La Coccinelle jaune; le beau risque de Gabrielle

Gabrielle Moffett, fondatrice de la boutique Coccinelle Jaune

Le beau risque de Gabrielle

Reflet de mon quartier est un hebdomadaire consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais d’Hochelaga-Maisonneuve.

Est-il possible pour un jeune entrepreneur créatif de gagner son pain dans Hochelaga-Maisonneuve? Oui, répond Gabrielle Moffett, propriétaire-fondatrice de la boutique Coccinelle Jaune, située rue Sainte-Catherine Est. Et si l’adaptation n’est pas toujours facile, le jeu peut en valoir la chandelle.

Ariane Aubin

Coccinelle jaune artisanat du QuébecAvant de s’installer dans Hochelaga-Maisonneuve, Gabrielle Moffett ne connaissait du secteur que sa composition sociale semblable à celle du quartier St-Roch à Québec, où elle habitait auparavant. En apparence, rien ne prédestinait donc l’ancienne éducatrice en garderie à fonder une boutique consacrée aux artisans québécois sur la rue Ste-Catherine Est. Mais alors qu’elle venait tout juste d’emménager dans le secteur, la jeune femme est tombée sur un article qui l’a inspirée. «Cela parlait de la fondatrice du café Lubu. J’y suis allée par curiosité et le coin m’a vraiment intéressée. Dans ce temps-là, il n’y avait pas beaucoup de commerces. À part Lubu et l’Oiseau bleu, c’étaient surtout des bric-à-brac, où l’on vendait de veilles sécheuses!»

Une ambiance bien différente de l’effervescence créative du St-Roch que Gabrielle Moffett a quitté il y a quelques années. Mais celle qui était alors au chômage a eu le coup de foudre pour le quartier et a décidé sur un coup de tête de créer sa propre entreprise. Grâce au montant obtenu à la vente de sa propriété de Québec et à l’aide de la Corporation de développement de l’Est (CDEST), un organisme voué à la revitalisation socio-économique de l’arrondissement, ce rêve un peu fou s’est rapidement concrétisé. La CDEST a référé Gabrielle au Soutien aux jeunes entrepreneurs (SAJE) Montréal Métropolitain, qui offre aux entrepreneurs éligibles une subvention leur permettant de construire leur plan d’affaire et de survivre à la première année – souvent mouvementée – d’activité de leur entreprise.

Cette aide considérable aurait été plus difficile à obtenir ailleurs que dans Hochelaga-Maisonneuve, où des mesures importantes ont été mises en branle pour stimuler l’économie locale, croit Gabrielle Moffett. «Si j’avais essayé d’ouvrir une boutique comme La Coccinelle jaune sur le Plateau Mont-Royal par exemple, ça n’aurait pas fonctionné. Mais ici, les ressources étaient disponibles et on m’a donné un bon coup de pouce.»

Une nouvelle vague sur Sainte-Catherine Est

Quatre ans plus tard, la commerçante en herbe a su se forger une clientèle fidèle et une réputation qui, fait rare dans le secteur, dépasse même les limites de l’arrondissement. Elle s’est aussi trouvé une colocataire: Isabelle Boisvert, dont la boutique de vêtements éco-responsables Folle Guenille partage désormais les locaux de la Coccinelle. L’entreprise va bien, mais Gabrielle Moffett est consciente qu’elle ne deviendra probablement pas millionnaire de cette façon. «Si quelqu’un se lance en affaires pour faire un coup d’argent, il va être déçu, C’est beaucoup d’heures de travail pour ce que ça rapporte, mais on a l’avantage d’avoir notre propre emploi. Et je le fais pour le plaisir.»

La jeune femme le fait aussi pour contribuer au développement de ce quartier qu’elle aime en évitant idéalement d’en faire un «nouveau Plateau» gentrifié, comme le prédisaient les médias montréalais il y a quelques années. «J’aime mon quartier tel qu’il est. En venant m’installer ici, je savais à quoi m’attendre, je savais qu’il y avait de la prostitution et de la pauvreté. Ces gens sont généralement agréables à côtoyer au quotidien, même s’ils ne dépensent pas nécessairement chez nous. On ramasse des canettes pour Marcel, Diane qui vient nous demander des services… »

Une solidarité semblable s’est aussi installée entre les jeunes commerçants qui ont pignon sur la rue Sainte-Catherine Est. La nouvelle génération se rencontre parfois autour d’une bière pour partager bons et mauvais coups, mais aussi pour parler stratégie. Il y a deux ans, cette concertation encouragée par la Société de développement commercial (SDC) de l’artère, a donné naissance au Grand Débarras. Si l’événement était plutôt modeste au départ, sa troisième édition a accueilli cet été de nombreux visiteurs attirés par les produits offerts par une cinquantaine d’artisans du coin.

Vaincre l’inertie

Les initiatives de Gabrielle Moffett et ses jeunes collègues se heurtent toutefois à la résistance de certains commerçants des générations précédentes, bien installés dans leurs habitudes et un peu aigris face au déclin économique récent du secteur. Sans parler de la collaboration des instances municipales qui est elle aussi bien loin d’être acquise. Des fleurs plantées par certains propriétaires de commerces dans les plates-bandes de la Ville ont ainsi été carrément rasées par l’arrondissement lors du nettoyage des fosses d’arbres. Un traitement semblable a été réservé aux plants de tomates et de fines herbes disséminés dans les bacs à fleurs de la promenade Ste-Catherine Est, sous prétexte que ces bacs appartiennent à l’arrondissement et non aux commerçants. «Ce sont des enfantillages, déplore la propriétaire de la Coccinelle Jaune. Après, on nous dit que le quartier n’est pas propre et peu accueillant. Mais on ne nous donne pas tellement le goût de nous investir.»

Les querelles de trottoir seront toutefois mises de côté au cours des prochains mois, alors que des travaux majeurs chambarderont la rue Sainte-Catherine Est. Gabrielle Moffett redoute un peu l’effet qu’a eu la réfection du boulevard St-Laurent sur les commerçants de la Main. Plusieurs ont dû fermer leurs portes en raison d’une baisse marquée de la clientèle, découragée par le chaos qui a régné sur l’artère commerciale pendant d’interminables mois. En attendant que le détail des travaux soit dévoilé, la commerçante met des sous de côté, «au cas où». Et elle rêve un peu, d’un Hochelaga-Maisonneuve embelli et dynamique où viendraient se promener par un beau dimanche après-midi les Montréalais des autres quartiers… et même du Plateau!

La Coccinelle Jaune est située au 4236 Ste-Catherine est. Une rue à l’est de PIE-IX.

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Jimmy Vigneux, la SDC Ste-Catherine Est et le parc Morgan

Jimmy Vigneux, la SDC Ste-Catherine Est et le parc Morgan

Reflet de mon quartier est un hebdomadaire consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais d’Hochelaga-Maisonneuve.

Une rue Morgan illuminée, menant à un parc invitant où des patineurs glissent au son d’une musique entraînante… La vision idéale du parc Morgan qu’ont les commerçants est bien loin de celle du terrain en friche qu’ont pu voir les citoyens pendant tout l’été. Nous poursuivons donc notre série de témoignages au sujet du parc Morgan avec celui du président de la Société de développement commercial (SDC) de la rue Sainte-Catherine Est, Jimmy Vigneux.

Propos recueillis par Ariane Aubin                          Dossier Parc Morgan

Ce que nous voudrions en tant que commerçants, c’est d’abord un beau parc où les gens auraient envie de s’asseoir. On nous dit qu’il n’y aura pas d’investissement pour le moment parce qu’il va y avoir des travaux sur Notre-Dame et c’est compréhensible, mais ça fait trente ans qu’il est supposé y avoir des travaux et cela n’empêche pas qu’on entretienne les lieux! Le chalet était couvert de graffitis au printemps et même si la Ville en était avertie, il a passé l’été dans cet état. Alors si on me dit que le parc Morgan n’est pas moins entretenu que les autres parcs, je ne suis pas d’accord. Il y a un petit parc juste derrière chez moi, par exemple, qui est en très bon état.

En ce qui concerne l’animation du parc, on fait ce qu’on peut selon notre budget. J’en parlais à M. Réal Ménard au dernier conseil d’arrondissement, et il m’a dit qu’il était possible que l’arrondissement travaille avec nous pour avoir une patinoire cet hiver si son parti était élu en novembre. Mais c’est bien beau d’avoir une patinoire, il faut aussi qu’elle soit bien installée, que les gens aient accès au chalet pour mettre leurs patins, qu’il y ait de la lumière dans le parc Morgan, que ça soit beau. Comme ce serait la période des Fêtes, il faudrait qu’il y ait des lumières de Noël, de la musique. Les gens se déplacent pour aller patiner dans le Vieux-Montréal, font 30 minutes de métro pour s’y rendre parce que l’ambiance est bonne. Pourquoi ne pourrait-on pas faire la même chose avec le parc Morgan? On va commencer un peu plus petit, mais il faut que les gens du quartier aient envie de sortir le soir pour venir patiner dans le parc Morgan.

Les commerçants n’auraient pas le budget pour payer la patinoire, mais contribuer à l’éclairage et à la musique serait tout à fait possible. Il faudrait par contre que ça ne soit pas juste pour un an, parce qu’il faut créer des habitudes et améliorer la qualité des installations. Par exemple, nous avons commencé à organiser l’événement le Grand débarras il y a trois ans et ça commence à avoir de l’allure, la structure est bonne, ça attire du monde. Mais la première année, il n’y a pas eu un chat. Si on installe une patinoire, ce sera sans doute la même chose. La première année, ça risque d’être couci-couça, mais dans trois ou quatre ans, nous serons installés et ça va bien aller. Le but de la SDC est d’attirer les gens non seulement au parc, mais aussi sur la rue pour qu’ils se promènent et magasinent. Plutôt que d’organiser des épluchettes de blés d’Inde où les gens viennent simplement manger, puis retournent chez eux, nous avons donc décidé de nous concentrer sur des projets comme celui de la patinoire ou le Grand débarras.

Une transformation extrême pour le parc Morgan

Tout ce qui a l’air abandonné repousse les gens. L’état du parc Morgan, les fosses d’arbres et la propreté des rues sont tous des détails qui accentuent le sentiment d’insécurité des passants. Amèneriez-vous votre petite fille de quatre ans dans un parc où il y a plein de graffitis, où les poubelles sont pleines et le gazon n’est pas tondu, vas-tu amener ta petite fille de quatre ans pour jouer là-dedans? Je ne pense pas que dans le quartier on ait d’importants problèmes de gangs de rue ou de criminalité. Oui, il y a de la prostitution et on la voit clairement, mais il y a surtout les tags, qui repoussent la clientèle. La raison pour laquelle les gens aiment aller magasiner sur Mont-Royal, c’est que oui il y a plein de boutiques, mais c’est aussi propre et beau. Quand tu passes devant le parc Morgan et que tu vois le gazon en friche et les tags, tu as plutôt l’impression d’être dans le Bronx.

Je pense qu’il y a un problème au niveau des travaux publics de l’arrondissement parce qu’ils ne fournissent pas, ils n’arrivent pas à assumer leurs responsabilités. Quand on leur en parle, ils distribuent les excuses à gauche et à droite, ils nous disent que cette année il y a eu beaucoup de pluie ou beaucoup de soleil, toujours des raisons pour nous expliquer qu’ils n’ont pas réussi à tondre le gazon. Il faut sans cesse achaler les élus avec des photos et des articles dans les journaux pour les forcer à agir.

Les rénovations du théâtre Denise-Pelletier devraient contribuer à embellir le coin, mais il faudrait que le parc soit aussi entretenu. S’il fait toujours aussi dur, on perd tout l’effet du théâtre. Le parc Morgan est très bien situé, en plein centre du boulevard Morgan. Dans le plan de développement de la rue Sainte-Catherine et de la rue Ontario que nous sommes en train de préparer, nous suggérons d’illuminer la rue Morgan et toute la promenade Ontario pour relier les deux promenades. Le parc serait alors le point d’arrivée de ce passage.

Au mieux, nous aimerions que le parc devienne un attrait touristique en soi. Nous sommes déjà en train de réfléchir à un concept qui irait avec l’orientation qu’on s’est donné pour la rue Ste-Catherine, de concert avec les commerçants de la rue Ontario. Nous avons en effet établi que nous aimerions développer le côté écologique, éco-responsable et bio du secteur et nous étudions la possibilité de transformer le parc en accord avec cette idée, mais c’est encore à l’état de projet. À Ville-Saint-Laurent, il y a une éolienne dans un parc. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose ici? D’autant plus qu’en ce moment, on parle de créer un Quartier de la vie juste à côté. Ça serait vraiment bien parce qu’actuellement, même quand il fait soleil et 30 degrés, il n’y a personne au parc. Pendant ce temps, sans trop nous comparer au Plateau, les parcs Laurier ou Lafontaine sont pleins de monde qui pique-niquent, jouent avec leur chien, font la sieste… Ce serait tout à fait possible au parc Morgan!

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Bien plus qu’une chicane de clôture

Une porte d’entrée sur Ste-Catherine Est

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