L’université, du Moyen Âge à aujourd’hui

« Que sont mes amis devenus… »

Université et traditions médiévales

Il n’est peut-être pas surprenant de constater la popularité du médiéval chez les étudiants, puisque la tradition universitaire (y compris son poids social et l’importance de ses manifestations) remonte en grande partie au Moyen Âge.

Normand Charest – chronique Valeurs de société – Dossier Éducation

débats société réflexions sociales communauté

Rive Gauche au 13e siècle

Ainsi, la Rive Gauche de Paris était déjà dominée par la vie étudiante dès le 13e siècle, et son université offrait un « baccalauréat ès arts », un terme qui a été conservé par les universités de langue française jusqu’à nos jours.

La population étudiante de la Rive Gauche provenait de différents pays européens et ne parlait pas forcément français. En fait, tous les cours étaient donnés en latin à cette époque (la langue du savoir, la langue de la science), et le latin était devenu la langue commune de ces étudiants : d’où le nom Quartier Latin que l’on donnait à ce coin de Paris (et qui a été repris à Montréal, à partir de 1876, pour désigner un quartier étudiant et littéraire, autour de la rue Saint-Denis).

Église Saint-Julien-le-Pauvre, premier siège des assemblées de l'ancienne université de Paris

Église Saint-Julien-le-Pauvre, premier siège des assemblées de l’ancienne université de Paris

La population étudiante dominait la Rive Gauche de Paris, et elle avait une grande influence économique sur la vie de ce quartier. Consciente de son pouvoir et de son nombre, elle y faisait un peu la loi. Les nombreuses grèves (et les beuveries) menaient à des affrontements entre les étudiants et les forces de l’ordre.

Que sont mes amis devenus

En littérature française, les poètes Rutebeuf (1230-1285), lui-même du 13e siècle, et Villon (1431-1463) du 15e, sont de bons représentants de cet esprit estudiantin irrévérencieux. De Villon, on se rappellera la Ballade des pendus (« Frères humains qui après nous vivez, / N’ayez les cœurs contre nous endurcis… ») et de Rutebeuf, sa complainte tirée des Poèmes de l’infortune, adaptée et mise en musique par Léo Ferré sous le titre Pauvre Rutebeuf :

villon université poésie moyen-âge

Villon

Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus

Et tant aimés

Ils ont été trop clairsemés

Je crois le vent les a ôtés

L’amour est morte

Ce sont amis que vent me porte

Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu’arbre défeuille

Quand il ne reste en branche feuille

Qui n’aille à terre

Avec pauvreté qui m’atterre

Qui de partout me fait la guerre

Au temps d’hiver

Ne convient pas que vous raconte

Comment je me suis mis à honte
En quelle manière
Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés

Ils ont été trop clairsemés

Je crois le vent les a ôtés

L’amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir

Tout ce qui m’était à venir

M’est advenu
Pauvre sens et pauvre mémoire

M’a Dieu donné, le roi de gloire

Et pauvre rente

Et droit au cul quand bise vente

Le vent me vient, le vent m’évente

L’amour est morte

Ce sont amis que vent emporte

Et il ventait devant ma porte

Les emporta.

Pas de gratuité au 13e siècle

À Paris au 13e siècle, du temps de Rutebeuf, on entrait à l’université vers l’âge de 14 ans et il fallait 8 années d’études pour obtenir son baccalauréat ès arts. Avec une autre année, on pouvait obtenir une maîtrise, ce qui permettait d’enseigner. Toutefois, pour compléter un doctorat (en droit, médecine, philosophie ou théologie), il fallait ajouter 12 autres années d’études.

Tout cela coûtait très cher, et on comprend que seules les familles riches et nobles pouvaient se permettre d’envoyer leurs fils à l’université. Il y avait cependant des bourses qui permettaient à des jeunes gens talentueux des classes populaires d’accéder aux études supérieures. Ces bourses étaient payées par des nobles qui voulaient encourager les talents locaux, ou par le clergé.

Nous étions donc encore loin, au Moyen Âge, de l’université populaire gratuite et accessible à tous, mais le côté festif et contestataire des étudiants était déjà une réalité bien présente.

______________

Sources des informations : Thomas Cahill, Mysteries of the Middle Ages, Anchor Books, New York, 2008 ; le Web et une anthologie de poésie.

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Une histoire centrée sur les Blancs

Ethnocentrisme *

Une Histoire trop blanche

Les concepts d’Histoire et de civilisation tels qu’on les a enseignés pendant longtemps ne sont pas aussi universels qu’on voulait bien le prétendre. Ils étaient fortement teintés par une vision européenne et blanche du monde.

Normand Charest – chronique Valeurs de société – dossier Interculturel, Mois de l’histoire des Noirs

réflexions sociales débats sociaux sociétéNous connaissons bien l’anthropologue Serge Bouchard par sa belle voix profonde et chaleureuse. Par ses propos éloquents que l’on a pu entendre à la radio ou à la télévision. Et aussi par ses écrits publiés dans Le Devoir et dans diverses revues, puis regroupés en de nombreux livres bien appréciés.

Son livre C’était au temps des mammouths laineux (2012), une collection de 25 essais, ne se lit pas nécessairement d’un seul coup. C’est un peu comme du sucre d’érable : très bon, mais riche et concentré. On en prend un morceau et on le laisse fondre dans la bouche. De la même manière, on lit un des essais de l’auteur, puis on y réfléchit.

Serge Bouchard nous fait réaliser à quel point l’Histoire, telle que nous l’avons apprise, ne correspond pas à ce qui a été réellement vécu par nos ancêtres. Comment la présence française aux États-Unis a été oubliée ou effacée. Comment les Amérindiens sont absents des mémoires, alors qu’ils peuplaient tout le continent que nous avons accaparé.

Ce que l’on nous a présenté comme une Histoire universelle objective et raisonnée n’était, en fait, qu’une épopée à la gloire des Blancs d’origine européenne qui se posaient en héros. Les autres peuples se fondant totalement dans le paysage.

Nos guides sur ce continent

On a occulté la présence des Noirs dans notre Histoire, comme le raconte Lilian Thuram dans son livre Mes étoiles noires, dont nous avons parlé dans le magazine Reflet de Société de février 2013.

Mais on a fait la même chose pour les Amérindiens, nos guides sur ce continent. Un Nouveau Monde pour les Européens, mais une vieille terre pour les Autochtones bien enracinés.

On a probablement sous-estimé, aussi, les effets du métissage sur notre société, des effets peut-être plus importants qu’on n’a pu le reconnaître jusqu’à maintenant. Métissage physique par le mariage, mais aussi culturel, par l’adoption de pratiques autochtones par les colons d’origine française.

L’Histoire telle qu’on l’a connue reposait sur une vision centrée sur l’Européen « civilisé » considéré comme supérieur aux autres « races », toujours inférieures à la sienne à divers degrés.

Cela faisait souvent partie du non-dit et de l’implicite, jusqu’à tout récemment. Tintin au Congo ou les films de cowboys et d’Indiens ne constituent pas que des exceptions, mais plutôt une norme encore présente dans les années 1950 et au début des années 1960, par exemple.

Le premier homme à se rendre au Pôle Nord, un Blanc américain ? Il dépendait plutôt de son assistant Noir sans lequel il n’aurait pas réussi. Et, encore plus ridicule, on ne parle même pas de la présence des Inuits dans ce pays qui était le leur.

Le premier homme à atteindre le sommet de l’Himalaya, un Blanc ? Grâce aux guides sherpas locaux, encore là. Sans eux, il ne se serait pas rendu bien loin.

Les explorateurs Lewis & Clarke aux États-Unis, les premiers à atteindre le Pacifique ? Pas sans leurs deux guides et interprètes, une Amérindienne et son conjoint Canadien français, qui faisaient le lien avec les peuples autochtones dont ils traversaient le territoire.

oiseau canard environnement foretEn 1534, Jacques Cartier découvre ce coin l’Amérique et en prend possession au nom du roi de France ? Il ne s’en est surement pas vanté devant les Amérindiens qui l’ont accueilli pacifiquement, dans ce qui était déjà leur propre pays. Ce sont aussi des « Indiens » qui les soigneront par les plantes, lorsque lui et ses hommes seront atteints du scorbut.

Dans une interview à la télé, Florent Vollant, lui-même innu, racontait que son père et son grand-père travaillaient comme guides pour les arpenteurs, les géologues, etc.  Tous les explorateurs ont reposé sur des guides locaux, sans vraiment leur donner crédit.

Pendant longtemps, d’ailleurs, les Blancs ont pris le crédit de tout ce qu’ils ont appris des guides locaux et des « primitifs ».

En fait, l’Histoire telle que nous la connaissons est une histoire de Blancs, et non pas une véritable histoire du monde. Une histoire qui s’est approprié tout ce qu’elle a touché, et qu’il est grand temps de remettre en question. Pas pour se flageller, mais pour voir les choses telles qu’elles sont et pour repartir du bon pied.

L’humanité est belle et elle est multicolore, multiculturelle.

______________________

* Ethnocentrisme : « Tendance à prendre comme modèle le groupe ethnique auquel on appartient et à ne valoriser que la culture de celui-ci. Une interprétation historique teintée d’ethnocentrisme » (Dictionnaire Antidote).

Illustration de Normand Charest

Autres textes sur le Mois de l’histoire des Noirs

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Noël, le vrai sens de la fête

Société de consommation

Le vrai sens de la fête, sans être esclaves de faux besoins

Normand Charest – chronique Valeurs de société, dossier Consommation

débats sociaux réflexions sociales chronique sociétéVous souvenez-vous des anciens contes de Noël à « contenu social » ? Celui de Dickens avec « M. Scrooge », et puis « La Petite Fille aux allumettes » d’Andersen. Les deux contes se passent au 19e siècle et décrivent la vie de gens vivant dans une très grande pauvreté.

Dans le premier, une simple dinde fait le bonheur d’une famille pour Noël.  Dans le deuxième, une fillette meurt gelée dans la rue, alors que les gens font leurs emplettes.

Nous sommes à la fois proches et loin de cette époque. Il y a toujours des inégalités sociales entre riches et pauvres et Noël n’est pas un « jour de rêve » pour tous. Mais la consommation a bien changé ainsi que le sens de la fête.

Nous sommes loin de la simple dinde et du petit sapin. On peut même dire que nous sommes loin du sens de la fête, puisque nous vivons maintenant 365 jours par année dans un tourbillon de surconsommation qui ne fait pas vraiment notre bonheur.

D’un côté les « perdants », qui doivent se contenter des friperies et de l’aide alimentaire, de l’autre les « gagnants ». Et entre les deux, la majorité des consommateurs qui sont, trop souvent, les esclaves de faux besoins.

Pourquoi surconsommer ?

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Le conte «La Petite Fille aux allumettes» de H.C. Andersen

Pourquoi consommons-nous trop ? Ne serions-nous pas des esclaves de la publicité, dont chaque produit promet le bonheur ? La réflexion n’est pas nouvelle, mais il plus utile de la faire avant Noël qu’après la tournée des magasins. Une réflexion à faire avant de nous endetter inutilement.

Il y a quelques générations, selon nos aïeuls, les garçons pouvaient jouer au hockey avec une crotte de cheval gelée, dans la rue, la ruelle ou sur une patinoire artisanale. Ensuite, la rondelle de caoutchouc s’est imposée. De nos jours, on ne joue plus sans un équipement coûteux.

On peut considérer l’évolution de toutes les activités de la même manière. Ainsi, on remarque qu’une petite course demande maintenant des vêtements de jogging particuliers, la même chose pour le cyclisme, alors que l’on se contentait autrefois de nos « vêtements de semaine ». Fini la petite pince de métal au pantalon.

Fini la petite boîte noire pour les photos de famille, le téléphone unique dans l’entrée ou la cuisine, la machine à écrire bonne pour la vie, les choses faites pour durer, les vêtements de travail rapiécés, les réparateurs de radio, de grille-pain.

Nous sommes à l’époque du jetable et du pas toujours recyclable. Un vieux téléphone portable, un vieil ordinateur ont maintenant trois ou quatre ans, pas beaucoup plus. On court sans cesse après la dernière version que l’on agite devant nous, comme des chiens après un lapin mécanique.

Pour qui travaillons-nous ?

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Mr Scrooge est le personnage principal du conte «A Christmas Carol» de Dickens

Nous courons, nous nous essoufflons, pour payer des choses dont nous n’avons pas toujours besoin. Alors, pour qui travaillons-nous ? Qui est au service de qui ? Ce qui devait nous faciliter la vie ne l’a pas vraiment fait, parce que toutes les inventions sont vite mises au service d’une économie de surconsommation.

En ce sens, cette sorte d’économie devient comme une idole à laquelle on consacre toutes nos forces. Un monstre, utile à personne, auquel nous nous retrouvons enchaînées.

Noël, fête de quoi ?

Et puis Noël, « la plus grande fête de la consommation », est complètement dénaturé. On oublie l’origine et le sens de cette fête. Un sens spirituel qui ne convient plus à tout le monde, puisqu’il s’agissait de la naissance de Jésus.

Mais on se souviendra de l’Amour qu’il représente. Raison pour laquelle cette fête était devenue celle de l’amour désintéressé, de la compassion. Le fait qu’elle se transforme plutôt en une célébration de la consommation excessive constitue une décadence certaine, peu importe nos croyances.

La vraie fête dont on rêve ne devrait pas coûter très cher. Pour échanger de l’amour, cela demande d’abord de la disponibilité, c’est-à-dire le temps et le désir d’écouter l’autre ; autrement dit, le « don de soi ». C’est dans cette rencontre que réside le vrai sens de la fête. Peu importe ce qui se trouve au centre de la table ou sous l’arbre de Noël.

C’est soi que l’on donne en premier lieu. Et les cadeaux viendront d’eux-mêmes, comme ils le pourront. Ils viendront du cœur et selon nos moyens.

Autres textes sur Consommation

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Patrimoine, histoire et architecture d’Hochelaga-Maisonneuve

Patrimoine, histoire et architecture d’Hochelaga-Maisonneuve

Reflet de mon quartier est un bi-mensuel consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais d’Hochelaga-Maisonneuve.

Ariane Aubin Dossier Hochelaga-Maisonneuve

marche-maisonneuve-hochelaga-maisonneuve-arrondissement-quartier Savez-vous qu’Hochelaga-Maisonneuve renfermait une part importante du patrimoine bâti montréalais? Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certains secteurs y ont des allures plus ouvrières et d’autres, une apparence aristocratique? Dans le cadre de ses prochaines chroniques, Reflet de mon quartier vous fait découvrir – ou redécouvrir – l’histoire de cet arrondissement et de ses habitants. Cette semaine, l’historien Réjean Charbonneau, de l’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve, nous parle des origines de ce quartier en constante évolution.

Montréal, milieu du 19e siècle

Depuis la Conquête, la petite bourgade s’industrialise à une vitesse fulgurante. Pour répondre aux besoins des industries naissantes, le port de Montréal se développe et gagne en superficie. Il est toutefois rapidement bloqué à l’ouest par les rapides de Lachine qui empêchent le passage des bateaux. Qu’à cela ne tienne, les eaux tumultueuses sont contournées grâce à la construction du canal Lachine.

Mais bientôt, les industriels montréalais réalisent que ces installations portuaires ne suffiront pas; une expansion vers l’Est de la rue Berri, où se situe approximativement la limite de la ville, semble inévitable. D’autant plus que, du côté démographique, la population a beau migrer d’un Vieux Montréal et des régions surpeuplées vers les villes de banlieues et les nouveaux quartiers ouvriers du Sud-ouest – Ville-Émard, Côte-Saint-Paul, St-Henri, Pointe-Saint-Charles – l’espace commence à manquer.

Chemin de fer à Montréal

Au même moment, l’industrie du transport ferroviaire recherche un endroit stratégique où implanter le tout nouveau chemin de fer qui permettra le transport terrestre des marchandises et matériaux. Les terres agricoles qui recouvraient alors l’Est de l’île de Montréal semblent être le lieu tout indiqué: proches à la fois de la ville et du fleuve, elles commencent à faire l’objet de spéculations de la part d’investisseurs prévoyants, explique Réjean Charbonneau. «Peu à peu, des gens aisés vont acheter des terres aux fermiers installés au bord du fleuve, pour y construire leur maison de campagne. Les institutions religieuses aussi vont construire de grands édifices, comme la maison-mère des sœurs du Saint-Nom de Jésus sur Notre-Dame.» Comme tant d’autres, ce magnifique bâtiment religieux a malheureusement fait les frais de la Révolution Tranquille et a été détruit dans les années 1970.

Fondation de la municipalité d’Hochelaga-Maisonneuve

marche-maisonneuve-hochelaga-maisonneuve-quartier-arrondissement De plus en plus nombreux, les hommes d’affaires installés dans l’Est décident en 1870 de fonder la municipalité d’Hochelaga sur le territoire s’étendant approximativement de l’actuelle rue Iberville au boulevard Viau. Fournir l’eau, le gaz et les services à une ville dont la population croît aussi rapidement s’avère vite très onéreux.

Dès 1883, les gestionnaires d’Hochelaga décrètent donc l’annexion de la municipalité à la ville de Montréal. Des décennies plus tard, les historiens ont pu comprendre que cette décision précipitée avait aussi eu des motifs politiques. «On a appris depuis qu’un homme politique de l’époque, Raymond Préfontaine, (qui deviendra maire de Montréal de 1898-1902) souhaitait en procédant à cette annexion qu’elle rende les Francophones majoritaires au conseil municipal de Montréal. Depuis la Conquête, la ville était entièrement dirigée par des Anglophones.»

Fusion, annexion ou défusion?

Mais si pratique soit-elle, l’annexion ne fait pas l’unanimité. La même année, un groupe d’hommes d’affaire dissidents décrète la fondation de Maisonneuve, une nouvelle municipalité issue d’Hochelaga et dont le territoire va des environs de la rue Bourbonnière au boulevard Viau.

Cette ville, comme l’a expliqué le professeur d’histoire à l’UQAM Paul-André Linteau dans sa thèse de doctorat, deviendra un exemple de gestion municipale assurée par des promoteurs. Et pendant 35 ans, Maisonneuve connaîtra effectivement une croissance modèle, raconte Réjean Charbonneau. «Entre 1883 et 1918, Maisonneuve va connaître la prospérité, à tel point qu’elle va se s’autoproclamer le « Pittsburg du Canada » au point de vue industriel, et se méritera le titre de « Cité de Maisonneuve » grâce à son urbanisation.»

Urbanisation du secteur Maisonneuve

C’est cette urbanisation, savamment planifiée par des entrepreneurs visionnaires, qui fait aujourd’hui du secteur Maisonneuve un des sites patrimoniaux les plus intéressants à Montréal. Les frères Oscar et Marius Dufresne, premiers propriétaires du château Dufresne situé rue Sherbrooke, ont joué un rôle-clé dans ce développement. «Ils ont été très impliqués dans le conseil municipal de Maisonneuve, surtout dans la deuxième phase du développement de la ville, après 1910, la première phase ayant surtout permis d’occuper le territoire.»

Héritiers d’une fortune générée par leur mère, la cordonnière Victoire Dusseault et l’usine de chaussures Dufresne & Locke, les Dufresne ont voyagé en Europe et en ont ramené un amour des grands ensembles urbains qu’ils insuffleront à la jeune municipalité de Maisonneuve. En 1910, Maisonneuve est à son apogée. L’industrie de la chaussure fait rouler l’économie locale et cette prospérité nourrit les idées de grandeur des frères Dufresne.

Sous la férule d’Oscar, le gestionnaire, et de Marius, l’ingénieur et entrepreneur, Maisonneuve est refaçonnée à l’image des City Beautiful newyorkais. Le concept central: l’esthétisme utile, orienté vers un idéal de population saine et vertueuse aux comportements moraux. Cinq bâtiments d’envergure devaient être construits ; ils le seront tous à l’exception du bureau de poste.

Marché Maisonneuve, Hôtel de Ville, Bain Maisonneuve

hotel-de-ville-maisonneuve-montreal-hochelaga-maisonneuve Au-delà de sa facture beaux-arts classique et élégante, le marché Maisonneuve est ainsi équipé dès sa construction de réfrigérateurs permettant de conserver le lait et la viande, bien avant que la version domestique de l’appareil ne fasse son apparition dans les foyers. L’imposant Hôtel de Ville, en plus d’être doté de magnifiques colonnes d’inspiration Beaux-Arts, abritait au sous-sol un laboratoire bactériologique et des équipements de pasteurisation.

Le bain Maisonneuve, sans doute l’un des plus beaux au Canada, permettait à la population ouvrière qui bien souvent n’avait ni douche, ni bain, de conserver une saine hygiène corporelle. Enfin, la caserne de pompiers numéro 1, où loge aujourd’hui le Théâtre Sans fil, a été construite d’après les plans que le grand architecte américain Frank Lloyd Wright avait dessinés pour le Unity Temple, en Illinois. Et pour unir ces bâtiments, deux boulevards ont été construits: Pie-IX et Morgan.

Dans cette ville de rêve, tout est à sa place. Des zones sont réservées aux résidences, d’autres aux industries, et des espaces de rassemblement sont prévus. Et surtout, tout est accessible à distance de marche, un détail auquel les frères Dufresne accordaient beaucoup d’importance.

Maisonneuve et la Première Guerre mondiale

L’âge d’or de Maisonneuve – et l’expérience urbanistique – se termine toutefois abruptement, presqu’en même temps que la Première Guerre mondiale. En 1918, accablée par la dette de guerre et le scandale spéculatif du parc Maisonneuve, la ville est annexée à Montréal. C’est la dernière d’une longue série d’annexions, qui donnera naissance à la grande ville que l’on connaît, et le début du secteur Hochelaga-Maisonneuve.

Autres textes sur Hochelaga-Maisonneuve

Photos Pierre Chantelois, les beautés de Montréal.

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Antisémitisme sur Facebook

Antisémitisme sur Facebook

François Richard Dossiers Internet, Médias, Histoire, racisme et Décrochage

La direction de Facebook est critiquée ces jours-ci pour avoir refusé de retirer du populaire site Internet des groupes de discussions fréquentés par des gens niant l’existence de la Shoah. Plaidant d’abord la liberté d’expression pour justifier la présence de tels contenus sur Facebook, les responsables de l’entreprise ont rapidement demandé le retrait de deux des cinq groupes montrés du doigt par un avocat de Dallas ayant écrit une lettre ouverte sur la question. Ils assurent surveiller de près les trois groupes restant afin de s’assurer que les informations qu’ils mettent en ligne ne contiennent pas de propos haineux.

Nier la Shoah: islamisme et suprématie de la race blanche

Les gens niant l’existence de la Shoah, soit le massacre de six millions de Juifs par les Nazis durant la Deuxième guerre mondiale, gravitent habituellement autour de regroupements prônant la violence et l’intolérance raciale. Si la plupart des ‘négationnistes’ à l’échelle mondiale sont des islamistes, il en existe aussi en Occident, habituellement associés à des groupes d’extrême-droite qui proclament que la race blanche est supérieure à toutes les autres.

Des survivants à Montréal et Jérusalem

Il est absurde de nier la Shoah. Il s’agit sûrement de l’un des événements historiques les mieux documentés de tous les temps. Des tonnes de documents attestent de l’existence de camps d’exterminations en Europe de l’Est. D’ailleurs, les bâtiments, dans certains cas, existent toujours et de nombreux survivants ont raconté au monde entier les horreurs qu’ils ont eu à endurer. L’histoire nous touche tout particulièrement en tant que Montréalais, notre ville étant la deuxième au monde, après Jérusalem, quant au nombre de survivants de la Shoah qui l’habite.

Internet et liberté d’expression

La controverse autour de Facebook évoque toutefois un autre problème: celui de la liberté d’expression. Internet ouvre la porte aux propos abusifs, et ce, pour deux raisons, soit la possibilité pour les auteurs de conserver l’anonymat ou, à tout le moins, de ne pas avoir à confronter directement les personnes dénigrées ou injustement critiquées.

Censure et liberté d’expression dans les médias

Ce risque me semble être le prix à payer afin d’avoir un espace de discussion libre et démocratique où tout le monde peut apporter sa contribution au débat social. Je crois que ce principe devrait aussi s’appliquer aux autres médias et qu’il faut à tout prix éviter la censure sous toutes ses formes, quitte à entendre parfois des propos désagréables.

Illégal en Allemagne

Dans treize pays, dont l’Allemagne, nier la Shoah est illégal. Je crois que l’approche canadienne, qui au lieu de condamner une prise de position spécifique condamne plutôt les propos haineux ou incitant à la haine, est plus juste et permet de sanctionner ceux qui vont trop loin, sans pour autant empêcher des idées marginales de se faire entendre.

Historiens négationnistes

Les gens qui tiennent des propos aussi farfelus et de mauvaise foi que de nier la Shaoh se discréditent de toute façon eux-mêmes. Les historiens ‘négationnistes’ sont en effet conspués par leurs pairs et leurs travaux sont mis en pièce. Il n’y a pas lieu d’empiéter sur les droits fondamentaux de toute une population afin de prévenir des abus qui sont très minoritaires. Le tribunal de l’opinion publique est bien capable de s’en occuper. Cela étant dit, je suis bien curieux de connaître votre avis sur ces questions. Sur la liberté d’expression bien sûr, pas sur l’existence de la Shoah…

Autres textes sur le racisme

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La vie à contre-Coran de Djemila Benhabib

La vie à contre-Coran de Djemila Benhabib

Lisa Melia. Dossier Immigration, Coran, Égalité hommes-femmes

Mise à jour: Patrick Lagacé et Richard Martineau s’explique devant Guy A. Lepage à Tout le monde en parle.

Ma vie à contre-Coran est le résultat du travail précis et de l’expérience personnelle de Djemila Benhabib. Née en Ukraine et élevée en Algérie, dans une famille de scientifiques épris de liberté et de connaissance, la jeune Djemila s’enflamme très vite pour des valeurs telles que la liberté de conscience, la liberté religieuse, les droits des femmes et les droits humains. Mais pendant la décennie noire de 1990, son pays connaît une islamisation qui force la famille Benhabib à l’exil, vers la France, pour échapper à la mort promise par le Front islamique du salut (FIS). Djemila finira par partir seule vers le Québec, où elle vit depuis.

religion islamique islam arabe coran L’islamisation de l’Algérie

Comment les islamistes intégristes peuvent prendre en otage un pays, imposer de nouveaux codes de vie, et instaurer une véritable terreur? Comment ces mêmes groupes, dans les sociétés occidentales, ont de plus en plus d’influence et réussissent à contrôler les populations immigrées, de sorte à créer une société dans la société qui n’obéit plus qu’à ses propres règles, celles de la Charia? Djemila Benhabib sait tout cela sur le bout des doigts, elle l’a vécu, en direct, au fur et à mesure que la situation, en Algérie, allait de pis en pis. Quand j’ai terminé ma lecture de Ma vie à contre-Coran, j’en savais plus sur l’expérience personnelle de son auteur, sur les tentatives d’islamisation de nos sociétés occidentales, et sur l’histoire de l’Algérie. Écrire a cependant été une épreuve: «C’était très privé. C’était aussi très douloureux. Mais j’étais arrivée à un point de ma vie où j’avais le devoir de témoigner. Je ne l’ai pas fait pour le plaisir de raconter ma vie, mais pour que les gens sachent et comprennent, qu’ils prennent conscience des enjeux et du danger de l’islamisme politique, qu’ils décident de le combattre.»

Les fondamentalistes dans les sociétés occidentales

1994, Oran: la famille Benhabib quitte l’Algérie pour survivre, à cause des menaces de mort du FIS. Ils ont déjà perdu tellement d’amis, «de véritable trésors, humainement.» Mais arrivés en France, là où ils devaient être loin de tout fondamentalisme religieux et à l’abri, ils voient le spectre de l’islamisme politique s’insinuer dans les familles immigrées et dans la société. Djemila part alors au Québec seule, ce qu’elle vit comme une véritable renaissance. Cependant, depuis quelques années, elle constate dans son nouveau pays d’adoption le même processus que celui qu’elle avait constaté en France. Les accommodements raisonnables ont été le comble. Le danger, pour elle, est «de faire passer du politique à travers des revendications culturelles et religieuses. L’islamisme est politique, certainement pas religieux ou culturel. Le religieux appartient à la sphère privée. La société n’a pas besoin d’endosser les choix confessionnels de chacun.» Elle estime que la commission Bouchard-Taylor aurait du permettre un débat sur la place de la religion dans l’espace public, ce qui n’a pas eu lieu. «La première chose est de poser le diagnostic. Il faut reconnaître le danger et le combattre. Il est intolérable qu’aujourd’hui, au Canada, dans des caves à Montréal ou à Toronto, des imams déversent leur haine du monde occidental et appellent à la violence. Ils embrigadent les jeunes.»

Rencontrer Djemila Benhabib, échanger avec elle, c’est écouter une femme qui n’a pas peur de se dresser contre «les fous d’Allah», comme elle les appelle, malgré tous les risques et au nom des valeurs fondamentales que sont l’égalité homme-femme, la liberté d’expression, la laïcité. Une véritable leçon de tolérance et d’engagement qui met en garde contre tous les fondamentalismes, mais aussi contre les idées reçues.

Ma vie à contre-Coran, Djemila Benhabib, éditions VLB, 2009

Par ailleurs, une entrevue avec Djemila Benhabib à propos du féminisme islamique a eu lieu, dossier en préparation pour le numéro de Reflet de Société de septembre.

Mise à jour du 15 mai: depuis le 9 mai, Djemila Benhabib réagit dans le débat relancé sur le port des signes religieux dans les institutions publiques.

Mise à jour du 14 octobre 2011: Djemila Benhabib sera à Tout le monde en parle pour présenter son nouveau livre Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident.

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Mois de l’histoire des Noirs 4

Mois de l’histoire des Noirs 4

François Richard

Dossier   Mois des Noirs

image Afin de souligner le Mois de l’histoire des Noirs, Reflet de Société vous offre une série de quatre articles portant sur des personnages d’origine africaine marquants, souvent méconnus, de l’histoire nord-américaine. Quatrième et dernier personnage, Mary Ann Camberton Shadd, enseignante, journaliste, éditrice, recruteur militaire durant la Guerre de Sécession et militante pour les droits des Noirs.

Mary Ann Camberton Shadd, 1823-1893

Née dans la ville de Wilmington, au Delaware, Mary Ann Camberton Shadd est l’aînée d’une famille de treize enfants. Elle doit quitter avec sa famille sa ville natale afin d’avoir accès à l’école. Elle fréquente un établissement dirigé par des missionnaires Quakers, en Pennsylvanie.

De retour chez elle en 1839, Mary Ann Camberton Shadd fonde une école pour jeunes Noirs alors qu’elle n’est âgée que de seize ans. Elle enseigne aux jeunes Noirs américains durant les onze années suivantes, à Wilmington, puis dans différentes écoles des États de New York, du New Jersey et de la Pennsylvanie.

Militante des droits des Noirs

En plus de son travail d’enseignante, Mary Ann Camberton Shadd est, au cours de ces années, activement impliquée dans la lutte pour les droits des Noirs. Son message: les Noirs s’émanciperont par le travail et l’épargne, en bâtissant des communautés prospères et solidaires. Elle souhaite que les siens se prennent en main eux-mêmes plutôt que d’exiger de l’aide de la part des Blancs. Elle met ses idées sur papier dans un pamphlet de douze pages publié en 1849 et intitulé, Hints to the Colored People of the North (les Noirs du sud du pays sont à cet époque toujours soumis à l’esclavage).

Réfugiée au Canada

Comme un grand nombre de ses semblables Mary Ann Camberton Shadd quitte les États-Unis après l’adoption de la Fugitive Slave Act par le Congrès de ce pays, en 1850. Cette loi oblige les citoyens et les forces de l’ordre des États du Nord à arrêter toute personne soupçonnée d’être un esclave en fuite et de le remettre éventuellement à son propriétaire.

Mary Ann Camberton Shadd s’installe donc à Windsor, dans le sud-ouest de l’Ontario, et y trouve un emploi d’enseignante en 1851. Dans son livre A plea for emigration, publié en 1852, elle invite les Noirs de son pays à se réfugier au Canada et fait une critique virulente de l’idéologie de séparation des races, alors dominante parmi l’élite noire nord-américaine.

Un journal pour les Noirs

En 1853, elle fonde un journal, afin de donner une voix à la communauté noire canadienne. Bien que le statut social des femmes à l’époque l’empêche d’occuper officiellement le poste de rédactrice en chef du Provincial Freeman, elle dirige bel et bien le journal au jour le jour. La militante effectue à cette époque des tournées de conférences au Canada et aux États-Unis afin d’amasser des fonds pour la publication qu’elle a mise sur pied.

Le journal vivote tant bien que mal jusqu’en 1859. Des problèmes financiers obligeront alors l’équipe du Provincial Freeman à mettre fin à l’aventure. Mary Ann Camberton Shadd fait publier cette année là un livre sur la Guerre de Sécession, qui oppose à l’époque les États américains du Nord à ceux du Sud, notamment à propos de la question de l’esclavage.

Au service de l’armée américaine

La militante prend à cette époque fait et cause le camp du Nord, en faveur de l’abolition de l’esclavage. À un point tel qu’en 1863, elle retourne aux États-Unis afin de devenir recruteur pour l’armée nordiste. Il s’agissait d’une première aux États-Unis, voire d’une première mondiale.

Une enseignante américaine

Mary Ann Camberton Shadd demeure aux États-Unis une fois la guerre civile terminée. Elle obtient un certificat d’enseignement américain en 1868 et travaille à Détroit, puis à Washington, jusqu’à la fin de sa carrière. Elle obtient un diplôme en droit de la Howard University, à Washington, en 1883. Durant la dernière période de sa vie, Mary Ann Camberton Shadd milite aussi en faveur du droit de vote des femmes. Elle meurt d’un cancer en 1893.

Exposition de photos de Kinshasa

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, une exposition de photographies sur la vie à Kinshasa, métropole ouest-africaine de 8 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, est présentée jusqu’au 1er mars à l’Église Saint-James, dans le centre-ville de Montréal. Les clichés, réalisés par Paul Henry Kiese, un travailleur de rue montréalais qui a habité la ville récemment, représentent divers aspect de la vie dans la ville immense et affectée par des vagues de migrations immenses, résultant en partie de la longue guerre qui ravage le Congo. L’exposition est ouverte au public samedi et dimanche entre 10h30 et 16h30. L’Église Saint-James est située au 463, Sainte-Catherine, Ouest, entre les rues Union et Saint-Alexandre.

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