mon cerveau était une calculette à calories. Ma vie n’avait plus aucun intérêt, si ce n’était de calculer.

Parents délateurs

Je passais mes journées à pleurer. Maigrir davantage. Me déchirer avec mes parents. Me taper la tête contre les murs. Vouloir mourir et en avoir peur en même temps. Je prenais pension chez mes grands-parents, ou chez des amis de la famille. Je m’étais mis en tête que tout était de la faute de ma mère. Je la détestais. Et je l’aimais si fort… trop fort. Je lui disais que j’allais mourir, pour tout le poids qu’elle avait posé sur mes épaules depuis ma naissance.

L’été est arrivé, j’avais un job dans une banque. Un jour, un psychiatre m’a appelé. Il travaillait à 300 kilomètres de chez moi. Il m’a simplement demandé «Ne pensez-vous pas que le temps est venu d’arrêter tout ça?» J’ai pesté contre mes parents, les délateurs. Je lui ai dit que je n’avais aucune envie de lui parler, j’ai raccroché. C’est lui qui allait m’aider à me sauver.

Un jour de la fin juin, j’ai dû me rendre chez mon médecin traitant, obligée par ma mère. Le médecin a poussé un cri d’horreur. Je pesais 77 livres, ma tension artérielle et mon pouls étaient si bas qu’elle m’a envoyée aux urgences. J’y ai passé une nuit, on m’a injectée toutes sortes de substances pour guérir mon coeur. Je me suis sentie tellement humiliée. J’avais l’impression de n’être rien, tellement rien…

«Mais pourquoi un tel entêtement?», me demanderez-vous. Voilà le cœur du problème. Je n’avais pas choisi. Cela me surpassait. C’est un cercle vicieux. Combien de fois ai-je décidé que tout était fini, que ça n’était pas sorcier de manger? Mais la maladie fait culpabiliser à chaque bouchée, elle associe toute nourriture à du poison. La volonté ne peut pas grand-chose face à elle. En face des personnes, filles ou garçons d’ailleurs, c’est l’incompréhension.

Par exemple, pour mes grands-parents, tous anciens paysans, et ayant connu la guerre, il était inconcevable, peut-être immoral, que je refuse cette nourriture dont ils ont parfois manquée. Ou encore, la douleur qu’a ressentie ma mère, qui ne parvenait pas à nourrir son propre enfant.

Et c’est reparti…

L’été de mes 18 ans, malgré mes «efforts», je me retrouvais à l’hôpital. Celui des adultes cette fois, dans le service de ce médecin qui m’avait appelée, à des centaines de kilomètres de chez moi. J’étais tellement faible… Je me suis résignée. J’ai été enfermée dans cette chambre lugubre, sans visites, sans courrier. Les plateaux repas partaient aussi pleins qu’ils entraient. Le médecin ne me forçait pas. Moi, j’étais désespérée, j’avais du mal à respirer, comme abrutie, incapable de tenir une conversation. Je voulais m’enfuir, mais je savais que ça ne me mènerait nulle part.

Mon amour propre? Envolé. Je n’étais personne. Je voulais ma mère. Avoir du courrier, ç’a été ma seule motivation au début, c’était la «carotte» pour reprendre du poids. J’y suis arrivée. Puis, j’ai franchi les étapes, une par une. Le droit de téléphoner, une visite, une sortie… Je devais réapprendre à vivre petit à petit.

Mon médecin m’a parlé de retourner en cours, quelques mois après mon entrée à l’hôpital. Je refusais. Je crevais de peur. Au début de l’hiver, j’ai puisé dans mes réserves de courage, et j’ai repris les cours dans un lycée que je ne connaissais pas, dans une ville que je ne connaissais pas. J’avais des activités à l’hôpital de jour. J’y ai fait des rencontres formidables, des personnes qui avaient eu une histoire similaire à la mienne. On pratiquait l’autodérision entre nous. Certaines sont restées mes amies bien après.

À ma sortie, je suis restée proche de l’hôpital. J’ai pris une chambre, j’étais indépendante. Tout n’a pas été parfait, mais j’ai fait mon petit bonhomme de chemin, loin de chez moi, j’ai affronté toutes mes peurs. J’ai eu mon bac, et je suis entrée dans la vie d’adulte. Pourtant, les crises d’angoisse qui sont apparues au début de ma maladie, ne m’ont jamais quittée.

Le maladie du siècle

Je pense que l’anorexie est un de ces «maux du siècle», comme on les appelle, de ces maladies propices à se développer dans nos sociétés actuelles. Sous l’abondance, le refus. Sous la pression de la réussite, le déni le plus total de son corps, de son être, le retour vers une enfance depuis longtemps finie.

Il est inutile de juger, comme les gens ont souvent tendance à le faire. Il s’agit d’une maladie qui n’a rien de «glamour». On perd ses cheveux, sa libido et son goût pour la vie. Des poils poussent, et l’on a froid lorsque tout le monde a chaud. Certaines femmes traversent leur vie entière dans ce néant. Étrangement, les anorexiques ne voient pas leur maigreur, même lorsqu’elle est effrayante. Cela s’appelle le dysmorphophobie.

L’anorexie, un mal pervers

On m’a dit un jour «c’est la maladie amie ennemie.» Malgré tout ce qu’elle fait souffrir, il est difficile de la laisser s’échapper, d’en faire son deuil. J’imagine que c’est le cas pour n’importe quelle dépendance. L’alcool, la drogue… le jeûne.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans et ça va mieux. Ouais… Je n’ai toujours pas un rapport serein avec la nourriture, avec le plaisir, et j’ai toujours régulièrement ces bonnes vieilles crises d’angoisses incontrôlables. Mais, je sais à présent tenir la maladie à distance, et appeler à l’aide. Je me demande encore si je risque à nouveau quelque chose. J’ai retrouvé une vie, je fais des études dans le journalisme. Ça me va mieux que les sciences.

J’ai mis à distance ma mère, et j’ai un amoureux. Il supporte mes côtés sombres, il m’a fait comprendre qu’un talon d’Achille, on en a tous un. J’ai apprivoisé le mien, en attendant que le chevalier noir s’en aille pour de bon.

Autres textes sur l’Anorexie et trouble de l’alimentation:

Témoignage: l’anorexie une histoire d’horreur

Maigrir: Régime économique

Anorexie, Elle Québec et Clin d’oeil

Hormone de la faim: dépendance à la nourriture

Régime, diète et la glace

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Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser:

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Se faire vomir sans avoir trop mal

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Canada Association québécoise d’aide aux personnes souffrant d’anorexie nerveuse et de boulimie (ANEB Québec) Téléphone : 1-800-630-0907, à Montréal : (514) 630-0907

 www.anebquebec.com

Outremangeurs anonymes (Montréal) www.outremangeurs.org

The National Eating Disorder Information Centre (NEDIC) www.nedic.ca

France

Belgique

Suisse Association boulimie anorexie Téléphone : 021 329 04 39

États-Unis

Autres textes sur l’anorexie.

Autre texte sur régime, diète, anorexie, perdre du poids.

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Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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Anorexie, Elle Québec et Clin d’oeil

Anorexie, Elle Québec et Clin d’oeil

Raymond Viger     Dossier Anorexie.

Mercredi le 11 octobre dernier, le Journal de Montréal, sous la plume d’Isabelle Maher, nous présente un dossier sur l’anorexie. Il y a plus de mannequins qui sont malades de leur maigreur qu’il y en aurait en santé.

Denis Desro, rédacteur en chef d’Elle Québec et Michelle Coulombe, directrice du magazine Clin d’oeil soutiennent que la problématique de l’anorexie ne se retrouve pas au Québec, mais en Europe. Wow! Toute la faute sur les designers Européens qui enverraient des échantillons trop petits.

Les magazines Clin d’oeil et Elle Québec reçoivent des échantillons trop petits, ce qui amènent les mannequins qui posent pour eux à être anorexique.

D’une part, où est la conscience sociale de ces deux magazines et de leurs dirigeants? Un bon employeur n’a-t-il pas la responsabilité du bien-être des gens qui travaillent pour lui? Si un fournisseur ne veut pas fournir les bons équipements pour travailler d’une façon saine et sécuritaire, ne devraient-on pas boycotter ces fournisseurs? Quand on accepte, en toute connaissance de cause, de rendre nos employés malades, ne serions-nous pas complices de ces designers qui n’en font qu’à leur tête?

D’autre part, il existe les Normes du travail. Pour moins que ça, sur un chantier de construction on va exiger des équipements adéquats  et on va remuer ciel et terre. Où sont-il et que font-ils dans ce dossier?

Quand certaines entreprises font travailler des enfants dans les pays du tiers-monde, on appelle au boycotte. Ici, ce sont nos enfants du Québec qui souffrent, se rendent malades et en meurt.

Dois-je en arriver à espérer que le public boycotte Elle Québec et Clin d’oeil pour les aider à entrer dans le droit chemin et prendre leurs responsabilités?

Ressources
L’Hôpital Doudlas, troubles de l’alimentation : 514-761-6131 # 2049
Sainte Justine, section médecine de l’adolescence : 514-345-4731
Les Outremangeurs anonymes :
514-490-1939
Montréal Children’s hospital :
514-412-4400
Maison de Transition l’Éclaircie
(à Québec) 418-650-1076
ANEB, à Pointe-Claire, 514-630-0907

Un petit test pour savoir si vous souffrez d’anorexie ou de boulimie par : Doctissimo

Si vous avez envie d’en parler, d’en apprendre ou de sortir de cet enfer, consultez ou appelez :

En France : Anorexiques Boulimiques Anonymes
Téléphone : 02 96 33 38 64 (24h/24)

En Belgique : Outremangeurs Anonymes

En Suisse : Association boulimie anorexie
Téléphone : 021 329 04 39

Au Québec : Clinique St-Amour
Téléphone : (418) 834-9825

Également, Aneb Québec
Téléphone : 1-800-630-0907, à Montréal : (514) 630-0907

Lecture
– Guy POMMERLEAU, Anorexie et boulimie, comprendre pour agir, éd. Gaëtan Morin, Boucherville, 2001, 212p.

– Barbara MOE, Anorexie et boulimie, surmonter un problème alimentaire, trad. de l’anglais pas Jean-Pierre Vidal,
Éditions Logiques, Outremont, 2002 –

– Collectif sous la dir. de Aubut, Garel, Girard, Marquette, Saint-André,

– Revue Prisme, no 32, éd. Hôpital Sainte-Justine, 2000

Internet
http://fr.dir.yahoo.com/Sante
www.aspq.org

Autres textes sur l’Anorexie:

Autres textes sur Hypersexualisation.

Autre texte sur régimediète, anorexie, perdre du poids.

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Le livre, au coût de 19,95$ est disponible.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: www.refletdesociete.com
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