Mourir dans la dignité

Euthanasie ou crime par passion

Il ne faudrait  pas associer la promotion du respect du droit à une mort naturelle à un rejet des soins palliatifs.

Alain Lampron Dossier Suicide 

Euthanasie-mort-assiste-suicide-aide-pour-mourir-suicide-passionnelCeux-ci permettent de mourir avec plus de dignité. La véritable indignité, celle qui ajoute à la souffrance, est surtout attribuable à certains traitements. À l’attitude du personnel médical qui choisit trop souvent de s’en tenir au protocole et de refuser une dose de morphine supplémentaire à un mourant qui vit péniblement ses dernières heures.  À la décision d’intuber les personnes en phase terminale lorsqu’elles ont perdu le réflexe d’avaler et sont maintenues en vie artificiellement.

Après avoir frôlé la mort à trois reprises, les souffrances aiguës n’ont représenté pour moi qu’une étape faisant place à une transition difficile à décrire. J’attendais paisiblement, dans un état de conscience altéré où toute possibilité de communication avec le monde extérieur disparaissait graduellement. Seul et vivant intensément l’expérience de la mort, je peux affirmer qu’il n’y avait aucun espace pour ressentir de l’indignité.

Impuissance devant la mort

euthanasie-suicide-assistee-industrie-mort Y a-t-il un véritable souci de compassion derrière la notion rassembleuse d’indignité? N’exprimerait-elle pas une réaction inavouable d’angoisse, d’impuissance et de peur face à l’expression de souffrance du mourant qui nous perturbe en ne s’éteignant pas doucement? La mort fait peur. La souffrance encore plus. C’est probablement pourquoi une portion de la société se sentirait mieux en sachant qu’il y a un accès au bouton du siège éjectable que représente l’euthanasie.

Mourir ne devrait pas être compliqué. Pourtant, la façon de vivre la mort semble problématique. La mort est perçue comme une faiblesse, une erreur que toute une industrie s’acharne à corriger, à repousser, à camoufler.

Légalisation de l’euthanasie

La question de l’euthanasie est complexe. Aujourd’hui c’est illégal, demain ce sera légal. Il suffit d’une loi. Si un jour on autorise l’euthanasie, ce sera parce qu’elle répond à un besoin. Mais lequel? Mettre un terme à la souffrance, pourra-t-on me répondre. Mais quelle souffrance? Physique, psychologique ou morale ? Comment déterminer quel type de souffrance est digne d’un soulagement permanent et quel autre devra être traité ? Comment évaluer le degré de souffrance admissible ? Est-ce que l’angoisse par anticipation, la peur de souffrir donnera le droit à une dernière injection ?

L’évolution de la médecine a complètement transformé notre réalité face à la façon de mourir. Les méthodes permettant de prolonger l’existence sont de plus en plus efficaces: mourir devient une décision à prendre. Une décision qui, dans bien des cas, n’appartient pas au principal intéressé. Nous avons probablement tous vécus ou entendu l’histoire d’horreur d’une personne qui a péniblement terminé sa vie dans un système médical qui s’acharne à essayer un nouveau médicament puis un autre, dans l’espoir de prolonger la vie de quelques semaines, quelques jours, voir quelques heures! Est-ce le prix à payer pour faire progresser la médecine? Pour nourrir l’illusion de pouvoir un jour vaincre la mort?

Le système médical et la mort

Mes expériences m’amènent à être critique envers le système médical. Pourtant, au travers des cauchemars se glissent quelques cas de morts facilitées par des médecins compréhensifs et des établissements extraordinaires.

Il m’est impossible de prendre position sur l’euthanasie. Tout dépend des personnes et des circonstances. Pourquoi recourir à des principes rigides qui exigent des lois alors que la vie est pleine de nuances ? Je préfère les valeurs aux principes car elles sont plus souples et laissent place au jugement, à l’adaptation, mais surtout à l’évolution.

Témoignages

Jean-Claude
Lors d’une de mes visites à Jean-Claude, on m’avertit que ce n’était pas une bonne journée pour lui. Il aurait menacé une préposée avec une fourchette avant de plonger dans le mutisme qui le caractérise. Je prends doucement contact avec lui et, lorsqu’il me regarde, je lui demande comment il va. « De la merde ! », qu’il me répond. Un peu plus tard, Jean-Claude m’avoue dit qu’il en a son voyage, que les journées sont trop longues, qu’il veut partir et me demande de l’aider. Est-ce là un symptôme de démence?

Yvon
Yvon s’est cassé le cou, il y a plus de dix ans, dans un accident du travail. Une procédure chirurgicale, expérimentale à l’époque, lui a miraculeusement « sauvé la vie ». Elle l’a condamné à être prisonnier d’un corps inerte. Chaque matin il se réveille déçu d’être encore en vie. Il aurait préféré mourir. Il est révolté à la pensée des coûts engendrés pour couvrir les soins requis par son état. Malheureusement pour lui, son corps inerte demeure en excellente santé. Il considère depuis quelques temps faire un voyage aller-simple dans un pays où l’euthanasie est légale…

Marc
Marc est atteint d’une maladie dégénérative très rare pour laquelle l’espérance de vie se situe entre 20 et 30 ans. Il a maintenant 26 ans. Malgré sa paralysie totale, Marc souhaite vivre le plus longtemps possible. L’expérience de la souffrance est unique à chaque personne. D’un côté, on retrouve des gens riches et célèbres qui se suicident et, de l’autre, des personnes complètement paralysées qui tiennent à la vie.

Mon père
La mort de mon père a été absolument atroce. Pendant plusieurs jours, alors que son état ne permettait aucun espoir, il a été maintenu en vie par une panoplie de médicaments qui ne lui ont épargné aucune souffrance. Il a fallu hausser le ton et exiger que l’on mette immédiatement un terme à ce véritable acharnement thérapeutique pour qu’enfin il puisse partir. Il n’était pourtant pas question d’euthanasie.

Autre texte sur l’euthanasie et le suicide assisté

Autres textes sur le Suicide

Ressources en prévention du suicide:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056.

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide.

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Suicide Prevention Handbook.

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Suicide assisté et euthanasie

L’industrie de la mort

Nous assistons à un débat farouche sur la légalisation de l’euthanasie. Mais avant de statuer, ne devrait-on pas essayer de comprendre pourquoi notre société se retrouve aujourd’hui devant ce dilemme ?

Alain Lampron Dossier Suicide

Ce débat soulève les passions à cause des différentes croyances impliquées et parce qu’un trop grand nombre de personnes meurent tous les jours dans l’absence de dignité. Nombre de gens ont des témoignages bouleversants à livrer. Des gens qui souhaitent que l’expérience qu’ils ont vécue à travers le décès d’un proche soit épargnée à d’autres et reconnue comme étant inacceptable.
Le dilemme se situe davantage au niveau de ceux qui n’ont pas la capacité de passer à l’acte. Ceux qui auraient pu prévoir des clauses bien spécifiques dans un «Mandat en cas d’inaptitude» ou un «Testament de vie» et qui ont négligé de le faire. Ceux qui auraient enregistré de telles clauses mais dépendent d’intervenants qui appliquent obstinément des principes ou règlements allant à l’encontre de leurs dernières volontés.

Langage à définir

Euthanasie-mort-assiste-suicide-aide-pour-mourir-suicide-passionnel Permettre la mort en laissant la nature faire son œuvre ne devrait pas être considéré comme de l’euthanasie. Il est essentiel de faire connaître au plus vite les définitions officielles de cette nouvelle terminologie, de sorte que tout le monde puisse enfin parler le même langage ! L’utilisation de termes tels que «suicide assisté», «meurtre par compassion» et «euthanasie» ne font qu’ajouter une confusion inutile à un débat suffisamment délicat en soi. J’ai l’impression que l’on associe faussement l’euthanasie à l’arrêt de procédures médicales qui maintiennent la vie artificiellement. La véritable euthanasie représente une procédure exceptionnelle. Alors comment se fait-il que les sondages démontrent un aussi grand désir de légaliser l’euthanasie ?

Zombis sous médicaments

Dans mon travail, je visite des centres pour des personnes souffrant, entre autre, d’Alzheimer, de Parkinson et de démence. Chaque épisode de lucidité menant à une expression d’agressivité, de révolte ou de tristesse est rapidement jugulé par une médication plus puissante.

Ces personnes n’ont plus rien de l’homme d’affaires, de l’épouse, de la grand-maman qu’ils étaient. Je ne peux qu’observer les allées et venues de véritables zombis confinés à un mouroir où ils seront maintenus en vie le plus longtemps possible. Le personnel a beau être dévoué, vivre plusieurs années dans de telles conditions n’est pas souhaitable: le droit à une mort naturelle n’y est pas respecté.

Priorité à la vie

Il devient de plus en plus rare de mourir «naturellement», soit de la perte de fonctions vitales qui accompagnent le vieillissement, d’un accident ou d’une maladie grave. Les avancées médicales, plus particulièrement celles réalisées par l’industrie pharmaceutique, permettent de prolonger le fonctionnement des organes vitaux, sans véritable égard à la qualité de vie. Il semble bien que la mission de préserver la vie, en apparence noble, a généralement priorité sur toute autre considération.

Un malade, même en phase terminale, devrait être consulté et donner son accord avant de recevoir un traitement. S’il en est incapable, cette responsabilité devrait revenir aux proches. Ça, c’est la théorie. En pratique, on vous place généralement devant le fait accompli, sans présenter d’alternative.

Il est extrêmement difficile d’exprimer une opinion divergente. J’ai pu le constater à plusieurs occasions. Alors, à moins d’une mort accidentelle ou d’une mort subite, il faut s’attendre à une longue agonie générant de grandes souffrances, à la fois pour le mourant et pour son entourage.

Autres textes sur le Suicide

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Décriminalisation du suicide assisté et euthanasie

Décriminalisation du suicide assisté et euthanasie

La décriminalisation du suicide assisté et de l’euthanasie reviennent souvent dans les commentaires de nos textes sur le suicide, l’intervention auprès de personnes suicidaires et la prévention du suicide. Peut-on faire le même débat pour un adolescent qui veut se suicider après sa première rupture amoureuse ou une personne de 93 ans en phase terminale et qui vit le martyr?

Raymond Viger         Dossier Suicidesuicide-assiste-euthanasie-decriminaliser-decriminalisation-legaliser-legalisation-3

Pour faciliter les débats en cours touchant l’intervention auprès de personnes suicidaires et éviter de tout mettre dans un même débat, je présente aujourd’hui un billet qui sera réservé au suicide assisté et à l’euthanasie. En plus de ma position personnelle, j’ai inclus la position d’intervenants qui ont une position contraire à la mienne.

Décriminalisation du suicide assisté et de l’euthanasie

Je suis d’accord avec la décriminalisation du suicide assisté. Cela se fait déjà. Une aide par compassion. En étant illégal, le suicide assisté se fait en cachette. Avons-nous pu offrir tous les services d’aide à la personne qui veut se suicider? Est-ce que toutes les alternatives ont été présentées? Quelles sont les conditions dans lesquelles ces suicides assistés se font? À certaines occasions, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, causant préjudices ou souffrance inutile.

En décriminalisant le suicide assisté, comme l’ont fait certains pays, cela permet de mettre des balises, de garantir que tout ce qui est envisageable de faire pour conserver ou rallumer un espoir de vie à la personne concernée sera fait.

Cela peut nous garantir qu’un geste de compassion prématurée ne sera pas porté. Éviter qu’un sentiment d’impuissance d’un proche le pousse dans une aide au suicide assisté prématurée. Une façon de briser l’isolement de la personne qui souffre et de son entourage.

L’objectif de décriminaliser le suicide assisté et l’euthanasie n’est pas d’augmenter le nombre de suicide, mais de le diminuer, de retarder l’instant d’un passage à l’acte, d’offrir un encadrement pour s’assurer qu’on va mettre en place tous les moyens pouvant arrêter ou diminuer la souffrance, s’assurer d’aider la personne à apprendre à vivre avec certaines souffrances et surtout, s’assurer que la personne qui veut mourir se donne le droit de changer d’idée.

Brian Mishara, spécialiste reconnu en prévention du suicidesuicide-assiste-euthanasie-decriminaliser-decriminalisation-legaliser-legalisation-2

Brian Mishara mentionne que les gens qui veulent se suicider ne veulent pas mourir, ils veulent juste arrêter de souffrir. C’est pourquoi il  est contre la décriminalisation du suicide assisté et de l’euthanasie.

Suzette Gill: «Je suis malade. En soins palliatifs. Je trouve que le courage dans l’épreuve a bien meilleur goût! Les perspectives sur la vie prennent autrement de l’ampleur. Je reçois chaque jour nouveau comme un cadeau. Je sais que ma souffrance, encore supportable, a une valeur».

Isabelle Martineau intervenante auprès de personnes en phase terminale

Votre texte, très court, commence ainsi: «Je suis en accord avec la décriminalisation du suicide assisté et de l’euthanasie parce que cela se fait déjà et, parfois, dans des conditions misérables, inhumaines et trop rapides». Sans référence à l’appui, vous y allez d’affirmations qui me semblent plus ou moins justes ou, à tout le moins, étonnantes.

Entre autres, vous mentionnez que la décriminalisation du suicide assisté nous permettrait de garantir «que tout ce qui est envisageable de faire pour conserver ou rallumer un espoir de vie à la personne concernée sera fait»… Je ne saisis pas très bien ce que vous entendez par là. Comment, en «permettant» un acte malheureux, on peut garantir les façons de l’éviter? D’autant plus que la littérature sur le sujet démontre plutôt les obscurs dérapages dans les sociétés qui ont permis le recours au suicide assisté.

En fait, M. Viger, je crois qu’il est question ici de deux problèmes fondamentaux. Le premier touche la problématique de la valeur accordée à la vie humaine. Le second fait référence à l’expérience de la souffrance humaine.

suicide-assiste-euthanasie-decriminaliser-decriminalisation-legaliser-legalisation La valeur de la vie humaine…

La vie d’une personne humaine est trop importante pour qu’on puisse y mettre fin impunément et qu’on envisage de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie. La première condition pour qu’une personne soit «libre» et qu’elle puisse exercer son autonomie, c’est d’abord et avant tout qu’elle soit en vie. Voilà pourquoi notre société met en place les mesures pour que soit protégée cette vie. Une vie qui a une valeur toute particulière. Comme société, il m’apparaîtrait difficile, voire incohérent, de prétendre «protéger» la vie humaine tout en décriminalisant ce qui lui porte atteinte tel que le suicide assisté et l’euthanasie.

… malgré la souffrance

Est-ce à dire que nous devons demeurer indifférents à la souffrance de nos pairs (ex.: les malades chroniques et incurables) en se rabattant sur la crainte de porter atteinte à leur vie? Bien sûr que non.

Je travaille dans une maison de soins palliatifs, auprès de personnes qui sont en phase terminale du cancer. Chaque jour où j’y travaille, je réalise combien la vie humaine porte son lot de souffrances et combien il nous est nécessaire de travailler très fort pour les soulager. Je ne me ferme pas les yeux à la misère humaine sous prétexte que je crois nécessaire de protéger la vie. Au contraire, je cherche à répondre à l’appel du malade devenu dépendant, en tentant de subvenir à ses besoins et en lui reflétant la dignité qu’il porte.

Mais, la vie humaine continue-t-elle à avoir un sens lorsqu’elle est ébranlée par la souffrance et lorsque la fin est toute proche? Cette question peut être posée devant la personne aux prises avec une maladie incurable. Elle peut être posée aussi devant le jeune de la rue qui a été malmené par ses proches, qui est sous l’emprise de la drogue… Pourquoi renoncerions-nous à accompagner le malade incurable dans sa quête de sens, alors que l’on continue à vouloir raccrocher le jeune à la vie? Uniquement parce que le premier sait «quand» il va mourir? Mais nous allons tous mourir. Le jeune de la rue mourra peut-être demain. Alors à quoi bon se battre? À quoi bon chercher un sens à l’existence?

Ce que mon expérience auprès des malades en fin de vie m’apprend, c’est qu’il existe des petits miracles inattendus chez des personnes «condamnées» par la maladie. Mais il faut, pour cela, leur tendre la main et les accompagner dans ce qu’elles vivent en ne renonçant pas. Certaines personnes verront la lumière, d’autres non. Exactement comme pour les jeunes que vous accompagnez. Mais ce n’est pas parce que des malades mourants renoncent à la vie et ont recours au suicide, qu’il faut pour autant «légaliser» le suicide assisté et l’euthanasie. Au contraire, il faut tenter de l’éviter en recherchant des moyens pour soulager les symptômes dont sont affligés ces malades. Exactement comme on recherche des moyens pour aider et soulager les jeunes qui sont désespérés et suicidaires.

Décriminaliser le suicide assisté est-il une solution?

Avancer que la décriminalisation du suicide assisté est une solution pour quelques catégories de personnes, comme les malades incurables, c’est envoyer un message contradictoire aux jeunes… On leur dit alors que la vie humaine a un sens, mais seulement dans certaines situations… Ça laisse croire que, dans certains cas, le suicide peut être une bonne chose ou un moindre mal.

En maintenant ce double discours, je me demande alors comment on peut continuer de justifier toutes les campagnes pour prévenir le suicide chez les jeunes.

Entre un malade atteint de cancer en phase terminale et un jeune délinquant souffrant de maladie mentale suite à sa consommation de drogues (ce que j’ai connu dans mon entourage), je ne sais pas qui souffre le plus. Il est impossible de «mesurer» la souffrance d’autrui. Considérant cela, pourquoi chercher à discriminer les personnes qui pourraient justifier leur recours au suicide de celles qui ne le pourraient pas? Ces critères, qui deviennent arbitraires, sont à mon sens dangereux et ils permettent vite le glissement. On trempe dans une culture de mort où le suicide devient un acte un peu héroïque face à une situation qui apparaît sans issue. Il est grand temps de promouvoir une culture de vie dans notre société. Et, qui sait, peut-être cela permettra-t-il à certains de nos jeunes de retrouver un sens à leur existence?

Je vous souhaite de continuer encore longtemps votre travail auprès des jeunes. Ils sont notre avenir!

Ressources en prévention du suicide:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056.

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Autres textes sur le Suicide

Mises à jour des autres débats sur le suicide assisté et l’euthanasie:

Patrick Lagacé, 27 mai 2010 sur le suicide assisté et l’euthanasie.

Radio-Canada, 2 octobre 2009, projet de loi sur le suicide assisté et l’euthanasie.

Document de consultation sur le droit de mourir dignement. (Début des auditions fin de l’été 2010, date limite 16 juillet pour une demande d’audition et pour déposer un mémoire sur la légalisation du suicide assisté).

Direction de la Santé Publique. document sur l’aide au suicide et l’euthanasie.

Document de réflexions de l’Association canadienne des soins paliatifs sur l’euthanasie et le suicide assisté.

Référence de l’article Légaliser l’euthanasie et le suicide médicalement assisté? de Marcel Melançon, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, publié en février 2010 dans la revue Quoi de neuf de l’Association des retraités du Québec (AREQ).

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Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
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