Un rapper a les blues

Le Rap en région

Quitter le Lac St-Jean pour rapper à Montréal

À 16 ans, Dali est mis à la porte par sa mère et son beau-père. Sous le choc, il quitte le Lac Saint-Jean pour aller rejoindre son père à Montréal. Excité de ce nouveau départ qui va l’immerger dans la scène hip-hop, le jeune artiste est confronté à un défi de taille: trouver sa place.

Dominic Desmarais Dossiers Hip-HopRap

rap-lac-st-jean-rapper-region-hiphop-chanteurDali était plein de bonnes intentions en quittant le Lac Saint-Jean. Il laissait derrière lui tout un pan de sa vie. Sa famille, sa mère, ses amis, son école, sa «patrie». Le jeune adolescent ne regardait pas ce qui lui manquerait. Il se voyait renaître. Une nouvelle vie s’offrait à lui. Il rejoignait son père et, surtout, se rapprochait de sa passion: le hip-hop.

Jeune, Dali rêvait de s’établir à Montréal. Mais pas à 16 ans. «Dans ma tête, je serais parti plus tard, vers 20 ans.» Son départ, précipité, chamboulait la vie de son père. «Il a travaillé dans la marine marchande pendant 30 ans. Il n’a jamais eu de domicile. C’était la première fois de sa vie qu’il avait un bail. Mais il n’a pas eu d’autre choix que de m’accueillir, il m’aimait!»

Le père, un marginal qui ne s’est jamais intégré à la société, doit s’adapter. Dali aussi. L’adolescent doit poursuivre ses études. Lui qui a toujours été en cheminement particulier depuis son entrée à l’école doit dénicher un établissement qui offre ce service. «Il n’y a pas beaucoup d’écoles qui offrent, à Montréal, un cheminement comme au Lac Saint-Jean. J’ai trouvé le collège Édouard-Montpetit mais ce n’était pas comme ce que je connaissais.» Dali a besoin d’être motivé pour apprendre. Il est habitué à avoir un seul professeur, à ne jamais changer de local. Dans cette classe, ils étaient 13. Il pouvait recevoir toute l’attention dont il avait besoin.

Intégration difficile d’un rapper
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«J’ai eu beaucoup de misère à m’adapter à Édouard-Montpetit. Je sens que ça m’affecte encore. Je suis facile d’approche mais là-bas, j’ai eu de la difficulté à me faire des amis. C’est très multiculturel et les cercles étaient très fermés. En plus, l’école est entourée de grillage. Il y a des agents de sécurité partout. Ça ressemblait à une prison. Ce n’était pas motivant.»

Dali erre seul. Il vit quelques beaux moments qu’il ne peut partager avec des amis. Il trouve son plaisir en animant une émission de radio étudiante le midi, une fois par semaine: que du hip-hop québécois pendant une heure.

Puis, il y a ce spectacle où il fait la première partie du groupe réputé L’Assemblée. Mais ces moments de réjouissance, ces victoires personnelles sont insuffisantes. Dali frôle la dépression. Il termine son année scolaire qui équivaut à un secondaire 3. Il a 18 ans et il ne peut retourner à Édouard-Montpetit. «De toute façon, je n’en avais pas envie. Au Lac Saint-Jean, si tu as de l’intérêt pour quelque chose, c’est facile de se faire des amis. Mais à l’école, je n’étais pas capable.»

Dali décide de s’inscrire à l’école aux adultes, à Hochelaga-Maisonneuve, pour terminer son secondaire. «Ça été moins pire. Mais je n’ai pas aimé ça. Je n’ai pas avancé. Il n’y a pas de professeurs, tu dois faire tes travaux toi-même. Je n’en étais pas capable. J’ai besoin d’être motivé par les enseignants. J’ai décroché.» Dali a 19 ans. Pendant cette année, il côtoie des adultes de tous âges. Certains se passionnent pour le rap. Mais personne pour se lier d’amitié avec lui. Le rappeur reste seul dans son coin, seul avec sa passion qui le dévore. Il assiste à tous les spectacles de hip-hop, travaille sur une démo de 18 chansons qu’il tente de vendre. Il parvient même à enregistrer une chanson sur une compilation d’artistes lancée par L’Assemblée qui encourage la relève. L’album Bouche à oreille, vol.5, est offert gratuitement sur le web.

Fuite au Lac Saint-Jean

raper-dali-lac-st-jean-rap-region-hip-hop-rappeur«Mon but, quand j’allais à des spectacles, c’était de me faire des contacts pour booker des shows. Pour en faire partie. Mais à Montréal, il y a plusieurs rappeurs dans un spectacle. Tu es un parmi plusieurs.» Dali participe à quelques shows mais trouve difficile de se faire une place. Après deux ans d’effort pour s’intégrer à la vie montréalaise, il capitule et retourne au Lac Saint-Jean où il sent un lien d’appartenance.

«Il y avait des ouvertures pour des spectacles, au Lac. Avec internet, j’avais envoyé mes chansons. J’existais là-bas. Les portes s’ouvraient aussi pour le Saguenay. Ça me motivait pour vendre mon CD. Je voulais organiser des spectacles, faire des premières parties d’artistes reconnus. Pour moi, je déménageais à Alma pour de bon.»

Son arrivée lui donne raison. Il obtient une certaine reconnaissance grâce à son implication sur l’album compilation Bouche à oreille, vol.5. Il est le gars du Lac Saint-Jean qui a travaillé avec un groupe connu et apprécié. «Ça m’a motivé. J’avais l’impression que je faisais une différence. Je n’étais plus un inconnu dans une jungle comme à Montréal. J’aidais, moi aussi, les autres pour qu’ils progressent dans leur carrière.»

Après 3 mois à Alma, Dali repart. Lui qui pensait s’y accrocher les pieds retourne à Montréal chez son père. «J’avais un coloc qui aimait pas mal faire le party. Je n’y étais pas habitué. J’ai toujours habité avec mes parents. Il fallait que je déménage. Plutôt que de me trouver un autre appartement, j’ai choisi la voie facile. Je suis retourné vivre avec mon père.» Dali assure qu’il ne quittait pas sa patrie désillusion-né. «Ça marchait correctement. Ça allait comme je le voulais», dit-il d’un ton impassible.

À Montréal, Dali reprend sa routine. Il écrit des chansons, assiste à des spectacles de rap et fait du démarchage pour performer dans des shows. Il anime une émission à CHOQ.FM, la radio de l’Université du Québec à Montréal, ce qui lui permet d’interviewer les artistes connus et émergents de la culture hip-hop. Dali parfait ses connaissances. «Je trouve que les régions sont influencées par Montréal et Québec. Dans la métropole, les jeunes écoutent davantage ce qui se fait à l’étranger que chez nous. L’Assemblée, Sans-Pression, c’est beaucoup plus fort en région. Les gens sont plus fiers de leur culture. Ils ont un lien d’appartenance.»

L’amour du Québec
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Son cœur est resté au Lac Saint-Jean. La jungle urbaine n’est pas faite pour lui. «Il y a trop de rappeurs à Montréal. C’est plus facile en région. C’est la même chose pour vendre des CD. À Montréal, c’est un projet parmi tant d’autres. Au Lac, il y a un intérêt, une fierté. Mon but, c’est de représenter le Lac Saint-Jean à travers le Québec. Parce que je suis un fan du Québec. C’est mon pays. Dans ma tête et dans mon cœur. Ce n’est pas une question politique. C’est dans mes valeurs.»

Dali encourage et achète ce qui est québécois. «Je mets mon argent ici pour faire rouler nos artistes. Pour faire avancer notre communauté à nous. C’est pour ça que j’achète des vêtements québécois de marque urbaine. Mes restos, mes films, mes CD, c’est du québécois.»

Pour la suite de sa carrière, Dali voit grand. «L’amour du Québec, je veux qu’il soit fort. Je veux que chaque région soit épanouie artistiquement. Que chaque région ait ses artistes hip-hop. Au Saguenay Lac Saint-Jean, il y a une relève. Mais je ne pense pas que quelqu’un va travailler assez fort pour représenter la région. Je veux pousser ma carrière et, en même temps, développer la relève en organisant des spectacles, en enregistrant des CD.»

À 23 ans, Dali en est à son 3ème CD. Il a mis certaines de ses chansons sur Youtube dans l’espoir de se faire connaître, de créer un intérêt. Il offre un téléchargement gratuit. L’album est un outil promotionnel pour qu’à moyen terme, il y ait une demande lui permettant d’enregistrer un album qui sortirait, comme Dubmatique et L’Assemblée, à travers la province. Dali veut faire entendre sa voix. Il veut promouvoir le Lac Saint-Jean comme Samian et Anodajay l’ont fait pour l’Abitibi. Il veut sortir du lot, de l’anonymat.

Rapper son rêve

Au sein de la communauté hip-hop, Dali est un rappeur parmi tant d’autres. Mais quand il sort de son milieu, il se sent différent. «Du point de vue de la société, je ne me sens pas à la même place que les gens de mon âge. Ils ont des emplois, des appartements, des chars, des blondes. Je sens l’impact de la société: je ne suis pas au même endroit que la société. Mais quand je m’écoute, je me dis que je n’ai pas besoin de tout ça pour être heureux. Ce que je veux, c’est m’épanouir artistiquement. Sentir que mes projets avancent. Me faire connaître. J’écris au quotidien et je fais la promotion de mes chansons sur Internet. Grâce aux réseaux sociaux, j’essaie d’avoir le plus de visibilité possible.»

Dali n’a pas encore accompli son rêve. Il a vécu longtemps le rejet. Mais au moins, il a un rêve et il travaille à tous les jours pour le réaliser. C’est peut-être ça, sa différence.

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Johnny Skywalker, breakdancer

Johnny Skywalker, breakdancer

Lisa Melia Dossier Break-dance et Hip Hop

Tour d’horizon des arts de la rue – Chronique n°1. Aujourd’hui, le breakdancer Johnny Skywalker ouvre la danse des articles consacrés aux artistes du Café Graffiti et de la scène hip hop.

«Je suis parti de mon pays sous une nuée de balle» raconte Johnny Skywalker. Né à Port-au-Prince, le breakdancer quitte Haïti, à cause de la situation politique du pays en 1986, à l’âge de 9 ans pour retrouver ses parents au Canada, à Montréal. C’est vers l’âge de 14 ans qu’il découvre le breakdance: un groupe d’amis plus âgés l’emmène voir un spectacle, où il découvre Dope Squad, l’un des groupes les plus renommés de Montréal. C’est la première fois qu’il assiste à un show et ce groupe fait une très forte impression sur lui, depuis la prestation sur scène jusqu’à l’habillement : «ils avaient tout ce qu’on voyait dans les films.»

breakdance Les débuts

A partir de ce moment là, le jeune Skywalker s’entraîne dans son sous-sol et, pendant un an, imite ce qu’il n’a vu qu’une seule fois. La deuxième édition du même show, l’année suivante, lui permet d’approcher les danseurs de Dope Squad et de leur demander où ils s’entraînent. Les breakdancers professionnels invitent Skywalker à danser avec eux, mais à cause de son niveau, il se fait ridiculiser. L’humiliation lui donne la volonté de se battre et de s’améliorer. Il a surtout promis au Dope Squad, lors de son humiliation, qu’un jour, il les battrait!
Il fait ensuite d’autres rencontres, et un groupe se crée: Tactical Crew. Une personnalité du show business les repère et leur fait faire une série de shows, au cours desquels les Dope Squad s’intéressent à eux. Une rivalité entre les deux groupes commence. Quatre ans plus tard, lors d’un challenge, les Tactical Crew l’emportent sur les Dope Squad.

Du breakdance à la danse

breakdance Depuis 3 ans et demi, Johnny Skywalker a quitté les Tactical Crew. La compétition lui plait, mais on n’y gagne pas sa vie. Il est alors le troisième homme à intégrer le groupe féminin Solid State, qui fait un numéro au concept seventies: Take it back. Dans ce spectacle, plusieurs styles de danse se croisent : swing, contemporain, street dance… Il y reçoit une formation dans d’autres danses et vit de nouveaux challenges.
En 2007, il se présente à l’audition du Red Bull Beat Rider, un camp d’été pour breakdancers du monde entier organisée par Rock Steady Crew, le plus gros groupe mondial de breakdance. Sur les 10 000 candidats, il est l’un des 30 à être acceptés. Il passe deux semaines au Texas, reçoit quatre cours de danse par jour, fait de l’équitation, du yoga, et profite du jacuzzi: «on était vraiment choyés! On venait de partout dans le monde, la seule langue commune, c’était la danse.» A son retour, il continue de danser avec les Solid State. Aujourd’hui, il s’attache à faire revivre le Call-out, une compétition qui a disparu il y a quelques années: ce qui l’intéresse, c’est de produire des évènements.

Influences et inspiration

Côté influences, il cite d’abord le Dope Squad, bien sûr, mais aussi des groupes comme les Rock Steady Crew et les New York City Breaker, du film Beat Street: «j’ai appris à danser avec ce film, explique-t-il, car il n’y avait pas de professeur à l’époque.» Mais ce qui l’inspire le plus, ce sont ses rêves, ce qu’il veut encore accomplir et ce qu’il aime faire, et bien sûr la musique et les nouveaux sons.

Ses projets

Quand on lui demande ce que représente le breakdance pour lui, la réponse fuse: «un apprentissage, une éducation, un moyen de définir ce que l’on veut être». Pour l’heure, Johnny Skywalker se concentre sur les études: après avoir quitté l’école à 16 ans et être allé à l’école pour adulte à 17 ans, il veut maintenant obtenir un diplôme universitaire dans la production évènementielle. Il organise aussi le Call-out, une compétition qui rassemble breakdance, hip hop, house et popping. Enfin, il s’intéresse beaucoup à l’histoire d’Haïti, et, alors qu’il n’y est jamais retourné depuis son départ à 9 ans, il s’y sent prêt maintenant pour redécouvrir sa culture.
Pour rejoindre le Café-Graffiti: (514) 259-6900

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