DIOR: de l’immigration à la consommation

Dior, une jeune Québécoise d’origine sénégalaise, a une relation avec sa mère faite de menaces et de violence, qui l’a déstabilisée au point où elle a fui dans la consommation de marijuana, s’attirant problème par-dessus problème.

Dominic Desmarais             Dossier Croissance personnelle

fille immigration jeune consommationDior est pleine de compassion et d’empathie. Dès son enfance, elle se démarquait par une énergie peu commune. «Au primaire, on m’appelait madame Pompadour ou la princesse de Saba. J’arrivais en grande pompe! J’étais gentille et serviable, mais je parlais tout le temps.» Dissipée, la jeune Dior parvenait mal à se concentrer. En classe, elle dérangeait les autres élèves, au grand dam de ses professeurs et de sa mère qui ne savait pas comment la discipliner.

La première tentative de sa mère fut de l’envoyer dans un établissement privé au secondaire. Un encadrement plus strict permettrait à sa fille de mieux canaliser son énergie. Dior le concède, le secondaire l’a poussée à travailler. Mais ses débordements verbaux refusaient de disparaître. Tout en développant un côté studieux qu’elle ne se connaissait pas, l’adolescente continuait de prendre trop de place en classe. «Ma mère avait de la peine quand elle apprenait que je dérangeais. Elle ne savait pas comment agir avec moi alors elle me criait après. Elle n’était pas toujours d’accord avec ce que je voulais faire. J’étais déséquilibrée entre ce qu’elle voulait de moi et ce qui m’intéressait.»

Une relation orageuse

En pleine crise d’adolescence, Dior se bute à sa mère qui compose mal avec la différence entre la vie et l’attitude des jeunes dans son pays d’origine et le Québec. Mère monoparentale, elle mettait ses espoirs en sa fille unique pour qu’elle réussisse là où elle-même avait échoué. «Je devais prendre le meilleur des deux mondes. De la culture africaine enrichie des possibilités qu’offre l’éducation au Canada. Je défiais beaucoup l’autorité de ma mère. J’avais l’impression qu’elle me donnait des ordres dont je ne comprenais pas la raison. Je commençais à être irrespectueuse. Je devenais de plus en plus agitée à l’école, ce qui l’amenait à vouloir me contrôler encore plus.»

À 14 ans, les cris et la violence physique font partie de leur dynamique familiale. Pour essayer de régler leurs différends, elles vont en médiation devant un travailleur social. Rien n’y fait.

À partir de 16 ans, Dior commence à consommer du cannabis avec des amis. Elle s’aperçoit que son volcan intérieur se calme à chaque inhalation. Puis s’enchaînent les sorties, les danses et l’alcool. Elle rentre au petit matin. Sa relation avec sa mère s’envenime.

Sa mère prend rapidement le réflexe d’appeler la police qui débarque aux trois jours pour les empêcher d’en venir aux coups. À 17 ans, sa mère, excédée, la met à la porte.

Dior venait de compléter sa première session au cégep Brébeuf, un établissement privé haut de gamme. Elle avait travaillé tout l’été pour s’offrir cette éducation privilégiée. «Quand elle m’a sorti de la maison, je me suis rendue au cégep avec mes sacs remplis de vêtements, accompagnée de policiers. La directrice, pour m’aider, m’a trouvé une chambre en résidence.» Dior n’a pas d’argent, pas de meubles ni d’instruments de cuisine. Parfois, elle vole de la nourriture à d’autres résidents. Pour se faire de l’argent, elle commence à vendre du pot et vole une partie de la marchandise à son profit. Quand elle va voir sa mère, elle fouille dans son portefeuille et lui subtilise de l’argent. «J’allais la voir parce que je me sentais seule. J’avais besoin de son affection.»

La jeune femme le concède, elle faisait de mauvais choix. Sans égard pour les autres et pour les conséquences que ses actions engendraient, Dior se croyait tout permis. Comme de fumer des joints en résidence. Une fois elle est dénoncée et mise à la porte. Un deuxième déménagement forcé en moins d’un an. Un deuxième choc qui la traumatisait et exacerbait d’autant sa colère.

Par chance, Dior se trouve une famille pour l’héberger. Un couple qui, un an plus tôt, avait perdu sa fille des suites d’une overdose. La jeune femme, encore une fois, passe à côté de la perche qui lui était tendue. Ses problèmes émotionnels la rendent aveugle. Le peu d’argent qui passe entre ses mains disparaît dans l’alcool et le pot pour éteindre ses souffrances. À 18 ans, incapable de payer ses études, elle quitte son beau collège privé pour travailler.

Un cadeau empoisonné

À 19 ans, elle reçoit un montant d’argent pour la dédommager d’un accident de voiture survenu quatre ans plus tôt. Elle place son magot, mais sa mère en réclame la moitié. Elle exerce du chantage sur Dior qui se rebiffe. La confrontation entre les deux continue. La jeune femme tient son bout en pensant à ses rêves d’avenir.

Mais ce répit est de courte durée. Quelques mois plus tard, sa cousine, maniaco-dépressive, se suicide. Dior arrête tous ses projets. Elle noie son chagrin de la seule façon qu’elle connaît: en fumant des joints. «J’avais besoin de me détendre. J’étais complètement dépassée par les événements. En un an, j’ai dépensé tout mon argent.»

Dior touche le fond. Elle fait ses études collégiales dans un établissement public. Elle emménage en appartement avec une amie d’enfance. Un nouveau départ. Mais ses problèmes, trop lourds, refont surface. Sa colocataire, grande consommatrice de crack, l’agresse. Encore une fois, elle se retrouve à la rue.

Elle décide de cogner à la porte du centre Dollar-Cormier pour l’aider à cesser de consommer. Elle y suit une thérapie de deux mois et y retourne un an plus tard pour un séjour de quatre mois, vu l’insuccès de sa première tentative. «Là-bas, l’approche est axée sur la réduction des méfaits. C’est plus un éveil face à la consommation. Mais je n’étais pas encore rendue à pouvoir faire des choix éclairés.»

Commence alors une période d’instabilité où elle fait ressortir sa violence. De 2000 à 2007, elle voit passer 33 colocataires. «Que ce soit les autres qui aient quitté ou moi, ça fait beaucoup. J’étais très frustrée et peu conciliante. C’était la chicane perpétuelle.» Dior est une bombe qui n’attend que d’exploser. Dès qu’on lui en donne l’occasion, elle fait sortir sa colère refoulée. Son attitude lui attire aussi la violence des autres.

Dior s’inscrit à une thérapie donnée par le centre pour toxicomanes Portage. «À mon arrivée, je résistais complètement. J’étais toujours sur la défensive, j’étais agressive. Ils ne m’ont pas laissé tomber.» Après deux mois, elle est envoyée en thérapie pour adolescents. Avec des plus jeunes qu’elle, Dior trouve chaussure à son pied. Elle travaille son humilité tous les jours. «Il fallait que je m’ouvre devant elles parce que je suivais les mêmes thérapies. Des ados, c’est plus direct. J’ai appris à me remettre en question. Je m’améliorais, je faisais moins de crises, mais j’étais encore trop autoritaire.»

À la fin de sa thérapie de quatre mois, le directeur de Portage l’approche pour lui proposer de travailler au centre. Le directeur veut qu’elle intervienne auprès des communautés culturelles pour qui les problèmes de consommation sont tabous. Sous sa carapace farouche et agressive, il aime son côté maternel et son écoute. «À Portage, ils voulaient changer la mentalité d’intervention où l’approche était répressive, méchante. La bonne vieille méthode de la confrontation. Mais les problèmes de toxicomanie ont changé. La demande vient de gens qui n’ont pas reçu d’amour dans la vie. Ma façon d’intervenir dans les groupes collait bien avec cette nouvelle approche, celle d’une famille communautaire.»

Comme intervenante, Dior continue son propre apprentissage. Elle apprend à améliorer son écoute, des autres comme de sa personne. Ses débuts dans son nouvel emploi sont ardus. Elle est blessée par la colère que les jeunes lui envoient. «Même si je suis devenue une intervenante, je reste un être humain. Les crises des autres me permettent de me remettre en question, de me découvrir.» Ses collègues sont, pour la plupart, passés par les services de Portage avant d’y travailler. Sans cette expérience, Dior conçoit mal qu’il soit possible d’y œuvrer. «Je sais que je vais rentrer dans mes chocs émotifs que j’ai laissés de côté. C’est difficile, au début. Les gens sont en réaction parce qu’ils sont en rétablissement. Il faut toujours se détacher comme les intervenants l’ont fait avec moi. Au début, les toxicomanes se protègent pour, petit à petit, apprendre à gérer leurs émotions. Ce sont tous des toxicomanes. Tout le monde est obligé d’accepter son état plutôt que de le nier ou de le fuir.»

Dior est retournée vivre avec sa mère. Leur relation est moins tendue. Bien que son volcan intérieur soit apaisé, elle éprouve de la difficulté à prendre des décisions, à faire des choix pour elle. Encore fragile, elle continue d’apprendre à se connaître. Il lui a fallu prendre un long détour avant de revenir à la case départ.

Autres textes sur Croissance personnelle

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

L’amour en 3 dimensions.

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

Le livre est disponible au coût de 19,95$.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 Par Internet:
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Pour voir le catalogue complet des livres des Éditions TNT.

Perdre son estime pour mieux le retrouver

Quand la confiance en soi n’est plus au rendez-vous

Estime de soi à rebâtir

Pierre est un être sensible qui a longtemps été étiqueté bon à rien. Pour retrouver son estime qui lui faisait défaut et prendre sa place, il a dû se battre toute sa vie contre le regard des autres… et du sien.

Dominic Desmarais  Dossiers Toxicomanie

confiance en soi estime de soi prendre sa vie en mainÂgé de 57 ans, ce colosse avec quelques kilos en trop déplace de l’air. Tantôt combattif, tantôt émotif, il cherche constamment le mot juste, fouille dans sa mémoire pour en ressortir l’information exacte, passe d’un sujet à l’autre pour revenir à son propos initial. Pierre est un volcan de mots et d’émotions. Il parle sans interruption comme si personne ne l’avait jamais écouté.

Élevé par un père autoritaire qui décidait de tout, Pierre n’a pas appris, enfant, à avoir des idées et à les défendre. C’est en s’exilant de son Joliette natal, pour faire ses études collégiales à Montréal, qu’il goûte pour la première fois à l’autonomie. «Mes amis allaient tous au cégep de Joliette. Je voulais m’isoler.» Pierre, qui aspire à des études de psychologie, est refusé dans ce programme contingenté. Il opte pour la philosophie. «Les étudiants de sciences pures me demandaient ce que j’allais faire dans la vie avec un tel diplôme. Je leur répondais qu’en premier, j’allais apprendre à penser et, une fois que je saurais penser, je penserais à ce que j’allais faire!»

Défendre ses idées

Dans ses cours, Pierre est encouragé à donner son opinion et défendre ses idées. La possibilité de s’exprimer le grise au début, mais, très vite, elle devient un poids. Pierre est toujours à contresens du troupeau. La classe pense blanc, lui répond noir. «Parfois, ça m’inquiétait. Je me retrouvais seul contre les autres. Dans une classe, s’il y en a un ou deux qui ne sont pas d’accord avec toi, ça peut aller. Mais quand c’est tout le groupe, c’est dur. Je me sentais mal à l’aise.» En plus de penser différemment, Pierre est isolé. Il n’a pas d’amis, lui qui a quitté les siens pour la grande ville. Il a peur de couler ses cours, car ses opinions ne rejoignent personne. Nerveux, il rencontre l’un de ses professeurs qui le rassure. Il lui fait comprendre que la philosophie, c’est défendre ses idées. «Tout le monde est contre toi et tu tiens ton bout, tu n’enlèves pas ta fougue.» Pierre se rappelle cet épisode qui l’a marqué. Lui, le grand gaillard, se laisse aller à pleurer.

Après le cégep, Pierre est animé par une soif d’apprendre. Après le monde des idées, il s’oriente vers celui de la logique pour étudier les mathématiques. Il y met toute son énergie et sa passion. Mais le côté rationnel des équations l’étouffe. «Pendant un examen, je me suis demandé ce que je faisais là. J’ai laissé ma copie et je suis parti.» Impulsif, Pierre rentre à son appartement aviser ses colocataires qu’il quitte sur-le-champ pour l’Ouest canadien. «C’était la rébellion. Je n’étais plus capable d’entendre le mot logique. Comme si ce mot avait force d’évangile.» Pierre se laisse aller. Lui si discipliné dans ses études et son travail dans la sécurité, laisse tout tomber. Il prend la route pour quelques mois.

D’un métier à l’autre

Un an plus tard, il retourne à l’université pour compléter son baccalauréat en mathématiques. «Ça faisait un an que j’étais sur la go. Le retour a été trop raide. Je n’étais pas prêt, j’ai abandonné.» Mais Pierre, incapable de ne rien faire, trouve une nouvelle passion pour assouvir son trop-plein d’énergie. Il décide de suivre des cours pour piloter des avions.

Comme pour les mathématiques, Pierre délaisse son nouveau passe-temps. Il retourne à temps partiel à l’université et commence à s’initier aux arts martiaux. Il y trouve une dimension spirituelle et un code de vie qui le nourrissent. Les cours de karaté et d’aïkido deviennent plus importants que les maths. «Je voulais changer la texture de mes muscles. Au lieu qu’ils soient puissants, je les voulais résistants et endurants. C’était l’objectif de ma vie. Pas devenir ceinture noire. Les compétitions, je n’aimais pas ça même si je figurais bien. C’était plus une discipline intérieure.»

En parallèle, il termine ses études universitaires, mais sa soif de connaissances n’est toujours pas assouvie. Il retourne au cégep étudier l’électricité. «Je n’y connaissais rien! J’ai obtenu un diplôme en instrumentation et contrôle. Il y avait de la demande partout pour calibrer les instruments industriels.»

Pierre se sent prêt pour un nouveau défi : affronter le marché du travail. Après avoir développé son côté créatif par la philosophie, son rationnel avec les mathématiques et l’électricité et son intérieur par les arts martiaux, cet autodidacte solitaire est enfin bien dans sa peau. Fidèle à son besoin de découvrir, il s’attaque à un environnement qui lui est inconnu : le monde des ouvriers et des usines. Après une dizaine d’années passées à se découvrir, il doit maintenant apprendre à mettre en pratique ses connaissances en travaillant au sein d’un groupe. Pour Pierre et son estime, ce sera une dure épreuve.

Le travail

Après des années à travailler au sein de petites équipes comme technicien en contrôle d’instruments, Pierre se trouve un emploi dans une usine qui compte plus de 500 employés. L’intégration de cet être original sera difficile.

À son arrivée, Pierre pensait bien s’entendre avec ses nouveaux collègues. Lors d’une visite avec le responsable de l’entretien pour rencontrer les autres employés, il observe l’atmosphère de son nouvel environnement. «À première vue, ça me semblait bien. J’ai rencontré les autres techniciens, des jeunes de 15 à 20 ans de moins que moi. Ils ont une certaine éducation, avec leur DEC. Mais d’autres employés ne savent ni lire ni écrire. Moi, je suis comme je suis. Ma place, ce n’est pas les usines…»

Pierre, avec son franc-parler et son vocabulaire d’intellectuel, est rapidement pris en grippe par les employés de l’usine qui font tourner les machines que lui doit réparer. Ils se moquent de lui quand l’équipement se brise et lui font savoir leur insatisfaction quand les réparations traînent en longueur. Excédé par l’un d’eux, Pierre porte plainte en août 2005 pour harcèlement psychologique. L’employé, en sa présence, lançait des objets contre les murs avec rage, sous les encouragements des membres de son équipe. «J’ai demandé que le syndicat le rencontre. J’étais rendu au point de vouloir lui sauter dessus. Je devenais agressif.»

La déchéance

Le syndicat crée un comité de relations et Pierre demande d’être affecté à un autre département. Rien ne change. Dès que Pierre est appelé pour régler un bris d’équipement, on lui saute au visage. «Je ne pouvais plus vivre avec ça. Je me suis caché dans un bureau. Le représentant syndical est venu me trouver. Je pleurais. J’étais devenu une loque humaine. On ne m’avait même pas battu physiquement. Et j’étais sans défense.»

Pierre rencontre un médecin qui le met en arrêt de travail de 6 mois pour dépression. Côté syndical, il raconte sa version de l’histoire. Aucun grief ne sera déposé contre son intimidateur. Pierre est bouleversé. «Je ne me sentais pas appuyé, pas défendu.» Pour se soigner, Pierre voit un psychiatre. En plus de sa dépression, il souffre de brûlures d’estomac qui l’empêchent de dormir. Son anxiété provoquait des difficultés à digérer. «J’ai demandé à mon médecin quand j’arrêterais de prendre la médication. Il m’a dit que c’était pour la vie. 100$ par mois. Je me sentais mal de savoir que j’allais y être accroché pour le restant de mes jours.»

Maître de sa guérison

Autodidacte, Pierre cherche des solutions. «J’étais à domicile pour un congé de maladie de 6 mois. J’avais du temps pour lire. Internet a tout chamboulé.» En faisant des recherches personnelles, Pierre tombe par hasard sur le site d’un centre de recherche qui travaille sur les ondes et la pensée. «J’ai toujours été intéressé par la recherche intérieure. Là, le site parlait de contrôle de la pensée. Et moi, je me demandais pourquoi, alors que j’ai une colonne vertébrale, que j’ai fait 10 ans d’arts martiaux, je me retrouvais caché dans un bureau à pleurer.»

Pierre commande des CD de musique qui jouent sur les ondes et développe des liens entre les deux hémisphères du cerveau. Pierre fait jouer ces mélodies pendant qu’il dort la nuit. «Avec la musique, j’ai fait partir les pilules et mes problèmes d’estomac. Mon sommeil s’est replacé et j’ai pu retourner travailler.»

Pierre pousse l’expérience plus loin. «Je me suis dit que j’étais capable d’altérer bien des choses de mon cerveau, que ma pensée pouvait être plus large, plus complète.» Il décide de se fabriquer des phrases subliminales, qui défilent trop vite pour les apercevoir, et les fait passer sur l’écran de son ordinateur devant lequel il est régulièrement assis. «Plus on répète quelque chose, plus ça devient vrai. Même un mensonge, s’il est répété plus d’une fois, devient vrai. Moi, je m’écrivais que j’étais bon, que j’étais capable. Des phrases positives.»

Pierre est retourné au travail, son problème de manque de confiance qu’il traîne depuis l’enfance est disparu. Comme les arts martiaux lui ont, à une époque, procuré une paix intérieure, aujourd’hui c’est la musique de méditation qui l’aide. Quant à demain, Pierre verra bien. D’ici là, il apprend à savourer la vie au jour le jour. Un objectif si simple qu’il aura mis des années à comprendre.

Autres textes sur Toxicomanie

    Abonnement au magazine Reflet de Société

    magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

    Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

    • Le citoyen est au cœur de notre mission
    • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
    • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
    • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
    • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

    Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet: http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

    À la croisée de 2 buzz

    Toxicomanie

    Toxicomane à 10 ans

    Dans son habit de danseur hip-hop, Kenhell, 32 ans, est venu avec sa compagne Nikou, son ange. Après 20 ans de consommation, 16 thérapies et une sacrée dose de persévérance, il voit le bout du tunnel. C’est la musique qui l’a sauvé.

    Lucie Barras Dossier Drogue

    drogue toxicomanie thérapie toxicomane junkie sevrage dépendance consommation«J’avais 10 ans lorsque j’ai touché à la drogue pour la première fois. J’ai pris des champignons hallucinogènes avec des amis. J’y ai pris tant de plaisir! Mais, mon premier contact avec la drogue, j’avais 3 ans. Ma mère m’a fait garder par des personnes qui consommaient du cannabis. J’ai cru, ce jour-là, qu’elle m’abandonnait. J’ai arrêté de manger et de dormir. Je suis devenu hyperactif.»

    À trois ans, une rage s’empare de Kenhell. En grandissant, il la canalise en jouant de la batterie. Mais ses parents ne veulent pas en entendre parler. Très vite, la musique ne lui suffit plus. À l’entrée dans l’adolescence, il se tourne vers la drogue, pour combler le manque.

    Drogues et suicide

    «J’ai commencé avec du cannabis. Un ou deux ans plus tard, je suis passé à la cocaïne. Ça a été le coup de foudre. J’y ai trouvé mon calme. La coke apaisait mes angoisses et mon hyperactivité. À cette époque, je réussissais, j’avais ce que je croyais être des amis. J’étais loin d’être conscient de ma dépendance. Comment la drogue aurait-elle pu m’arrêter? En même temps, mes idées suicidaires faisaient leur chemin, tranquillement. Je voulais vivre ma vie à fond, et la terminer à fond.»

    «À quinze ans, ma famille tentait d’avoir un peu d’autorité sur moi. Je ne voulais rien écouter. J’ai perdu la tête. J’ai fini en centre d’accueil pour voie de fait contre mes parents et vente de stupéfiants. Puis, on m’a envoyé en centre de thérapie. J’y ai fait une tentative de suicide.»

    À sa sortie, Kenhell rencontre le groupe de punk rock Impact. «J’avais une faible estime de moi, ils m’ont donné ma chance. Impact m’a fait comprendre que la musique pouvait devenir un métier et me sauver la vie. Mais entre temps, j’avais remis le nez dans la drogue.

    Les mêmes amis m’attendaient à la sortie… Je sentais la pression de mes parents. Ils voulaient que je gagne ma vie. Je ne voyais pas d’autre option que vendre. Le jour de mes 16 ans, je suis allé voir le directeur de mon école pour lui demander à combien s’élevait son salaire. Il gagnait autant que moi avec mon deal. Je lui ai dit adieu.»

    Kenhell poursuit ses activités musicales. Il se tourne vers les drogues dures. Le crack et l’héroïne, surtout. «J’ai commencé à fuguer pour éviter mes parents et la police. Je partais pendant des mois. Je revenais seulement pour me laver et manger lorsque tout le monde était au travail. Je dormais à droite, à gauche, dans des squats ou chez des compagnons de trips

    Psychose et prison

    Un soir, Kenhell voit la police débarquer dans l’immeuble où il se trouve avec des amis. Il a sur lui une grosse quantité de drogues. La police vient pour les autres mais Kenhell ne le sait pas. Pris au piège, il consomme tout, one shot… et fait une psychose.

    Il a 20 ans. C’est un choc, pour Kenhell qui perd ses repères, pour ses proches également, qui perdent confiance en lui. «On me croyait fou. Les membres de mes groupes de musique sont devenus suspicieux. Alien Fœtus, pour qui je jouais, m’a fait porter le chapeau d’un vol de guitare qui n’avait en fait jamais été volée, elle a été retrouvée par la suite. J’ai voulu me défendre. J’y ai été un peu trop fort. L’un des membres du groupe a porté plainte. Il m’accusait de cannibalisme pour une morsure. J’ai atterri en prison, pour voie de fait aggravé. La drogue m’avait rendu psychiquement vulnérable. Je n’avais pas la force de comprendre ce qui m’arrivait, encore moins de me défendre. Le juge a réalisé que j’étais intoxiqué, il m’a envoyé en thérapie. J’en étais déjà à ma huitième.»

    À sa sortie, Kenhell est sobre. Et seul. Alors qu’il cherche un job, il est engagé comme DJ dans un club de danseuses. Un univers sombre. Il retombe subtilement dans les stupéfiants, la vente de coke, d’ecstasy, de speed ou encore du viagra. «J’étais un bon DJ. On m’a offert plus de travail, un plus gros salaire, et plus de responsabilités. Je n’ai pas supporté cette pression.»

    Un pied dans la tombe

    Kenhell a 22 ans. Il fait la rencontre du groupe Whisper et commence une double vie, entre les clubs et le groupe. «Jouer avec eux aurait pu me sauver. Mais j’avais déjà un pied dans la tombe. Je ne pouvais plus faire marche arrière.»

    Un jour, alors qu’il rentre d’une fugue, il retrouve la maison familiale vendue. Ses parents, endettés, ne pouvaient plus faire tourner leurs 3 commerces. «J’étais déraciné. Je m’étais toujours vu reprendre cette bâtisse plus tard. Je ne suis pas le seul à ne pas l’avoir supporté. En un an, ma famille s’est effondrée. Ma mère est partie.

    «Deux loyers et des dettes sont retombés sur mes épaules. J’ai dû vendre le dépanneur familial pour un prix infime. Je me suis retrouvé à la rue. Je travaillais comme aide-cuisinier, dormais sur les terrasses des restaurants que mes patrons avaient la gentillesse de chauffer par grands froids. Ils savaient que j’étais shooté. Mais, je faisais mon boulot. Je travaillais uniquement pour ma consommation de drogue, et ce jusqu’à épuisement.»

    Peu après le décès de son père, le chanteur de Whisper et ami de Kenhell meurt subitement. «J’ai pleuré de toutes les larmes de mon corps. Ça m’a désinfecté. C’est comme si après ce chagrin, la drogue ne me satisfaisait plus. La dépression était trop forte.

    Je suis allé en thérapie, de mon plein gré cette fois. À reculons, certes, mais je l’avais promis à cet ami. J’espérais y trouver un peu de sécurité aussi. Enfermé, j’ai commencé l’écriture de ce qui allait devenir mon album solo.»

    À l’issue de cette thérapie, Kenhell trouve une certaine stabilité. Il continue ses activités de DJ et de vendeur. Plusieurs années passent, il entre comme chanteur dans le groupe de hip-hop Addiktion.

    «En deux jours, quatre de mes amis ont perdu la vie dans un accident de voiture. Et mon ami de toujours s’est suicidé. Il était bassiste pour le groupe Arqueslange, comme nos noms de famille: Arbour, Quesnel, Bélanger. Je lui avais présenté sa femme. C’est sa fille de quatre ans qui l’a retrouvé. J’ai pleuré trois jours sans m’arrêter. J’en avais le visage noir. Cette peine m’a fait renaître. Kenhell allait être mon nom, je devenais moi-même. Je ne voulais plus entendre parler de suicide.»

    L’album d’une vie

    Il y a un an, il rencontre Nikou dans un bar-restaurant. Elle va lui redonner confiance, le pousser à aller au bout de son projet: l’album solo. «Avant, les questions d’argent, de droits, me décourageaient. Mais ça y’est, il est bel et bien sorti. Le double album que j’avais imaginé est devenu deux albums distincts. J’y ai tout mêlé. Mon côté sombre et mon côté clair, mon côté métal et mon côté reggæ, mon côté hip-hop et ma part plus sentimentale.»

    Le premier album, Légitime démence, est en vente depuis juin 2010. Plusieurs artistes y ont collaboré: Fatal, Bumperman, Arabouish d’Alien Fœtus, Morin de V-ztoars, Critical Raf, Leaving for LA ou encore le groupe de Kenhell Ogotaï.

    Lutte quotidienne

    Kenhell n’a pas touché à la drogue depuis plusieurs mois. Son combat, il le mène «un jour à la fois». Il est bénévole pour les Émotifs, Narcotiques et Alcooliques Anonymes. À côté de sa carrière solo, il enseigne la batterie. Il est également batteur pour le groupe de rock progressif V-Ztors qui produit son 1er album, et  DJ… pour les évènements seulement.

    «Pour évacuer ma rage, j’avais le choix entre les trois T: la tombe, la tôle ou la thérapie. J’ai choisi. Mon deuxième album porte un message pour les découragés. Il est dédié à ceux qui ont des problèmes de dépendances.

    «Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Aux services anonymes, aux structures médicales, et même à Dieu. Il faut s’accrocher à un but, y aller petit pas par petit pas. On peut juste rencontrer un ange.»

    Autres textes sur Toxicomanie

      Abonnement au magazine Reflet de Société

      magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

      Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

      • Le citoyen est au cœur de notre mission
      • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
      • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
      • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
      • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

      Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet: http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

      Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

      Consommation de drogues: conséquences et séquelles

      Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

      Toxicomanie

      M’en sortir pour mes fils

      Il est difficile pour un ancien héroïnomane de faire la paix avec ses vieux démons. Pierre a dû passer par le remords et le rejet avant de se sentir renaître. Ce sont ses deux garçons qui l’aident à se battre pour continuer à vivre malgré son passé qu’il traîne comme un boulet.

      Dominic Desmarais Dossiers Drogue

      toxicomanie héroinomane héroine droguePierre dit être sobre depuis près de 20 ans. Il n’en est pas certain. L’usage prononcé de drogues dures a nui à sa mémoire. «C’est difficile de me situer parce que j’ai eu de petites rechutes de deux ou trois jours, au début des années 1990. Je n’ai plus la même capacité de me rappeler, j’oublie vite. C’est plus à cause du LSD et de la colle parce que ç’a brûlé mes cellules.»

      Séquelles à la consommation

      Pierre prend le temps de fouiller dans sa mémoire. Il parle lentement avec, à l’occasion, des absences qui lui font perdre ses idées. Il a des éclairs de lucidité suivis de doutes. Il a beau être sorti de l’enfer de la dépendance, la drogue continue de l’affecter. «Ça m’a pris au moins 10 ans pour me remonter. D’abord physiquement, j’en souffre encore. Je n’étais pas une beauté, mais je paraissais bien. Aujourd’hui, on voit les résultats.» Pierre a la peau jaunâtre et flasque. Ses dents, pour ce qu’il en reste, sont gâtées. Âgé de 49 ans, il en paraît 15 de plus. Mais son apparence est le moindre de ses soucis. Il a des problèmes de foie, de la difficulté à dormir et à marcher.

      «J’ai encore des séquelles. Je suis affecté mentalement. Quand je vis une crise, je suis maintenant capable de faire avec sans me doper. Avant, quand je n’étais pas bien dans ma peau, que je rêvais de gens qui se piquent, je ne dormais plus la nuit. Des fois, je ressens un malaise profond quand j’ai un flashback de cette période. Ça peut être quelque chose qui me ramène au passé. Et quand ça m’arrive, j’ai peur. J’ai peur de rechuter. Pourtant, ça fait des années que je n’ai rien consommé. C’est impossible d’oublier ça. Je vais toujours être de même. Je suis cicatrisé à vie.»

      Junkie à l’héroïne

      À force de côtoyer la mort et les endroits malsains, la fragilité de Pierre est sortie de l’ombre. Il doit affronter ce qu’il a fait semblant de ne pas voir quand il était sous l’effet de l’héroïne. «Quand je réalise ce que j’ai fait à certaines personnes, je me sens mal. Ça prend un salaud pour donner une aiguille à une femme enceinte. Je me déculpabilisais en me disant que c’est elle qui l’avait demandé. Je n’étais pas moi-même, à lui procurer de l’héroïne. Un junkie, pour moi, c’était comme un numéro quand je vendais de la drogue.»

      En discutant, Pierre revit un malaise qui le secoue. Le passé revient le hanter. Pour passer au travers, il pense à ses garçons. «Ce qui me ramène immédiatement, ce sont mes fils. Je ne me mettrais jamais une aiguille dans un de mes bras avec mes enfants. Je ne leur ferais jamais vivre ça. C’est impensable. Plutôt me tirer une balle.»

      L’amour d’un père

      seringue drogue injectable injection dependance consommation udi Pierre a commencé à se droguer pour fuir son père. Il veut être un autre modèle pour ses fils de 17 et 16 ans, qu’il n’a pu voir tout au long de leur enfance en raison d’une mésentente avec la mère. «Elle a été abusée sexuellement par son père. J’ai essayé de l’aider, mais je lui nuisais. La rupture était inévitable. Elle était centrée sur le matériel et l’argent. Mais je n’ai pas de rancune, c’est elle qui m’a donné mes deux enfants. J’ai vu, plus tard, qu’elle avait bien fait de me quitter.»

      Sa conjointe part avec leurs garçons alors qu’ils sont en bas âge. Pierre se bat pour les voir puisqu’il partage la garde. «Mais elle me faisait trop de troubles. Elle a appelé la police plus d’une fois de sorte que si je me présentais chez elle, la police allait rappliquer. Ça m’a démoralisé. J’ai été voir des avocats, ce que je ne voulais pas au début parce que je n’avais pas d’argent. Je me sens mieux et je suis capable d’accepter ce qu’elle m’a fait. Elle avait des problèmes à régler. Tout comme moi.»

      La DPJ

      De loin, Pierre essaie de garder le contact avec ses fils. Il leur envoie des cadeaux et des cartes pour Noël et aux anniversaires. Elle lui retourne tout ce qu’il offre. «Ils ne les ont jamais vus! Elle avait peur qu’ils aient une relation avec moi. Elle ne voulait pas que je les voie. Elle leur a dit que j’étais un pourri, un dopé. Ils me l’ont avoué il n’y a pas longtemps.»

      L’ancien junkie se résigne. Il s’attend à revoir ses enfants à leur 18e anniversaire. Jusqu’à ce que la DPJ entre en contact avec lui au sujet de Brian, son plus jeune fils. «Il avait 15 ans. Il créait des problèmes parce qu’il me cherchait. Il en voulait à sa mère.

      Et quand la DPJ entre dans la vie d’un jeune, les deux parents doivent être rencontrés. Si j’ai une belle relation avec mes enfants, c’est grâce à lui parce qu’il a forcé les choses pour me voir. Il manquait la présence de son père. Un enfant a besoin de ses deux parents.»

      Un rapprochement difficile

      Même s’il a cessé de consommer, Pierre a de la difficulté à se rapprocher de sa famille. Son père reste aussi dur à toucher. «J’aurais aimé qu’il puisse s’ouvrir et me dire qu’il m’aime. Avec le temps, j’ai vu que c’était impossible. Pour lui, un homme n’affiche pas ses émotions et sentiments. C’est sa mentalité.

      Un homme ne pleure pas, il n’a pas le droit. C’est comme ça que j’ai grandi. On va avoir une relation froide jusqu’à sa mort. J’ai fait mon deuil. Je ne peux pas devenir ami avec lui, ou même avoir une relation père-fils. J’ai arrêté d’essayer.»

      Avec sa mère, c’est la même chose. «C’est pire encore. Elle a toujours eu l’esprit d’une femme au foyer. Faire le ménage, le souper sur la table quand son époux arrive pour le voir content. Il n’y avait pas de vie familiale.

      Si on faisait une activité, un voyage, on ne partageait pas ce qu’on voyait, ce qu’on vivait. On le gardait chacun pour soi. J’aurais aimé ça qu’on s’ouvre. Ma mère non plus ne m’a pas pris dans ses bras pour me dire qu’elle m’aimait.»

      Impossible pour Pierre de tisser des liens qui n’ont jamais existé avec ses parents. L’amour et l’écoute qu’il aurait aimé recevoir, il l’offre à ses fils. «Avec mes enfants, c’est complètement différent. On a une relation amicale. J’accepte les erreurs que je fais avec eux. Je leur dis quand j’en fais. Et je leur demande de me le dire quand je leur fais vivre quelque chose. Ça m’encourage.

      Si je suis encore debout et positif, c’est à cause d’eux. J’ai été un junkie, plusieurs personnes sont mortes indirectement parce que je leur ai vendu de la drogue. Mais mes deux enfants me font dire que je n’ai pas tout raté. Je donnerais ma vie pour eux. Ils viennent avant moi.»

      Autres textes sur Toxicomanie

      Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

      Merci de votre soutien.

      Abonnement au magazine Reflet de Société

      magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

      Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

      • Le citoyen est au cœur de notre mission
      • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
      • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
      • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
      • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

      Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet: http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

      Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

      Le parcours d’un toxicomane

      Témoignage

      Conséquences de la toxicomanie

      Dominic Desmarais Dossiers Drogue

      drogue toxicomanie drugs toxicomanePoussé par un besoin de fuir la sévérité de son père, Pierre commence tôt à consommer de la drogue. De la colle à l’héroïne, il s’est enfoncé dans un cauchemar qui l’a mené aux portes de la mort.

      Pierre est arrivé du Portugal avec sa famille à l’âge de quatre ans en 1966. Fils d’un immigrant qui aspire à une meilleure vie au Canada, il se sent à l’étroit dans sa famille. Le père, autoritaire et à la discipline sévère, encadre étroitement ses quatre enfants. Il exige d’eux de bons résultats scolaires, passage obligé vers la réussite.

      Avant de souffler ses 10 bougies, le petit Pierre a entendu plus d’une fois son père lui dire qu’il ne veut pas de voyou dans la famille. Pierre n’a pas de liberté. Il trouve la vie trop sérieuse.

      Je ne pouvais pas aller jouer dehors avec les autres enfants, je devais être à la maison tôt. Je ne blâme pas mon père, c’est comme ça qu’il a été élevé. Il n’a jamais affiché ses émotions.

      Voleur à 6 ans

      toxicomanie drogue toxicomane drug sites injections supervisées seringuePour se révolter, Pierre devient ce que son paternel ne veut pas. À 6 ans, il vole des jouets dans des boutiques parce qu’il n’en a pas.

      J’étais déjà en train de commettre des actes criminels. À 10 ans, je me poussais de la maison pour l’éviter, lui et ses règles. Je traînais dans la rue. J’ai commencé à sniffer de la colle. Dans les années 70, c’était commun pour un ado. J’ai commencé à me rebeller encore plus.

      À l’école, les problèmes s’accumulent. Pierre décide d’éviter de s’y présenter.

      Je préférais aller voler dans des boutiques! Quand je devais aller voir le principal pour mes sorties sans permission, il me battait avec une petite ceinture en cuir, 3 coups dans chaque paume de la main. À 10 ans! J’en pleurais! Mais je répétais toujours les mêmes erreurs. Et plus je me rebellais, mieux je me sentais.

      Sa présence dans les rues du quartier ne passe pas inaperçue. Des travailleurs de rue le signalent à la DPJ. Pierre devra fréquenter l’organisme Enfant Soleil où on l’occupe par le sport pour l’em-pêcher de flâner. Pendant deux ans il y joue au ballon et au hockey tout en poursuivant ses activités criminelles. Avec des amis, il s’imagine voler un dépanneur fermé. En sortant, ses amis et lui sont accueillis par quatre voitures de police. À 14 ans, il est envoyé en centre d’accueil.

      Prisonnier juvénile

      On m’a envoyé à Cartierville, un centre de détention avec une clôture. Une prison pour jeunes délinquants. Ça m’a aidé. Je me sentais bien dans ça. Je me valorisais dans le sport.

      Pierre habitait une petite maison avec une douzaine de jeunes et des travailleurs sociaux présents 24 heures sur 24.

      On me laissait partir pour quelques mois et je recommençais mes mauvais coups. Un juge en a eu assez et m’a rentré en centre fermé jusqu’à mes 18 ans.

      Pendant ces 4 années passées en centre d’accueil, il voit ses parents à trois ou quatre reprises.

      Mon père n’aimait pas ça et moi non plus je ne voulais pas qu’il vienne. J’avais droit à la morale. Ça a duré longtemps…

      Au centre d’accueil, Pierre apprend un peu à se prendre en main. Mais à cet âge, il voit la vie en noir. À 18 ans, on le laisse regagner la maison familiale.

      En sortant du centre, je ne consommais plus de colle. Mais j’ai revu mes anciens amis. De la colle, nous sommes passés au pot, à la mescaline, au pcp et à la cocaïne.

      Couple de camés

      toxicomanie drogue toxicomane drug site injections superviséesÀ cette époque, Pierre devient follement amoureux et se fiance à 19 ans. Sa compagne partage son penchant pour les drogues. Pendant cinq années, ils mènent une vie simple.

      Elle aussi aimait consommer. Sauf que son trip s’est terminé. Elle regardait son avenir et voyait qu’avec moi, elle n’allait nulle part. Elle a arrêté. Pas moi. On ne sortait plus, on n’allait plus au cinéma. J’étais de plus en plus avec mes amis. Avec elle, je me sentais trop encadré. Quand elle devenait trop possessive, je m’évadais.

      Bien que Pierre se sente à l’étroit dans sa relation, la rupture le chavire. Il consomme plus que jamais pour étouffer sa peine.

      C’est là que j’ai commencé à prendre de l’héroïne. C’était le début de la fin.

      Un ami de party lui présente des gens de la mafia. Pierre se trouve un nouvel emploi: vendeur de drogue.

      J’étais toujours défoncé. J’en vendais à des femmes enceintes. Je me sentais mal. J’essayais de leur faire la morale, ce que je détestais tant qu’on me fasse! Parfois, quand elles n’avaient pas d’argent, je leur en donnais. Mais comme je me sentais trop mal, j’ai arrêté.

      Jouer avec la mort

      Pierre travaille dans une piquerie mais l’atmosphère devient trop pesante pour lui. Il devient livreur en voiture.

      Voir les autres mourir, attraper le sida ou l’hépatite, ça m’a fait réaliser qu’un jour, ce serait mon tour.

      À 26 ans, la réalité le rattrape. Il est porteur de l’hépatite C.

      Quand tu l’attrapes, si elle n’est pas traitée, l’hépatite devient une cirrhose du foie qui dégénère en cancer.

      Pendant 6 mois, il suit un traitement à la méthadone qui s’avère inefficace. Son hépatite est trop forte.

      Comme ça ne fonctionnait pas, j’ai continué à consommer.

      Insouciant, le jeune homme continue à jouer avec la mort. Il fait quatre overdoses. En route vers l’hôpital, il s’en prend aux ambulanciers qui, d’une injection, le ramènent de sa folie.

      À ma dernière overdose, rendu à l’hôpital, j’ai enlevé tous les fils parce que je n’étais plus gelé. 20 minutes plus tard, j’étais en train de me mettre une aiguille dans le corps. Faut vraiment pas s’aimer…

      Malgré ses overdoses, Pierre ne s’adoucit pas. Il n’a pas encore touché le fond. Un soir, dans un motel, il mélange héroïne et cocaïne. En sortant de son marasme, il s’aperçoit que ses jambes et ses testicules sont pleines d’eau.

      C’est comme si j’avais pris 50 livres en 10 heures. J’ai aussitôt pris un taxi pour l’hôpital. C’était bien une cirrhose. Les médecins m’enlevaient jusqu’à un litre d’eau parce que mon foie ne fonctionnait pas. Ça me prenait un foie sinon je n’avais pas plus de 2 ans à vivre.

      À cause de sa cirrhose, Pierre est incapable de marcher. Il est confiné pendant un an à l’hôpital.

      Je sortais une journée par semaine. J’attendais un foie. Ça a pris du temps.

      Pierre est chanceux. Son médecin, qui le suit depuis des années, se bat pour lui obtenir l’organe dont il a besoin pour vivre. D’ordinaire, les consommateurs de drogue ne sont pas choisis pour une transplantation.

      Espoir d’un junkie

      Après un an d’attente et d’angoisse, Pierre reçoit la bonne nouvelle.

      Je braillais tellement! Je n’y croyais plus. Ils n’en donnent pas à un drogué.

      En salle d’opération pour la transplantation, on l’avise que le foie n’est pas compatible.

      J’ai piqué une crise, je me suis mis à pleurer. Deux mois ont passé. J’étais toujours à l’hôpital. Ils m’en ont trouvé un autre, compatible cette fois.

      Pour l’opération, on l’ouvre de bord en bord, comme en témoigne la longue cicatrice qui orne son ventre. Pour le soulager de sa douleur, on lui donne la possibilité de s’injecter lui-même, depuis son lit d’hôpital, des doses de morphine.

      Je suis retombé dans le même pattern. Je flippais. Inconsciemment, je rechutais. Je n’avais plus mal et je me donnais des injections, j’abusais. Il fallait que je nettoie mon cerveau. Je savais ce que j’étais en train de faire. Comme on dit, junkie un jour, junkie toujours. Je n’aime pas cette phrase-là, mais c’est vrai.

      Pierre en parle avec un thérapeute.

      Ça n’allait pas. Je courrais encore après ce feeling. Ça me prenait un antidouleur, mais pas de la morphine, qui donne presque la même sensation que l’héroïne.

      L’héroïnomane se sent mieux. Mais marcher le fait toujours souffrir. Son médecin lui suggère un autre traitement à la méthadone.

      J’en prends encore. Ça m’enlève le manque. Je diminue petit à petit la dose. Depuis, je vois mon médecin tous les lundis, avec des prises de sang à chaque fois. Je pensais qu’avec mon nouveau foie, mon hépatite disparaîtrait, donc adieu le risque de cirrhose et de cancer… Mais non. L’hépatite ne part pas comme ça. Et elle a affecté mon nouvel organe.

      Toutes les semaines pendant près d’un an et demi, Pierre doit recevoir trois injections, sans compter les médicaments qu’il doit ingurgiter.

      Je prends une vingtaine de comprimés par jour pour la tension et les antirejets. J’en ai pour le restant de mes jours. Parce que ce n’est pas mon foie, mon organisme peut le rejeter. Et si ça arrive, je peux mourir dans l’instant. Ça me fait suer, mais si c’est le prix à payer pour rester en vie…

      Pendant des années, Pierre ne s’est jamais soucié de sa vie. Aujourd’hui, diminué par l’usage de drogues dures, il s’accroche. Il vit au jour le jour en cherchant un sens à ses expériences.

      Autres textes sur Toxicomanie

      Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

      Merci de votre soutien.

      Abonnement au magazine Reflet de Société

      magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

      Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

      • Le citoyen est au cœur de notre mission
      • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
      • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
      • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
      • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

      Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet: http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

      Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

      Travailler dans une piquerie

      Drogue et Toxicomanie

      Les clients d’une piquerie

      Pierre a longtemps été accro à l’héroïne. En plus de consommer, il a travaillé dans une piquerie à vendre pour la mafia cette drogue qui détruit la vie de ceux qui se l’injectent. De par son expérience, il a des suggestions à proposer quant à l’ouverture des sites supervisés pour héroïnomanes.

      Dominic Desmarais Dossiers Drogue, Site d’injections supervisées

      site d'injections supervisées toxicomanie drogue insiteAu tournant des années 1980, Pierre, grand consommateur de drogues dures, se fait offrir par un ami un boulot dans une piquerie. Pour le compte de la mafia, Pierre fait la navette entre 5 appartements dans le quartier St-Michel pour accueillir des accros comme lui. Le concept est économique: un loyer et deux employés à payer. Le vendeur, affairé à couper l’héroïne dans les toilettes, et le portier qui vérifie les entrées et les sorties des clients.

      C’est simple. Si on ne connaissait pas la personne qui venait, elle n’entrait pas.» Armé d’un fusil au canon scié, le portier assure la sécurité. «Dans les piqueries, il y avait souvent des gens qui venaient pour voler la came. Et parfois, les junkies, quand ils ne peuvent avoir leur dose, deviennent agressifs. Il fallait utiliser l’arme pour leur faire peur, les faire déguerpir.

      sites d'injections supervisées toxicomanie drogues injectables prostitutionÀ l’intérieur de l’appartement, c’est la jungle. Les clients se succèdent. Ils s’assoient sur le plancher pour se piquer.

      On pouvait garder entre 10 à 14 clients en même temps. Ça changeait aux 20 minutes. Une bonne journée, on avait 60 clients. On faisait 10 000$ par jour. On donnait tout l’argent au boss et on recevait notre paie. Je faisais presque 1000$ en 5 jours. Je faisais de l’argent mais je n’en avais pas, j’achetais de l’héro. La dope, c’est payant seulement si tu n’en consommes pas.

      drogue-toxicomanie-drugs-toxicomanesPierre doit s’occuper des junkies qui s’incrustent. Un boulot qu’il n’apprécie pas.

      On donnait 20 minutes aux clients avant de leur dire de quitter l’appartement. On les réveillait. Avec certains, trop gelés, c’était difficile. Parfois, on en sortait pour les mettre dans une ruelle. Mais les bons clients, on les gardait plus longtemps. Comme on avait de grands apparts, ils pouvaient aller dans une chambre. Même moi, je dormais là des fois. Mais l’endroit était dégueulasse. Personne n’y faisait le ménage, il y avait du sang un peu partout. Je n’osais pas y toucher. Des fois, on faisait nettoyer la place par des clients qui n’avaient pas d’argent. Ça faisait leur affaire et la nôtre aussi!

      Économie parallèle

      drogue-toxicomaneUn client sans argent n’était pas rare. Pierre développait un business parallèle avec les objets offerts contre une dose.

      C’était aussi un marché noir. Les clients arrivaient avec des télés, des manteaux de cuir, des bijoux. Des objets de 300 à 400$ que j’achetais pour 20$, le prix d’une dose. Quand un client venait avec des jouets d’enfants, je refusais. Je me sentais trop mal. Mais d’autres acceptaient.

      Pierre voyait défiler des gens de toutes les classes sociales. Des danseuses, des hommes d’affaires, des avocats, qui envoyaient quelqu’un chercher la drogue.

      Certains, qui venaient pour la première fois, semblaient avoir une belle situation. Ils avaient de l’argent et venaient une ou deux fois par semaine. Puis trois, puis quatre, pour finalement venir tous les jours. Ils étaient pris au piège et comptaient sur moi pour les soulager de leur douleur. Ils me voyaient comme un docteur qui allait les guérir. Ils paraissaient bien, avec de beaux vêtements, de belles voitures, de belles conjointes. Après 2 mois, ils n’avaient plus rien. Ils étaient à la rue. Je regardais ça et je me disais: il faut que j’arrête, je ne peux pas être responsable de ces zombies. On me suppliait de donner de la drogue. On s’accrochait à mes jambes. Le manque en faisait pleurer. Tu as beau cacher tes émotions, être défoncé, ça te touche.

      site d'injections supervisées toxicomanie drogue insitePierre aussi consomme au travail. C’est la raison pour laquelle il a accepté ce boulot.

      Je me gelais tellement que je ne vivais pas ce que je voyais. J’étais absent. Je voyais des gens tout maigres, tout croches, qui se décomposaient alors qu’au début ils étaient pleins de force. On me proposait du sexe contre une dose mais j’étais incapable de le faire avec des femmes comme ça. J’ai vu tellement de gens malhonnêtes. Des couples se piquaient devant moi. J’ai été marqué quand j’ai vu un client venir avec sa femme et leur fils de 6 ans. Ils se sont piqués devant lui. Je me sentais tellement mal que je ne voulais plus qu’ils viennent à la piquerie s’injecter. Je leur vendais mais il fallait qu’ils aillent se piquer ailleurs.

      Un vendeur avec une conscience?

      Il y a bien des choses que j’ai oubliées. D’autres que je ne veux pas dire. Je me sens trop mal, c’est trop dégueulasse. À travers toutes mes expériences, j’ai fait souffrir énormément de gens. Quand quelqu’un faisait une overdose, la plupart des autres s’en foutaient. Ils le laissaient crever. Dans la piquerie, il fallait les sortir et les mettre dans la ruelle pour éviter que la police ne débarque à l’appartement. C’est très criminel, comme endroit. Je vendais beaucoup, je travaillais pour des gens importants. Mais c’était juste une affaire d’argent, pour eux. Ils s’en foutaient que je crève.

      Injection supervisée

      drogue-toxicomanie-drugs-toxicomanesPierre a cessé de consommer au début des années 1990. Depuis, il s’est beaucoup intéressé à la condition des gens qui, comme lui, ont vécu l’enfer des drogues dures.

      Un héroïnomane vit plus le jour que la nuit. Quand il se réveille, la première chose qu’il fait, ce n’est pas aller aux toilettes, prendre sa douche ou déjeuner, il prend plutôt sa seringue et se pique. Après, il peut aller travailler. Certains en prennent une fois par jour, d’autres ça peut être deux. C’est comme ça qu’arrivent les overdoses. Ils essaient d’en faire plus que ce que leur système peut supporter.

      Autre problème qui peut mener à une overdose: la nouvelle drogue qui sort sur le marché. Quand Pierre mettait la main sur une nouvelle sorte qu’il ne connaissait pas, il coupait ses doses de moitié pour l’essayer.

      Au milieu des années 1990 est arrivé de Vancouver le China White. C’était beaucoup plus fort que ce qui existait. En une semaine, il y a eu environ 30 overdoses.

      Pierre est ouvert à l’idée des sites supervisés. Il a lu ce qui s’est écrit à ce sujet.

      Au Portugal et en Espagne, ça marche fort, les sites supervisés. L’Espagne est le pays en Europe où il y a le plus d’héroïnomanes. On a été obligé d’ouvrir ces sites parce qu’on trouvait des seringues par-tout dans les villes. Dans ces sites, il y a de petites chambres munies de caméras pour surveiller si les gens font une overdose. C’est une bonne manière de garder le monde en santé, le virus du sida se propage moins, il y a moins de seringues dans la rue. Et comme ils sont dans un centre spécialisé plutôt que dans une ruelle, il n’y a pas d’enfants qui pourraient les voir.

      Dans un site supervisé, l’héroïnomane est en présence d’anciens toxicomanes, de médecins, d’infirmiers et de travailleurs sociaux. Ce qui permet au junkie de rencontrer un personnel outillé pour lui venir en aide.

      En même temps, ça permettrait de trouver d’autres solutions ou remèdes. Aujourd’hui, tout ce qu’il y a, c’est la méthadone. Ça constipe, ça touche le foie, ça endort. J’ai connu du monde qui, après avoir bu leur jus (méthadone), ont pris leur voiture et sont morts dans un accident car ils se sont endormis au volant. C’est dans la 1ère demi-heure que c’est dangereux.

      Dans un site, au contraire d’une piquerie, les gens pourraient rester plus longtemps et obtenir des conseils.

      Il serait possible d’aider les couples parce que plusieurs le font ensemble. Les employés du site pourraient leur dire comment aider l’autre si l’un fait une overdose. Avoir un savoir de plus que celui de se piquer, ça ne peut pas faire de mal. Ça éviterait des overdoses.

      Se shooter à l’eau sale

      drogue-toxicomaneFournir des seringues stérilisées aux héroïnomanes est une solution qui va de soi, pour Pierre.

      Quand tu es dopé, tu t’en fous d’attraper le sida, de mourir. Tu n’y penses pas. Quand tu es junkie, tu es tellement gelé que, si tu as besoin d’eau pour te shooter et que tout ce que tu trouves c’est de l’eau de la toilette ou même l’eau sale d’une flaque dans la rue, tu la prends. Moi, je faisais attention de ne pas prêter ma seringue à ceux que je ne connaissais pas. Utiliser la seringue d’un autre, c’est la meilleure façon de contracter le sida.

      L’ancien héroïnomane espère qu’avec un site dédié aux junkies le suivi sera meilleur et que les médecins seront plus humains.

      Ce que je vois, c’est de la signature de paperasse. Ça ressemble plus à des numéros qu’on accole à des êtres humains. J’aimerais voir une relation autre que juste un médecin et une carte soleil. Qu’ils posent des questions. Ils sont rares ceux qui vont au-delà. Moi, ça fait 20 ans que j’ai le même médecin. J’ai pu établir une très bonne relation.

      Pierre sait bien que le sort des junkies laisse une grande partie de la population indifférente. Pourtant, il est la preuve vivante qu’il est possible de passer de zombie à un être de lumière.

      Autres textes sur Toxicomanie

      Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

      Merci de votre soutien.

      Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

      guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

      Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

      Le livre est disponible au coût de 4,95$.
      Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
      Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
      Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

      Autres livres pouvant vous intéresser:

      Pour voir le catalogue complet des livres des Éditions TNT.

      Congrès de l’Association des intervenants en toxicomanie

      Du 23 au 26 octobre 2011 à Trois-Rivières

      Gambling et suicide

      Lors du Congrès de l’Association des intervenants en toxicomanie (AITQ) , Reflet de Société présentera le DVD en prévention gambling et le guide d’intervention auprès d’une personne suicidaire.

      Raymond Viger Dossiers Toxicomanie, Alcool et drogue

      Lors du Congrès de l’Association des intervetants en toxicomanie, lundi le 24 octobre 2011 sera la seule journée pour rencontrer un intervenant de Reflet de Société. Il y aura présentation du DVD en prévention gambling, du guide d’intervention auprès d’une personne suicidaire ainsi que le magazine d’information et de sensibilisation Reflet de Société. Le congrès se déroule au Centre des Congrès du Delta de Trois-Rivières.

      Pour ceux qui ne pourraient être présents et qui veulent se procurer l’un de ses outils de prévention, ils peuvent être commandé par la poste, par téléphone ou par Internet:

      Gambling et Jeu compulsif

      La réalité sur les jeux de hasard;

      un outil de discussion pour les jeunes

      gambling-jeu-compulsif-gambler-joueur-pathologique-poker-casinoDVD Gambling. 20$ + 5$ (taxes et frais de transport)

      DVD de sensibilisation rassemblant témoignages et interventions de Biz, de Loco Locass, de l’ancienne croupière Éléonore Mainguy, du joueur devenu paraplégique Did Bélizaire et de plusieurs joueurs compulsifs. Le moyen idéal de s’éveiller aux conséquences de la dépendance au jeu.

      Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009.

      Par Internet: http://www.editionstnt.com/videos.html

      Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc, H1V 1X4.

      Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

      guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

      Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

      Le livre est disponible au coût de 4,95$.
      Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
      Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
      Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

      Abonnement au magazine Reflet de Société

      reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

      Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

      • Le citoyen est au cœur de notre mission
      • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
      • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
      • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
      • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

      Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
      Par Internet: http://www.refletdesociete.com/abonnement.html
      Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

      %d blogueurs aiment cette page :