Patrimoine, histoire et architecture d’Hochelaga-Maisonneuve

Patrimoine, histoire et architecture d’Hochelaga-Maisonneuve

Reflet de mon quartier est un bi-mensuel consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais d’Hochelaga-Maisonneuve.

Ariane Aubin Dossier Hochelaga-Maisonneuve

marche-maisonneuve-hochelaga-maisonneuve-arrondissement-quartier Savez-vous qu’Hochelaga-Maisonneuve renfermait une part importante du patrimoine bâti montréalais? Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certains secteurs y ont des allures plus ouvrières et d’autres, une apparence aristocratique? Dans le cadre de ses prochaines chroniques, Reflet de mon quartier vous fait découvrir – ou redécouvrir – l’histoire de cet arrondissement et de ses habitants. Cette semaine, l’historien Réjean Charbonneau, de l’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve, nous parle des origines de ce quartier en constante évolution.

Montréal, milieu du 19e siècle

Depuis la Conquête, la petite bourgade s’industrialise à une vitesse fulgurante. Pour répondre aux besoins des industries naissantes, le port de Montréal se développe et gagne en superficie. Il est toutefois rapidement bloqué à l’ouest par les rapides de Lachine qui empêchent le passage des bateaux. Qu’à cela ne tienne, les eaux tumultueuses sont contournées grâce à la construction du canal Lachine.

Mais bientôt, les industriels montréalais réalisent que ces installations portuaires ne suffiront pas; une expansion vers l’Est de la rue Berri, où se situe approximativement la limite de la ville, semble inévitable. D’autant plus que, du côté démographique, la population a beau migrer d’un Vieux Montréal et des régions surpeuplées vers les villes de banlieues et les nouveaux quartiers ouvriers du Sud-ouest – Ville-Émard, Côte-Saint-Paul, St-Henri, Pointe-Saint-Charles – l’espace commence à manquer.

Chemin de fer à Montréal

Au même moment, l’industrie du transport ferroviaire recherche un endroit stratégique où implanter le tout nouveau chemin de fer qui permettra le transport terrestre des marchandises et matériaux. Les terres agricoles qui recouvraient alors l’Est de l’île de Montréal semblent être le lieu tout indiqué: proches à la fois de la ville et du fleuve, elles commencent à faire l’objet de spéculations de la part d’investisseurs prévoyants, explique Réjean Charbonneau. «Peu à peu, des gens aisés vont acheter des terres aux fermiers installés au bord du fleuve, pour y construire leur maison de campagne. Les institutions religieuses aussi vont construire de grands édifices, comme la maison-mère des sœurs du Saint-Nom de Jésus sur Notre-Dame.» Comme tant d’autres, ce magnifique bâtiment religieux a malheureusement fait les frais de la Révolution Tranquille et a été détruit dans les années 1970.

Fondation de la municipalité d’Hochelaga-Maisonneuve

marche-maisonneuve-hochelaga-maisonneuve-quartier-arrondissement De plus en plus nombreux, les hommes d’affaires installés dans l’Est décident en 1870 de fonder la municipalité d’Hochelaga sur le territoire s’étendant approximativement de l’actuelle rue Iberville au boulevard Viau. Fournir l’eau, le gaz et les services à une ville dont la population croît aussi rapidement s’avère vite très onéreux.

Dès 1883, les gestionnaires d’Hochelaga décrètent donc l’annexion de la municipalité à la ville de Montréal. Des décennies plus tard, les historiens ont pu comprendre que cette décision précipitée avait aussi eu des motifs politiques. «On a appris depuis qu’un homme politique de l’époque, Raymond Préfontaine, (qui deviendra maire de Montréal de 1898-1902) souhaitait en procédant à cette annexion qu’elle rende les Francophones majoritaires au conseil municipal de Montréal. Depuis la Conquête, la ville était entièrement dirigée par des Anglophones.»

Fusion, annexion ou défusion?

Mais si pratique soit-elle, l’annexion ne fait pas l’unanimité. La même année, un groupe d’hommes d’affaire dissidents décrète la fondation de Maisonneuve, une nouvelle municipalité issue d’Hochelaga et dont le territoire va des environs de la rue Bourbonnière au boulevard Viau.

Cette ville, comme l’a expliqué le professeur d’histoire à l’UQAM Paul-André Linteau dans sa thèse de doctorat, deviendra un exemple de gestion municipale assurée par des promoteurs. Et pendant 35 ans, Maisonneuve connaîtra effectivement une croissance modèle, raconte Réjean Charbonneau. «Entre 1883 et 1918, Maisonneuve va connaître la prospérité, à tel point qu’elle va se s’autoproclamer le « Pittsburg du Canada » au point de vue industriel, et se méritera le titre de « Cité de Maisonneuve » grâce à son urbanisation.»

Urbanisation du secteur Maisonneuve

C’est cette urbanisation, savamment planifiée par des entrepreneurs visionnaires, qui fait aujourd’hui du secteur Maisonneuve un des sites patrimoniaux les plus intéressants à Montréal. Les frères Oscar et Marius Dufresne, premiers propriétaires du château Dufresne situé rue Sherbrooke, ont joué un rôle-clé dans ce développement. «Ils ont été très impliqués dans le conseil municipal de Maisonneuve, surtout dans la deuxième phase du développement de la ville, après 1910, la première phase ayant surtout permis d’occuper le territoire.»

Héritiers d’une fortune générée par leur mère, la cordonnière Victoire Dusseault et l’usine de chaussures Dufresne & Locke, les Dufresne ont voyagé en Europe et en ont ramené un amour des grands ensembles urbains qu’ils insuffleront à la jeune municipalité de Maisonneuve. En 1910, Maisonneuve est à son apogée. L’industrie de la chaussure fait rouler l’économie locale et cette prospérité nourrit les idées de grandeur des frères Dufresne.

Sous la férule d’Oscar, le gestionnaire, et de Marius, l’ingénieur et entrepreneur, Maisonneuve est refaçonnée à l’image des City Beautiful newyorkais. Le concept central: l’esthétisme utile, orienté vers un idéal de population saine et vertueuse aux comportements moraux. Cinq bâtiments d’envergure devaient être construits ; ils le seront tous à l’exception du bureau de poste.

Marché Maisonneuve, Hôtel de Ville, Bain Maisonneuve

hotel-de-ville-maisonneuve-montreal-hochelaga-maisonneuve Au-delà de sa facture beaux-arts classique et élégante, le marché Maisonneuve est ainsi équipé dès sa construction de réfrigérateurs permettant de conserver le lait et la viande, bien avant que la version domestique de l’appareil ne fasse son apparition dans les foyers. L’imposant Hôtel de Ville, en plus d’être doté de magnifiques colonnes d’inspiration Beaux-Arts, abritait au sous-sol un laboratoire bactériologique et des équipements de pasteurisation.

Le bain Maisonneuve, sans doute l’un des plus beaux au Canada, permettait à la population ouvrière qui bien souvent n’avait ni douche, ni bain, de conserver une saine hygiène corporelle. Enfin, la caserne de pompiers numéro 1, où loge aujourd’hui le Théâtre Sans fil, a été construite d’après les plans que le grand architecte américain Frank Lloyd Wright avait dessinés pour le Unity Temple, en Illinois. Et pour unir ces bâtiments, deux boulevards ont été construits: Pie-IX et Morgan.

Dans cette ville de rêve, tout est à sa place. Des zones sont réservées aux résidences, d’autres aux industries, et des espaces de rassemblement sont prévus. Et surtout, tout est accessible à distance de marche, un détail auquel les frères Dufresne accordaient beaucoup d’importance.

Maisonneuve et la Première Guerre mondiale

L’âge d’or de Maisonneuve – et l’expérience urbanistique – se termine toutefois abruptement, presqu’en même temps que la Première Guerre mondiale. En 1918, accablée par la dette de guerre et le scandale spéculatif du parc Maisonneuve, la ville est annexée à Montréal. C’est la dernière d’une longue série d’annexions, qui donnera naissance à la grande ville que l’on connaît, et le début du secteur Hochelaga-Maisonneuve.

Autres textes sur Hochelaga-Maisonneuve

Photos Pierre Chantelois, les beautés de Montréal.

PUBLICITÉ

reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.refletdesociete.com/Abonnement.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Un joyau en friche

Un joyau en friche

Propos recueillis par Ariane Aubin                Dossier Reflet de mon QuartierParc Morgan

Reflet de mon quartier est un hebdomadaire consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais Hochelaga-Maisonneuve.

Caméra à la main, Pierre Chantelois arpente plusieurs fois par semaine les sentiers du parc Morgan, situé à l’intersection des rues Morgan et Sainte-Catherine Est. Des excursions méthodiques motivées par un engagement citoyen auquel le retraité consacre toutes ses énergies depuis bientôt 6 mois. Il en a tiré un blogue, Le Journal de bord du parc Morgan, dédié à ce parc abandonné par les élus et les citoyens auquel il rêve de redonner sa splendeur d’antan.

Propos recueillis par Ariane Aubin

Pavillon du parc Morgan, photo Pierre Chantelois

Tout a commencé le jour où la Ville a enlevé la clôture qui entourait le parc. Depuis, les activités qui animaient les lieux ont cessé, sous prétexte qu’elles coûtaient trop cher d’électricité et que sans clôture, il était impossible d’assurer la sécurité des participants. [NDLR: La clôture patrimoniale en fer forgé a finalement été volée et n’a jamais été réinstallée au parc Morgan.]

Pour ma part, j’ai commencé à m’intéresser au parc en décembre dernier en cherchant de nouveaux lieux à photographier pour mon premier blogue, Les beautés de Montréal. J’y suis allé souvent pendant l’hiver, parce que c’est un parc magnifique et que sous la neige, c’était féérique. Je n’avais aucune idée du triste état des lieux, mais lorsque la neige a fondu, j’étais consterné. Partout, on voyait des poubelles renversées, des canettes de bière, des bouteilles vides. Quelle déception! J’ai demandé à Raymond Viger, du Café-Graffiti, si le parc était toujours dans cet état et il m’a raconté l’histoire des lieux, l’animation qui y régnait il y a quelques années, puis leur lente dégradation. Je me suis dit que j’allais en faire ma petite croisade, avec pour seule arme ma caméra.

Du mois de décembre au mois d’août, j’ai pu voir le parc se dégrader sensiblement. Les bancs, par exemple, se sont couverts de tags et les piliers qui soutenaient autrefois la clôture volée ont été rongés par la rouille. En ce moment, ce parc est une vraie saloperie. Les jeunes qui font la patrouille dans ses sentiers pour le compte de la Ville de Montréal ne font rien. Quant aux employés municipaux qui passent parfois, je ne les ai jamais vus agir, autrement que pour couper la pelouse une fois de temps en temps Bon, ils ont bien remis en marche la fontaine, mais on n’y voit pas vraiment d’enfants… juste des adultes et des chiens.

Ce parc est pourtant un des joyaux du quartier. C’est sur ce terrain que le riche homme d’affaires Morgan, qui possédait les magasins Morgan’s à l’époque, avait installé son chalet. Après sa mort, sa famille en a fait don à la Ville. Il s’agissait alors d’un parc très luxueux, reconnu pour la qualité de sa végétation. L’axe Bain Morgan – Marché Maisonneuve – Parc Morgan devait devenir une sorte de Champs Élysées pour la riche ville de Maisonneuve, où était à l’époque situé le parc. On en est bien loin… Le théâtre Denise Pelletier, un des plus beaux édifices patrimoniaux du quartier, est en train d’être rénové au coût de 8 millions de dollars. Mais quand les gens sortiront du bâtiment tout rénové, qu’auront-ils devant les yeux? Ce parc en friche, sale et peu accueillant.

DeRue Morgan vue du pavillon du Parc Morgan - Au bout, le marché Maisonneuve - Photographie Pierre Chanteloisux parcs, deux mondes

Depuis que je m’intéresse à la question, rien n’a changé. Depuis deux mois, il ne se passe strictement rien. Les élus semblent peu préoccupés par l’état du parc. Pas surprenant quand on sait que la page web dédiée aux parcs de la Ville n’a pas été modifiée depuis 2005!

Quand je pose des questions, on me dit que les enfants ne fréquentent pas le parc et qu’il est donc inutile d’y prévoir de l’animation. Pourtant, entre le Marché Maisonneuve et le kiosque du parc Morgan, il y a trois écoles. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas assez d’enfants! Un parc plus accueillant, serait sans doute bien fréquenté. En attendant, si j’avais des enfants, je ne les emmènerais certainement pas jouer là. Les jeux ont été vandalisés, brûlés en partie. Des clous dépassent des structures, des substances non-identifiées suintent des parois… rien de très invitant.

Il n’y a qu’à prendre l’exemple du Parc Champêtre, situé juste de l’autre côté de Notre-Dame, pour comprendre comment il faut gérer nos parcs. Ce grand terrain est bien animé, il y a toujours des enfants qui y jouent au football, au soccer… Ce qui fait la différence, c’est le travail merveilleux d’une fondation privée, la fondation [Andrew J.] Robinette. Elle est dédiée à fournir aux jeunes défavorisés des occasions de se développer et le fait bien: le parc, où sont installés ses bureaux, est toujours plein.

Ce que je recommande, c’est d’abord que l’on creuse un tunnel pour relier les deux parcs, pour que les enfants puissent profiter de l’animation du parc Champêtre. En ce moment il est impossible de passer de l’un à l’autre; ce sont deux parcs autonomes qui se regardent, mais ne se parlent pas. Je pense que cette option serait préférable au projet actuel de la Ville, qui est d’aplanir le terrain du parc Morgan au même niveau que celui du parc Champêtre, dans le cadre des travaux de l’autoroute Notre-Dame.

Il faut aussi investir dans l’animation du parc. Il suffit de regarder les parcs autour, à Montréal, à Laval… En ce moment, la tendance est aux jets d’eau, qui sont très populaires auprès des enfants et ont l’avantage de nécessiter moins de surveillance que les piscines et pataugeoires.

Question de fierté

Terrasse maculée de déchets, Parc Morgan - Photographie Pierre Chantelois À une certaine époque, on accusait Verdun et Ville-Émard d’être pauvres et mal entretenues. Ces villes-là ont beaucoup évolué depuis, alors qu’ici la situation s’est dégradée. Je suis parti en voyage pendant quelques années et à mon retour, je ne reconnaissais plus ce quartier où j’ai vécu toute ma vie. Il n’y a pas de fierté associée au fait de vivre à Hochelaga-Maisonneuve. Et pourtant, le secteur Maisonneuve est appelé à devenir le nouveau Plateau, dit-on. On construit de nouveaux condos, mais pendant ce temps les parcs sont en friche. Il y a pourtant moyen de créer de beaux espaces dans des zones densément peuplées. Je pense par exemple au petit parc qui a été créé sur Ste-Catherine, en face des Foufounes électriques. C’est bien aménagé, à un point tel que des amis européens m’en ont parlé après leur visite.

Mon impression est qu’on laisse le parc tomber en décrépitude dans l’espoir que dans 20 ans, tout soit tellement pourri de partout qu’on n’aura plus le choix de tout raser. La seule chose que je veux, c’est qu’il se passe quelque chose. Je me sens tout seul dans ce combat. Je me demande parfois pourquoi je fais ça… sans doute par sentimentalité, parce que c’est un beau parc. Il y a quelques années, les Amis du Parc Morgan avaient fait le même constant et s’étaient battus pour le parc, mais ils ont laissé tomber depuis un bon bout de temps. Mon but est de tenir jusqu’en août ou septembre, pour montrer que pendant deux mois, il ne s’est rien passé.

Mes photos seront mon patrimoine, un témoignage de l’inaction généralisée qui a caractérisé ce dossier. Les gens pourront voir qu’en 2009, quelqu’un avait tenté de prévenir la population du triste état de ce beau parc. Et si jamais le projet de l’autoroute Notre-Dame mène au massacre du parc Morgan, il restera une trace visuelle de ce que cet espace vert était autrefois.

Toutes les photographies sont tirées du blogue de Pierre Chantelois:

Le Journal de bord du parc Morgan
Les beautés de Montréal

Autres textes sur le dossier Parc Morgan:

Triste histoire: Parc Morgan dans Hochelaga-Maisonneuve

Un joyau en friche

Les beaux jours du parc Morgan

Réal Ménard et le parc Morgan

Jimmy Vigneux, la SDC Ste-Catherine Est et le parc Morgan

Un parc en latence

Bien plus qu’une chicane de clôture

Une porte d’entrée sur Ste-Catherine Est

PUBLICITÉ

Graffiti Hip Hop de la scène de Montréal

operation-graffiti-hip-hop-graffiteur-graff Opération Graffiti. Toute l’histoire de la création du Café-Graffiti. La relation avec les jeunes. Ce qu’ils ont vécu dans le projet. Ce qu’ils ont fait vivre aux intervenants. Toutes les anecdotes d’un projet qui fait encore parler de lui. Une façon intéressante et originale de soutenir le Café-Graffiti dans sa mission d’aide et de soutien aux jeunes. 19,95$.

Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

%d blogueurs aiment cette page :