Sortir la prison de l’homme ou l’homme de sa prison?

La vie après la prison

S’en sortir… sans sortir de ses gonds !

Je crois que la véritable libération ne vient pas de l’ouverture des clôtures ou du détachement des menottes. Non. Il est beaucoup plus facile de s’échapper d’un pénitencier fédéral encerclé de clôtures à barbelés qu’on ne le pense. Et ce, même avec des gardes armés de mitraillettes qui surveillent les lieux 24 heures sur 24.

Jean-Pierre Bellemare dossier Chroniques d’un prisonnier

gestion colère émotionLe véritable exploit est de s’en sortir… arriver à ne pas alimenter cette machine inhumaine qui institutionnalise les humains après une trop longue période d’incarcération.

Comment y arrive-t-on? Je ne sais même pas si je peux me cataloguer dans ceux qui ont réussi, même aujourd’hui. Car, je dois admettre que les idées noires reviennent vite à la surface lorsqu’un rigolo ne connaissant pas notre parcours vient nous provoquer tel un vilain corbeau qui picote le pied de l’éléphant.

L’envie quasi jouissive d’écrabouiller cette volaille nous traverse d’abord l’esprit, puis on inspire profondément en faisant appel à notre raison. Ce besoin, presque instantané de réagir avec une violence inouïe vis-à-vis de ceux qui nous turlupinent d’un peu trop près, représente un obstacle beaucoup plus haut à surmonter que les clôtures pénitentiaires. L’incarcération développe des mécanismes de survie qui ne sont pas communs à la civilisation extérieure.

Il faut, au prix d’efforts constants, se tempérer lorsque des situations semblables se présentent. Ce qui fut si difficile à admettre et à intégrer comme mode de vie pour un bagnard doit être absolument (et coûte que coûte) déprogrammé et remplacé par des solutions de rechange.

Prendre un coup, se saouler la gueule, fumer un joint ou absorber toutes formes de drogues peut prévenir un dérapage aux conséquences mortelles.

Malheureusement, la grande majorité de ceux qui sont en libération conditionnelle ne peuvent utiliser ces moyens de décompression discutables, mais tout de même efficaces. Ils sont pris entre deux feux: celui d’être réincarcéré pour avoir pris un décompressant ou respecter le règlement et éventuellement sauter les plombs.

Je ne sais pas comment font ceux qui subissent du stress et qui disent ne pas consommer d’opiacés ou d’alcool… Ils doivent pratiquer le tai-chi en masse, j’imagine.

Rare, je dis bien très rare, sont ceux qui parviennent à échapper à ces réactions après une longue détention.

Vous pouvez sortir le gars de la prison, mais la prison habituellement ne sort jamais du gars. Cela n’est pas impossible, mais les efforts à consentir pour y arriver sont si grands qu’ils vous consument de l’intérieur sans que personne autour de vous ne réalise à quel point cela est contre votre nature.

Il m’a fallu, et me faut encore, beaucoup d’introspection pour ne pas déconner. J’ai parfois l’impression que malgré tout ce que je peux posséder aujourd’hui, après seulement quelques années d’air libre, un démon me guette prêt à me tendre toutes les perches possibles pour m’enfoncer.

J’apprends graduellement, individuellement, très discrètement, et encore plus humblement à me féliciter de toutes les fois où j’aurais tant voulu comme l’éléphant écraser ces corbeaux de malheurs.

L’amour que me portent mon prochain, ma conjointe et tous ceux qui m’inspirent par leur bonté m’aide énormément. Il n’en reste pas moins que c’est encore un combat quotidien pour réussir à garder cet être amoureux qui veut juste se sentir aimé et désiré.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Les livres de Colin McGregor

    Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

    Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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    Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

    This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

    Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

    teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

    Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

    This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

    Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

    quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

    Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

    Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais. 

    Magazine The Social Eyessocial-eyes-web

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Liberté, prison et emprisonnement

    Deux années de liberté

    Rétrospection d’un ex-tolard

    Jean-Pierre Bellemare, ex. tolard   dossiers  PrisonCroissance personnelle

    Réinsertion liberté prisonMon passé d’ex-tolard devient parfois insoutenable. Une bonne partie de mon entourage qui me perçoit comme une réussite flagrante de réhabilitation m’étouffe un peu.

    Ce trop-plein d’éclairage complique ma progression vers mon rétablissement psychologique, car j’ai encore de la difficulté avec mon estime personnelle. Ingrédient essentiel pour de l’autosabotage. C’est pourquoi, je me dois de parfois tourner mes miroirs à l’envers, ainsi je respire mieux et la pression diminue un peu.

    Cette fameuse pression ou tension reste sournoise parce que sans faire de bruit, elle rajoute du poids, des attentes et des espoirs. Je voudrais bien rendre heureux tout ce beau monde. Mais je reste un homme qui, avec ses faiblesses, doit reprendre un chemin rempli d’embuches.

    J’entame ma deuxième année de liberté et il me reste encore beaucoup de fausses idées à déprogrammer. En commençant par l’amour, qui est peut-être le sujet le plus délicat et complexe à saisir.

    Ayant été privé aussi longtemps de caresses charnelles, mon manque me fait parfois sentir comme un véritable vampire ou un vulgaire maringouin qu’on chasse d’une taloche dès qu’elle s’approche d’un peu trop près.

    Je voudrais bien que les préliminaires soient plus simples, que les discussions ne soient pas remplies de sous-entendus, que les gestes prennent un sens clair. Je m’y perds si souvent que j’ai l’impression d’être un pur idiot.

    Pour mes autres interactions avec mes collègues de travail ou amis, les choses se déroulent relativement bien. J’ai fait une demande d’augmentation de salaire à mon patron en bon et due forme avec de bonnes raisons.

    R-E-F-U-S-É.

    Je sais que je la mérite amplement. Cela me choque un peu. Je préfère quand même ma situation sociale et culturelle à celle de mon patron. Ses sourires, aussi rares que sa générosité, nourrissent sa cupidité qui le dévore de l’intérieur. Il donne l’impression de travailler si fort pour son malheur. Pourquoi irais-je lui compliquer un peu plus la tâche?

    Il me fait sentir véritablement bien dans ma peau, et ça n’a pas de prix.

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      Le Commandant Robert Piché, un homme terre-à-terre

      Réalités et préjugés envers un prisonnier

      Commandant Piché: Entre ciel et terre

      Le commandant Piché n’a pas besoin de présentation. Depuis qu’il a fait planer un Airbus d’Air Transat, le 24 août 2001, le Commandant Robert Piché est devenu un héros. Si son exploit a fait le tour du monde, son implication auprès des prisonniers québécois est méconnue. Le commandant Piché a accepté de s’entretenir avec Reflet de Société sur la difficile réadaptation d’un détenu à sa sortie de prison.

      Dominic Desmarais   Dossier Prison

      0354_01.tif Robert Piché ne s’en cache pas. Apprivoiser sa liberté après 18 mois d’incarcération aux États-Unis a été long et pénible. C’est cette réalité qu’il veut communiquer lorsqu’il fait la tournée des prisons de la province.

      «Ce n’est pas rose, ce que je leur dit, en prison. La réalité, c’est que ce n’est pas facile. C’est décourageant.» Sa voix évoque une souffrance, comme s’il revivait le passé. «Ta sortie de prison, c’est censé être le plus beau moment de ta vie. Tu attends tellement ça. Et tu t’aperçois que c’était plus facile en dedans. La société et les gens ne veulent pas que tu te réintègres. Cette histoire, que tu as payé ta dette à la société, c’est de la foutaise. Il y a tellement de préjugés. Pas juste envers le crime que tu as commis, mais surtout parce que tu as fait de la prison.» Visiblement, cet homme, admiré par tous pour sa bravoure, a vécu des moments difficiles.

      «Tu as de belles attentes, de belles intentions. Mais tu traînes toujours un boulet au pied. Que tu le veuilles ou non, tu as été institutionnalisé et, du jour au lendemain, il faut que tu trouves le moyen de payer ta pinte de lait, ton transport, ton toit. Et le monde ne veut pas te donner ta chance. Tu es obligé de mentir. Tu prends la chance que ton employeur ne sache pas que tu as fait de la prison. Alors tu es toujours sur le qui-vive.»

      Pour l’avoir vécu, Robert Piché sait quel tiraillement habite le détenu qui se cherche un emploi, une fois libre. Mentir ou pas? C’est pourquoi il appuie le manifeste du Comité aviseur des personnes judiciarisées qui demande de retirer des critères d’embauche la question sur le passé carcéral.

      Libre comme l’air

      Robert Piché sort de prison en 1985. Tout en s’adaptant à sa liberté retrouvée, il gagne sa vie grâce à de petits boulots. En parallèle, il s’assure de garder son permis de piloter. «Faut être capable de louer un avion, payer la licence, l’inspecteur qui t’évalue. Sans savoir si tu vas obtenir ta licence et si les gens vont te donner un emploi.» Ses anciens employeurs, à Air Transat, ne veulent pas de lui et de son passé. Il doit s’exiler en France pendant 6 ans pour vivre de sa passion. «Pendant 5 ans, quand j’étais en France, je venais voir chez Air Transat pour y travailler. On m’a clairement dit que je n’y entrerais jamais. J’ai pas lâché pareil. J’ai fait ma chance.» En 1996, le commandant Piché retrouve sa place. Un détour de 11 ans.

      «J’ai travaillé tellement fort pour retrouver ma vie. Mais ça te revient toujours à l’esprit. Tu es toujours sur le qui-vive. Tu ne peux pas être normal, tu as fait de la prison. Le privilège que j’ai, c’est que maintenant, tout le monde s’en fout que j’ai fait de la prison. Mais les autres, ils n’ont pas eu leur vol 236. Ils vont devoir fermer leur gueule, qu’ils ne disent pas qu’ils ont fait de la prison. Ils vont manger leurs émotions. Tomber dans la boisson, la drogue. Tu y es toujours confronté. La prison, c’est comme l’alcoolisme. Moi, j’ai arrêté de boire il y a 8 ans. Mais la boisson est tellement présente dans les rapports humains, la publicité. Tu l’as toujours à l’esprit.»

      La rançon de la gloire

      Sur le qui-vive. Ces mots, qui reviennent souvent dans la bouche du pilote, prennent tout leur sens lors du fameux vol 236. Deux minutes après l’atterrissage, le Commandant Piché ne savoure toujours pas son exploit. Il pense perdre son emploi car son passé va refaire surface. «Quand c’est sorti dans les médias, il y a eu une vague de sympathie envers moi. Les Québécois ont eu l’occasion de dire aux journalistes ce qu’ils pensaient d’eux. Ils se sont désabonnés de La Presse, du Journal de Montréal. Ça m’a aidé à passer au travers. Ça m’a protégé.»

      Le fameux vol 236 a donné de la crédibilité au pilote. «Mais avant ce vol, si les gens avaient su que j’avais fait de la prison, m’auraient-ils voulu  comme pilote? Aujourd’hui, ils sont tous contents de savoir que le Commandant Piché est à bord!» Faudra-t-il  que les détenus réalisent de tels exploits pour que soit reconnue leur bravoure à prendre leur place en société?

      Commandant Piché en conférence dans les prisons

       

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