Sexe-réalité

Que pensent les ados de leur sexualité?

La sexualité des jeunes

Les médias encouragent-ils une certaine perversité en répondant au désir de voyeurisme de certains?

Maude Picard, Stéphanie Cabana et Kim Dupaul  Dossiers Hypersexualisation
, Sexualité

sexualite-chez-les-jeunes-education-sexuelle-jeune-sexe Les médias nous bombardent d’articles-chocs: prostitution juvénile, gang bang (plusieurs garçons qui ont une relation avec la même fille), concours de fellations, g-string à 10 ans, absence de protection lors des relations sexuelles… Ces articles entretiennent des préjugés face à la sexualité des jeunes. Certains sont dotés d’images très explicites: cela n’encourage-t-il pas une certaine perversité et ne répond-il pas au désir de voyeurisme de notre société?

De l’érotisme à la pornographie

Certains jeunes reproduisent des images d’une plus grande vulgarité que nos classiques «bleu nuit». Notre culture sexuelle est passée de l’érotisme à la pornographie. La dévalorisation de la femme et la violence sont très présentes dans la pornographie d’aujourd’hui. Internet a remplacé les cours de sexualité. Ensuite, on pointe du doigt le comportement des jeunes. Il faudrait se responsabiliser et prendre en considération qu’ils sont le reflet d’une société.

Les jeunes se plaignent d’une démission parentale. Où est la place de l’amour dans la découverte de soi-même et de l’autre? Quelle est la notion du plaisir versus la performance? La relation est-elle basée sur une prise de pouvoir sur l’autre? De nos observations et de façon générale, le gars se valorise souvent par une accumulation de partenaires alors que pour les filles, dès la séparation et l’acte terminé, les besoins d’affection et de valorisation superficiellement comblés se transforment en un vide émotif. Au même titre que les adultes, plusieurs jeunes vivent des relations saines et satisfaisantes, tandis que d’autres semblent se perdre dans leur sexualité.

On se fait prendre au piège de ses préjugés. Les jeunes sont conscients du phénomène. Ils sont nombreux à se questionner et à désirer un changement. Non, ils ne se plaisent pas à brûler les étapes dans l’évolution de leur sexualité, ils manquent parfois de repères.

Ils aimeraient être plus soutenus dans leur cheminement. En vieillissant, les jeunes se protègent de plus en plus dans leurs relations sexuelles et ils sont souvent ouverts à discuter avec une personne de confiance, qui ne les juge pas.

Il n’y a pas que des idées-chocs et une perte totale des valeurs, il y a aussi du positif. Plusieurs organismes posent des actions concrètes pour intervenir auprès des jeunes ou de leurs parents.

Voici ce qu’en pensent deux jeunes;

Malika, 16 ans

Les jeunes commencent leur sexualité trop tôt, sans être prêts. La publicité et les vidéos nous influencent. La notion du plaisir est tellement importante que c’est ici et maintenant parce que demain, c’est loin. Il faudrait avoir de meilleurs modèles, une plus grande communication avec les parents. Il y a un manque d’éducation à l’école.

Gabriel, 15 ans

À mon école, il y a des gangs bangs dans la ruelle, et des filles qui font des pipes dans les toilettes. Je trouve cela dégueulasse et ces filles ne sont pas les plus respectées. Je crois que c’est dû en partie aux vidéoclips et à la mode. Les gars non plus n’ont pas envie de vivre leur sexualité de cette façon. Il y a la pression de la gang, on veut avoir l’air cool. Il y a de moins en moins de couples dans l’école, c’est plus des amis ou des gens qui baisent.

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Les jeunes nous parlent: sexe et gangs de rue

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Les jeunes nous parlent: sexe et gangs de rue

Dossier Gang de rueSexualité et Hypersexualisation

Notre journaliste, Dominic Desmarais publie un excellent reportage sur les gangs de rue (vol 13 no 6). Ce reportage a été repris par d’autres médias à travers le Québec. L’école secondaire de la Magdelaine à Laprairie s’est servi de ce reportage pour amorcer une réflexion auprès de leurs jeunes. Nous rapportons ici les commentaires de 14 de ces jeunes du Secondaire IV. Leur âge varie de 15 à 16 ans.

Janyck Beaulieu

Le problème des gangs de rue est devenu inquiétant. Les parents absents sont une cause importante. Avec les années, sans encadrement et à se débrouiller seul, il risque de développer des moyens de survie illégaux. Afin de faire de l’argent, ces jeunes se rassemblent et deviennent des gangs de rue. Il serait important que l’enfant soit bien encadré par des organismes si ses parents ne s’en occupent pas.

Le gouvernement devrait donner plus de fond à ces organismes et en créer de nouveaux. La drogue y est aussi pour quelque chose. La drogue affecte non seulement notre corps mais aussi notre façon de penser et d’agir. Elle provoque une forme de négligence face à l’éducation et à tout ce qui l’entoure. Ne voulant plus aller à l’école, ils se promènent en petite gang et cherche à faire de l’argent. La drogue est un moyen facile pour en faire.

Je crois que les gangs de rue sont un problème de plus dans la société. Ils reflètent bien comment le Québec s’occupent de ses jeunes. Il serait grand temps d’agir et de leur donner la chance d’avoir une vie stable.

Julie Lefrançois et Jean-Michel Tessier

Les acteurs concernés tels que les écoles, les familles ou encore la police devraient s’unir rapidement afin de sauver le plus de jeunes de leur détresse profonde. Les parents doivent s’investir dans leur rôle. Les jeunes ont grandement besoin d’attention, de valorisation ainsi que de protection. C’est aux parents que revient ce devoir. Un enfant qui manque d’affection et d’encadrement risque plus d’adhérer à un gang. C’est le seul moyen qu’il trouve pour combler un vide intérieur.

Les jeunes sont-ils trop influençables? Autrefois, la valeur familiale fracassait le palmarès des valeurs. Aujourd’hui, elle s’est fait déclasser par l’argent. Le gangster RAP, dont le chanteur 50 cents, contribue à véhiculer l’image que l’argent est synonyme de beaux chars, de belles filles, de drogue, d’armes, de sexe. La vie facile. Pourtant, la vision qu’ils offrent dans leur vidéo n’a rien à avoir avec la réalité. Une solution qui aiderait à contrer les gangs serait d’investir dans les milieux concernés et de sensibiliser les gens à cette triste réalité.

Sébastien Houle

Taxage, intimidation, menaces, vente de drogue, prostitution et règlements de compte. Voilà ce qu’est l’enfer des gangs de rue. Les morts ne cessent d’augmenter et la plupart sont reliés aux gangs de rue.

Plusieurs familles pleurent, font le deuil de personnes qui étaient proches d’eux. Pourquoi s’enrôler dans des gangs de rue? Ce problème prend beaucoup d’ampleur. Il faut trouver des solutions qui régleront au plus vite ce problème. Sommes-nous en train de perdre le contrôle de la situation? L’univers des gangs de rue est un système très violent et dangereux. Plusieurs jeunes ne connaissent pas les dangers qu’ils courent en entrant dans les gangs de rue. Ils vivent parfois des problèmes familiaux ou il manque tout simplement d’encadrement.

Nous devrions dès maintenant informer nos jeunes et aider ceux qui sont déjà dans cet univers. Tout cela doit changer au plus vite. Les jeunes sont souvent influencés par les chanteurs de rap. Le style gangster rap est devenu très populaire auprès des jeunes ados. Les vidéo clip ne leur donnent pas toujours un bon exemple. Dans ces vidéos, le chanteur 50 cent fait allusion à la force des armes ou aux pouvoir que peut apporter l’argent. Les jeunes se basent sur ces modèles pour donner un sens à leur vie. Il faut à tout prit intervenir.

Qu’est-ce que ces jeunes deviendront à l’âge adulte? La société doit réagir au plus vite à ce problème et venir en aide aux jeunes ados qui vivent l’enfer des gangs de rue. Pour les autres jeunes, il faut les prévenir des graves dangers qu’ils risquent en s’enrôlant dans un gang. Il faut aussi dire aux parents d’intervenir auprès des jeunes et de faire appel à des organismes pour leur venir en aide.

Joanie et Mélyanne

Le phénomène des gangs de rue touche de plus en plus la jeune population de Montréal. Pour notre part, nous sommes confrontées à la peur et à l’insécurité de sortir seules le soir. Les policiers sont impuissants face aux méfaits des gangs de rue. Comment peut-on se sentir en sécurité lorsque nous regardons ce qui nous entoure? Personne n’est à l’abri de la violence.

Ne croyez-vous pas qu’il serait peut-être temps de réagir à ce trouble de société grandissant? Quel est l’influence des vidéo-clips chez les jeunes? Pourquoi des femmes s’exposent à peine vêtu devant un public de tous âges? Ce phénomène vulgaire et superficiel est incompréhensible. Oui, les chanteurs auront plus de profit en provocant les spectateurs, mais ils ne se soucient pas des méfaits qu’ils causent. Ces méfaits poussent les jeunes vers une pensée négative et les amènent vers les gangs de rue. Pourquoi pousser les jeunes vers la haine au lieu de leur apprendre les belles choses de la vie?

Pour solutionner nos nombreux problèmes sociaux, nous devons premièrement en prendre conscience. Les policiers devraient être plus présents dans les rues pour éviter et diminuer la violence. Les postes de télévision devraient arrêter de passer de tels vidéo-clips et d’en passer des plus réalistes, qui montrent les vraies choses de la vie.

Marie-Lucie Chénier et Jean-Christophe Emond

Les gens ne font que parler des gangs de rue mais personnes ne donnent de vraies solutions. Ils ne comprennent pas réellement ce qui attire les jeunes à aller dans un gang. La plupart des jeunes joignent les gangs de rues pour l’argent. C’est dix fois plus payant qu’un travail légal et ça demande beaucoup moins d’effort.

On devrait encourager les jeunes à travailler légalement en augmentant leurs salaires et en améliorant les conditions de travail des jeunes. Ce qui pousse aussi les adolescents à joindre les gangs est la protection. De nos jours, on ne se bat plus un contre un. Ils appellent tout leurs amis pour se défendre. Un jeune qui appartient à une gang est protégé par les autres membres. Tant que les jeunes pourront se faire de l’argent facile et qu’ils seront protégés par leurs gangs de rues, ils en feront partis. Il faut agir en favorisant le travail légal.

Marc-Alexandre Croteau et Jean-Nicholas Bourdon

Les gangs sont de plus en plus présentent dans les rues. Nous sommes d’avis que le rappeur 50 cents et le gangster rap ont une mauvaise influence sur les jeunes. Tous ces fans veulent faire comme lui. Je connais un ami qui n’écoute que ça. Comme fond d’écran sur son ordinateur il a deux AK47 et deux M4. Il se promène à tous les jours avec un canif sur lui! Le gangster rap montre une mauvaise vision aux jeunes. Les jeunes sont violents parce qu’ils sont trop laissés à eux-mêmes. Les parents ne sont pas assez présents dans la vie de leurs jeunes. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent et les parents n’en savent rien.

Bénédicto Desbiens

De plus en plus de jeunes cherchent à se valoriser. C’est pourquoi ils veulent faire parti de «gangs de rue». Les adolescents ont besoin de se référer à un modèle pour être «cool». Le rappeur 50 cents a une influence sur les jeunes. Les adolescents voient dans ses vidéo-clips qu’il est riche et ils veulent faire pareil. Pour les adolescents, riche signifie: avoir toutes les filles, des grosses maisons, etc. Il faudrait réduire ce phénomène car il grossit d’année en année.

Les policiers ont essayé de trouver des trucs pour réduire ce phénomène, mais sans résultats. Les gangs de rue dureront tant et aussi longtemps que ces modèles existeront. Nous devrions changer leurs perceptions et proposer d’autres modèles. Mais allons-nous vraiment réussir à réduire ce phénomène?

Danny Arseneault

Les gangs de rue sont de plus en plus présente dans notre région. Les jeunes font parti de gangs de rue parce qu’ils veulent avoir une protection. Les jeunes qui ont de la misère avec leur famille et qui sont dans des milieux défavorisés sont plus portés à faire partie d’un gang. Ils se font influencer par d’autres jeunes.

Les jeunes veulent aussi imiter leur idole. Le rappeur 50 cents est un des modèles pour les jeunes. Dans ces vidéos, on peut y voir le luxe, les chars, l’argent, les filles. Les jeunes pensent améliorer leur image en adoptent celle de leur idole.

Marian Kissi

Ce n’est pas tous les membres d’un gang de rue qui sont violents. Le sentiment d’être en sécurité est une des raisons de vouloir appartenir à une gang. En étant en gang, on sait qu’on a un groupe d’amis qui sera toujours là pour nous. Il deviendra notre famille. On se sentira moins seule. Je ne crois pas que c’est la solution idéale pour se sentir aimer.

En regardant les vidéos clips de 50 cents tenant une arme, ça influence les jeunes. Mais c’est la responsabilité des médias. Ce sont eux qui projettent ce genre de vie aux jeunes. On allume le téléviseur. On voit du monde riche. Pleins de voitures coûteuses. Une grande maison. C’est ça que la majorité des gens vont vouloir! Pour que les adolescents n’envisagent pas ce mode de vie, les parents doivent être présents et montrer à leurs enfants qu’ils sont là pour eux. Ils doivent aussi les soutenir dans leurs décisions afin d’assurer leurs futurs.

Marc-Antoine Serré

Il y a trop de jeunes qui sont membres de gangs de rues. Est-ce normal? Dans les écoles, il y a beaucoup trop de violence. Les écoles doivent prendre des mesures de sécurité tels des caméras. Ils conservent même les numéros de casiers des suspect et envoient l’escouade canine. C’est anormal de devoir prendre de tels mesures.

Des jeunes entrent dans les gangs de rues en pensant devenir riches et puissants. Ils ne pensent pas aux conséquences que cela peut leurs apporter. Je partage l’avis de l’inspecteur Jean Baraby de la police de Montréal. Le devoir primordial des parents est de dire à leurs enfants qu’ils les aiment et qu’ils le fassent sentir mieux. De plus, le projet de l’organisme communautaire de la Maison d’Haïti avec ses travailleurs de rue est une très bonne idée pour minimiser la violence. Les gangs de rue existeront toujours. La facilité à se procurer des armes encourage ce phénomène. Mais on peut toujours la minimiser!

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Quand un homme accouche

quand-un-homme-accouche-roman-cheminementRoman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$. Disponible en anglais Love in 3 D.

Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009

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Cours de striptease et danse érotique

Cours de striptease et danse érotique

Claire Gaillard. Dossier, Sexualité, Hypersexualisation

pole-dance-dancing-danse-poteau-cours-striptease Aux traditionnelles séances d’aérobie, certaines femmes préfèrent aujourd’hui les cours de striptease et de danse érotique qu’elles jugent plus stimulants et tout aussi efficaces. Dans la même veine, les réunions tuperware ont été délaissées au profit de partys sex-toys. Ce qui était considéré comme des pratiques marginales est maintenant à la portée de tous ceux et celles qui voudraient pimenter leur vie sexuelle et personnelle. La forte médiatisation de ces attitudes et la prolifération des supports pornographiques les ont érigées en modèles de référence. Un pas en avant selon certains, deux pas en arrière estiment d’autres.

Femme et sexualité

Des décennies de lutte féministe ont évacué les images de la femme au foyer soumise et procréatrice. Aujourd’hui la femme peut contrôler son corps et sa sexualité. Elle a le droit et la possibilité de tout explorer. Pour quelques dizaines de dollars, Madame Tout-le-monde peut prendre des cours de striptease ou de danse poteau. Elle peut s’initier à l’érotisme du tantra, au massage sensuel en couple et améliorer ses techniques pour donner encore plus de plaisir à son partenaire.

Cours de striptease

Les élèves de Velma Candyass, professeure de striptease et de danse cabaret duerotisme-erotique-sexualite-sexe-caresse-fantasme-masturbation studio Joytoyz de Montréal, ne sont ni des prostituées ni des danseuses nues. Ce sont des femmes de tous âges, de milieux social et professionnel variés. Elles s’inscrivent aux cours comme d’autres vont au gym ou chez un psychologue, ou simplement pour réaliser un fantasme privé. «Il n’y a rien de sale ou de vulgaire, précise une élève de 22 ans. On a beaucoup de fun, il y a une très bonne ambiance, on fait de l’effort physique mais ça peut nous servir dans la vie privée. Je me sens juste bien quand je pars d’ici.»

Danse érotique

«Quand on pense à la danse érotique, on imagine tout de suite sa dimension professionnelle, selon Velma. Mais c’est comme de la thérapie corporelle. Il s’agit de découvrir un autre côté de soi. En général, les filles qui viennent en classe veulent explorer leur sensualité, leur corps et les mouvements. C’est plus comme un cours de danse pour elles.» C’est le cas d’une autre de ses élèves, qui pratique aussi la salsa, et qui voit les ateliers offerts par Joytoyz comme une approche artistique originale.

Épanouissement sexuel?

Selon la chercheuse Sandrine Ricci, de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM, l’épanouissement sexuel fait de plus en plus partie d’une quête de croissance et d’épanouissement personnel. Les femmes n’agiraient cependant pas complètement de leur propre gré. «On parle toujours de libre choix mais avec tous les stéréotypes inaccessibles dont on nous bombarde, ce n’est pas si facile. Les femmes sont sous le joug de normes de beauté et de comportement.»

D’après Francine Duquet, professeure de sexologie à l’UQAM, si de tels cours ont autant de succès, c’est que «les adultes ne sont pas à l’abri de la banalisation de la sexualité. La médiatisation du phénomène, la libéralisation des mœurs et le déclin de la religion ont engendré une dégradation des valeurs morales en ce qui concerne la perception des autres et de soi. Ce qui était tabou hier est devenu banal. La majorité des gens ne se choquent plus de rien. On suppose que les adultes agissent avec discernement, mais ils baignent aussi dans l’univers de l’obsession de la beauté et de la performance.»

Érotisation et hypersexualisation

Les femmes n’auraient pas échappé au phénomène d’érotisation de la société. Reste à savoir dans quelle mesure elles en seraient victimes. «L’hypersexualisation est une tendance lourde à ramener l’identité des individus à leur seule dimension sexuelle», définit le sexologue et enseignant au cégep de Sherbrooke, Alain Desharnais. La sexualité serait devenue plus qu’un élément accrocheur dans la publicité, les clips musicaux et les émissions de téléréalité. La valeur de chacun se mesurerait, de plus en plus, à ses capacités de séduction, à ses performances sexuelles et, par la même occasion, à son apparence physique.

«Pour être bien dans sa peau et dans sa vie, pour être in et échapper à la ringardise […], il faut adopter de nouvelles pratiques sexuelles et consommer les produits de l’industrie du sexe: films, gadgets sexuels, etc.», écrivent Richard Poulin et Amélie Laprade, respectivement sociologue-chercheur à l’Université d’Ottawa et sociologue-analyste de recherche à Santé Canada, dans leur texte «Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes» sur le site Internet Sysiphe. «Il faut oser tout essayer et apprendre à aimer la sodomie, l’éjaculation faciale, la double ou triple pénétration, le triolisme, l’échangisme, etc.»

Sexe récréatif

Exit le modèle du sexe reproducteur ou romantique, l’ère nouvelle serait au sexe récréatif. Et selon Sandrine Ricci, celles qui osent questionner les stéréotypes sexuels sont seulement des filles «plates», frustrées, voire moralisatrices. «C’est ce qui a toujours été dit des féministes, indique-t-elle. Aujourd’hui, on ne peut pas être autrement que sexy. Je vois ça comme une perte de pouvoir parce qu’il faut correspondre à des stéréotypes pour faire sa place.»

Même son de cloche chez la chef de service en leadership et coordinatrice du projet de recherche sur la sexualisation précoce du YWCA de Montréal, Lilia Goldfarb, qui croit que «la valeur des femmes est de plus en plus tributaire de leur degré d’apparence et de sexualisation. Paraître est plus important qu’être. Si on ne veut pas embarquer dans la vague de “l’épanouissement sexuel”, on est vieille et démodée.»

Les femmes ne profitent pas de leurs acquis pour se faire valoir autrement, par leurs connaissances, leur savoir-faire ou leurs activités, croit la journaliste Geneviève St-Germain, citée dans un article sur «La tendance pitoune.» du numéro de mars 2007 de La Gazette des femmes. «Au fond, c’est tellement moins épuisant et plus valorisant d’être une belle cocotte sexy que de lutter pour faire valoir ses droits!»

D’accord sur le fond mais pas sur la forme, Sandrine Ricci concède que «faire valoir ses droits et connaissances, ce n’est pas vraiment le modèle proposé aux femmes pour se valoriser. Mais répondre aux standards c’est une job à temps plein qui a ses conséquences! Je ne suis pas sûre que ça soit moins fatigant.» Elle fait remarquer que la course à la beauté présente son lot d’effets pervers tels que les troubles alimentaires et autres syndromes dépressifs.

Sexualité pornographique

La sexologue Francine Duquet souligne que les valeurs de performance et de compétitivité auraient colonisé la sexualité aux dépens des principes d’intimité, de respect et de partage qui sont les piliers du couple et de la vie à deux. Les conséquences: « Pour les adultes, il est parfaitement possible d’expérimenter de nombreuses choses dans le consentement. Mais cela comporte le danger qu’on ne soit pas réellement au clair avec ses propres désirs. Ça provoque aussi une distorsion de ce qu’est la relation à l’autre.» L’apprentissage sexuel peut ainsi être lavé de tout aspect affectif et humain.

Plutôt que de jouir sans entraves, les femmes seraient devenues prisonnières d’une sexualité instrumentalisée. Elles reproduisent des modèles qu’elles ont intériorisés. «Elles sont devenus pour les hommes de “bons objets” en se conformant aux standards proposés, explique Lilia Goldfarb. Leurs réels désirs, leur santé, leur bien-être, leurs compétences et réussites passent au deuxième plan.». Elle estime que les femmes seront réellement libérées quand elles auront pleinement conscience de la nature des rapports sociaux de sexe et qu’elles les auront renversés. «La barre est pas mal haute pour les femmes» qui ont intériorisé les désirs et visions des autres pour en faire les leurs.

D’après la chercheuse du YWCA, «l’adoption d’une sexualité pornographique, selon des codes masculins et dominateurs, ne peut pas vraiment nous libérer. Quand on arrive à croire que ce qui nous opprime nous libère, c’est là qu’on est colonisé.»

Sexualité des gars: bien faire l’amour

N’en déplaise aux «machos» qui, hier, dominaient les sociétés occidentales, «aujourd’hui, les garçons sont déroutés par les attitudes très sexualisées des filles, selon la sexologue Francine Duquet. Les filles font tout pour plaire à leurs chums, qui n’ont plus de vrai désir. Il leur reste seulement la responsabilité de performer et d’être à la hauteur des attentes des filles.» La dimension amoureuse serait évacuée des rapports hommes-femmes. La sexualité peut alors devenir une arme redoutable de contrôle et de manipulation. «À 16 ans, les dégâts sont immenses quand on se fait dire par sa blonde qu’on fait mal l’amour.»

Le sexologue au cégep de Sherbrooke, Alain Desharnais, exposait un avis similaire lors d’une conférence sur l’hypersexualisation: «La nouvelle anxiété des gars, c’est de ne pas être à la hauteur des nouveaux standards de performance. Ils sont confrontés à un modèle qu’ils ne peuvent pas imiter.» Ils ont donc tendance à se tourner vers des formes de sexualité dites « passives », comme la pornographie magazine ou Internet afin d’éviter le jugement de le part d’une partenaire.

Masturbation, orgasme, photo érotique, échangisme, sexe oral…

En 1980, une jeune fille écrit anonymement au magazine Filles d’aujourd’hui pour demander s’il est normal qu’elle pratique la masturbation de temps en temps. On lui répond qu’elle est libre de ses actions, mais que certaines études ont démontré les effets nocifs de la masturbation.

En 2007, le magazine Femme d’aujourd’hui se consacre essentiellement à des «sujets tabous et coquins». De l’orgasme à la photo érotique de couple en passant par l’échangisme, le sexe oral et les meilleurs endroits où faire l’amour l’été, le magazine passe au crible tout ce qui se rapporte aux pratiques sexuelles en vogue. Le titre se veut évocateur : la «femme d’aujourd’hui» a, à sa portée, une sexualité fascinante et variée.

L’amour en 3 dimensions.

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

Le livre est disponible au coût de 19,95$. Une co-écriture avec le journaliste Colin McGregor a permis de présenter une version anglophone LOVE in 3D.

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L’hypersexualisation: pas juste une mode

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L’hypersexualisation: pas juste une mode

Dossier SexualitéHypersexualisation
et Britney Spears .

Dominic Desmarais Octobre-Novembre Numéro 14.1

Des tenues suggestives ne laissant place à aucune imagination, des jeux sexuels de plus en plus précoces. Les jeunes d’aujourd’hui baignent dans le sexe. L’uniforme est-il la solution pour contrer l’hypersexualisation des jeunes?

Pour nous parler de l’hypersexualisation des jeunes, nous avons rencontré Paul Trottier. Fin trentaine, il est habillé d’un jean décontracté. Ses patins à roues alignées, abandonnés sur le bord du mur, cadrent mal avec l’image d’un vice-président de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Ancien attaché politique de Gilles Duceppe et Réal Ménard, l’homme au visage de chérubin tient à distinguer string et vêtements provocants du port de l’uniforme.

«L’uniforme, on en parle depuis longtemps. L’école publique est en compétition avec l’école privée. Le privé, c’est la discipline, le contrôle. C’est un des aspects que recherchent les parents. Les défenseurs des écoles publiques cherchent des solutions. Ce qui explique pourquoi le port de l’uniforme revient à chaque rentrée scolaire.» La décision d’imposer ou non l’uniforme aux élèves ne changerait rien. «Dans toutes les époques, les jeunes, autant les gars que les filles, ont adopté une tenue vestimentaire de leur temps. Ça ne me menace pas, l’apprentissage de la sexualité des jeunes», confie le commissaire.

Vêtements sexy et osés

Philippe (nom fictif), ne partage pas son point de vue. Enseignant depuis 4 ans à la 6ème année, il éprouve des difficultés à donner ses cours devant de jeunes nymphes tentatrices. L’encadrement vestimentaire, il y voit. «C’est à nous les profs de dire non. Les jeunes savent, ils s’essaient. Moi, je leur dis tout le temps, ça passe jamais. Une fois que tu l’as dit, les autres le savent, donc ils ne s’habilleront pas comme ça.» Philippe n’a rien de vieux jeu. Début trentaine, ce peintre à ses heures s’explique mal comment ces jeunes filles ont pu quitter le nid familial habillées de la sorte. «C’est surtout les parents. T’envoies pas tes enfants comme ça. Je comprends pas», s’exclame-t-il, encore ahuri.

Contrer l’hypersexualisation?

Un argument en faveur de l’uniforme? M. Trottier préfère plutôt privilégier l’éducation que la restriction. «Surtout chez les petites filles. Les filles, même très jeunes, ont tendance à adopter un style vestimentaire plus vieux. Elles veulent adopter leurs modèles. Ce qui n’est pas mauvais. Sauf que le message envoyé, c’est que la fille a un épanouissement sexuel qu’elle n’a pas», constate Paul Trottier, également diplômé en sexologie. «Quand tu demandes à la petite fille pourquoi elle s’habille de la sorte, elle ne sait pas. Elle veut juste être comme ses modèles.»

Britney Spears, Christina Aguilera et Playboy

Les Britney Spears et Christina Aguilera ont de l’influence. Même le lapin Playboy a la cote auprès des jeunes consommatrices qui trimballent ce symbole à connotation sexuelle. «Comme adulte, il faut avoir un regard bienveillant. C’est notre responsabilité de voir la différence entre ces petites habillées comme Britney Spears et les filles de 17 ans», rappelle le vice-président de la Commission scolaire de Montréal.

De nouvelles pratiques sexuelles

Plus visible, la tenue vestimentaire des jeunes filles alimente les débats. Mais l’hypersexualisation ne se limite pas à un string et un gilet-bédaine. Les jeunes s’adonnent à de nouvelles pratiques sexuelles. Le Dr Franziska Baltzer, directrice de la clinique pour adolescents de l’Hôpital de Montréal pour enfants, vient de découvrir de nouveaux comportements à risque. «Ce n’est plus juste dans le vagin. C’est aussi dans la bouche, dans les yeux.»

En 20 ans de pratique, Le Dr Baltzer a vu son premier cas de chlamydia dans un œil cette année. Elle dit maintenant vérifier les amygdalites, que pourrait causer une gonhorrée, ainsi que la bouche, qui pourrait être infestée de condylomes. Elle se garde bien d’être alarmiste. «Pour moi, l’âge n’a pas changé. La pratique a changé. On me dit nous, ce qu’on pratique, c’est du sexe récréatif. Comme aller voir une vue, aller prendre une bière. Pas d’engagement, c’est moins de responsabilités que d’avoir un petit ami», dit-elle avec un léger accent anglophone.

Selon la directrice de la clinique pour adolescents, ce sexe récréatif se serait développé sur une période de 3 – 4 ans. «Je sais pas pourquoi ça vient… Comme des modes, ça peut partir vite. Les bracelets du sexe, ç’a duré 2 ans, mais c’est fini», fait-elle remarquer en ajoutant que cette pratique ne s’embarrasse pas de préjugés. «C’est dans tous les milieux. C’est ce que je vois. Autant les familles aisées que pauvres, peu importe leur origine.»

Maladies transmises sexuellement

Résultat, le nombre de cas de MTS a augmenté, vue la pratique de fellations sans condoms. Les Canadiens s’inspireront-ils des campagnes conservatrices de leurs voisins du sud? Le Dr Baltzer ne le souhaite pas. «La campagne Say no to sex, aux États-Unis, c’est fort. Très fort. Un grand nombre reste chaste avant le mariage. Mais ils vont quand même avoir des relations. Mal informés, ils sont plus à risque. Ils font ça avec beaucoup plus de culpabilité, ne vont pas s’informer sur les moyens de contraception, sur les maladies. Le taux de MTS, c’est chez les jeunes du Say no to sex qu’il est le plus élevé aux États-Unis.»

Parmi les MTS les plus courantes, Mme Baltzer cite les suivantes: «C’est la grossesse que tu pognes le plus facilement. Ensuite la chlamydia, les condylomes et l’herpès.» Paul Trottier n’est pas dupe. Il comprend les conséquences de cette sexualité sans émotions. «Moi aussi je le vois, les jeunes qui banalisent la sexualité. La jeune fille qui fait une fellation se dit qu’il n’y a pas de conséquences parce qu’il ne s’agit pas d’un acte sexuel.»

Sexe et jeune

Parler sexe aux jeunes alors? Philippe, l’enseignant en 6ème année, apporte un bémol. Après une rencontre avec une sexologue venue préparer le corps professoral de l’école, il comprend l’ampleur des dégâts. «On aborde juste la sexualité. On met toujours l’emphase sur les condoms, les MTS, mais jamais sur les sentiments, la manipulation, les relations amoureuses. Si je suis en 6ème année et qu’on me parle de condoms, je vais me demander comment le mettre, je vais penser condom… Si on me parle de relations amoureuses, je vais penser relations. Faut aussi leur parler d’amour», conclut-il.

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Tu cherches des photos d’enfants et de jeunes nus. Parce que c’est disponible sur l’Internet, tu dis que ce n’est pas grave, que tu ne leur touches pas. Dis-toi que pour avoir ces photos, ces vidéos, un jeune quelque part a dû subir la pression d’un adulte. Celui qui regarde est complice de celui qui abuse d’un jeune.

Sache cependant que des enfants et des jeunes ne peuvent pas avoir de consentement acceptable dans leur vie sexuelle.

Si tu en es rendu-là, il est temps de demander de l’aide. Il n’est peut-être pas facile de le faire, mais prends-en conscience avant que quelqu’un ne le fasse pour toi.

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Les jeunes, le sexe et l’alcool

Les jeunes, le sexe et l’alcool

sexualite-chez-les-jeunes-education-sexuelle-jeune-sexeDossier Sexualité

Une petite histoire vient d’être publié et qui pourrait être anodine. Un album de finissants de la région de Sherbrooke contient des photos de jeunes. Un étudiant nu, d’autres buvant de l’alcool, quelques images à caractères sexuelles

Le sexe à l’école

Une enseignante a supervisé l’album de finissants. Elle a considéré les photos acceptables parce que ça représentait le quotidien des jeunes et les valeurs qu’ils véhiculent. Certains jeunes questionnés ne se sont pas scandalisés, trouvant stupide que des parents se plaignent de l’album.

En tant qu’enseignant dans une école, nous ne pouvons pas nous limiter à endosser toutes les valeurs que les jeunes véhiculent. Souvenons-nous que les jeunes, par définition, sont des êtres en formation et en devenir. C’est l’éducation que nous leur apportons qui peut les aider à se forger. Si on laisse tout passer, sous prétexte que c’est à la mode et que c’est ce que les jeunes veulent, en tant qu’éducateur, on passe à côté de notre rôle et de notre responsabilité d’adultes significatifs. Il faut savoir dire non et s’imposer. Parce qu’entériner tous les gestes que les ados veulent poser, c’est être complice de leurs actes.

Je me remémore les difficultés que le sénateur Rioux avait eu parce qu’il arborait une croix gammé lors de son adolescence. Comment la société va réagir dans 20, 30 ou même 40 ans, lorsque nous découvrirons la photo d’un premier ministre nu à son party de fin d’année du secondaire? Ou encore que vous y découvriez, en tenu d’Adam, votre médecin, votre banquier…

Ce qui peut passer pour une simple connerie d’adolescent aujourd’hui, peut devenir un monstrueux problème à assumer plus tard. Et que va dire cet étudiant à l’enseignante qui a accepté de laisser passer ces photos? Merci de m’avoir laissé créer un squelette dans ma garde-robe? Si l’enseignante avait refusé la publication de la photo, peut-être qu’aujourd’hui quelques ados l’auraient traités de « pas cool » et autres noms du genre. Mais l’adulte dans 20 ans va peut-être avoir une petite pensée pour elle en disant: « merci d’avoir été sévère avec moi. Je n’ai peut-être pas compris pourquoi vous faisiez cela pendant mon adolescence, mais aujourd’hui je comprends et je vous en remercie. »

Notre rôle d’éducateur ne nous amène pas à être aimé de l’ado qui se trouve en face de nous. Mais nous devons espérer être aimé de l’adulte qu’il sera plus tard. Personnellement, je garde un bon souvenir de tous ces éducateurs qui ont passé dans ma vie, avec qui j’ai eu des différents, des différences d’opinions, qui m’ont obligés de me dépasser… Ceux qui disait oui à tout, je les ai oublié. Si souvenir il y a, il est très peu flatteur.

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