Des solutions pour la crise des médias

Fake news, lecteurs et publicité qui migrent vers les réseaux sociaux, journalistes chômeurs par milliers, journaux qui ferment à la chaîne…

Un texte de Stéphane Desjardins – Dossier Internet 

Aujourd’hui, certaines villes, villages et quartiers n’ont même plus de média pour surveiller les élites locales. Un terreau idéal pour la collusion et la corruption.

«Le citoyen moyen est surexposé à une surabondance de contenus triviaux sur le web, lance Brian Myles, directeur du Devoir. Et il est mal outillé pour distinguer le bruit de la bonne information, préparée par des journalistes indépendants et crédibles. C’est une valeur ajoutée indéniable pour le public.»

Pourtant, 65% des Canadiens font confiance aux médias traditionnels comme source d’information, contre 30% pour les réseaux sociaux, selon le Forum des politiques publiques. Par contre, 43% des Québécois (74% chez les 18-24 ans) consultent Facebook pour obtenir des nouvelles, selon le CEFRIO.
«L’industrie des médias d’information n’a pas encore compris que le temps où ils étaient des machines à fric est révolu, poursuit M. Myles. Mais personne n’a trouvé la recette magique pour tirer son épingle du jeu face à l’oligopole Google-Facebook. Car il faut payer les salaires des journalistes et les plateformes de diffusion.»

«Google et Facebook font de l’argent comme de l’eau avec les contenus des médias, qui sont diffusés sur des produits Apple ou Samsung, et qui voyagent sur les réseaux de Bell, Vidéotron, Rogers, Telus et Shaw. Face à ce phénomène, les gouvernements se tournent les pouces», constate Jean-Hugues Roy, professeur de journalisme à l’UQAM.

Simon Van Vliet, président de l’Association des journalismes indépendants du Québec (AJIQ), propose ainsi de financer les salles de rédaction selon le modèle de la SODEC (qui subventionne les productions télé et les films). «L’argent viendrait d’une redevance sur les accès Internet et cellulaire.» On récolterait ainsi entre 500 et 600 millions annuellement au Canada, avance Jean-Hugues Roy. D’autres taxeraient la vente de téléphones, tablettes, ordinateurs, CD, DVD, Netflix… M. Van Vliet veut aussi taxer la publicité, une industrie milliardaire.

«Radio-Canada a une redevance de l’État. Pas les médias privés, qui luttent pour que leurs revenus publicitaires ne s’érodent plus, tout en se repliant sur d’autres moyens, comme les abonnements, qui assurent 66% des revenus du Devoir», reprend M. Myles. Le Guardian de Londres dépend aussi des contributions de ses lecteurs. Tout comme Médiapart, à Paris, qui a même affiché un profit de plus de 4 millions l’an dernier !

Les murs payants sont-ils une solution? Ça marche peut-être pour des médias comme le New York Times ou le Wall Street Journal, mais notre marché est minuscule.

Et la philanthropie? Jeff Bezos, fondateur et patron d’Amazon, a sauvé le Washington Post. Les Desmarais veulent migrer la Presse+ vers une fiducie qu’ils continueront d’appuyer. D’autres envisagent la création de coopératives d’information, notamment dans les marchés locaux. Mais ça prend des crédits d’impôt spécifiques : Ottawa a montré une timide ouverture.

«Citoyens et élus doivent comprendre que l’information préparée par les journalistes, c’est un bien public, pas un produit. Les coûts doivent être assumés par la collectivité», conclut M. Van Vliet.

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Comment appréhender les fausses informations ? La RTS offre quelques conseils pour démêler le vrai du faux.h

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Notre cerveau adore les fausses nouvelles

Fausses informations, rumeurs en tout genre et propagande, relayés par les réseaux sociaux se sont multipliés ces dernières années. Bien que ce phénomène ne soit pas inédit dans notre société, sa vitesse de circulation s’est intensifiée, encouragé par l’essor de nouveaux outils numériques. C’est un fait, nous pouvons tous diffuser des nouvelles massivement et rapidement, y compris celles non vérifiées. Mais pourquoi suscitent-elles plus d’engouement ? La raison serait psychologique.

Un texte de Alexandra Bachot – Dossier Internet

D’après une étude menée par le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur le réseau Twitter, les fausses informations se propageraient 6 fois plus vite que les vraies. Pour en arriver à cette conclusion, des chercheurs américains ont étudié 126 000 histoires en lien avec la politique, l’économie ou le terrorisme twittées entre 2006 et 2017. Au total, ces histoires ont été véhiculées (twittées ou retwittées) plus de 4,5 millions de fois par 3 millions de personnes.

En travaillant aux côtés d’organisations spécialisées dans la vérification d’information,  les chercheurs ont vérifié la véracité des histoires puis ont comparé leur propagation. Résultat :

Les histoires fausses mettent 6 fois moins de temps que les vraies à atteindre 1 500 personnes.

La conclusion est d’autant plus significative lorsqu’on compare les chiffres. Les 1 % d’histoires vraies les plus populaires touchent rarement plus de 1 000 personnes tandis que les histoires fausses les plus populaires dépassent régulièrement les 10 000 et parfois même 100 000 personnes touchées.

Et l’attrait de la nouveauté est un motif d’explication de cette distorsion. Les histoires inventées sont souvent inédites et suscitent donc plus d’engouement de la part des utilisateurs. Sans surprise, ce sont les jeunes qui sont en première ligne face aux fausses nouvelles puisqu’elles envahissent les réseaux sociaux, plateformes dont ils sont particulièrement friands. Une omniprésence qui les rend plus vulnérables à la diffusion et à la réception des fausses informations.

En complément à Reflet de Société +

L’émission Corde sensible a rencontré une personne partageant des fausses informations pour comprendre son comportement. Une entrevue édifiante.

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