Témoignage: les victimes de mon passé

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

Présentation en français de LOVE in 3D

Témoignage: les victimes de mon passé

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville.

Dossiers Prison, Criminalité

Les victimes de mon passé

J’ai une longue sentence à purger. Très longue. J’ai commencé à analyser ce qui s’est passé dans ma vie. Voici le début de mes réflexions. Je suis conscient qu’elles ne sont pas encore terminées et qu’il me reste encore un bout de chemin à faire.

Mes condamnations

Histoire de vous aider à mieux comprendre, évaluer, juger ou condamner mes propos, voici mes condamnations: Enlèvement, séquestration, extorsion, possession d’armes, utilisation d’armes, vol de banques, vol de véhicule, évasion, tentative d’évasion, outils de cambriolage, complot, délit de fuite, résistance à mon arrestation, usurpation d’identité…

Jamais, au plus profond de moi-même, je n’ai eu envie de faire du mal à qui que ce soit. Je ne vous demande pas d’accepter mais d’essayer de comprendre tous ces gestes inacceptables aux conséquences douloureuses et surtout non méritées pour mes victimes. Des gestes qui sont l’aboutissement d’une accumulation de souffrances et de douleurs.

Après l’arrestation

Ma principale préoccupation: comment ai-je pu me rendre là? Comment ai-je pu devenir cet être sans âme, sans amour? Froid et distant, dangereux et violent, mes yeux à la dérive reflétaient mon vide intérieur. Comment aurais-je pu considérer la vie d’un autre si la mienne n’existait plus vraiment?

La détention

Des années d’incarcération m’ont donné le temps de trouver des explications pour découvrir un sens ou des raisons d’être à ces crimes. Au début, les raisons semblent louables: aider ma famille, gâter ceux que j’aime.

Puis, un jour, une pénible réalité fait surface. Un drame caché, qui, de l’intérieur, est venu gruger ma raison, mon amour et mon empathie pour les autres, jusqu’au moment où tout s’effondre. La période de crise qui s’ensuit est étouffée avec la drogue, le jeu, la boisson.

Puis, un découragement si profond qu’on se déconnecte de la réalité, rendant notre comportement irréfléchi et dangereux pour tous ceux que nous rencontrons et pour soi-même. Résultat final ou échappatoire temporaire, le meurtre, le suicide, l’overdose, le vol…

L’homme est un loup pour l’homme

Un animal blessé, apeuré, affamé, et qui est seul, est un danger pour tous ceux qui pourraient le croiser son chemin. Il se balade au gré du vent, cherchant une proie faible et sans défense. Il n’a même plus la force d’attendre ou de réfléchir à une stratégie quelconque. Son seul but est d’oublier le mal qu’il vit.

L’homme devient cet animal. Lorsqu’on lui retire sa dignité, sa pitance, il revient à sa nature profonde d’animal. La plupart du temps, on ne choisit pas de devenir criminel. Une suite d’événements nous entraîne vicieusement là où personne ne voudrait aller de son plein gré.

Un criminel est généralement quelqu’un de désemparé qui, pour se tenir à flot, s’accrochera à tous ceux qu’il croisera sur son chemin, exactement comme quelqu’un qui se noie. Sa peur de mourir, de souffrir, est si forte qu’elle l’empêche de réfléchir. Il panique, rendant son comportement incompréhensible.

La souffrance ne s’apprend pas à l’école!

Contrairement au criminologue, je n’ai pas étudié l’histoire du crime. J’en suis un des auteurs. Mes explications ne proviennent pas d’une interprétation analytique, mais de mon vécu. Étudier la souffrance ou la douleur à travers des livres ne vous donne pas la mesure exacte des effets qu’elle procure.

Certaines personnes choisiront la mort, d’autres prendront les armes. La désorganisation chez certains les rendra agressifs, tandis que d’autres réagiront en se soumettant au premier venu.

Je ne crois pas qu’étudier le cancer vous aide à mieux comprendre les douleurs physiques et mentales du malade. Je crois qu’il en est de même avec la criminalité. Dans la majorité des fraternités, groupes de soutien entre individus qui partagent une même dépendance, tous reconnaissent qu’il n’y a pas mieux qu’un dépendant pour en comprendre un autre. Mes longues années à fréquenter les alcooliques anonymes, narcotiques anonymes, gamblers anonymes et autres, confirment que je ne suis pas unique. Il existe des ressources pour faire une sérieuse remise en question, de façon constructive et efficace. Seul le désir sincère de changer fera la différence.

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

love-in-3dLove in 3D.

Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Un transfert et ses revers

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

Présentation en français de LOVE in 3D

Un transfert et ses revers

Jean-Pierre Bellemare     Dossiers Prison, Criminalité

Les transferts de prison ne s’effectuent pas que dans une seule direction. Vous pouvez être transféré dans un établissement à sécurité moindre si vous devenez plus « gentil ». Vous pouvez aussi être déplacé vers une prison à haute sécurité lorsque vous êtes pris en train de tuer, de battre ou d’avoir un comportement dangereux. Cela a pour conséquence de prolonger votre période de détention. Lorsque vous présenterez une demande de libération, les décideurs seront aussi beaucoup plus frileux à l’idée de vous libérer.

D’un côté, il y a ceux qui demandent un transfert de leur plein gré en raison de leur bon comportement pour se rapprocher de leur famille, pour participer à un programme de réinsertion ou pour poursuivre des études. De l’autre, on retrouve ceux qui sont récompensés à titre de collaborateurs (les délateurs) ou encore d’autres qui, craignant les représailles de leurs codétenus, demandent à être protégés (pédophiles, voleurs de cellule et ceux qui sont incapables de payer leurs achats de drogue…).

Stress et angoisse

Tout prisonnier transféré subit un stress considérable, ce qui peut conduire à la dépression, à la surdose, voire jusqu’au suicide. Surtout lorsque le transfert se fait contre son gré. Situation qui peut être perçue comme un enlèvement avec séquestration suivi d’une longue période d’isolement.

Le dépaysement est total. Vous n’avez pas vos propres vêtements ni accès à vos ressources, aussi restreintes soient-elles. Vous êtes menottés aux mains et aux pieds. On vous trimbale dans des conditions semblables aux animaux destinés à l’abattoir dans une cage métallique.

Le transfert est une grande source d’anxiété et d’angoisse. Généralement, vous ne choisissez ni l’endroit ni vos nouveaux voisins. Votre arrivée est menaçante, dérangeante. Vous serez probablement mis dans une cellule double avec un pur inconnu. La cellule, de la taille d’un placard muni d’une toilette et d’un lavabo, est beaucoup trop petite pour deux prisonniers.

Votre « stature » physique ou criminelle peut alors aider. Un homme de 6 pieds et 4 pouces sera très bien accueilli. Le fils d’un chef de gang aussi. Mais ce sont des exceptions à la règle. Pour le père de famille condamné pour crime passionnel ou le jeune drogué condamné pour vol de dépanneur, l’histoire est loin d’être drôle.

Un pénitencier n’est pas un camp de vacances. Lorsque vous êtes transféré, on ne tient pas compte de votre besoin d’être rassuré. Les gars ne peuvent jamais exposer leur vulnérabilité ni leurs besoins affectifs, ce qui est essentiel à tout individu. Nous apprenons à les ignorer, à les refouler, à les dénigrer. Pour pallier la souffrance subie en prison, la drogue devient une forme d’auto-médication, l’équivalent du Valium, du vin ou de la bière pour celui qui est « dehors ».

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

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Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

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Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

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Patrick Lagacé, le détenu Jean-Pierre Bellemare et la prison de Cowansville: peine de mort pour un travailleur communautaire

Patrick Lagacé, le détenu Jean-Pierre Bellemare et la prison de Cowansville: peine de mort pour un
travailleur communautaire

Dossier: Chroniques d’un prisonnier , La Presse, Patrick Lagacé

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Patrick Lagacé
vient de publier dans La Presse un article sur notre chroniqueur-prisonnier, Jean-Pierre Bellemare. Un article qui m’a ému et touché pour son côté  humain et sensible.

J’avais oublié que Patrick Lagacé avait aussi un blogue. Un blogue sur lequel il fait la présentation de l’article publié dans La Presse en y faisant un hyperlien. J’avais oublié que les gens commenteraient l’article de Patrick Lagacé. J’avais oublié de tenir compte de tous les préjugés que certaines personnes peuvent avoir envers les prisonniers et les criminels.

Avec toute ma candeur d’enfant, avec toute ma sensibilité d’homme j’ai commencé à lire les commentaires. Malgré que les commentaires soient partagés presque moitié-moitié entre des mots d’encouragements et une volonté de rétablir la peine de mort, j’ai été profondément blessé par plusieurs de ces commentaires.

Je commencerais par remercier les gens qui ont pris le temps de laisser un mot d’encouragement à Jean-Pierre. Ces mots vont le toucher et l’encourager, j’en suis convaincu. Ces mots d’encouragement auront aussi été très importants pour moi. Non pas que j’ai besoin d’encouragement personnel. Dans le choix de m’investir auprès des personnes marginalisés, criminels ou pauvres, je savais que je ne choisissais pas une mission très « glamour ». Je fais mon travail sur le terrain en dérangeant parfois certains principes et certaines valeurs morales, en remettant en question des règles, des façons de faire. Ces mots d’encouragements me sont très utiles pour pouvoir accepter les attaques sur un être humain que je connais et que je soutiens dans sa réhabilitation depuis plusieurs années.

Je voudrais aussi remercier tous ces gens qui ont dit, haut et fort, ce qu’ils pensaient des prisonniers en général et le sort qu’ils voudraient réserver à Jean-Pierre Bellemare. J’avais oublié la méchanceté de certains préjugés encore fortement ancré dans notre société. Votre discours me permettra de mieux me préparer pour soutenir Jean-Pierre lors de sa sortie de prison. Sans votre honnêteté à dire ce que vous pensez réellement, j’aurais sous-estimé le travail qui m’attend à sa sortie.

Finalement, un gros merci à Patrick Lagacé. Un article qui aura été long et pénible à écrire. Les démarches pour entrer en prison n’ont pas été facile. Vous avez eu, M. Lagacé, la patience et la persévérance d’aller jusqu’au bout. En plus des difficultés administratives pour rencontrer Jean-Pierre Bellemare, une émeute à la prison de Cowansville avait cancellé votre premier rendez-vous. De plus, Cowansville nécessite un temps de déplacement qui est non négligeable. Un gros investissement pour une chronique et je vous en félicite. Les réactions obtenues à la suite de votre article me plongent dans une réalité que Jean-Pierre et moi auront à affronter sous peu. Cela nous permettra de mieux nous préparer.

En lisant les commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé, j’aurais voulu répondre à chacun d’eux, tenter de justifier, d’expliquer… J’ai changé d’idée. Est-ce que les gens savaient que les prisonniers sont payés 1$ de l’heure pour le travail qu’ils font en prison? Qu’ils doivent acheter tous leurs effets personnels à la cantine, c’est-à-dire au plein prix du dépanneur? Que certains de ces travaux permettent des économies appréciables à la société? Que Jean-Pierre Bellemare ne sera pas libéré au 1/6 ou 1/3 de sa peine, mais qu’il a fait tout son temps? Dans le milieu on appelle ça LO. Libération Obligatoire. Les plantes qu’il a ne lui ont pas été fourni par le système mais qu’il a dû se les payer? Est-ce que les gens sont au courant de tout le cheminement et le travail que Jean-Pierre a fait sur lui en assistant à toutes sortes de rencontres avec des professionnels ou des bénévoles? Est-ce que les gens sont au courant que Jean-Pierre s’est impliqué dans des groupes de prévention du suicide, qu’il a été un réconfort pour plusieurs prisonniers et qu’il a permis à plusieurs de cheminer?

Sûrement pas. Parce que les gens qui l’ont déjà condamné ne condamne pas Jean-Pierre Bellemare. Ils condamnent tous les prisonniers et tous les criminels, sans prendre le temps de les connaître.

Pour ceux qui ont demandé la peine de mort pour un homme comme Jean-Pierre Bellemare, j’aimerais que vous me condamniez aussi à la peine de mort. Parce que si Jean-Pierre mérite la peine de mort, un homme comme moi qui l’accompagne dans son cheminement doit l’accompagner jusqu’au bout. Qu’on me pende haut et court et qu’on me pende le premier. Parce que s’il est criminel de croire en la réhabilitation d’un prisonnier, je suis un très grand criminel.

Crédit photo Sue R B

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