Introverti et fier de l’être

Hommage à l’introversion

Colin McGregor  prison de Cowansville            Dossier Prison

La nuit s’étend sur la cour de la prison. Le lampadaire haut de 100 pieds (30 mètres) jette une lueur orangée sur le pavage où je marche. Un détenu de longue durée émerge de l’ombre – grand, squelettique, au visage plein de cratères et ombragé comme un masque. Il vient vers moi et me tire par la manche.

«Merde», soupire-t-il. «As-tu entendu parler de ce qu’ils vont faire, maintenant?» Puis, en un staccato rapide, il répète les nouvelles à propos de la plus récente loi du gouvernement. Je n’entends pas ce qu’il me dit. Ma pensée s’embrume et se ferme aux mauvaises nouvelles.

«C’est terrible», dis-je en hochant la tête, «mais je dois y aller.»

Il me crie ces paroles, alors que je retourne à ma cellule: «Es-tu vraiment branché sur ce qui se passe?»

Je me retourne et lui crie à mon tour: «Non, pas vraiment. Passe une bonne soirée!»

Je suis un introverti. Un anxieux. J’ai lutté toute ma vie contre cette condition. Je lis, j’écris, j’évite les nouvelles à la télé. Surtout en ce moment. À l’école, j’étais celui que les durs enfermaient dans un casier pour s’amuser. À l’université, par contre, les intellos régnaient. À travers nos épaisses lunettes, nous voyions des gens comme nous et nous relaxions. Maintenant, je suis en prison. C’est comme si j’étais revenu au secondaire.

Mon programme en 12 points m’offre une prière réconfortante: «Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter ce que je ne peux pas changer, le courage de changer ce qui peut l’être et la sagesse de discerner l’un de l’autre.» Reconnais les choses que tu ne peux pas contrôler dans ta vie, et arrête de t’en faire avec elles. En prison, à peu près tout se retrouve dans la catégorie de ce qui échappe à notre contrôle. Et pourtant, je demeure un introverti prudent. Je lis dans ma cellule, alors que les gens dans la cour bavardent à propos de sports, de gardiens et de politique.

L’Évangile de Matthieu était au programme d’une soirée d’étude biblique à la chapelle. Dans Matthieu, chapitre 6, verset 27, Jésus dit, selon notre traduction: «Ce n’est pas en vous faisant du souci que vous pouvez ajouter un seul jour à votre vie!» Tout le cercle des participants acquiesce. «Pourtant, je m’inquiète encore», nous dit le prêtre. «Je sais que c’est inutile, mais je ne peux m’en empêcher.» Même les prêtres ne peuvent s’empêcher de désobéir à Jésus sur ce point.

Dans son livre à succès «Quiet» (The Power of Introverts: La force des introvertis), traduit en 30 langues, Susan Cain écrit à propos de sa propre introversion. Elle nous présente Jerome Kagan, un psychologue de 82 ans, qui a passé sa vie à étudier l’introversion. Dans son laboratoire de Harvard, Kagan a établi ceci: les personnes introverties sont plus sensibles. L’amygdale est une partie de notre cerveau (ne pas confondre avec l’amygdale de la gorge) qui s’est développée bien avant notre capacité de penser. C’est un noyau primitif que nous partageons avec les lézards et les souris. L’amygdale d’un enfant timide, observée sur un scanneur, clignote plus furieusement lorsque l’enfant est exposé à de nouveaux visages, de nouveaux lieux et de nouvelles sensations. En grandissant, cet enfant deviendra un adulte sensible, intelligent et introverti. Les recherches de Kagan montrent que les introvertis ressentent les choses plus fortement, qu’ils sont plus impressionnables et qu’ils pensent de manière plus profonde. On naît introverti, on ne le devient pas.

Susan Cain se plaint que les introvertis sont sous-estimés dans notre société. Les gens tranquilles réussissent bien dans les tâches qui demandent de la concentration : les arts, la mécanique, la résolution d’énigmes, l’écriture. Nous, les introvertis, sommes mis de côté par ceux qui parlent plus fort et qui prennent les commandes. On donne l’huile à la roue qui grince.

À chacun sa nature. Introvertis ou extravertis, artistes ou vendeurs. Nous avons besoin l’un de l’autre. Si personne ne se fait de souci, si le monde est dominé par l’intrépidité et l’optimisme, si personne ne s’adonne aux tâches qui ne peuvent être accomplies que dans le silence et la tranquillité… nos banques tombent, notre environnement devient poussière, nos trains déraillent et explosent. Comme l’écrit l’auteur néerlandais Frederick van Eeden: «le soleil accepte bien de passer par les petites fenêtres.»

Dans l’intimité de ma cellule, étendu sur mon lit de camp, je ferme le livre Quiet et le Nouveau Testament, j’éteins ma lampe de chevet et je m’endors. Pour un temps, je ne me soucie plus de mes soucis.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

love-in-3dLove in 3D.

Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

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Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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La fin d’une incarcération!

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

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Retour à la vie « normale »

Suis-je vraiment libre?

Jean-Pierre Bellemare      Dossier Prison

LIBERATION prisonnier pénitencier prison système carcéralCela ne fait pas encore un an que je suis totalement libre et pourtant je me considère comme extrêmement privilégié par la vie. Est-ce le fait d’avoir été privé de tout pendant autant de temps, qui me permet de m’émerveiller plus facilement?

Je redécouvre la société québécoise avec un regard meurtri de souvenirs carcéraux. Vingt-six ans de pénitencier! Ce fut long, très long, immensément long, incommensurablement long pour une personne.

Libération conditionnelle

J’ai eu à quêter à plusieurs reprises une libération conditionnelle. Lorsque je me suis retrouvé devant ces individus, une question massue vint fracasser mon assurance. Pas ce que j’avais changé. Pas comment je règlerais mes problèmes à l’avenir. Pas mon abstinence aux drogues ou à l’alcool. Même pas de questions reliées aux programmes suivis. Non. Quelle place prenait la spiritualité dans mon incarcération après plus de vingt ans passés derrière les barreaux?

Des larmes lourdes et beaucoup trop précieuses pour être exposées s’exhibèrent alors dans toute leur splendeur. Des sanglots, que je ne me connaissais pas, apportaient malgré moi une touche de sensiblerie que j’avais réservées aux miens, à ceux qui comptent dans ma vie. À ce moment-là, je réalisais tout ce qu’il m’avait fallu pour traverser tant de fourberie, d’hypocrisie et de violence.

Les bénévoles de la prison

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleSans l’aide de ceux qui viennent en prison pour transmettre leur amour de Dieu, j’aurais coulé au fond du lac, comme un vulgaire caillou qu’on pousse du pied lorsqu’on s’ennuie. Ce Dieu qu’on m’a offert par dévotion avait la saveur d’un chocolat chaud savouré durant la tempête.

Tout cela est maintenant derrière moi, malgré que survienne parfois de petites crises d’angoisse. Pour pallier, je fréquente la messe à tous les dimanches, accompagné par des bénévoles anglophones que j’ai rencontrés à la prison de Cowansville. Ils se montrent toujours aussi soucieux de ma personne, de mon rétablissement, et leurs yeux pleins de Dieu pansent encore des plaies qui guérissent plus lentement. Voilà Dieu dans sa plus belle expression: des hommes et des femmes qui au lieu de prêcher donnent, visitent, écoutent et aiment avec une bienveillance sans borne.

Soutien et sécurité

Peace_dove paix journée internationaleCes gens représentent un environnement sécurisant, accueillant et spirituellement apaisant. Ils ont joué un rôle très important dans ma réinsertion. Des croyants qui, malgré plusieurs déceptions, persistent à croire. Moi qui n’ai pas le pardon facile, j’en prends pour mon rhume avec eux. Ils sont de véritables exemples de dévotion qui en jetteraient plus d’un par terre. S’ils savaient tout le bien qu’ils accomplissent!

Ces personnes contribuent significativement aux rétablissements de brebis égarées. Ils ont choisi de consacrer une partie de leur vie à ramener sur le droit chemin ceux qui avaient perdu la foi. Pourtant, par leur dévotion désintéressée, ils accomplissent de petits miracles qui méritent sérieusement notre attention. Et je crois fermement faire partie de leur réussite.

Spiritualité et prison

En me comparant à ceux qui ont passé par les mêmes ruelles (cellules) que moi, je sais que je devrais normalement être en train de m’injecter une dose d’héroïne, histoire de rendre supportable une souffrance galopante. Ou pire encore, penser à tuer quelqu’un parce qu’il a osé me manquer de respect. Voilà à quoi ressemblent ceux que j’ai côtoyés, mais qui ont rarement fréquenté la chapelle.

Pour la majorité des prisonniers, la chapelle n’est pratiquement jamais considérée comme un investissement positif ou constructif. Ils évitent d’aller y perdre leur temps.

Un nouveau travail

J’ai maintenant un travail stable, l’entretien d’un énorme édifice résidentiel et commercial. Étrangement, je me suis familiarisé très rapidement avec cette population de 600 personnes. Des caméras partout ainsi que des portes à n’en plus finir: cela ressemble à bien des points de vue au pénitencier Leclerc, mais en plus luxueux.

Il est vrai que dans le cas présent, c’est moi qui porte les clés, ce qui procure une impression un peu grisante. La perte de trois précédents emplois, malgré des efforts soutenus ainsi que des sacrifices consentis, m’a demandé beaucoup d’énergie, au point de remettre en question ma détermination.

Puis après réflexion, je crois que ces mises à pied m’ont simplement préparé à mon emploi actuel. J’avoue que ces pertes d’emplois pour des motifs nébuleux (identification d’un casier judiciaire) m’ont sérieusement découragé. Je reste un homme fragile avec des limites peut-être pas aussi élastiques que les experts de la criminologie prétendent.

Le commandant Piché

Notre fameux héros national, le commandant Piché, qui s’investit à faciliter l’embauche d’ex-prisonniers, sait à quel point il peut-être difficile de se trouver un emploi avec un lourd passé judiciaire. J’en profite pour lever mon chapeau à cet homme qui a su s’élever au rang de gentleman en poursuivant une croisade digne d’un chevalier. Choisir une cause aussi louable et d’aussi mauvaise presse nécessite une audace hors du commun.

Beaucoup de choses m’échappent depuis mon retour dans ce monde libre. Tout cela pour vous dire que je suis véritablement choyé par ces gens qui m’entourent. J’y vois le visage de Dieu qu’on blasphème constamment. Ma spiritualité a transformé le poison que j’étais en une sorte de vaccin.

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Renoncer à son innoncence pour être libre!

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Incohérence du système carcéral

Quand la Justice nous demande de mentir

Suite à une condamnation à vie pour meurtre, deux détenus (appelons-les Pierre et Paul) qui croyaient dur comme fer en la justice sont tombés des nues lorsqu’ils ont entendu le verdict de culpabilité à leur endroit.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison

prisons-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleComme tous les autres prisonniers, ils devront passer par une gare de triage appelée communément le Centre régional de réception. Ce pénitencier est conçu spécialement pour étudier et tenter de comprendre le mode de fonctionnement des nouveaux arrivants. L’administration tente de départager les différents types de criminels en leur faisant passer une batterie de tests.

Profil du prisonnier

Ainsi, elle arrive à déterminer un profil individuel. Avec les problématiques identifiées, elle trace un plan de redressement: quels programmes, suivi psychologique ou étude devront être complétés avant qu’il puisse accéder à une forme ou une autre de libération.

Mais avant tout ça, tous les condamnés sans exception doivent reconnaître inconditionnellement leur culpabilité pour toutes les accusations auxquelles ils furent condamnés autrement, ils auront de l’embrouille au menu pendant un sacré bout de temps.

Lorsque vous avez compris le principe et accepté de vous conformer aux règles, vous pourrez alors purger votre peine sans être brimé. Les détenus sont périodiquement rencontrés et peuvent demander une amélioration de leur condition de détention s’ils ont respecté les objectifs attribués. Les détenus qui trempent dans une magouille subissent un prolongement de leur durée d’emprisonnement. C’est le principal moyen utilisé pour contrôler et contraindre la population carcérale à suivre les règles.

Honnête en prison ou menteur en liberté?

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleDans les deux cas dont il est question, le seul reproche que nous puissions faire à Pierre ou Paul est, pour l’un, une honnêteté irréprochable (ce qui n’est pas vraiment une qualité en prison) et pour le second, la conception artisanale de repas longuement cuisiné avec un minimum de moyens à sa disposition. Ce qui dénote une débrouillardise hors du commun. Il n’y a absolument rien de reprochable chez ces deux individus ultra-conformistes qui pourrait justifier un traitement aussi différent des autres.

J’ai vu des motards féroces, des pimps (proxénètes) violents et des trafiquants, loin d’être revenu sur la bonne voix, qui pourtant furent condamnés après eux et libérés avant eux, alors qu’ils représentaient de véritables menaces pour la sécurité publique.

Pour éclaircir le mystère, j’ai fait plus ample connaissance avec ces messieurs. Ils possédaient sûrement une explication, une raison qui aurait expliqué le pourquoi d’un traitement aussi particulier à leur endroit.

Une fondation pour aider les prisonniers injustement condamnés

J’ai  examiné l’historique de ces deux cas particuliers. Après avoir consulté une documentation officielle qui jouait en leur faveur, des soupçons commençaient à prendre forme. Ces deux quinquagénaires furent acceptés, après un examen approfondi de leur cas, par une fondation reconnue qui regroupe ceux qui furent injustement condamnés.

La fondation AIDWYC (Association in Defence of the Wrongly Convicted, Toronto; Association pour la défense des personnes injustement condamnées), créée en 1993, est un regroupement d’avocats et de bénévoles qui défendent des condamnés.

Avant d’être représenté par eux, il faut de sérieux éléments qui prouvent que des choses furent dissimulées, modifiées ou fabriquées avant ou durant le procès et qui auraient conduit à une condamnation injuste. Des condamnés, incapables de présenter une défense viable, car au-dessus de leurs moyens, font aussi partie de leur clientèle. Cette fondation cherche à réparer ces injustices en prenant la défense uniquement de cas où les condamnés ont des éléments de preuves vérifiables par un tribunal non arbitraire, le Comité de révision des condamnations criminelles (CRCC), avant de faire appel pour une révision judiciaire. Des cas très connus, médiatisés partout au Canada, ont prouvé le sérieux de cette association. Roméo Phillion (*) condamné en 1972 et acquitté 32 ans plus tard, Steven Truscott condamné en 1959 et acquitté en 2007, Robert Baltovick, James Driskell, Anthony Hanemaayer, etc.

Ces deux hommes ne boivent pas, ne fument pas, ne magouillent pas et ne se chamaillent jamais. La seule chose qui les distingue des autres condamnés, c’est qu’ils font appel à leur jugement. Voilà ce qui pourrait expliquer pourquoi ils sont traités aussi arbitrairement. Malgré des habitudes de vie dignes de moines, ils demeurent traités plus sévèrement que des multirécidivistes. Pourquoi des hommes aussi effacés, paisibles et conformistes doivent-ils subir une approche aussi punitive?

Reconnaître sa culpabilité

Rien  n’a progressé dans leur cas. Leurs dossiers demeurent positionnés au même endroit après 14 ans de prison! Plusieurs détenus, avec des condamnations identiques mais ayant plaidé coupables, furent libérés ou coulent doucement leur peine dans des pénitenciers à sécurité moindre.

Les prisonniers doivent obligatoirement reconnaître leur culpabilité, sinon ils sont tablettés ou envoyés aux oubliettes. Un comportement positif et exemplaire n’y changera rien. Pas tout à fait équitable comme traitement, pour des hommes sans antécédent judiciaire!

L’explication habituellement avancée par les agents de libérations conditionnelles à ceux qui demandent des comptes est: «Une personne qui ne reconnaît pas sa culpabilité ne peut pas être réhabilitée!»

Les prisonniers qui font appel subissent une seconde injustice en n’ayant pas accès à un traitement équitable durant leur détention. Qu’est-ce qui pourrait bien inciter les fonctionnaires à agir aussi cavalièrement?

Faire appel au jugement

Dans les cas d’appel, il peut s’écouler des années, sinon des décennies, avant qu’une demande ne soit entendue par un tribunal. Est-ce une stratégie pour décourager les détenus de faire respecter leurs droits? Une menace à peine voilée? Allez en appel et vous vous morfondrez très longtemps en prison sans accès aux possibilités de libération ou d’allégement de peine qui s’offrent à ceux qui ont plaidé coupables sans faire appel. Plus que cela, ceux qui osent remettre en question la validité d’un jugement seront catalogués comme des récalcitrants, des contestataires.

Le gouvernement doit débourser de gros montants pour dédommager les victimes d’erreurs judiciaires. Il gagne à durcir le ton. Les délais aussi longs que coûteux pour obtenir une révision de condamnation en découragent plusieurs. Parlez-en à Claude Robinson dans l’affaire Cinar.

Au pénitencier, des innocents préfèrent plaider coupables pour sortir le plus rapidement possible. Et ce, en perdant tout recours possible en dédommagement. Le temps passé derrière les barreaux est beaucoup trop précieux pour être compensé par un montant quelconque ou de plates excuses. Il est irrécupérable.

Nous sommes impressionnés par des cas spectaculaires de prisonniers qui ont clamé leur innocence haut et fort durant des décennies, et ont fini par obtenir gain de cause devant les tribunaux. Cependant, ils ne sont pas représentatifs de la majorité qui, découragés, épuisés, écoeurés et désillusionnés préfèrent mentir sur leur culpabilité plutôt que d’attendre indéfiniment que l’appareil judiciaire leur donne raison.

Combien se sont découragés et ont fini par se suicider, parce qu’ils se sentaient incapables de compléter une condamnation. Combien ont sombré dans l’alcool, la drogue ou la médication par désillusion? Ils se savent innocents mais incapables d’obtenir justice. Nous avons tous des limites. Ceux qui conçoivent les règles et les lois le savent aussi très bien. Les utilisent-ils contre nous de manière honteuse?

On dit que le temps nous donne toujours raison! Mais la raison ne résiste pas toujours au temps.

* Roméo Phillion, injustement condamné pour meurtre, a déjà déclaré que «les libérations conditionnelles sont réservées aux coupables». On peut trouver un reportage à son sujet réalisé par Radio-Canada.

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Le don des pauvres

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Comment chercher de l’aide pour soi?

La peur de la pauvreté

Il y a déjà plusieurs années alors que j’étais détenu au pénitencier du Centre fédéral de formation à l’Institut Leclerc, j’ai collaboré avec Marie-Lise Nobert, une des fondatrices de la soupe populaire St-Maxime.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Bénévolat

don soi bénévolat prison pauvreté chercher aideCette expérience a été extrêmement valorisante. Elle m’a permis de me reprendre en main. Ceux qui y ont participé, à un moment ou un autre, en ont aussi retiré une bonne leçon. Ce fut si enrichissant sur le plan personnel qu’une sérieuse réflexion a monté en moi: pourquoi n’avais-je pas su, comme eux, chercher de l’aide? Pourquoi m’étais-je enfoncé aussi profondément dans la dèche?

J’ai découvert que la plupart des détenus comme moi avaient une peur viscérale de la pauvreté. La plupart d’entre nous préfèrent attaquer un dépanneur, une banque et même un étranger, plutôt que de se rabaisser à demander la charité. Pourquoi autant de mépris? La peur d’admettre mon échec, mon besoin des autres, ma propre incompétence à réussir? J’ai eu honte.

Préjugés et démunis

Étonnamment, ma sévérité pour les plus démunis me condamnait à repousser sans cesse mes propres défaillances, ma propre vulnérabilité. En tant que criminel, être pauvre me semblait plus lourd à porter qu’être tueur, voleur ou même fraudeur. J’ai réalisé à quel point mes valeurs étaient fuckées.

Certaines publicités ont réussi à me convaincre que je ne valais rien, que j’étais condamné au désespoir si je n’avais pas cette dernière paire de jeans griffés ou cette voiture. Que les belles femmes ne s’intéressent qu’aux hommes fortunés. Que seule la réussite économique compte. Cette expérience à la soupe populaire, au service des plus pauvres, est venue fracasser plusieurs de mes préjugés.

Bénévolat auprès des démunis

Un beau matin, cinq détenus triés sur le volet, ceux qui n’avaient rien à gagner à s’évader ou à déconner, prennent place avec moi à l’intérieur d’une petite fourgonnette. Escortés par deux gardiens en civil, nous nous dirigeons vers cette soupe qui se situe au sous-sol d’une église, comme la plupart des soupes populaires, je présume. À notre arrivée sur place, la présidente, accompagnée d’une petite armée de bénévoles, nous accueille avec une chaleur séduisante. Eh oui, des bagnards endurcis ont besoin de réconfort.

Après une brève présentation sur le déroulement de la journée, on se répartit les tâches et responsabilités: placer les tables et les chaises, décharger les camionnettes remplies de denrées, en faire le tri… Juste avant d’ouvrir les portes, nous prenons quelques minutes pour s’asseoir ensemble afin de se connaître un peu mieux.

La majorité des bénévoles étaient des personnes du troisième âge qui dégagent une bonté, une serviabilité qui, personnellement, me dépassent. Incarcéré depuis plusieurs années pour des crimes graves, j’ai peu d’estime de moi, même si je feins le contraire. Aider mon prochain, un étranger de surcroît, est une approche qu’on ne m’a jamais enseignée. Je découvre un nouvel univers qui se révèle être un moyen de guérison.

La métamorphose

À l’entrée, je constate que rien ne peut vraiment distinguer les bénéficiaires de la soupe populaire des gens qui attendent à l’arrêt d’autobus. Des familles entières, parents et enfants, prennent place. Pour la première fois de ma vie, des regards remplis de considération se posent sur moi. Des gens me considèrent avec gratitude, des enfants m’admirent. Une transformation s’effectue en moi. J’observe les autres détenus qui se métamorphosent. Les gardiens ressemblent à s’y méprendre à des hommes.

En moins d’une demi-heure, j’en apprends plus sur moi que pendant mes dix dernières années de détention. Cette soupe populaire m’offre une occasion de me sentir enfin bien avec moi-même. Ma dignité refait surface d’un passé si trouble que je l’avais complètement oubliée. Le reste de la journée est une suite d’émerveillements.

Je joue avec des enfants, fais connaissance avec des pères et des mères qui apprécient mon travail. Cette expérience vient décrasser un paquet de préjugés qui obscurcissaient ma vue depuis trop longtemps.

À plusieurs reprises, j’observe les autres détenus pour savoir s’ils ressentent la même chose. C’est difficile de lire en eux, mais leurs yeux pétillants et leurs sourires incontrôlables ne mentent pas. Ils relèvent du bonheur. Eux aussi apprécient cette expérience, les plus vieux plus particulièrement. Un peu craintif, je veille à ce que rien ne dérape. Nous sommes des détenus. Nous portons en nous un lourd bagage de criminalité. Étant le principal instigateur de cette activité, je veux que tout se passe bien. Ce souhait est exaucé.

Le succès d’une expérience

Cette expérience a été renouvelée durant de nombreuses années. Ç’a été un tel succès qu’un second pénitencier, celui de Laval, se greffe au projet. J’en retire une grande satisfaction. J’ai découvert des choses en moi qui m’ont permis de grandir, de reprendre ma croissance là où je l’avais laissé.

Les humains que j’ai connus, fréquentés et côtoyés durant ce projet ont laissé une profonde empreinte d’amour dans ma vie. Je leur en suis reconnaissant. J’en profite pour saluer tous ceux qui se donnent pour les plus démunis. Vous possédez une beauté intérieure qui transparaît à travers vos yeux, vos gestes et votre toucher.

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Sécurité d’emploi pour un prisonnier

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Présentation en français de LOVE in 3D

Prisonnier et système carcéral

Colin McGregor, prison Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleUn long champ, recouvert de gazon brun, s’étend entre la manufacture de la prison et la cellule où j’habite. Pendant des années, ce terrain était abandonné. Récemment, il a repris vie. C’est en revenant de mon quart de travail, un avant-midi, que je l’ai remarqué. Il y avait de nombreux camions bennes remplis de sable, des ouvriers pelletaient, creusant d’énormes trous. Je pouvais voir la terre noire empilée comme des pyramides qui pointaient vers le ciel.

Aux abords du site, des ingénieurs rassemblés en cercle échangeaient amicalement, les yeux rivés sur les camions. En regardant les ouvriers travailler, une femme s’est mise à sourire. Tous étaient à la fois décontractés et concentrés sur leur travail. Personne sur le chantier ne semblait craindre la présence de prisonniers dans leur dos.

Une résidente des environs m’a écrit une lettre à laquelle je pensais en me rendant à la cafétéria. Elle me racontait les problèmes économiques que vivait sa région, autrefois envahie de consommateurs. Ils provenaient des États-Unis, à quelques kilomètres de là, motivés par l’avantage de leur dollar et la facilité à passer les douanes. Ils arrivaient aussi des quartiers fortunés de Montréal, attirés par l’aspect bucolique des lieux. À l’époque, magasiner à Knowlton était une sortie prisée par les familles d’Outremont ou de Baie- D’Urfé. Plus maintenant.

Le dollar canadien est élevé. Les États-Unis sont en récession. Traverser la frontière est plus compliqué. Avec l’Internet, les gens peuvent acheter tout ce qu’ils désirent sans sortir. Depuis des années, la foule anglophone de Montréal, mon ancien monde, ne vient plus visiter la région. Les entreprises de la région de Granby et des environs ferment.

De retour à la prison

J’ai délaissé la lettre pour aller dîner. Il se faisait tard. Arrivé à la cafétéria, il ne restait plus de salade. J’ai dû me contenter d’un ragoût de fèves et d’une orange. De la bonne nourriture pour un système digestif de 50 ans! Les hommes avec qui je mange tous les jours, du même âge que moi, étaient toujours à la table. Une cafétéria de prison, c’est très territorial. Nous avons pris possession d’une petite table ronde, située dans un coin.

prisons-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleEn les regardant, je me suis mis à sourire. Tous les jours, ces deux francophones de Montréal se moquent de mon écriture et de mon accent quand je parle français. Je leur réponds alors qu’ils sont jaloux parce que je regarde TV5 et que j’essaie d’imiter mes héros de l’émission Des chiffres et des lettres. Ils me disent que je suis une tête carrée délirante. Je me plains d’être pris avec mes deux gros caves. On s’amuse en mangeant.

En quittant la cafétéria, quelqu’un me demande «quand est-ce que le gouvernement va nous habiller en tenues orange?». Pour le moment, nous portons des jeans et des t-shirts blancs ou bleus. En haussant les épaules, je lui réponds ne rien en savoir et espère que ce ne soit pas pour bientôt.

Derrière la prison, les camions s’activent toujours, dans le champ. Ils ont commencé avant l’aube et creusent bien après le coucher du soleil. Dans mon aile, de nouveaux prisonniers ont été placés dans des cellules doubles. Ils sont jeunes, de style hip-hop, avec des casquettes de baseball qu’ils portent sur le côté. Ils ont des jeans larges portés bas. Ils parlent trop fort et sont plein d’enthousiasme. La prison est excitante pour eux, comme s’il s’agissait d’une aventure. Mais, très tôt, ils vont comprendre que leur énergie n’a pas d’endroit où se dépenser, que la prison n’est pas une vidéo de rap.

Je ferme la porte de ma cellule et j’allume ma petite télévision. Aux nouvelles, on annonce une autre fermeture d’usine, dans la région. Hommes et femmes sont atterrés. Certains travaillaient depuis 20–30 ans pour la compagnie. Ils ne comprennent pas. Mais la fermeture n’est qu’une petite nouvelle dans le bulletin. On passe rapidement à la politique.

Une cloche sonne. Le son est plaisant, harmonieux. La porte de ma cellule s’ouvre. C’est l’heure d’aller travailler. Je purge une sentence à vie. Je ne serai pas congédié de ma peine. J’ai la pleine sécurité d’emploi.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

love-in-3dLove in 3D.

Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

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Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Ségrégation contre le Hiphop, une autre forme de violence de la police de Montréal

Par peur des gangs de rue, profilage musical

La police de Montréal s’oppose aux soirées Hiphop

La Régie des alcools, des courses et des jeux donne une permis au bar Le Pionnier sous condition de ne pas présenter de spectacles Hiphop.

Raymond Viger Dossiers Break-dance, Hip-hop, Gangs de rue

police-ville-montreal-policier-gang-de-rue-profilage-racial-profilage-musicalHiphop et gang de rue. Deux mots que je n’aime pas mettre dans la même phrase. Le Journal de Montréal de vendredi dernier, sous la plus d’Éric Thibault, nous mentionne que le bar Le Pionnier du boulevard Lakeshore a voulu tenir une soirée Hiphop. La police de Montréal est intervenue auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux pour s’opposer craignant qu’une soirée Hiphop serve de rassemblement à des gangs de rue.

C’est vrai qu’il y a des membres de gangs de rue qui écoutent du rap ou qui font parti de la culture Hiphop. Mais il y a aussi des criminels qui aiment le classique. Même qu’un membre en règle des Hells Angels faisait parti d’un orchestre symphonique à Québec. Est-ce une raison pour qu’on empêche les orchestres symphoniques de jouer?

Après le profilage racial, sommes-nous rendu au profilage musical?

hip-hop-chretien-spiritualite-spirituel-rap-musicCette nouvelle a été publié la journée même où nous présentions notre 4e spectacle Hiphop de breakdance, graffiti et rap. Plus de 70 jeunes artistes étaient sur scène pour s’exprimer, dans la joie, le bonheur et le calme. J’aurais bien aimé voir ça qu’un service de police tente de m’empêcher de présenter ce spectacle Hiphop, sous prétexte que la police a peur des gangs de rue.

Si d’être un producteur d’évènements hiphop est criminel. Si d’avoir créé un lieu de rassemblement Hiphop qu’on appelle le Café Graffiti est considéré comme un repère pour gangs de rue. Si d’écouter du Hiphop devient un indice de criminalité. Eh bien! Arrêtez-moi sur le champ!

Si vous acceptez cette nébuleuse théorie du service de police du service de Montréal, je suis fort possiblement le plus grand criminel que cette terre ait porté. Parce que non seulement je fréquente la culture Hiphop, mais je leur donne des moyens pour s’exprimer et prendre de l’ampleur.

P.S. Si vous voulez m’arrêter, je n’ai qu’une requête. J’aimerais pouvoir être placé à la prison de Cowansville. Question d’être plus près de mes chroniqueurs Jean-Pierre Bellemare et Colin McGregor. Sinon, l’institut Leclerc pour y rejoindre Bob Joncas et les autres que j’ai rencontré en y faisant mes soirées de bénévolat.

Autres textes sur Gang de rue

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

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poster affiche flyer carte anniversaire cartes souhaits voeux affichage impression t-shirtUne boutique virtuelle toute en couleur pour des produits artistiques originaux. Une façon originale de soutenir de jeunes artistes dans leur cheminement artistique.

Que ce soit pour une carte anniversaire ou un T-Shirt personnalisé, un CD de musique ou un livre, la boutique des Éditions TNT mérite de faire un détour.

Merci d’encourager les artistes et le Café-Graffiti. www.editionstnt.com (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. cafegraffiti@cafegraffiti.net

Mon pire crime pour lequel je n’ai jamais été puni

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Présentation en français de LOVE in 3D

Chronique du prisonnier

Les racines de la criminalité

Je suis réveillé au milieu de la nuit à cause d’un horrible cauchemar. Ébranlé et tendu, je me mets à écrire ce mauvais rêve en souhaitant qu’au matin je pourrai y mettre un peu d’ordre. J’ai la certitude que je trouverai une explication qui m’éclaircirait.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

chaton chats félins félidésLa veille, en écoutant un documentaire, je découvre l’évolution de certaines espèces marines qui se transforment en espèces terrestres. Des scientifiques, grâce à l’étude de la morphologie, peuvent expliquer comment la nature a changé un poisson en un animal.

Un des rares exemples encore vivant de cette évolution est le coelacanthe. Un poisson à l’allure préhistorique. Là où ses nageoires apparaissent on peut distinguer en arrière-plan des futures pattes, essentielles pour l’adaptation à la vie terrestre. C’est alors qu’une réflexion me traverse l’esprit. Où et quand aurais-je bifurqué du droit chemin? Comment me suis-je transformé en criminel? J’étends ma fameuse question sur une couverture de papier «LES SOURCES DU CRIME». Puis, je tente de m’enfiler une nuit de repos, qui s’avèrera un véritable cauchemar.

Dans mon rêve, je me retrouve au «super-max» (prison à très haute sécurité) entouré de 3 autres criminels à l’intérieur d’une petite cour. Histoire de tuer toute envie aux plus téméraires de prendre la poudre d’escampette, cette cour est entourée d’immenses murs de béton recouverts d’une couronne de barbelés tranchants. Nous étions considérés comme les criminels les plus dangereux.

Alors que je marche en solitaire, les gémissements d’une chatte captent mon attention. J’aperçois un de mes codétenus maintenir d’une main une petite chatte et de l’autre, lui enfoncer des carottes dans l’arrière-train. Celle-ci hurle de douleur suppliant de ses yeux terrorisés qu’on lui porte secours.

Personne n’ose intervenir. L’indifférence totale. Pour ceux qui désirent survivre dans cet environnement barbare, c’est une carte essentielle à maîtriser. Un simple commentaire pour mettre fin à cette torture pourrait faire renverser la rage du tortionnaire sur le fautif. Qui voudrait risquer sa vie pour sauver celle d’une chatte? Dans cet enfer, toutes les formes de gentillesse, de sollicitude sont plutôt considérées comme de la faiblesse qu’on tente d’éliminer à la première occasion. Elle nous rappelle peut-être notre propre sensibilité que nous tentons d’étouffer quotidiennement avec toutes les drogues disponibles.

Je m’approche discrètement. Je découvre que la chatte donne naissance à une portée de minous adorables. Évidemment, tous dans une condition de santé précaire. Mon incapacité à les sauver et les protéger me gruge de l’intérieur en me rendant complètement fou. Je ne fais rien. L’instinct de survie domine mon cœur. Je me sens déchiré de toutes parts et impuissant. C’est à ce moment que je me réveille tout en sueur.

Révélation

prisonnier prison crime criminalité tole bagne pénitencier tolard bagnard systeme carceralJ’avais lu qu’on pouvait trouver une réponse à une question difficile en écrivant sur un papier la question avant de s’endormir pour qu’au matin la réponse vienne spontanément. Sans même l’avoir planifié, j’avais mis en place une technique pour trouver une solution. Un problème vieux d’une trentaine d’années où se cachait un souvenir enfoui dans les abîmes d’un passé si douloureux que je l’avais littéralement effacé de ma mémoire.

Grâce à cet horrible cauchemar, je revisite une période significative de mon enfance avec suffisamment de distance pour y voir enfin clair. Ces images provenaient, en bonne partie, d’une époque bouleversante de ma vie où mes parents divorçaient. Ma mère eut l’ingénieuse idée de faire appel à nos professeurs pour nous héberger temporairement. Mes sœurs et mon frère furent tous recueillis par leur professeur respectif. Je ne sais pas comment ma mère a réussi l’exploit. Je lui lève mon chapeau.

Je me suis retrouvé dans une magnifique maison à Delson. Dès mon premier jour, je me souviens très bien de m’être fait épouiller (retiré les poux!). Un peu gêné, je me laissais faire. Jacqueline, la mère de cette famille, semblait bien au-dessus de ses vermines parasitaires. Rapidement, je me suis senti comme un membre à part entière de cette famille.

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-pen-tole-bagnard-crime-criminaliteRien ne manquait: piano au salon, deux voitures, bibliothèque de rêve avec une collection de bandes dessinées que même l’école ne possédait pas. J’explorais ce nouvel univers magique. J’aidais le paternel à faire la vaisselle tandis que Marie-Claude, l’unique fille de Jacqueline, pratiquait son violon. Un environnement idéal à tous points de vue pour le développement d’un enfant.

Prenant conscience de ma chance d’être là, je faisais tout pour plaire, pour me faire aimer. Je croyais innocemment que l’amour devait se mériter comme le salaire d’un ouvrier sur une chaîne de montage. L’amour inconditionnel m’était inconnu et ne m’est jamais apparu comme quelque chose de réaliste, même aujourd’hui. Malgré tout, mon futur semblait prendre une tout autre tournure… C’est là qu’une partie de ma vie allait se jouer. Me sentant totalement en sécurité, j’exposais toute ma candeur d’enfant tel un trésor inépuisable, inébranlable. Jusqu’au jour où la réalité vînt fracasser cette naïveté avec une violence restée insurpassée jusqu’à ce jour.

Racines de la criminalité
chat pont chaton félin félidé

La véritable maîtresse de la maison était une belle chatte angora qu’on couvrait de caresses et de bisous. Elle est enceinte, ce qui explique toute cette attention à son endroit. Par un beau matin, la petite princesse donne naissance à une magnifique portée de chatons. Marie-Claude et moi étions aux anges. Existe-il quelque chose de plus mignon que ces jeunes chatons?
La lune de miel prit fin quelques jours plus tard. Ces petites merveilles furent déposées dans un horrible sac brun en jute, puis transportées par les enfants à l’arrière de la voiture vers une destination inconnue. Marie et moi, nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour tenter d’apaiser les minous qui ne cessaient de gémir, appelant leur mère. Malgré notre bonne volonté, nous n’y sommes pas parvenus.

Près d’un pont (mon père se suicidera plus tard en sautant d’un pont), la voiture ralentit en glissant légèrement sur l’accotement. Jacqueline se retourne puis m’or-donne sur un ton que je ne lui connaissais pas, de remettre les chats à l’intérieur du sac et de le refermer. Surpris par sa froideur, je m’exécute sans comprendre le but de la manœuvre. Dès que j’ai terminé, elle m’ordonne de prendre le sac et de le balancer avec sa précieuse cargaison en bas du pont. Dans ma tête, les fils se déconnectent, la lumière s’éteint pour les trente années qui suivirent. Le cours de ma vie venait de changer à tout jamais. À mon tour, je me transforme.

J’avais à peine neuf ans. Le crime grave que j’ai commis et pour lequel je n’ai jamais été condamné. Ce geste a profondément transformé ce que j’allais devenir. Et non pas pour le mieux.
Cette révélation a été tout un choc. Le voile avec lequel je percevais les décisions que j’avais prises durant ma carrière de mauvais garçon prit feu. Cette armure que j’avais construite se défaisait d’elle-même. Mon cœur d’enfant revoyait la lumière du jour avec une confiance renouvelée. Cet examen de conscience s’est avéré très fructueux pour mon épanouissement personnel. Je ne me sentais plus aussi coupable et responsable des choix et des gestes que j’avais commis au cours de ma vie.

J’avais pour la première fois une vision suffisamment juste de mon parcours et surtout de ma direction pour apporter les correctifs nécessaires à une transformation, à une évolution. Mes blessures noyées pendant autant d’années pouvaient maintenant sortir de l’eau pour marcher sur terre et se cicatriser.

C’est dommage qu’il m’ait fallu 25 ans d’incarcération pour comprendre cette partie de mon développement. Souhaitons que ma compréhension permette à d’autres d’éviter les mêmes erreurs. Mes plus plates excuses aux victimes.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

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Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

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Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

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