Jean Gardy, du Gospel au rap

Des Églises haitiennes à la scène Hip hop

Gospel VS Gangter rap

Lucie Barras  Dossier Hip Hop, Rap

jean-gardy-gospel-rap-music-chanson-rapperJean Gardy a la musique dans le sang. Depuis sa plus tendre enfance, il chante dans les églises haïtiennes. Victime de racisme, il délaisse la musique religieuse pour faire son chemin dans l’univers du hip-hop. Reflet de Société vous présente l’entrée d’un jeune artiste dans le monde professionnel de la musique.

Jean Gardy n’est pas né, comme ses parents, sur le sol haïtien. Il voit le jour à Saint-Léonard, en 1982. Son père, chauffeur de taxi, a fui la misère d’Hispaniola et la dictature des Duvalier dans les années 1970.

A l’âge de 8 ans, la famille déménage à Mascouche, en banlieue nord de Montréal. Une communauté qui n’a pas l’habitude de cohabiter avec des Noirs. Jean Gardy, souvent le seul black de son école, découvre le mot racisme. «Un mois après notre arrivée, quelqu’un a planté une pancarte À vendre devant la maison. Pour signifier que nous pouvions repartir.» Un peu plus tard, Jean retrouve un symbole skinhead, dessiné à la fenêtre de sa chambre.

D’autres fois, il se voit refuser l’entrée de la maison d’un camarade blanc. «Certains parents disaient que j’étais sale. Je ne mets pas tous les Blancs qui ont traversé mon enfance dans le même sac. Je subissais le mépris de certains, alors que d’autres étaient des personnes formidables.»

Premières gammes à l’église

jean-gardy-rap-music-gospel-musique-rapper-egliseLa famille est chrétienne et fréquente l’Église évangélique haïtienne. C’est là-bas que Jean Gardy va se familiariser avec la musique, notamment le gospel. Il précise: «Les Haïtiens aiment l’art et la fête. À l’église, l’esprit communautaire est très fort. Se rassembler, jouer de la musique, c’est gratuit. Beaucoup d’artistes reconnus ont fait leurs premiers pas là-bas.»

Aux répétitions de la chorale, Jean Gardy est «le petit garçon assis à côté de la batterie». Il n’est pas encore musicien. «Un des musiciens m’aimait bien. Il était de ceux qui ont sacrifié leur vie pour Dieu. Il m’a dit qu’un jour, je ferais de la musique. Je ne l’ai pas pris au sérieux. J’aimais bien la musique, mais à 11 ou 12 ans, on veut tous en jouer. Moi, j’avais commencé avec le théâtre.»

Au secondaire, Jean Gardy est inscrit dans une école privée de Montréal. Ses parents veulent pour lui la meilleure éducation. Un fossé avec le primaire. «Il y avait 95% d’élèves issus de l’immigration. Étrangement, j’ai eu du mal à m’intégrer. Je n’avais pas grandi dans ce milieu-là. Et puis, j’ai appris une chose: Blanc ou Noir, la méchanceté existe toujours. Elle prend simplement des formes différentes.»

Jean commence à jouer de la batterie. Son père lui offre des cours au Conservatoire de musique moderne. Une école de renom, tenue par le Maestro Émile St-Hilaire, un Haïtien. «Je n’étais pas très assidu. J’aimais la musique dans son ensemble, la façon dont elle pouvait agir sur les gens, mais me concentrer sur un seul instrument m’ennuyait.»

Puis, viennent les premiers balbutiements de rap. Dans les années 1990, le hip-hop gagne en  popularité sur les ondes radio. «Pour la première fois, les Noirs avaient une visibilité médiatique. Puff Daddy a joué un grand rôle. C’est le premier rappeur que j’ai suivi. Il dégageait quelque chose.»

Ses amis Kerby et Dimitri rappent ensemble. D’abord en retrait, l’effet de groupe a raison de Jean Gardy. «Je me suis dit pourquoi pas moi? Quand on joue en groupe, l’art et la vie se rejoignent.»

Libérer sa révolte par la chanson

En parallèle, Jean Gardy joue à l’église. La musique, c’est pour le plaisir. Jusqu’au jour où le racisme refait surface alors qu’il passe la soirée avec ses amis dans un bar de La Plaine. «Il faut savoir que plus on s’éloigne du centre de Montréal, plus on s’éloigne de la diversité. Ce soir-là, nous étions au billard. Je sentais des regards fous de haine. À la sortie, mon ami s’est fait traiter de macaque. Une bagarre a éclaté. J’étais figé. Je n’arrivais pas à le croire. La police est arrivée, ça s’est calmé. En rentrant chez moi, mon premier réflexe a été de prendre une feuille et d’écrire. J’ai commencé à prendre le hip-hop au sérieux.»

Jean Gardy préfère les messages d’espoir à la violence verbale. «Je viens de l’Église. J’ai du mal à mettre des fuck et des bitch à chaque fin de phrase. Mais, je dis ce que je pense. Pour moi, faire de la musique comme je l’entends, c’est être libre.» Jean Gardy chante, enregistre. En 2002, il sort une première démo. Trois chansons qui réunissent tout ce qu’il affectionne. Une chanteuse de RnB, et des instruments dont une flûte traversière. «À cette époque, j’ai fait mes classes avec DJ Random. J’ai appris la soul, les bases du hip-hop. En musique, la recette change mais les ingrédients sont universels. Qu’importent les styles et les couleurs de peau.»

De spectacle en spectacle, Jean fait la rencontre du jeune producteur J. Star: son premier pas dans le monde professionnel. Artiste et producteur se lient d’amitié. Ils commencent un projet sans signer de contrat.

Une erreur. Le projet Jusqu’au bout du rêve, mixtape de 14 chansons, est lancé. «Nous progressions. Les choses devenaient belles. L’ego s’en est mêlé. Des froids se sont installés, et j’ai fini par me séparer de mon producteur.»

Jean Gardy reprend le projet à bout de bras. Il quitte l’école, vit de jobines. Le soir, il se consacre au projet ou joue sur scène. «J’ai eu la chance à cette époque de me produire à la Place des Arts, avec des musiciens. J’aime cette sensation de sons organiques qui m’accompagnent.»

Les allers-retours entre  Mascouche et Montréal deviennent longs. Jean Gardy finit par s’installer «là où les choses se passent», à Montréal. «Ici, la diversité ne dérange personne. Mon voisin est hindou, ma propriétaire italienne. Beaucoup d’Haïtiens vivent dans le quartier. Ma voisine me réveille le matin avec ses chansons vodouisantes.»

Étiqueté Haïtien

En 2007, date de sortie du mixtape Jusqu’au bout du rêve, il tient son premier gros spectacle au Petit café campus. «Je n’avais pas encore beaucoup de charisme, mais j’ai tout de même tenu 1 heure et demie sur scène.» Depuis, les spectacles s’enchaînent. Des soirées communautaires au Festival de musique haïtienne de Montréal.

Pourtant, ces dernières années, Jean Gardy les compare à un désert: «On marche, on rencontre des oasis et beaucoup de mirages. Beaucoup de personnes m’ont promis des choses, mais ce n’était pas sérieux.»

Le pire reste les contrats pour Haïtien. «On m’appelle souvent parce que je colle avec un évènement. Cet été, j’ai été invité pour une soirée haïtienne à Saint-Michel. J’étais la bonne personne au bon moment.»

Ce persévérant garde le sourire même si aujourd’hui il a un goût amer dans la bouche. Le racisme l’avait plongé dans la musique. Il l’a retrouvé sous forme de discrimination positive, dans le commerce musical. «C’est en galérant que j’ai compris le piège du rêve multiculturel. On te donne l’impression que tu as ta place dans la société, mais dans une certaine limite. Si on voit un Noir à la télé, c’est qu’il devait y avoir un Noir.»

Les années passant, il s’est éloigné de la religion. Critiqué par ses anciens compagnons, il est déçu par la communauté. «Pour l’église, mes chansons sont trop violentes. Pour les maisons de disques au contraire, je porte un message d’espoir et c’est dérangeant. Je ne représente pas le hip-hop traditionnel. Ta place dans la société prime sur ton talent. Pour percer, il faut prendre un habit, jouer un rôle.»

L’industrie musicale, Jean Gardy la compare aux livres d’histoire qui prétendent qu’Haïti naît avec l’arrivée des conquérants. «C’est du moins ce que les forts de ce monde ont décidé. On retrouve ce rapport de force dans le commerce musical au Québec. Tout le monde se connaît, tout le monde se sert la main. Mais en réalité, ce sont les Québécois qui contrôlent tout. Et ça fait mal de l’accepter.»

Jean Gardy veut désormais franchir une étape dans sa carrière, et trouver de l’aide pour s’établir. Un projet d’album est dans les rouages: Passons à l’autre bord.

Hip-Hop: un peu d’histoire

Le hip-hop est né à New York dans le South Bronx, au début des années 1970. À cette époque, la jeunesse noire défavorisée côtoie la population blanche, privilégiée. Ces artistes de la rue vont alors montrer par les arts quels sont les codes de la vie des communautés noires.

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Centre communautaire pour aînés Chez-Nous

Des aînés plus jeunes

Au centre communautaire pour aînés « Chez-Nous » de Mercier-Est, exit les clichés des personnes âgées qui passent leurs journées au bingo ou dans les centres commerciaux. Les aînés qui le fréquentent sont en excellente forme physique, allumés et fiers; de quoi faire pâlir de jalousie bien des jeunes.

Ève Lemay Dossiers Communautaire, Personnes âgées

Reflet de mon quartier est un bi-mensuel consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais d’Hochelaga-Maisonneuve.

Deuxième maison pour beaucoup d’aînés, le centre, qui est situé sur la rue Hochelaga, existe depuis 25 ans. Environ 600 personnes d’âge mur le fréquente, dont 180 qui donnent de leur temps bénévolement.

L’implication des personnes âgées

Des groupes de marche dynamique, des cours de taï chi, des ateliers de cuisine réservés aux hommes en passant par des cours de danse baladi et la ligue d’improvisation théâtrale, des ateliers sont offerts pour tous les centres d’intérêt et tous les âges entre 55 et 85 ans. « Ça fait quelques années que je suis des cours de danse en ligne et je suis rendue au niveau intermédiaire», s’exclame une des « p’tites jeunes » bénévoles avec ses 65 printemps, Sara Sabourin.

Réunies à chaque semaine pour partager quelques mailles mais surtout leurs histoires de la vie quotidienne, les Joyeuses tricoteuses sont affectueusement surnommées « les joyeuses placoteuses » par la directrice générale du Chez-Nous, Patricia Charland. Celle-ci souligne au passage que ce rassemblement d’aînées destiné au tricot est l’un des plus courus au centre.

Le jardinage des aînés

L’été, moins d’activités sont offertes. Mais les plates-bandes de l’édifice de deux étages occupent le comité horticole du centre, composé d’une quinzaine de bénévoles. Ceux-ci veillent non seulement à ce que l’endroit demeure fleuri tout l’été mais aussi, à ce qu’il ne soit pas envahi par les mauvaises herbes.

Les bénévoles qui n’ont pas le pouce vert peuvent choisir entre une multitude de tâches à effectuer, et ce, tout au cours de l’année : de réceptionniste à membre du conseil d’administration jusqu’à cuisinier ou organisateur du Festival âges et culture. La fierté du Chez-Nous? Sa chorale, qui, en collaboration avec la Maison de la culture de Mercier, y donne un concert.

Auto-formation

Le secret du succès du centre réside notamment dans le fait que ce sont les aînés qui choisissent les cours qui seront offerts aux différentes sessions. Et ce sont ces mêmes aînés qui enseignent la plupart des cours. Ainsi, les participants du centre se tiennent terriblement occupés. « Ils ont besoin d’avoir des agendas », rigole Patricia Charland. En voyant celui, bien rempli de réunions et de cours, de l’enseignante à la retraite et bénévole dévouée, Renée Beauchemin, 75 ans, on en comprend que la farniente n’est pas faite pour eux.

Pour les personnes en légère perte d’autonomie, le centre dispense aussi différents services. Des volontaires appellent ou se rendent chez les bénéficiaires des services afin de combattre l’isolement ou les accompagnent lors de visites chez le médecin, des bénévoles peuvent aussi se rendre chez les gens pour effectuer de menus travaux.

Au Chez-Nous il règne un véritable esprit de famille, il n’y a qu’à voir Sara et Renée discuter ensemble et rire aux éclats pour le comprendre. Une chose est certaine : malgré la moyenne d’âge, il n’y a certainement pas de vieillards au Chez-Nous de Mercier-Est.

7958 rue Hochelaga (coin Honoré-Beaugrand), Montréal, QC, H1L 2K8

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Le livre, au coût de 19,95$ est disponible dans toutes bonnes librairies au Québec ainsi qu’à la Librairie du Québec à Paris.

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