Une communauté et une école ouvertes sur le monde

Le port du voile n’est plus obligatoire à l’École des apprenants

Dix ans ont passé depuis l’article de Lisa Melia (voir plus bas), mais l’école Dar Al Iman se trouve toujours au cœur des préoccupations des Québécois, alors que le gouvernement de François Legault se propose de passer une loi qui, entre autres, interdirait aux enseignants et aux enseignantes de porter des signes religieux ostentatoires dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions.

Un texte de Gabrielle Brassard-Lecours – Dossier Immigration

Une décennie après sa première entrevue, le directeur de l’école, Lazhar Aissaoui, a de nouveau accepté d’ouvrir les portes de son établissement à un représentant de Reflet de société.

L’école Dar Al Iman a évolué pour le mieux depuis 2009, annonce fièrement M. Aissaoui. Elle est membre de la Fédération des établissements d’enseignement privés, un large regroupement d’établissements d’éducation préscolaire, primaire et secondaire privés. Cette adhésion lui permet de se comparer avec d’autres écoles, d’établir des liens enrichissants et de s’inspirer des meilleures pratiques du réseau scolaire québécois.

En mai 2014, l’école a été acceptée par l’Organisation du baccalauréat international comme école candidate à une reconnaissance officielle et a donc été autorisée à implanter le Programme primaire de cette organisation en juin 2017.

Dès cette acceptation, l’école a adhéré à la SÉBIQ (Société des Écoles du monde de BI du Québec et de la francophonie). «Cette adhésion témoigne de notre engagement envers une éducation internationale stimulante et de qualité qui développe une ouverture d’esprit que nous considérons comme importante pour nos élèves», déclare M. Aissaoui.

Le vent dans les voiles

Autre changement important, le port du voile n’est plus obligatoire pour les élèves ou pour le personnel. D’abord présenté comme élément de l’uniforme, ce qui lui aurait enlevé toute connotation religieuse, le foulard n’est plus obligatoire depuis 2010. «Il y avait confusion entre l’uniforme et l’allégeance religieuse. Ce qui a fini par être jugé comme un problème éthique», admet le directeur.

En effet, lors de sa visite, Reflet de société a pu constater qu’au moins la moitié des petites filles ne portaient pas le voile, et non pas plus de deux des enseignantes à qui nous avons parlé. Lui-même père de deux filles, M. Aissaoui avoue candidement que l’une porte le voile et l’autre non. Comme quoi ce symbole religieux semble faire l’objet d’un débat au sein même de la communauté musulmane.

Toujours dans cette optique d’ouverture au monde, l’école accepte maintenant des élèves et des employés, enseignants ou non, qui ne sont pas musulmans. Si les élèves non-musulmans n’ont pas encore répondu à cette invitation, certains des employés ne pratiquent pas l’islam.

Comment tu t’appelles?

Mais ce qui a causé le plus de débats au sein de la communauté a été le changement de nom. Lors de sa fondation en 2000, l’école a adopté un nom arabe : Dar Al Iman. Après de longues discussions, plus animées que celle qui ont entouré l’abandon du voile comme élément de l’uniforme, l’école a décidé franciser son nom et de devenir l’École internationale des Apprenants, comme on peut clairement le voir sur sa devanture.

Selon M. Aissaoui, ce changement est un symbole de l’ouverture à la fois de l’école et de la communauté à sa société d’accueil : « Je crois que les transformations de l’école sont représentatives de l’ouverture et de l’affirmation de la communauté musulmane au Québec. Nous vivons dans un pays, nous sommes une composante positive de ce pays. »

Toujours selon M. Aissaoui, il existe neuf écoles primaires et secondaires musulmanes au Québec, presque toutes basées dans la région montréalaise, sauf une dans la capitale. La demande pour ce genre d’institution n’est pas négligeable. Celle que nous avons visitée reçoit cent cinquante demandes d’admission par année, alors qu’il n’y a que soixante places. Un test de classement permet d’effectuer la sélection. En tout, l’école accueille trois cent cinquante-six élèves.

Musulman et Québécois

La communauté musulmane étant souvent au cœur de l’actualité médiatique ou politique, il est rassurant de savoir qu’à titre de musulman pratiquant, Lazhar Aissaoui ne se sent pas ostracisé. La tragédie de la mosquée de Québec a, bien évidemment, été un coup dur pour lui et son école, d’autant plus qu’il connaissait certaines des victimes.

Il compare cet événement à celui qui a eu lieu au cégep Dawson, il y a quelques années : « Ce n’est pas la société au complet qui vise la communauté musulmane parce que cet individu a visé la communauté musulmane. »

Son visage devient soucieux : « Ce sont des petits, ici, à l’école. Ça parlait beaucoup. Il fallait les calmer, leur dire qu’un gars ne les attend pas au bout de la rue pour leur tirer dessus. Il ne fallait surtout pas être alarmiste. Ce n’est pas le rôle d’une personne responsable. »

On peut s’imaginer que les jours et les semaines qui ont suivi ont été très difficiles pour eux. Respect.

Coalition Avenir Québe 

Malgré tout, benoît, le directeur d’école sourit lorsqu’on lui parle du projet de loi de la CAQ qui interdirait aux enseignantes de porter le voile au travail. « La réponse très facile dit que les écoles privées ne sont pas touchées par le projet de loi. »

Il développe son point de vue : « Lorsqu’on est un gouvernement, tous nos citoyens deviennent notre responsabilité. Et l’harmonie sociale devient aussi notre responsabilité. En tant qu’intellectuel, je ne crois pas que ce projet de loi réponde à un problème réel. »

Il insiste : « C’est une solution à un problème qui n’existe pas. De plus, je ne partage pas l’idée que les enseignants sont en position d’autorité. Je ne vois pas comment un symbole religieux influence la décision d’un fonctionnaire quand il sert un citoyen ou qu’il répond aux obligations de son travail. »

Et il conclut : « Restreindre ou abimer une liberté de base des citoyens n’est pas une bonne idée. »

Un débat respectueux

Évidemment, le point de vue du directeur de l’École internationale des Apprenants n’est pas partagé par tous. Présidente du Mouvement Laïque Québécois (MLQ), Lucie Jobin appuierait un projet de loi qui interdirait le port de signe religieux par les professeurs et les éducatrices. « Ça marque les enfants, surtout ceux qui ont moins de cinq ans », explique-t-elle, insistant sur l’importance de la liberté de conscience des enfants.

Ainsi, le voile, même porté par une femme neurochirurgienne qui affirmerait le faire de sa propre volonté, serait un symbole du fait que la femme doit se cacher devant l’homme, ce qui s’oppose aux valeurs – égalité des sexes – adoptées par une majorité de Québécois et de Québécoises.

« Je partage l’opinion de la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, comme quoi le voile symbolise l’oppression des femmes », a dit Mme Jobin.

Enfin, le MLQ s’oppose au financement public des écoles privées, surtout des écoles confessionnelles.

En complément à RDS+ 

Voici l’article original auquel fait référence celui que vous venez de lire 

Écoles musulmanes à Montréal

Article publié en 2009 dans Reflet de Société Vol. 18 n° 1

Par Lisa Melia

À Montréal et en province, les écoles privées musulmanes essaiment et connaissent un succès grandissant, augmentant chaque année le nombre de leurs inscrits. Affirmant donner un enseignement équilibré entre les valeurs de la société québécoise et celles du Coran, ces établissements ne font pourtant pas l’unanimité et certains leur reprochent de privilégier les valeurs religieuses aux valeurs laïques.

Dans le hall de l’école primaire, entre la photocopieuse et les drapeaux canadien et québécois trône une réplique de la Grande Mosquée de Jérusalem. Une jeune fille passe en gloussant. Elle porte le voile, un corset, des talons hauts et du maquillage. Il faut dire qu’aujourd’hui est un grand jour, les élèves de l’école privée musulmane Dar Al Iman vont obtenir leur diplôme et passer au secondaire. Lahzar Aissaoui, le directeur, veille sur tout le monde alors que les préparations de la cérémonie vont bon train. « La différence avec une école classique, explique-t-il, c’est qu’en plus de l’enseignement exigé par le programme du ministère de l’Éducation, nous donnons des cours de langue arabe et de morale musulmane. » C’est-à-dire les principes et valeurs de l’islam, lesquels, affirme-t-il, sont parfaitement compatibles avec ceux du Québec et du Canada.

Selon son directeur, l’objectif de l’école est de donner une éducation musulmane tout en assurant l’intégration des élèves dans la société québécoise. Cette double identité est partout, jusque dans la cérémonie de remise des diplômes : après la récitation de versets du Coran, les finissants entament sans transition l’Ô Canada et Gens du pays. Parmi les enfants comme les parents, l’arabe côtoie le français à armes égales, les conversations mêlant allègrement les deux langues. Pendant la cérémonie, une vidéo des élèves est diffusée. Chacun y parle de son expérience à l’école. Nés au Québec, au Pakistan ou au Maghreb, ils reviennent un à un sur les cours qu’ils ont aimés, les amis qu’ils se sont faits et les projets qu’ils échafaudent. « C’était amusant d’aller à l’école avec mes copains », lance l’un d’eux.

Pour autant, l’école ne se définit pas comme confessionnelle, car elle n’impose pas de pratique religieuse comme la prière, pas plus qu’être de religion musulmane ne constitue une condition sine qua non pour y entrer. Lahzar Aissaoui décrit plutôt l’établissement comme « communautaire, car il répond à la volonté des parents de transmettre leur culture d’origine à leurs enfants. »

Le directeur rappelle cependant que même les élèves non-musulmans doivent suivre les cours d’arabe et de morale musulmane, car ils font partie du projet éducatif. « Nous avons eu des élèves et des enseignants d’autres religions, et nous en aurons encore », soutient-il.

Subventions et critiques

Aissaoui assure que la société québécoise reçoit bien le concept d’école musulmane. Il dit être soutenu par la Ville de Montréal et subventionné par le gouvernement provincial. Pourtant, le consensus est loin d’être acquis et certaines personnalités publiques posent la question de la pertinence de ces écoles. Marie-Michelle Poisson, présidente du Mouvement laïque québécois, admet avoir rarement entendu des plaintes mettant en cause des établissements musulmans. Mais elle souligne que, dans un cadre laïque, l’État ne doit soutenir aucun culte. Le fait que le financement de l’école provienne des deniers publics lui pose un premier problème. « Il faut aussi faire attention à l’effet de ghetto que peuvent avoir les établissements confessionnels. L’école ne doit pas encourager un repli identitaire. » Enfin, l’État ne supervise pas adéquatement le suivi du programme officiel, selon elle.

Lahzar Aissaoui dément ces accusations et assure que « l’école ne favorise aucune religion plus qu’une autre. Les gens sont libres de leurs convictions, l’école n’est pas là pour faire du prosélytisme ».

Toutes les jeunes filles portaient le voile lors de la cérémonie de remise des diplômes, mais le directeur se défend de l’imposer. Il précise cependant que le foulard fait partie intégrante de l’habit de la femme musulmane.

L’école se nomme Dar Al Iman, ce qui signifie « Maison de la foi. » Un toit sous lequel religion et enseignement ne peuvent coexister selon de nombreux laïcs. Le personnel enseignant s’attache tout de même à relever ce défi.

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Linda Spear, femme d’église

Une passion, ça ne se choisit pas. On nait avec et on espère vivre au travers. Pour Linda Spear, la vision de son avenir a toujours été simple: depuis ses 4 ans, elle veut devenir prêtre. Problème, elle est catholique et pour le Pape, une femme prêtre doit être excommuniée. Détail qui n’a pas arrêté cette fervente féministe qui, depuis ses 70 ans, vit sa passion. 

Un texte de Delphine Caubet – Dossier Religion 


Dans une petite ville touristique du sud du Québec, une étrange messe a lieu chaque semaine. L’église anglicane à la sortie de la ville y abrite 2 «hommes» de Dieu. Son propriétaire actuel est pasteur et partage sa maison avec Linda Spear depuis son ordination en 2010. Une collocation atypique et validée par la population qui ravit les 2 protagonistes.

Préparations à la prêtrise

Linda a un long parcours religieux derrière elle. Entre ses années en tant que sœur et son expérience d’universitaire en théologie, son implication dans la foi et la culture catholiques est longue et diversifiée. Son rêve ne s’est réalisé qu’en 2010, mais elle est prête depuis les 1960 à être ordonnée prêtre. À cette époque, l’Église catholique fait un travail de réflexion sur elle-même en s’ouvrant à la modernité: c’est le Concile de Vatican II. Linda est à Winnipeg et l’évêque, comme beaucoup d’autres, est optimiste quant à l’accessibilité des femmes à la prêtrise. «Il nous disait d’étudier, que c’était imminent», explique Linda.

Et elle s’exécuta. L’histoire suivant son cours, le concile réputé pour être l’ouverture de l’Église sur le monde moderne laissa les femmes sur la touche.

Excommuniées

Plusieurs décennies plus tard, Linda découvrit la Roman Catholic Women Priest (RCWP) ou, en français, les Femmes prêtres catholiques romaines. Ce mouvement est né en 2002 en Allemagne par un évêque qui ordonna 7 femmes, celles-ci devenues les fondatrices du RCWP. Aujourd’hui, ces femmes ont été excommuniées par le Vatican, sans pour autant que cela les empêche de poursuivre leur travail. L’évêque ayant lancé le mouvement, lui, reste encore inconnu à ce jour. Il est simplement appelé «Bishop X» et son identité ne sera révélée qu’après sa mort.

En 2017, les femmes prêtres sont plus d’une centaine à travers le monde.

Pour Linda, cette excommunication n’a pas été un choc, car aujourd’hui elle se sent à sa place. Raison pour laquelle elle parle aussi librement aux médias. «Mais d’autres sont moins à l’aise, explique-t-elle, et une personne travaille encore pour l’Église catholique.» Ces femmes sont des bénévoles et n’ont pas de rémunération par les paroissiens ou une organisation supérieure. Un grand nombre de ces femmes ont plus de 70 ans et, grâce leur retraite, elles n’ont plus besoin de s’inquiéter de leur source de revenus. Linda ajoute que ces femmes avaient 20 ou 30 ans au moment du concile de Vatican II… des aspirations qui ne demandaient qu’à se concrétiser.

Idéologie

Parmi les préceptes de ce mouvement, on compte l’égalité entre les genres, bien sûr, mais également le respect de la diversité sexuelle, religieuse et ethnique. Traduction: Linda, est-ce que le RCWP accepte les personnes homosexuelles? «J’espère que oui, car je suis lesbienne», répond-elle dans son flegme anglophone.

Passé l’attrait de la nouveauté d’une femme prêtre, Linda a fidélisé un groupe de 5 ou 6 fidèles qui assistent à sa cérémonie hebdomadaire. Pour Céline, l’une des paroissiennes, assister à la messe de Linda est autant un acte de foi que politique. «Je viens par amitié, pour l’appuyer, et je me sens plus près de Dieu en célébrant avec elle. Et pourquoi pas une femme prêtre?», conclut-elle.

Mais, conséquence de l’excommunication, le RCWP n’est plus à même d’offrir des sacrements reconnus par le Vatican, dont le baptême et le mariage. «Ça ne fait rien pour mes paroissiens, explique Linda, ce sont des personnes déjà en marge de l’Église. Ce sont des paroissiens très œcuméniques».

En effet, certains sont pentecôtistes, d’autres anglicans, catholiques, homosexuels, hétérosexuels, etc. Lors de ses 5 premières années en exercice, Linda a célébré 2 mariages: un gay et un lesbien.

La religion au Québec

En 2017, Linda Spear est la seule femme prêtre catholique du Québec. Elle l’explique que l’accueil a été positif, car la province s’est distancée il y a plusieurs décennies de la religion… ce qui également une plausible explication à son unicité au Québec.

L’un des défis à venir du RWCP sera de maintenir son recrutement pour que l’ordre continue à vivre. L’observation des pays émergents sera d’autant plus intéressante; leur accession à la prêtrise via le RCWP sera un indicateur sur l’évolution du droit des femmes.

En complément à Reflet de Société +

Retrouvez ce reportage de France 24 sur les femmes prêtes au Royaume-Uni.

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La Meute, Cyberintimidation et double discours

Plusieurs citoyens québécois s’identifient comme membres de la Meute sur les réseaux sociaux. Ils rejoignent cette bannière, car ils craignent que «la montée de l’islam radical dans le monde vienne perturber la quiétude et la sécurité canadienne». 

Un texte de Mélina Soucy – Dossier Intimidation

La Meute est décrite comme un groupe xénophobe d’extrême droite par les médias et les politiciens. Régis Labeaume, le maire de la ville de Québec, a même traité le groupe de milice toxique et dangereuse. Pour vérifier la véracité de ces allégations et enquêter sur une histoire de cyberintimidation en lien avec ce groupe, j’ai rejoint le groupe Facebook secret de la Meute (c’est-à-dire qu’on ne peut pas le trouver sur Facebook sans qu’un membre ne nous ajoute) et ce, en m’identifiant comme journaliste.

«Souhaitons la bienvenue à Mélina Soucy dans le clan 06 ». On m’accueille comme tous les autres, avec ce statut Facebook, rapidement commenté par les autres membres, à coup d’émoticônes représentant des têtes de loups.

Cyberintimidation

Le blogue TPL Moms donne la parole aux mères et encourage la diversité culturelle. Lors du scandale de la prière des musulmans au Parc Safari en juillet 2017, le blog s’est prononcé pour la défense de cette communauté. «J’ai lancé le sujet, puis une rédactrice a fait un texte qui reflète très bien nos valeurs d’ouverture», explique Josiane Stratis, rédactrice en chef du blogue.

L’article paru le 5 juillet n’a attisé les commentaires désobligeants que le lendemain de sa publication. «Je m’entraîne le jeudi midi, raconte madame Stratis. Entre le moment où je suis partie du bureau et celui où je suis revenue, ma sœur avait bloqué 40 commentaires. Ça a duré 5 jours.»

Selon la rédactrice en chef de TPL Moms, la majorité des commentaires avaient été rédigés par des membres de la Meute. «C’est facile d’identifier les gens de la Meute. Ils ont souvent le symbole de leur groupe sur leur photo de profil ou leur page Facebook personnelle. Ce sont également eux qui venaient écrire 25 commentaires par heure. Leurs discours commençaient souvent par un argument ouvert d’esprit qu’ils saupoudraient d’éléments racistes.»

Extrait de commentaires reçus sur TPL Moms:

«Cessez de vous applaventrir, la religion pour ce que ça leur fait du bien. Ils veulent être dominés et exploités, on ne peut rien y a faire. Qu’ils le fassent en privé. Cette religion vient de l’an 600 et n’a pas évolué. Revenir en arrière n’est pas un signe d’ouverture, mais plutôt de fermeture. Réfléchissez un peu. Un dieu aurait-il exigé d’enfermer la femme dans un costume avec des trous pour les yeux? Mais pour certains, il faut toujours défendre l’indéfendable. On a été tellement éduqué à faire plaisir aux autres. Tendre la joue gauche si on a reçu une gifle sur la droite, ne serait-ce pas de la lâcheté en fait?»

«T’as bien raison, y a pas de mal à écouter des gens demander à ce qu’on tue les juifs et les chrétiens. Y a pas de mal à les laisser faire leur petite prière dans un coin du parc… C’est pas ça qui va finir par faire comme en Europe où ils sont rendus à bloquer des rues pour prier par milliers au lieu de faire ça dans leur mosquée… On chialera rendu là, mais entre-temps y a aucun problème. Nous avons fait du Québec un état laïc, mais seulement pour les Québécois, les immigrants eux peuvent faire leur religion dans la rue ou dans un parc s’ils veulent. Parce que la laïcité, c’est juste bon pour pitou… vive les lunettes roses.»

Vérification des faits

Le logo de la Meute étant absent des photos montrées sur la capture d’écran. J’ai moi-même vérifié que chacun des individus s’y trouvant étaient bel et bien membre du groupe. C’était le cas.

Josiane Stratis m’avait également informé d’un possible appel à la cyberintimidation de la part de Sylvain Brouillette, chef des communications et membre dirigeant de la Meute. J’ai retrouvé cette incitation à commenter l’article de TPL Moms sur le groupe secret. Monsieur Brouillette avait toutefois modifié son nom pour Facebook, empruntant le pseudonyme de Sylvain Maikan.

Je l’ai ensuite contacté pour avoir son opinion. «J’incitais les gens à ouvrir un débat, défend-t-il. Les gens vivent dans un monde complètement irréaliste. Ils vivent dans une bulle. Ils sont complètement inconscients des dommages que l’islam radical a fait ailleurs dans le monde. Il y a des sociétés qui étaient très enviables il y a quelques décennies qui sont devenues des enfers. À un moment donnée, c’est beau être ouvert et accueillant, mais c’est important de le faire de la bonne façon.»

Sylvain affirme aussi que les commentaires laissés par les membres de la Meute ne sont pas xénophobes et n’ont pour but que d’ouvrir le débat. Donc, quand un de leur membre dit que l’islam «vient de l’an 6000 et n’a pas évolué depuis», ce n’est pas un commentaire discriminatoire. Quand il incite les gens à «réfléchir un peu, car un dieu aurait-il exigé d’enfermer la femme dans un costume avec des trous pour les yeux?», ce n’est pas raciste. «C’est une question de point vue», m’a répondu Sylvain Brouillette.
Comment reconnaître l’extrême droite?

Une fois ma petite enquête terminée, j’ai demandé à un spécialiste si la Meute était un groupe d’extrême droite. Herman Deparice-Okomba, directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, a appuyé ce qualificatif.

«La plupart des groupes d’extrême droite ont toujours eu des discours ambigus, explique-t-il. La Meute n’a jamais eu de discours clairement xénophobes ou homophobes par exemple. Elle ne va jamais le dire clairement, car elle a peur d’être poursuivie, de se faire taxer de raciste. Il faut aller au-delà de cela. Il faut apporter une analyse plus large.»

Le spécialiste en radicalisation donne en exemple le débat autour de la création d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire en juillet 2017. «La Meute lutte contre l’islam radical, souligne M. Deparice-Okomba. Il n’y a pas de lien avec le cimetière musulman et l’islam radical. Ils en créent quand même un. Ils ont un discours public qui est officieux, qui diffère de leur discours privé. C’est pour se faire une image respectable auprès de l’opinion publique.»

Je suis donc partie à la recherche de commentaires qui diffèreraient de leur discours public, discours qui disait seulement que la Meute avait eu un problème avec «l’exercice de la démocratie lors des consultations publiques concernant le cimetière». J’en ai trouvé, bien qu’ils ne s’agissent que de quelques individus, ces commentaires peuvent encourager le racisme et attiser la haine. Ce sont des commentaires en réaction au statut Facebook de Sylvain Brouillette, statut annonçant la victoire du non face à la création du cimetière.

Certains commentaires en dessous de cette publication étaient ouvertement haineux ou racistes. En voici quelques-uns:

«De toute façon, je pense à ça, ils ne sont pas capables de manger non halal, pas capables de respecter nos lois et nos coutumes, pas capables de s’habiller comme nous, pas capables d’être enterrés sur la même terre que nous, pourquoi ils viennent ici alors???»

«J’espère qu’ils ne changeront pas d’avis au Conseil de ville.»
«Si le Conseil de ville change la décision de la population, on a juste à les pendre pour haute trahison.»
«On manquerait de corde.»

«S’ils ne veulent pas s’intégrer de leur vivant, qu’ils s’intègrent au moins dans la mort.»

«Ils iront se faire enterrer chez eux s’ils sont pas contents.»

«Ils se feront enterrer le cul sorti… on fera des racks à bicycle.»

«Qu’on leur vendent un terrain dans les terres, pis qu’ils nous câlissent la paix… cancer de la terre.»

«Attention, car il est reconnu par les experts, que la majorité du temps un accommodement refusé en attire un autre… Exemple; Par le refus d’une burqa, on accepterait plein de voiles, alors qu’ils sont aussi dangereux parce que ce sont aussi les drapeaux et le porte-étendard de l’islam…»

Bien que le groupe ne se considère pas raciste, il attire parfois des gens qui tiennent des propos racistes, comme le prouvent ces captures d’écran. «Ces gens se font mettre dehors du groupe Facebook à l’instant où les administrateurs s’en rendent compte», précise Sylvain Brouillette. Encore une fois, les personnes qui ont écrit les commentaires ci-haut ne sont pas exclues du groupe, au moment où je rédige cet article, plusieurs mois après leur écriture. On voit même Sylvain Brouillette (Maikan) dire qu’«on manquerait de corde» pour pendre le conseil d’administration de la ville de Saint-Apollinaire s’ils venaient à contrer la décision du référendum.

J’ai demandé au chef des communications pourquoi le groupe attirait quand même des racistes malgré sa volonté de filtrer ce type de membre. «C’est en partie à cause de l’image que les médias nous donne que des racistes joignent le groupe», m’a-t-il répondu.

Herman Deparice-Okomba n’est pas du même avis. Selon lui, la Meute est responsable des propos tenus par ses membres. «C’est une pépinière de discours intolérables. Ils disent qu’ils les écartent, mais s’ils les écartent comment ces gens peuvent arriver dans leur groupe? Il y a quelque chose qui les attire».

Monsieur Deparice-Okomba mets en garde la population contre «les discours généralistes de la Meute qui laissent place à l’interprétation. «C’est tellement flou et vaste que les gens doivent eux-mêmes tirer leurs conclusions. C’est là que ça devient dangereux.»

Découvrez le processus de radicalisation d’un individu

Note aux lecteurs – Pour des questions de mise en page et de fluidité du texte, nous avons choisi de reproduire certains commentaires Facebook et de corriger leur orthographe, mais sans en changer le contenu.

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L’ordination de femmes et le Vatican

Femmes et religion

Des femmes prêtres catholiques

Le savez-vous? Les femmes qui souhaitent être prêtres catholiques ont une alternative pour suivre cette voie. Évidemment, le Vatican et l’Église Catholique romaine n’ont rien à voir là-dedans. Pire que ça, les femmes qui rejoignent le RCWP (Roman Catholic Women Priest) sont excommuniées.

Delphine Caubet | Dossiers Religion et spiritualité, Égalité Homme-Femme

religion spiritualité femme égliseLe Roman Catholic Women Priest est né en 2002 en Allemagne quand 7 femmes ont été ordonnées par le prêtre indépendant Rómulo Antonio Braschi. Depuis lors, l’organisation a fait le tour du monde et regroupe environ 145 femmes prêtres.

L’ordination de femmes n’est pas la seule distinction du RCWP envers le Saint-Siège. Différence idéologique importante, ce mouvement n’accorde aucune importance à l’orientation sexuelle, que ce soit pour les prêtes ou les fidèles.

Au Québec, la seule femme à avoir rejoint cette organisation est Linda Spear. Pour en apprendre davantage sur cette septuagénaire qui suit son rêve depuis 2010, rendez-vous dans les pages de Reflet de Société dans les numéros à venir.

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Liberté, un sourire intérieur

livre liberté poésie recueil sourire intérieurUn livre de poésie de 128 pages. Liberté politique, liberté journalistique, liberté émotionnelle… Toutes les couleurs de la liberté, individuelle et collective.

Une belle suite pour mon premier livre de poésie, Après la pluie… Le beau temps. Parce qu’après la crise… on peut trouver la liberté… sa liberté.

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Conflits religieux en prison

Accommodements raisonnables

Liberté religieuse en milieu carcéral

Je dois le reconnaître: avant de travailler à Reflet de Société, je ne m’étais jamais posé de Je dois le reconnaître: avant de travailler à Reflet de Société, je ne m’étais jamais posée de questions sur le milieu carcéral. La vie ne m’avait pas mis en contact avec ce monde et je ne l’avais pas cherché. En discutant avec nos chroniqueurs, j’ai découvert qu’en tant que citoyenne j’étais bien ignorante sur ce sujet. Pour pallier ces manques, je me suis mise en quête de réponses. Celle d’aujourd’hui: à quoi ressemble la liberté religieuse en prison?

Delphine Caubet | Dossiers Religion et spiritualitéCriminalité.

milieu carcéral accommodements raisonnables

Illustration: JuanCa.

C’est la chronique de Jean-Pierre Bellemare en 2013 qui m’a mis la puce à l’oreille, il y parlait des accommodements raisonnables en milieu carcéral. Mais très honnêtement, j’avais du mal à saisir en quoi une assiette casher ou halal pouvait générer des tensions. Après tout, saupoudrer des aliments d’une prière n’a jamais rien enlevé ou ajouté au goût.

Contrôle de qualité

Pour tenter de comprendre «ces frictions quotidiennes» dont il fait référence, je suis allée à la rencontre de Jean-Pierre. Et ses explications m’ont laissée pantoise.

«Ces régimes alimentaires entraînent un genre de contrôle de qualité», m’explique-t-il. Les détenus cuisinent eux-mêmes les repas et le cœur n’est pas toujours à l’ouvrage. Pour les diètes suivies et validées par un chef religieux, il y a une vérification des aliments et de leur qualité. Alors de suite, une différence peut se faire sentir.

Autre point que je n’avais pas envisagé: la propagation des maladies. Pour chaque diète, il y a des ustensiles de cuisine différents, avec des aliments dans des frigos différents… «Alors si une cuillère est mal lavée et qu’elle est réutilisée dans un chaudron, ça peut être toute la prison qui attrape la gastro. Sauf ceux avec une diète spéciale puisque leur repas est préparé séparément.»

Jean-Pierre n’est pas avare d’exemples de tensions résultant des accommodements raisonnables en prison. Il parle du marchandage des tapis de prière des musulmans ou du tabac réservé aux autochtones pour leurs cérémonies. Autant de matériel propice aux tractations diverses.

Mais pour en apprendre davantage sur la religion en milieu carcéral, je suis allée voir l’un des hommes en 1ère ligne: l’aumônier.

Lentement mais sûrement

Si la pratique de la religion peut entraîner des tensions, elle n’en reste pas moins utile et nécessaire pour bien des détenus.

Tim officie en milieu carcéral depuis plusieurs années et comme il le dit: «Travailler dans un pénitencier est un défi personnel. Les concepts d’amour et de pardon y sont plus vrais. Il y a un cœur sous cette peau de macho.» À quoi il ajoute sur le ton de la plaisanterie que ce n’est pas sa «gang» habituelle. Je veux bien croire.
Durant ses visites, la religion n’est pas toujours impliquée. «Les détenus se font presser par les gardiens… par tout le monde… Moi je ne suis pas psy, j’attends l’autre. Ils doivent respirer. Cela peut être prendre une marche ou autre chose.» Lui a l’avantage de pouvoir se déplacer à sa guise dans le pénitencier, et va à la rencontre de ses ouailles là où elles se trouvent.

Mais Tim, les détenus viennent-ils vraiment parler versets et chapitres bibliques avec vous? «Mon rôle est surtout d’écouter. Des détenus peuvent être frustrés; ils sont de bons gars et pourtant ils sont toujours là. Je vois le désespoir et la frustration; je suis là pour faire diminuer la pression.»

Soupape de sécurité

Après ces entrevues, force est de constater que la religion en milieu carcéral n’implique pas nécessairement la religion. Mais son utilité n’en est pas moins importante. Les chefs spirituels même s’ils ne sont pas toujours bien accueillis (à part les bouddhistes, précise Jean-Pierre, qui sont encore les seuls à avoir bonne presse) ont un rôle important: diminuer la pression.

Pour Jean-Pierre (libéré depuis 2 ans), la religion et la spiritualité en général ont une place importante dans sa vie. Et si vous aviez vu comme moi les retrouvailles entre l’aumônier et l’homme libre, vous auriez aussi envie de dire au Premier ministre Harper que finalement ces hommes et ces femmes font la différence.

En tout cas, Jean-Pierre tient à ce que ce soit son aumônier qui célèbre son mariage l’été prochain.

Autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Les livres de Colin McGregor

    Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

    Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

    love-in-3dLove in 3D

    Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

    This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

    Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

    teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

    Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

    This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

    Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

    quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

    Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

    Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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    Rejoindre une secte

    La secte comme famille

    Recrudescence des sectes

    La vie peut être difficile, et il est naturel de chercher une explication aux évènements qui nous touchent. Pourquoi suis-je malade? Si les médecins ne peuvent pas me soigner, peut-être qu’une autre personne le pourrait. Car, les médecins le reconnaissent, ils ne savent pas tout. Une pente anodine lorsqu’elle est empruntée avec vigilance, mais glissante lorsque l’on cherche à tout prix des réponses. Certains leaders, ou gourous, peuvent profiter de cet état d’esprit pour entraîner dans leur cercle de nouveaux adeptes.

    Delphine Caubet | Dossiers Culture, Religion

    L’expérience peut être dramatique

    religion spiritualité église croyances sectesDonner une définition exacte au terme «secte» est difficile. Selon Mike Kropveld, directeur général d’Info Secte, il en existe plusieurs. Les experts eux-mêmes n’utilisent pas les mêmes critères. Dans l’usage populaire, le terme secte a une connotation négative. La religion, bien que souvent impliquée, n’est pas nécessairement l’idéologie dominante. Notamment avec le groupe Biologie Totale, basé sur le principe que toute maladie est psychologique.

    Groupes

    Les sectes ne sont pas toutes de grands mouvements religieux qui ont des centaines d’adeptes. C’est une question de synchronisation. Dans les années 80 et 90, les grands mouvements internationaux avaient le vent en poupe et le monde roulait à l’heure de la nouvelle mondialisation. Des groupes tels que le mouvement d’Hare Krishna étaient à leur apogée. Mais leurs adeptes vieillissent et ces mouvements perdent leur seconde génération.

    Aujourd’hui, il y a une recrudescence des petits mouvements. Ils sont difficiles à quantifier, et le directeur général d’Info Secte ne fait pas confiance aux statistiques. Ces petits mouvements populaires sont axés autour d’un guérisseur, d’un voyant ou de tout autre leader. À l’heure d’Internet, les nouveaux groupes peuvent donner des cours en ligne. Mike Kropveld explique: «Tu n’as même plus besoin de t’habiller. Depuis ta chambre, tu peux écouter le sermon. Les médias sociaux peuvent également être utilisés.»

    Certains groupes sont plus difficiles à classifier. Comme le précise Mike Kropveld: «On peut vivre de bonnes et mauvaises expériences dans tous les groupes.» L’important est de regarder l’idéologie du groupe, son ouverture aux autres et surtout le contrôle du leader. Autant de critères qui aident à comprendre la dynamique de groupe.

    Adeptes

    spirituel religieux église secte croyancePourquoi rejoindre un groupe qui impose un régime de vie drastique ou qui a des pratiques sexuelles que jamais vous n’auriez acceptées auparavant?

    Cette question est omniprésente lors de faits divers. Réduire les victimes à des «faibles d’esprit» est erroné et simpliste. Une grande partie des adeptes sont des personnes en recherche.

    Après une enfance difficile ou une épreuve, il est courant de chercher une explication. Qu’ai-je fait pour mériter cela? Quel est le sens de ces évènements? Le groupe, et son leader en particulier, seront là pour diminuer le stress. Consciemment ou non, l’adepte cherche une réponse simple à des évènements qui peuvent le dépasser.

    Leader

    Charismatique et éloquent. Ces deux points sont ce qui attire chez le gourou. Contrairement aux idées reçues, la majorité des leaders croient réellement en ce qu’ils prêchent et en leurs pouvoirs. C’est une personne qui a vécu -ou croit avoir vécu- une expérience. Qu’il soit voyant, guérisseur ou autre, les adeptes le renforcent dans ses idées.

    Mais, «le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument», rappelle Mike Kropveld. «Souvent à la base, il y a de bonnes intentions. Comme vouloir aider les autres.» Mais le chef leur inculque l’idée qu’ils sont des élus, et que lui seul détient la connaissance. Le reste du monde devient alors des impurs qu’il faut aider ou exclure.

    Ce stade est une pente glissante. Le leader pour unifier et garder ses adeptes peut choisir de s’exclure du monde et de refermer le groupe sur lui-même.

    Aider

    religion spiritualité croyance église philosophie«Il faut voir la relation avec le groupe, comme une relation amoureuse. Si on te dit: « mais qu’est ce que tu fais avec ce garçon!? », la personne ne sera pas réceptive. Il faut l’approcher par les émotions. Pas la raison.» Tel est le premier conseil du directeur général pour aider un proche. En utilisant la rationalité et les préjugés, un proche voulant aider risque de renforcer l’adepte dans son idée et de couper la communication.

    «Discuter avec la personne est le meilleur moyen d’avoir davantage d’informations sur le groupe», précise Mike Kropveld. Car sur Internet, c’est essentiellement les informations les plus extrêmes qui circulent. Alors, il ne faut pas négliger l’adepte comme source d’informations.

    Québec

    «Le Québec est un terrain fertile pour les groupes religieux et autres», affirme le directeur général. Les Québécois ne sont pas pathologiquement différents des autres. Mais par le passé, le catholicisme s’occupait de tout dans la province. Mike Kropveld explique: «Ce qui était bon, pas bon,… et ce besoin est toujours là.» Et les Québécois ont une ouverture d’esprit utilisée au quotidien avec l’immigration et le multiculturalisme, entre autres. Se superpose donc un besoin de croyance (et certaines valeurs catholiques, comme l’altruisme et le partage) avec une ouverte aux nouveaux phénomènes.

    Législation

    Les sectes sont essentiellement présentes dans les démocraties. Car, «ailleurs tout est contrôlé», ajoute Mike Kropveld. Et la législation peut varier selon les pays. «Mais quand il y a plainte ou crime, la justice est là.» Pour le directeur général d’Info Secte, il ne faut pas nécessairement plus de législation. Car, lors de cas extrêmes, comme avec la secte juive Lev Tahor, l’État est prêt à enquêter.

    «Mais pour les victimes de manipulations, c’est différent. Car c’est possible que la personne qui rentre dans un groupe soit au courant de tout. Le bon comme le mauvais. Mais c’est une personne qui veut être prise en charge.» Pour le directeur général, il faut miser davantage sur les ressources. «Là, il y a besoin de financement. Mais pas de nouvelles lois.»

    S’il n’y a pas de solution simple, il faudrait valoriser l’aide aux victimes, notamment avec un accès gratuit aux services, qui permettrait également d’aider les 2ème générations. Pour l’instant, Info Secte est la seule association au Québec qui travaille et informe sur les sectes.

    Il n’existe pas de schéma classique quant à la sortie d’un groupe. Bien que pas automatique, certaines personnes peuvent avoir des difficultés à retourner dans la société.

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    L’Amour en 3 Dimensions (français), Love in 3D (anglais).

    l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

    Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

    L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

    Le livre est disponible au coût de 19,95$.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 Par Internet en anglais ou par Internet en français.
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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    La vie après les Témoins de Jéhovah

    Religion et spiritualité

    Survivre aux Témoins de Jéhovah

    Delphine Caubet | Dossiers Religion et spiritualitéCroissance personnelle

    religion spiritualité secte église croyancesÀ 39 ans, Jonathan Lavoie consacre une partie de sa vie à aider les anciens Témoins de Jéhovah. L’homme est bien placé pour en parler, il a vécu une grande partie de sa jeunesse dans la secte religieuse. Aujourd’hui, il partage son expérience hors du groupe pour nous montrer comment se reconstruire.

    Delphine Caubet: Pourquoi les Témoins de Jéhovah séduisent-ils tant?

    Jonathan Lavoie: Les Témoins de Jéhovah sont de très bons manipulateurs, ils sont formés à ça. Avec le porte-à-porte, tu rentres chez les gens et tu peux trouver des sujets qui les touchent. Par exemple, pour une personne âgée, tu peux lui parler de la maladie ou de la mort. Si une femme te fait entrer et tu vois des jouets partout avec le repas qui doit être préparé, tu ne restes pas. Tu lui laisses de la documentation qui va parler de la criminalité. Dans la revue Réveillez-vous, il y a des textes pour tout le monde.

    Leur mode de recrutement, c’est des solutions à un problème. Mes parents pensaient divorcer au moment où des Témoins de Jéhovah se sont installés en bas de chez nous. Ils avaient une solution. Avec eux c’est simple, tu n’as pas à divorcer, ce n’est pas autorisé. Mes parents avaient trouvé la solution. J’avais 8 ans au moment où ils sont rentrés dans la secte.

    D.C: Quand en es-tu sorti? Pourquoi?

    église vitrail spiritualité religion secte guide réflexions pensées quotidiennesJ.L: J’en suis sorti à 17 ans. J’étais plus capable. Dès 12 ans, je me suis aperçu que leurs enseignements ne fonctionnaient pas, que ça n’avait aucun sens. Ce n’est pas que je ne croyais plus, mais le paradis ne m’intéressait plus. Trop de choses ne fonctionnaient pas. Par exemple, ils disent toujours que leur Dieu est miséricordieux et que celui des catholiques est vengeur. Mais quand je posais des questions sur l’apocalypse et les enfants, on me répondait que cela dépendrait des parents, et qu’ils seraient détruits. Et c’est ça un Dieu miséricordieux?!

    Donc j’en pouvais plus. C’était partir ou me suicider. Je vivais dans un environnement où il y avait beaucoup de violence. Mon beau-père nous battait et tout le monde le savait. Ils disent qu’on est tous frères et sœurs, mais si c’était le cas, ils nous auraient protégés.

    D.C: Les personnes qui ont grandi dans une secte ont souvent des difficultés à socialiser à leur sortie. Comment cela s’est passé pour toi?

    J.L: Même dans la secte, j’allais à l’école régulière. J’étudiais à l’école Arc-en-ciel. C’était très hippie. Tous les enfants de sectes allaient là, car il n’y avait pas de cours de morale ou de religion. À la place, ils nous donnaient un cours d’informatique. Dans cette école, il y avait énormément d’enfants de Témoins de Jéhovah, de mormons ou juste des hippies. Même si j’ai été à l’école régulière, ils détruisent tout le savoir qui a été appris. Comme la théorie de l’évolution, par exemple. Eux, ils nous enseignent la création.

    Mais c’est sûr que les relations sociales ont été très difficiles. Quand j’étais au centre d’accueil et qu’ils ont appris que je venais des Témoins de Jéhovah, les travailleurs m’ont obligé à aller à la messe tous les dimanches, ou sinon je restais enfermé dans ma cellule pour la semaine.

    Déjà qu’avant j’avais été battu, c’est sûr qu’après ça j’ai eu des difficultés dans mes relations avec les adultes. J’ai eu une grosse période de rébellion. Plus tard, j’ai consommé de la drogue, et c’est là où j’ai commencé à socialiser. Je sais plus où j’ai lu ça, mais un article disait que 90% des secondes générations d’une secte partent, et dans ceux-là, un autre 90% avait des problèmes d’addictions. De ce que j’ai vu c’est tout à fait ça.

    D.C: Comment as-tu fait pour te reconstruire?

    J.L: J’ai été en thérapie. Il fallait que j’apprenne à me connaître, je ne savais pas qui j’étais, j’avais tout à apprendre. C’est tout un travail de reconstruction de soi. Il faut réapprendre les valeurs. Comme par exemple l’homophobie. Les Témoins de Jéhovah sont contre l’homosexualité, puis là il fallait que je sache si j’étais vraiment contre ça, ou si c’était du lavage de cerveau.

    Pour me défaire de ce lavage de cerveau, j’ai beaucoup lu sur les sectes, la politique, la société,… Sur tout ce que les Témoins de Jéhovah refusaient. J’ai appris à regarder le bon côté des choses, comme avec le gouvernement. Ils chialent tout le temps après, mais j’ai appris qu’il pouvait y avoir des bonnes choses. Donc, doucement, à travers la lecture, cela m’a beaucoup aidé.

    D.C: Est-ce qu’être entré à 8 ans t’a permis d’avoir un certain recul sur le groupe?

    J.L: J’ai toujours eu un côté scientifique, ça m’a permis de voir les choses qui ne fonctionnaient pas. Comme sur l’éternité, je posais des questions sur ce qu’on peut faire. Quand on a tout essayé qu’est ce qu’il se passe. On me répondait que je serai à côté de Dieu pour l’éternité. C’est tout. Je dis toujours que les Témoins de Jéhovah ne comprennent pas ce qu’est l’éternité. Je n’ai jamais adhéré à la théorie de la création, il y a des preuves que ça ne fonctionne pas.

    D.C: Quels sont tes contacts avec ta famille?

    J.L: Il y a 22 ans que je suis sorti. Ma sœur est plus jeune, mais elle est sortie plus tard, au même âge que moi environ. Elle va très bien aujourd’hui. Mon frère [Ndlr: décédé en 2006 suite au refus d’une transfusion sanguine] est sorti également. Mais il y a eu le 11 septembre 2001. Il y a vu un signe de la fin du monde et il est retourné dans la secte.

    Je n’ai aucun contact avec mes parents et je ne cherche même pas. Lorsque je suis parti ça a fait un gros «bang», j’ai été excommunié et mes parents n’ont plus le droit de prendre contact avec moi. C’est par ma sœur que j’ai appris que mon frère était à l’hôpital, et il était dans le coma depuis 5 semaines. Pour ma sœur, ça s’est fait plus doucement. Mes parents m’ont contacté une fois en 22 ans, c’était pour le décès de mon grand-père qui était hors du groupe.wq

    D.C: Tu as mentionné que 90% des 2ème générations quittent les groupes. As-tu constaté cette dynamique auprès des Témoins de Jéhovah?

    J.L: Oui, les 2ème générations partent massivement, et le mouvement des Témoins de Jéhovah est en chute libre au Québec. Avant, ils étaient 25 000, maintenant ils sont 15 000. C’est généralisé à tout l’hémisphère nord, mais ils gagnent du terrain dans le sud. Leurs méthodes de recrutement changent, ils font moins de porte-à-porte et ils ouvrent des kiosques. Dans certains pays, ils ouvrent des magasins comme l’ont fait les scientologues. Le porte-à-porte c’est dur, tu te fais insulter… les Témoins de Jéhovah n’aiment pas non plus le faire, mais tout est tourné sur le recrutement.

    D.C: Tu avais un site Internet avant où tu aidais les anciens membres du groupe. Qu’est-il devenu?

    J.L: On en a un nouveau (www.watchtowerlies.com). On est 2 à s’en occuper. Jean-Philippe Cossette est le webmaster, et moi je suis la figure publique. On aide les gens en les écoutant et on peut leur référer une personne proche de chez eux s’ils le souhaitent.

    Avec ce site, on veut partager notre expérience, car c’est difficile de sortir. Il y a des personnes encore à l’intérieur du groupe qui nous approchent pour savoir comment sortir. On a des contacts dedans, et les familles nous font confiance. Certains peuvent juste déposer un témoignage. Quand on fait des manifestations, les gens nous voient, et ça aide à dire que l’on n’est pas satanique. On a guidé des familles pour sortir. Comme par exemple, lorsqu’un mari voulait débarquer du groupe et qu’il cherchait des conseils pour convaincre sa femme.

    Sur le site, on parle de plusieurs choses, de leurs mensonges… Pour moi ça a été un choc de découvrir que les Témoins de Jéhovah avaient annoncé plusieurs dates de fin de monde. Ils disent toujours qu’il ne faut pas le faire pourtant! Ça a réellement était un choc…

    D.C: Quels conseils donnes-tu à ceux qui veulent quitter une secte?

    J.L: Le conseil est d’aller chercher de l’aide. De ne pas rester seul, même si lorsqu’on sort on se sent extrêmement seul, des milliers d’autres personnes sont sorties avant nous. On peut avoir de l’aide.

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    Liberté, un sourire intérieur

    livre liberté poésie recueil sourire intérieurUn livre de poésie de 128 pages. Liberté politique, liberté journalistique, liberté émotionnelle… Toutes les couleurs de la liberté, individuelle et collective.

    Une belle suite pour mon premier livre de poésie, Après la pluie… Le beau temps. Parce qu’après la crise… on peut trouver la liberté… sa liberté.

    Liberté… Un sourire intérieur. Une façon de souligner les 5 000 exemplaires vendus du premier livre Après la pluie… Le beau temps.

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    croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueilAprès la pluie… Le beau temps

    Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

    Au coût de 9,95$ chacun de ces livres sont disponibles par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 FREE

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