Aimer à travers la crise conjugale

Hommes violents

Prévenir les coups

J’ai tellement eu peur d’être comme mon père, que je suis devenu comme ma mère, une personne battue.

Jean-Pierre Bellemare dossiers Égalité Homme-FemmeChroniques d’un prisonnier

violence-conjugale---YemaMon père qui était alcoolique et violent avec ma mère fut le pire exemple d’homme pour le tout petit que j’étais. En vieillissant, j’ai toujours eu cette angoisse de lui ressembler. Devenir un père colérique qui sous l’emprise de l’alcool martyriserait son épouse.

C’est pourquoi, à titre préventif, je me suis investi très tôt dans les Alcooliques Anonymes et les Narcotiques Anonymes. Durant quelques décennies et même encore aujourd’hui, je fréquente ces groupes qui m’ont permis de me reconnaître à travers eux et de comprendre mes problèmes.

Nous avons tous des moments où le désir de sombrer est plus fort que celui de nager. Se laisser aller à la dérive nous apparaît alors comme la seule sortie possible, qu’on utilise l’alcool ou la drogue en désespoir de cause.

Pour ma part, je me lève le matin avec un miroir et je me couche avec. C’est un exercice parfois humiliant et souvent blessant, mais ainsi je vois mes difficultés plus rapidement. Cela me permet d’essayer de les corriger le plus vite possible avant qu’elles ne deviennent trop importantes pour mon égo. Ma grande peur de ressembler à mon père est ce qui a contribué inconsciemment à me faire devenir comme ma mère, une personne soumise et victime de tous.

Je suis devenu comme elle, en me regardant constamment et en me reprochant ce que j’avais bien pu faire pour que cela aille mal. Si les choses ne marchaient pas bien c’était uniquement par ma faute, mon manque de jugement et de perspicacité.

Curieusement, mon attitude fut condescendante et méprisante vis-à-vis d’un policier qui se faisait battre par sa conjointe. Et cet autre homme, un joueur de hockey, dont ses amis avaient porté plainte à sa place pour violence conjugale. Des cas médiatisés.

Puis ce fut mon tour, pris dans le même engrenage. Je ne savais absolument pas quoi faire. Moi, que les psychologues et criminologues décrivaient comme violent.

Cette femme que j’aimais se transformait en lionne et ses griffes n’avaient de pareil que ses mots encore plus déchirants.

Force est d’admettre que si un tueur voulait me faire la peau, je pouvais négocier avec lui. Dans le pire des cas, avec une batte de baseball. Mais lorsqu’il est question d’une femme qui nous attaque, celle qu’on aime de surcroit, à cause d’un problème de contrôle, on est dépassé. J’étais en train de me transformer en ces hommes qui ont repoussé leurs limites au maximum, au lieu de faire appel aux policiers.

Dans une société comme la notre, avec notre historique de violence conjugale, tu y penses à deux fois avant de porter plainte contre ta conjointe. Qui plus est, je ne crois pas à l’efficacité de l’appareil judiciaire, je le connais trop bien.

C’est pourquoi je dois nécessairement me séparer d’elle. Non point que je ne l’aime plus, mais ce n’est qu’une question de temps avant que je n’aie envie de me défendre. Et vu l’objectivité des forces de police et des tribunaux, et surtout avec un dossier criminel, mettons que mon chien est mort. Tout ce qui me reste à faire est de prier pour qu’elle puisse un jour trouver la paix.

Pour tous ces hommes qui minimisent, ridiculisent ou ignorent ces violences, n’attendez pas. Les drames passionnels n’arrivent pas qu’aux autres. Il faut reconnaître la gravité du problème le plus vite possible. Autrement, ce qui vous guette sera une arrestation, une perte de réputation, de dignité ou de liberté pour avoir voulu vous défendre à un moment de saturation.

Lorsqu’une femme frappe, c’est une gifle. Quand un homme frappe, c’est un coup criminellement punissable par la loi. Les avocats sauront vous saigner en vous faisant découvrir les entrailles de l’appareil judiciaire, chose que je vous déconseille fortement.

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    Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

    guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

    Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

    Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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    Rêve d’un détenu en prison

    Prison à sécurité minimale

    Un pas de plus vers la liberté

    L’humidité s’élève en vagues de la rivière des Prairies. Comme les insectes, je le constate, qui mordillent lentement ma jambe, présences grises et furtives dans la lumière basse en fin d’après-midi. 

    Colin McGregor   Dossier Chroniques d’un prisonnier

    freedom-1125539Là où je suis assis, à la limite du terrain de football, je ne peux pas voir la rivière, ses bateaux de plaisance et ses habitations aux allures de chalets longeant la rive opposée.

    Je l’ai vue une fois, cette semaine, de la fenêtre d’un des édifices de la prison. Par-delà la rive, au loin: la tour du stade olympique. La Tour penchée du maire Drapeau. Et sur la droite, en tendant le cou, les monticules jumeaux de roche volcanique où j’ai grandi, surmontés de la tour de transmission, maintenant désuète, de Radio-Canada.

    Je voyage constamment, en pensée, vers ces collines surbaissées. Je communique avec ses habitants. Mais je n’y ai pas mis les pieds depuis bien longtemps. Lors de mes promenades quotidiennes entre la cellule où j’habite et l’école de la prison où je travaille, ma vue de la rivière, du stade et du mont Royal est obstruée par un haut mur de pierre.

    Je dois me rappeler que je suis en sécurité minimale – et que j’ai fait un pas de plus vers la liberté. Certains de mes voisins quittent la prison chaque jour pour aller travailler dans la communauté. Ils servent la soupe à des étrangers malchanceux; ils font le lavage en quantités industrielles; ils tondent des pelouses.

    Certains obtiennent des permissions de 72 heures pour aller vivre dans leur famille, dans des quartiers de Montréal que je connaissais bien. Ici, contrairement à d’autres prisons, le monde extérieur n’est plus un mythe que vous ne pouvez voir qu’à la télé. Ici, vous pouvez en sentir les parfums, en entendre les histoires. Vous en êtes tout près.

    C’est un rite de passage auquel tous les prisonniers doivent se soumettre. Certains sont amers, ici. Ils ont passé quelque temps à l’extérieur. Ils parlent de conditions trop contraignantes et d’arrestations arbitraires. Leurs yeux, larges comme des soucoupes, démentent le rêve de vies redevenues normales, réformées par des histoires de police frappant à la porte au milieu de la nuit. Mensonge? Vérité? Exagération? Euphémisme? La transpiration qui perle sur la nuque parle d’épreuves passées, sans pouvoir dire de quel genre il s’agit.

    En aidant les professeurs à l’école de la prison, vous découvrez que l’éducation souffre autant du manque de moyens que n’importe quelle autre école du Québec. Les étudiants en prison peuvent obtenir un diplôme d’études secondaires aussi valide que celui que j’ai eu à l’école secondaire de Westmount en 1978, où j’étais «Valedictorian» (étudiant le mieux noté prononçant le discours d’adieu lors de la cérémonie de remise des diplômes). Une autre preuve que la performance académique ne garantit pas forcément un succès futur.

    Certains étudiants ont des problèmes, des traumatismes qui dépassent votre expérience, et ils n’atteindront jamais la ligne d’arrivée. Pour eux, c’est dans le voyage qu’ils doivent puiser leur joie. Chaque progrès doit être célébré.

    À la cérémonie annuelle de graduation, un étudiant se lève pour recevoir son diplôme – un des quatre certificats d’études secondaires remis. Couvert de tatouages, les muscles gonflés forçant le t-shirt trop serré, il met ses lunettes noires enveloppantes pour cacher les larmes qui lui montent aux yeux. Il insiste pour dire quelques mots.

    «Même si je suis en prison, c’est un des plus beaux jours de ma vie», dit-il en hésitant.

    Au début fusent des moqueries et des remarques sarcastiques; puis, après quelques secondes, un silence respectueux s’installe. Il sort un papier froissé et lit les noms des personnes qu’il souhaite remercier.

    Ensuite, je croise un homme de 70 ans aux yeux rouges. Il tient dans ses mains le diplôme d’études primaires qu’il vient de recevoir. Il le porte comme s’il était fait d’or. «Je n’ai jamais rien eu comme ça, jusqu’à maintenant, dit-il ému. Je n’ai jamais su lire. Je mélangeais toutes les lettres. Mais ce gars-là a réussi…»

    De la tête, il pointe un détenu à ses côtés; mince, timide, les cheveux gris. «C’est mon professeur. Il a travaillé avec moi pendant des mois. Ça lui appartient ce diplôme.» Le détenu (assistant-professeur en question) ne peut que sourire et soulever les épaules, en évitant mon regard et celui de son élève en larmes. L’émotion n’est pas toujours facile à digérer dans un espace froid et restreint.

    Aucun de nous n’est vraiment là où il souhaiterait être dans son évolution. Cela fait partie de la condition humaine. S’efforcer d’obtenir plus ou de maintenir ce que vous avez, c’est ce qui donne sa valeur à la vie.

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      Les livres de Colin McGregor

      Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

      Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

      love-in-3dLove in 3D.

      Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

      This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

      Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

      teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

      Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

      This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

      Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

      quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

      Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

      Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

      Magazine The Social Eyessocial-eyes-web

      Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
      4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

       

      Introspection d’un ancien détenu

      Prêt à mourir

      Peut-on survivre à ses crimes?

      Jean-Pierre Bellemare  Dossier Chroniques d’un prisonnier

      Jean Pierre Bellemare Ayant eu une vie plutôt tumultueuse sinon mouvementée, il m’est souvent arrivé de me retrouver en péril. Que ce soit avec des policiers qui voulaient me tuer pour m’être attaqué à eux, ou encore des criminels auxquels j’avais manqué de respect. À ceux-là j’ajouterai les chauffards qui risquent de nous ôter la vie. C’est surtout dans ces moments intenses ou une réflexion existentielle me traverse l’esprit… Suis-je prêt à mourir?

      Il y a un certain temps, j’ai répondu oui à cette question. Par courage, témérité ou simplement désintérêt pour la vie? J’avoue que je ne saurais répondre en toute franchise, car ma vie est jalonnée de remise en question sur sa propre valeur. À chaque évènement où je pourrais la perdre, la question resurgit.

      Aujourd’hui je suis libre, mais j’ai acquis certains attachements qui me déplaisent un peu. Les possessions matérielles ou affectives me font sentir dépendant et vulnérable. Lorsque j’étais derrière les barreaux, j’aurais considéré cela comme un boulet. Je vais passer le cap des 50 ans et tous mes objectifs ont pratiquement été atteints. Des réalisations inattendues m’ont fait gagner en maturité. Vais-je cesser pour autant de m’émerveiller de ce que m’offre la vie?

      Je ne cherche plus la direction à ma route, c’est devenu limpide et clair. Me sentir heureux et retransmettre ce bien-être aux autres pour qu’à leur tour, ils aient envie de redonner.

      Je n’ai pas rendu beaucoup de gens heureux, mais quelques un, c’est sûr. Est-ce que j’en ai blessé d’autres volontairement? Oui. Est-ce que cela enlève ou diminue mon désir de refaire le bien? Non, ni de diminuer le malheur quand je peux. Cela me satisfait amplement. Il y a des gens qui ne se remettront jamais d’un acte criminel, d’un accident de la route, d’une fausse couche ou d’une séparation. Que peut-on y faire? Essayer de les rassurer, les sécuriser avec notre écoute, notre soutien. Mais au-delà de mon désir de me repentir, si une personne refuse de pardonner, elle se condamne elle-même au chagrin et à la haine.

      Dans la vie, on choisit ses batailles et celle-ci est au-dessus de mes capacités et du temps dont je dispose pour aimer mon prochain. Je suis prêt à mourir, car aujourd’hui comme hier, j’ai fait sans effort la transmission de mon bien-être à ceux qui ont croisé ma route.

      Fervente croyante, ma conjointe s’étouffe un peu dans ses préceptes, elle voudrait que tous connaissent l’histoire biblique. Tant mieux pour ceux que cela encourage et porte vers le meilleur. Je suis profondément croyant, mais pas aveugle, et quand je vois les sourires qui naissent lorsque je prends le temps de me soucier des autres, je me dis que ma formule est gagnante.

      Si je réussis à semer une parcelle de bonheur autour de moi, et bien… je suis prêt à mourir. Mais avant, à tous ceux qui répondent légitimement à la description de personne honorable, je dis merci.

      Sur ce, passez une belle année et sur chaque embûche que vous rencontrerez, sautez plus haut pour vous en faire des tremplins. Mes sentiments les meilleurs à ceux qui cultivent la terre avec humanité.

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        Publicité

        L’amour en 3 dimensions

        l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

        Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

        L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

        Pour commander par Internet:

        Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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        Aumônier en milieu carcéral

        En prison

        Seigneur, où es-Tu?

        On nous a demandé, l’an dernier, d’enlever tous les symboles religieux de la chapelle au pénitencier de Cowansville, une prison fédérale comptant près de 700 détenus.

        Tim Smart, aumônier de prison     dossiers CriminalitéReligion et spiritualité

        prison spiritualitéUne chapelle jusqu’alors ornée de symboles chrétiens devenait maintenant un espace neutre en un lieu entouré de barbelés. La théorie étant qu’une chapelle subventionnée par les fonds publics se doit d’être accessible à tous, sans offenser ceux qui proviennent d’une autre religion.

        Nous avons donc fait le ménage et enlevé les croix, les icônes et les affiches religieuses, que nous avons rangées dans les anciens confessionnaux, transformés en remises. L’autel et une grande croix (peinte par un détenu) sont demeurés sur la scène, mais de manière à ce qu’on puisse les cacher par des rideaux, afin de ne blesser aucune sensibilité.

        Nous avons aussi rebaptisé cette salle (quoique le terme ne soit sûrement pas approprié, étant donné les changements actuels) en Centre multiconfessionnel.

        C’est ainsi que cela doit être dans notre monde multiconfessionnel, dans une institution subventionnée par les fonds publics. Toutes les croyances doivent être accueillies et respectées.

        S’adapter

        Quoi qu’il en soit, cela nous a pris quelque temps, nous les quatre aumôniers permanents, pour nous adapter mentalement et émotionnellement aux nouvelles conditions. Pour passer d’un lieu où, croyait-on, presque tout le monde était catholique romain et parlait français, à un Centre multiconfessionnel.

        Même si deux des aumôniers sont catholiques romains, un troisième moine bouddhiste et moi-même anglican, tous les détenus peuvent nous consulter sans égard à leur profil religieux, pour obtenir des conseils ou seulement converser. Nous avons aussi un plus grand nombre d’aumôniers visiteurs qui viennent répondre aux besoins d’hommes de traditions diverses.

        Un imam agréé vient rencontrer les détenus musulmans. Un rabbin vient à l’occasion. Et les témoins de Jéhovah ont maintenant des réunions régulières le lundi matin, après qu’une plainte déposée par un détenu ait forcé le service correctionnel canadien à leur accorder l’accès au lieu de recueillement.

        Malgré notre approche multiconfessionnelle, nous savons que les détenus de cette prison sont nominalement catholiques romains à environ 73 %. Les autres 27 % regroupent des protestants, des musulmans, des adeptes de spiritualité autochtone, etc.

        La spiritualité autochtone et les programmes pour les Autochtones sont gérés à partir d’un autre édifice par d’autres personnes et avec un financement différent.

        Cette séparation n’est pas surprenante, si l’on considère le passé trouble qu’ont connu les Autochtones avec les négociants, les missionnaires et le personnel des pensionnats indiens.

        Cependant, certains Autochtones participent tout de même à diverses activités religieuses ou éducationnelles au Centre.

        Première fois

        Ça ne vous surprendra probablement pas d’apprendre que la plupart des détenus n’étaient pas de grands pratiquants avant leur incarcération. Comme beaucoup de personnes dans notre société actuelle, ils ignorent presque tout des traditions religieuses.

        La prison offre à certains d’entre eux l’occasion de retrouver leur foi natale, et aussi d’explorer les traditions d’autres croyances.

        Certains vont régulièrement à la messe pour la première fois. Ou participent pour la première fois à une étude de la Bible avec des prières et des chants. Ou prient pour la première fois avec des confrères musulmans et tentent de respecter le jeûne du ramadan.

        Et comme la prison est un lieu passablement ennuyant, certains goûtent à tout ce qui est offert. Ils peuvent rencontrer le moine bouddhiste, participer aux réunions des témoins de Jéhovah et à l’étude de la Bible au cours d’une même semaine.

        Il est fascinant de voir des personnes explorer la religion pour la première fois dans des conditions où la foi, l’espoir et l’amour sont si rares; sans parler du pardon.

        En tant qu’aumônier institutionnel œuvrant dans un environnement multiconfessionnel, mon travail ne consiste pas à recruter des fidèles pour l’Église anglicane ou pour la religion chrétienne. Mon travail consiste à écouter les gens et à cheminer avec eux dans l’exploration de la foi, puis de les aider à retrouver les traditions de leur croyance.

        La religion, à l’intérieur et à l’extérieur de la prison, peut être une aide ou un obstacle à notre réhabilitation et à notre libération. Les aumôniers se méfient de ceux chez qui l’expression religieuse peut cacher des anxiétés et des besoins profondément ancrés. Ou ceux qui utilisent la religion pour améliorer leur pitance à la cafétéria ou pour avoir congé de travail. Nos raisons d’être religieux sont souvent confuses et parfois purement égoïstes.

        Bien que je ne sois pas là pour juger des motivations de chacun, je pense que le rôle des aumôniers est d’encourager les gens à chercher la foi de manière authentique et à exprimer un désir sincère d’approfondir leur spiritualité et leur pratique.

        Combattre le crime

        Avant de devenir un aumônier de prison, comme beaucoup de personnes, je lisais les reportages sur les crimes et les peines imposées à ceux qui avaient commis des actes plutôt horribles. J’étais heureux qu’ils se retrouvent en prison et je ne pensais pas beaucoup à eux. J’ai peut-être même déjà dit : «Enfermez-les et jetez la clé!»

        Quand vous vous rendez en prison en tant que bénévole et ensuite comme aumônier, vous commencez à voir les visages et les personnes derrière les titres des journaux et il devient plus difficile de les condamner pour toujours. Vous écoutez l’histoire de leurs vies et de ce qui a mené à leurs crimes, et vous commencez à comprendre. Vous commencez à comprendre à quel point l’on peut devenir confus intérieurement, et aussi corrompu par des influences extérieures.

        Historiquement, les aumôniers font partie depuis longtemps du système pénitencier. Les aumôniers et les directions des prisons croyaient que l’isolation, le temps de réflexion et l’enseignement chrétien avaient plus de chance de réformer les détenus que les coups, le fouet et les exécutions. On espérait que cette période d’isolation de la société permettrait aux détenus de devenir pénitents et de regretter leurs péchés, d’où le terme «pénitencier».

        À l’époque actuelle, le service correctionnel canadien espère toujours que les détenus vont regretter ce qu’ils ont fait, et qu’ils vont profiter des programmes et des cours offerts pour leur réadaptation. Néanmoins, l’aspect religieux est devenu purement optionnel.

        Pour une minorité de détenus, les aumôniers et les activités de la chapelle représentent un ajout intéressant. Alors que la Charte des droits et libertés accorde à tous les prisonniers le droit de pratiquer leur croyance, comme c’est le cas dans la société en général, peu de personnes choisissent de le faire.

        Nous vivons dans un pays où le gouvernement actuel a choisi de combattre durement le crime, en nous disant que ce que les Canadiens veulent avant tout, c’est de vivre en sécurité. Cependant, la plupart des aumôniers croient que cette rhétorique n’est qu’une manœuvre électorale, dont le but est d’aller chercher des votes sur un thème où il semble facile de faire l’unanimité.

        Temps difficiles

        Longtemps avant que le gouvernement conservateur décide de combattre plus durement le crime, les taux de criminalité étaient à la baisse depuis des années.

        Et pourtant, dès qu’il fut au pouvoir, ce gouvernement s’est empressé de passer des lois et d’instaurer des règles afin que les personnes condamnées subissent de plus longues sentences, qu’il leur soit plus difficile d’accéder à une prison à sécurité minimale et plus difficile aussi de bénéficier d’une libération conditionnelle.

        En même temps, beaucoup de petits privilèges qui aidaient à rendre la vie en prison plus supportable furent coupés – tels que l’accès aux livres, à l’éducation, aux psychologues, aux événements communautaires et aux activités bénévoles.

        Le but de toutes ces lois et de toutes ces coupes effectuées par le gouvernement est d’être dur avec les détenus et de montrer à la population qu’on ne les dorlote pas. Les aumôniers ne comprennent pas pourquoi le gouvernement coupe ainsi dans les programmes destinés à la réhabilitation et la réinsertion sociale des détenus.

        C’est comme si le système souhaitait que ces hommes faillissent en leur offrant le moins de formation, le moins d’espoir possible, tout en augmentant leur niveau de frustration et de désespoir.

        En tant qu’aumôniers œcuméniques représentant toutes les croyances à l’intérieur des enceintes barbelées des prisons canadiennes, beaucoup d’entre nous se trouvent en désaccord avec un gouvernement plus intéressé par le châtiment que par le renouveau de la vie.

        Comment les aumôniers pourront-ils offrir de l’espoir à des hommes vivant dans des prisons de plus en plus surpeuplées, où de moins en moins de ressources sont offertes, dans un système qui semble décider arbitrairement de leur sort, au jour le jour?

        Nous travaillons chaque jour dans des prisons canadiennes en tant que personnes croyantes, sans pouvoir réel de changer le système. Nous accueillons les hommes dans nos bureaux pour écouter leurs confidences, nous leur rendons visite au «trou» (lieu de détention solitaire) et dans leurs blocs cellulaires, puis nous organisons des services religieux pour eux avec l’aide de bénévoles venus de l’extérieur.

        Par notre présence, nous souhaitons leur montrer qu’ils comptent encore et qu’ils n’ont pas été rejetés par nous et par leurs communautés.

        Bien que nous ne puissions pas facilement changer le système, nous souhaitons témoigner du fait qu’ils demeurent des enfants de Dieu dont la libération peut commencer même au cours des années qu’ils doivent vivre derrière les barreaux.

        ——-
        Le révérend Tim Smart est aumônier à la prison de Cowansville et pasteur à l’église anglicane Grace de Sutton.

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        Extrait du livre Après la pluie… Le beau temps.

        Liberté… Un sourire intérieur

        livre liberté poésie recueil sourire intérieurUn livre de poésie de 128 pages. Liberté politique, liberté journalistique, liberté émotionnelle… Toutes les couleurs de la liberté, individuelle et collective.

        Une belle suite pour mon premier livre de poésie, Après la pluie… Le beau temps. Parce qu’après la crise… on peut trouver la liberté… sa liberté.

        Liberté… Un sourire intérieur. Une façon de souligner les 5 000 exemplaires vendus du premier livre Après la pluie… Le beau temps.

        Même prix que le premier livre publié en 1992 avec le même nombre de pages et écrit avec le même amour: 9,95$.

        croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueilAprès la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

        Au coût de 9,95$ chacun de ces livres sont disponibles par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 FREE

        Par Internet. Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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        Biographie de l’auteur

        VIH en milieu carcéral: sexe, drogue et tatouage

        VIH

        Transmission du sida en prison

        Au Canada, 1,30% de la population carcérale est atteinte du VIH. Un chiffre 10 fois supérieur au reste de la population.

        Delphine Caubet dossiers Sida Sida VIH MTS Aids, Santé, Criminalité.

        tatoueurMême si l’information est connue, voici un rappel: le VIH (maladie mortelle et incurable) est une infection qui se transmet sexuellement et par le sang (ITSS). Donc, est à risque toute personne qui a des rapports sans condom ou qui utilise des seringues usagées.

        Autant dire que le VIH a le potentiel de faire des ravages en prison entre les rapports homosexuels, les tatouages et les drogues. Alors, les milieux carcéraux sont-ils des bouillons de culture pour la propagation du virus?

        1 seringue, 20 hommes

        C’est la base d’une incarcération: les drogues y sont interdites. Cette mesure est relativement efficace, mais cela n’empêche pas d’en trouver. Les plus dangereuses pour la propagation de maladies sont les drogues injectables avec des seringues. Ces dernières, interdites, coûtent excessivement cher sur le marché noir, comme l’explique Jean-Pierre Bellemare, ancien détenu et chroniqueur à Reflet de Société.

        Si théoriquement il n’y a pas de stupéfiants en prison, la réalité apporte un tout autre éclairage. Dans un sondage des Services correctionnels du Canada de 1995, il est énoncé qu’une seringue pouvait servir jusqu’à 15 à 20 hommes. Une bombe en puissance.

        Pour éviter la transmission d’ITSS, certains pénitenciers ont offert des seringues neuves aux détenus. En 2015, les horloges s’étant mises à l’heure Harper, ces programmes ont disparu.

        En santé

        Il faut toutefois se réjouir de l’efficacité de la prévention qui a été faite. Dans chaque prison ou pénitencier, des services d’informations et de prévention sont offerts. Sylvie est infirmière dans une prison provinciale (2 ans et moins). Chaque mois, elle offre des cours aux nouveaux détenus et leur donne une trousse anti-ITS. Au menu: alcool, gants en latex et eau de javel entre autres.

        D’après l’expérience de Sylvie en prison à sécurité minimale, certains détenus ont pris conscience de leur santé et veulent en prendre soin. «C’est presque comme s’ils étaient venus que pour ça en prison. On les sensibilise aux comportements à risque qu’ils ont pu avoir et on les dépiste», conclut Sylvie.

        Selon Jean-Pierre, dans les pénitenciers fédéraux (plus de 2 ans d’incarcération), la vision d’un esprit sain dans un corps sain est plus relative. «C’est comme donner à un condamné à mort une cigarette sans nicotine, plaisante Jean-Pierre. Condamné pour condamné.» Ce à quoi certains refuseraient de se faire dépister par peur d’enlever tout espoir quant à leur avenir.

        Avant leur incarcération, les trois quarts des détenus auraient abusé d’alcool ou de stupéfiants. Et comme le confirme Sylvie, les détenus séropositifs l’avaient contracté avant leur emprisonnement.

        Alors exit l’idée du bouillon de culture. Au contraire, une condamnation peut servir à prévenir les contaminations en détectant les personnes infectées. Des personnes qui à l’extérieur prenaient des risques et ne se faisaient que rarement dépister.

        Désintox à l’ombre

        Comme en témoignent Sylvie et Colin McGregor (détenu en pénitencier fédéral depuis plus de 20 ans), l’incarcération est souvent un moyen d’arrêter de consommer des drogues dures.

        «J’ai vu des toxicomanes et des alcooliques qui ont combattu leurs démons derrière les barreaux, explique Colin. Mais toujours avec beaucoup de peine. Un héroïnomane que je connais a passé 7 mois tout seul dans sa cellule, sans thérapie, sans méthadone pour se “dessécher”. Il m’a avoué que c’était les pires 7 mois de sa vie, mais il dit aussi que la prison lui a sauvé la vie.»

        Si les drogues sont difficiles à faire entrer «en dedans», elles restent néanmoins un moyen d’échapper au quotidien. Et les drogues dures qui nécessitent des seringues sont aussi celles qui disparaissent le plus rapidement de l’organisme. Alors si vous êtes en prison, vous vous inquiétez des tests d’urine aléatoire et voulez un shoot, vous avez des chances de vous tourner vers une seringue usagée.

        Petit dessin sur gros durséropositif prévention vih québec

        L’autre grande tradition des milieux carcéraux est le tatouage. Dans un contexte où vous êtes privé de liberté et où plus rien n’est sous votre contrôle, s’approprier son corps peut être une revanche sur la réalité.

        Comme le disent en cœur Sylvie, Colin et Jean-Pierre: les prisonniers ne manquent pas de débrouillardise.

        Pour éviter les infections et la propagation de maladies, le pénitencier de Cowansville avait offert à ses détenus un salon de tatouage, tenu par un professionnel avec de l’équipement stérile. Initiative qui dura 1 an et demi…

        Mais rassurez-vous, le tatouage reste une pratique encore en vogue dans ce microcosme: «Il y a toujours 1 ou 2 tatoueurs dans chaque prison», explique Jean-Pierre. Pour ce faire, chaque tatoué a son morceau de corde de guitare avec lequel il se présente au jour J. «Et comparativement au nombre de tatouages frais que j’ai vus, il y a très peu d’infections», s’étonne Sylvie.

        Bien briefés sur les ITSS, les détenus ont aussi à leur disposition de l’eau de javel pour nettoyer corde de guitare, seringue, embout en métal ou tout autre outil à tatouage. «Mais les autorités sont frileuses à ce qu’on donne de l’eau de javel, explique Sylvie. On ne doit en fournir qu’en très petite quantité… et même là c’est compliqué.»

        Jean-Pierre confirme que l’eau de javel est une substance difficile à obtenir. En théorie, tous devraient y avoir accès facilement, mais en pratique elle serait parfois détournée pour d’autres usages.

        Sexe en prison

        L’ultime moyen de contracter le VIH (et le plus répandu en dehors de la prison) est d’avoir des relations sexuelles non protégées, mais cette question est encore un tabou.
        Les détenus ont accès à des condoms par le biais d’infirmières comme Sylvie ou par des distributeurs. En pratique, Sylvie confesse qu’on ne lui en demande que rarement, et lorsque c’est le cas, il s’agirait de provisions pour une sortie proche.

        Paradoxe

        D’après les Services correctionnels du Canada, 1,30% de la population carcérale vivrait avec le VIH. Un chiffre 7 à 10 fois supérieur à la population générale.

        Cette dissonance entre la prévention et le nombre de patients s’explique par l’incarcération de personnes ayant eu des rapports à risque. En prison, les femmes séropositives sont plus nombreuses que les hommes (contrairement à l’épidémie dans le reste de la société) car sont incarcérées notamment les prostituées.

        Le VIH et l’hépatite C sont des maladies relativement bien contrôlées dans ce milieu, en revanche, Sylvie constate une recrudescence de la syphilis et de la chlamydia. L’infirmière diagnostiquerait 1 à 2 nouveaux cas de VIH ou d’hépatite C par an, contre 1 par mois pour la chlamydia et la syphilis.

        Autres textes sur Prison

        Les livres de Colin McGregor

        Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

        Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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        This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

        Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

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        Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

        This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

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        Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

        Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais. 

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        Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
        4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

        Sortir la prison de l’homme ou l’homme de sa prison?

        La vie après la prison

        S’en sortir… sans sortir de ses gonds !

        Je crois que la véritable libération ne vient pas de l’ouverture des clôtures ou du détachement des menottes. Non. Il est beaucoup plus facile de s’échapper d’un pénitencier fédéral encerclé de clôtures à barbelés qu’on ne le pense. Et ce, même avec des gardes armés de mitraillettes qui surveillent les lieux 24 heures sur 24.

        Jean-Pierre Bellemare dossier Chroniques d’un prisonnier

        gestion colère émotionLe véritable exploit est de s’en sortir… arriver à ne pas alimenter cette machine inhumaine qui institutionnalise les humains après une trop longue période d’incarcération.

        Comment y arrive-t-on? Je ne sais même pas si je peux me cataloguer dans ceux qui ont réussi, même aujourd’hui. Car, je dois admettre que les idées noires reviennent vite à la surface lorsqu’un rigolo ne connaissant pas notre parcours vient nous provoquer tel un vilain corbeau qui picote le pied de l’éléphant.

        L’envie quasi jouissive d’écrabouiller cette volaille nous traverse d’abord l’esprit, puis on inspire profondément en faisant appel à notre raison. Ce besoin, presque instantané de réagir avec une violence inouïe vis-à-vis de ceux qui nous turlupinent d’un peu trop près, représente un obstacle beaucoup plus haut à surmonter que les clôtures pénitentiaires. L’incarcération développe des mécanismes de survie qui ne sont pas communs à la civilisation extérieure.

        Il faut, au prix d’efforts constants, se tempérer lorsque des situations semblables se présentent. Ce qui fut si difficile à admettre et à intégrer comme mode de vie pour un bagnard doit être absolument (et coûte que coûte) déprogrammé et remplacé par des solutions de rechange.

        Prendre un coup, se saouler la gueule, fumer un joint ou absorber toutes formes de drogues peut prévenir un dérapage aux conséquences mortelles.

        Malheureusement, la grande majorité de ceux qui sont en libération conditionnelle ne peuvent utiliser ces moyens de décompression discutables, mais tout de même efficaces. Ils sont pris entre deux feux: celui d’être réincarcéré pour avoir pris un décompressant ou respecter le règlement et éventuellement sauter les plombs.

        Je ne sais pas comment font ceux qui subissent du stress et qui disent ne pas consommer d’opiacés ou d’alcool… Ils doivent pratiquer le tai-chi en masse, j’imagine.

        Rare, je dis bien très rare, sont ceux qui parviennent à échapper à ces réactions après une longue détention.

        Vous pouvez sortir le gars de la prison, mais la prison habituellement ne sort jamais du gars. Cela n’est pas impossible, mais les efforts à consentir pour y arriver sont si grands qu’ils vous consument de l’intérieur sans que personne autour de vous ne réalise à quel point cela est contre votre nature.

        Il m’a fallu, et me faut encore, beaucoup d’introspection pour ne pas déconner. J’ai parfois l’impression que malgré tout ce que je peux posséder aujourd’hui, après seulement quelques années d’air libre, un démon me guette prêt à me tendre toutes les perches possibles pour m’enfoncer.

        J’apprends graduellement, individuellement, très discrètement, et encore plus humblement à me féliciter de toutes les fois où j’aurais tant voulu comme l’éléphant écraser ces corbeaux de malheurs.

        L’amour que me portent mon prochain, ma conjointe et tous ceux qui m’inspirent par leur bonté m’aide énormément. Il n’en reste pas moins que c’est encore un combat quotidien pour réussir à garder cet être amoureux qui veut juste se sentir aimé et désiré.

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          Apprendre des fourmis pour mieux vivre ensemble

          Comme des fourmis

          C’est l’été, une journée radieuse et torride. Je suis étendu sur l’herbe, dans la cour de notre prison. Dans mon dos, je sens une bosse de sable. Je m’assois et me retourne: c’est une fourmilière.

          Colin McGregor, prison de Cowansville dossier Chroniques d’un prisonnier

          vivre ensemble, entrainde

          Crédit photo: Troup Dresser

          De petites créatures noires entrent et sortent de leurs tunnels finement creusés, des créatures bien organisées et occupées à leur survie. Je songe à m’en débarrasser. À la place, je me lève et me rassois un peu plus loin dans l’herbe.

          Vous ne devriez jamais marcher sur une fourmilière, si vous pouvez l’éviter. Si vous le faites, vous détruirez peut-être le meilleur modèle nous permettant de comprendre comment vivre en société. En marchant sur une fourmilière, vous venez d’éliminer toute une communauté. Une communauté rassemblant plusieurs générations, dont chaque membre s’active à des tâches bien définies.

          Laissée à elle-même, une fourmi, solitaire et fragile, n’aurait aucune chance de survie en ce monde cruel. Les cités et les villes, les écoles et jusqu’aux prisons s’organisent comme une fourmilière. En fait, en la piétinant vous détruisez notre plus grand espoir d’un avenir meilleur pour la Terre.

          Parlez-en à Edward O. Wilson. Les vêtements froissés, l’air maussade, le professeur Wilson, un universitaire américain de 85 ans, est une sommité mondiale dans l’étude des fourmis. Sa main chassant une longue crinière blanche de son front, il rédige des ouvrages sur ce thème qui le passionne.

          Wilson est le fondateur respecté de la «sociobiologie», une science qui étudie la sociabilité humaine, sans tenir compte des mythes et des légendes. Elle observe comment nous organisons nos vies et cherche à en comprendre le fonctionnement. Wilson en a eu l’idée en observant des fourmilières: de toutes les espèces vivantes qui peuplent notre planète, seulement une vingtaine s’organise de manière «eusociale». Ce terme signifie que plusieurs générations se rassemblent, divisent les tâches et travaillent en équipe pour survivre.

          Les fourmis, les termites, les rats-taupes et les humains sont parmi les rares qui travaillent de cette façon. Selon le professeur Wilson, nous avons commencé à travailler de manière collective il y a deux millions d’années, lorsque nos premiers ancêtres sont devenus chasseurs-cueilleurs. Pour survivre dans un monde difficile, nous avons dû répartir les tâches: certains allaient à la recherche des mammouths laineux, alors que d’autres demeuraient au foyer.

          À mesure que le volume de notre cerveau augmentait, nos outils, nos œuvres et notre langage se raffinèrent. Le langage nous permettait de mettre en garde nos semblables à l’approche d’un lion, de leur décrire ses dimensions et de leur dire à quelle distance il se trouvait… Nous, les humains, avons bien vite trouvé des raisons pour nous quereller, comme les différences raciales, les religions, la politique.

          Mais les fourmis ne se soucient pas des croyances religieuses de leurs congénères. Elles se contentent d’aller au boulot pour la survie de la fourmilière. «Il nous faut nourrir la reine; trouver des feuilles; reconstruire la butte en un lieu plus sûr, lorsqu’un abruti vient de bousculer notre domicile.» Le succès du groupe devient celui de l’individu.

          Le Café Graffiti est «eusocial»: rempli de danseurs et de travailleurs sociaux, d’écrivains et de poètes, de peintres et de rappeurs de tous les âges. Des adolescents cools tolèrent les plus vieux; les aînés orientent les jeunes, leur donnent quelques conseils et bien sûr, comme dans chaque famille, de l’argent et des provisions.

          Mais la vraie bataille au cœur de l’humanité, nous dit Wilson, se fait entre les ambitions personnelles et les intérêts du groupe. Chacun vise ses propres objectifs en dehors de la famille ou du village. Si on vous pénalise parce que vous aidez quelqu’un, vous risquez de devenir moins serviable.

          À l’école, les étudiants cessent de coopérer dès qu’on commence à les évaluer sur une courbe en forme de cloche. Dans cette forme d’évaluation, un enseignant doit couler certains étudiants, donner des notes moyennes à d’autres et n’octroyer qu’un nombre restreint de «A». Lorsqu’on insiste pour qu’il y ait ainsi des gagnants et des perdants, une salle de classe devient un nid de vipères et non plus une fourmilière. Les jeunes se dénoncent; ils trichent; ils cachent les meilleures sources d’information, afin d’en savoir plus que les autres.

          Rien ne fonctionne mieux qu’une fourmilière. Les humains n’ont pas encore atteint ce niveau d’efficacité. Mais ils y travaillent. À l’école, des instituteurs enseignent aux plus jeunes qu’eux : les enfants, les jeunes adultes, mais aussi aux plus vieux. Je travaille dans une école pour adultes, à l’intérieur d’une prison. Il s’en trouve de tous les âges, des plus jeunes aux plus âgés, chacun d’eux s’efforçant d’obtenir le diplôme d’études secondaires.

          Certains sortent de prison avant les autres, même lorsqu’ils ont commis le même crime. Cela nourrit le ressentiment et la compétition. Une prison peut être un nid de scorpions. Il y a d’autres facteurs qui expliquent cela, bien sûr. Mais il y a là aussi des gens qui essaient sincèrement de devenir meilleurs, beaucoup plus que vous ne pouvez l’imaginer.

          chronique prison prisonnier pénitencier tôle bagne système carcéral

          Crédit photo: Samantha Henneke

          Il y a même des pays qui travaillent «eusocialement» mieux que d’autres. L’économiste parisien Thomas Piketty écrit, dans son livre au succès mondial Le Capital au XXIe siècle, que dans les sociétés anglo-saxonnes, les gens croient que le jeu de l’économie est faussé lorsque chacun prospère à l’intérieur du groupe.

          Afin que le système capitaliste fonctionne convenablement, croient les Anglos, il doit y avoir des gagnants et des perdants, des très riches et des très pauvres. Selon eux, il serait sain que de grands manoirs côtoient les ghettos. Pourtant, de nombreux pays riches ne partagent pas cet avis: les Scandinaves, les Allemands et même les Français ne pensent pas ainsi. Ils considèrent, au contraire, que ces grandes disparités de revenus nourrissent le crime et la corruption. Ils ne voient pas, dans l’existence des quartiers pauvres, la preuve que les dés ne sont pas pipés.

          Edward O. Wilson croit que nous pouvons vivre comme des fourmis. En suivant leur exemple, nous pouvons unir nos forces, jeunes et vieux, riches et pauvres, noirs, blancs et bruns… pour faire face au réchauffement de la planète, à la menace nucléaire et à la pauvreté. Un jour, croit-il, nous apprendrons la leçon des fourmis. Nous n’allons pas nous éteindre comme les dinosaures. Nous allons survivre.

          Ses idées en ont fait la risée du milieu universitaire américain. «Ça n’arrivera jamais», soutiennent ces lettrés. «Nous aimons trop la compétition. Vous êtes un rêveur. Tenez-vous-en à vos fourmis.» Parvenir au sommet au détriment des autres, voilà le «rêve américain». C’est une croyance commune chez les Anglos. Winston Churchill, l’Anglo par excellence, a dit un jour: «Je sais que nous ne sommes que des vers, mais je suis un ver luisant.»

          Tous ceux qui œuvrent au sein du système scolaire québécois savent surement qu’une classe remplie d’Anglophones sera plus bruyante, turbulente et beaucoup plus compétitive qu’une classe de Francophones. Et les Deux Solitudes se sont toujours comportées ainsi. Qui a raison? Avez-vous besoin de voir vos semblables échouer pour donner un sens à votre vie? Pouvez-vous être heureux simplement en aidant les autres?

          L’historien britannique Yuval Noah Harari souligne, dans son nouveau livre Sapiens : une brève histoire de l’humanité (Sapiens: A Brief History of Humankind), que la plus grande lacune du savoir humain réside dans le peu d’études consacrées au bonheur et à la souffrance. Personne ne sait vraiment ce qui nous rend heureux. C’est ce qu’il nous faudra découvrir, si nous voulons évoluer en tant qu’espèce. Espérons que les fourmilières comme le Café Graffiti deviennent la norme, et non l’exception. Et la prochaine fois qu’on me traitera de fourmi, je remercierai cette personne du compliment.

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