Tourisme en Gaspésie et son développement économique

 Tourisme en Gaspésie

Chicane entre tourisme et développement économique

Au cours de la dernière année, l’industrie touristique a été au cœur d’un litige déchirant la péninsule gaspésienne. Des élus et des citoyens soutiennent que ce pan important de leur économie a été transféré aux mains de la région voisine, le Bas-Saint-Laurent, et se mobilisent pour en reprendre les rênes. Certains y voient même une menace à l’autonomie de la Gaspésie.

Gabrièle Briggs   Dossier Gaspésie, Économie

gaspesie-peninsule-gaspesienne-gaspe Assis sur une plage de galets, le visage éclaboussé par l’eau salée, les yeux rivés sur le Rocher Percé; voilà l’un des nombreux paysages à couper le souffle qu’offre la Gaspésie au touriste qui s’y aventure. Nommée troisième plus belle destination au monde par la National Geographic Society, cette région est plus que jamais l’emblème touristique du Québec à l’étranger.

Jouissant d’une renommée mondiale, la Gaspésie doit une part importante de son développement économique au tourisme. Corde sensible des habitants de cette région, l’industrie déchaîne les passions, si bien que le conflit qui entoure le déménagement du siège social de l’Association touristique régionale (ATR) au Bas-Saint-Laurent s’est retrouvé devant les tribunaux.

Affrontement Gaspésie VS Bas-Saint-Laurent

La raison de ces affrontements? Au Québec, le découpage des régions touristiques diffère sensiblement du découpage administratif. Par exemple, le territoire touristique des Cantons-de-l’Est, qui comprend l’Estrie, couvre également l’est de la Montérégie. De son côté, la Gaspésie touristique comprend une partie du Bas-Saint-Laurent. Elle se termine à Sainte-Flavie, là où les routes du nord et du sud forment une boucle, dessinant le fameux tour de la Gaspésie qu’ont emprunté les jeunes bohèmes en quête d’aventures depuis des générations.

tourisme-gaspesie-peninsule-gaspesienne-touriste-gaspe La Gaspésie est toutefois la seule région pour laquelle le siège social de l’Association touristique régionale (ATR) se situe à l’extérieur de son territoire administratif. Situés à Sainte-Flavie, au Bas-Saint-Laurent, depuis 1984, les bureaux de l’ATR viennent tout juste d’être déménagés à Mont-Joli, également située dans la région administrative voisine de la Gaspésie. Ce déménagement a provoqué toute une controverse.

Dès le début du projet, des Gaspésiens ont réclamé le rapatriement du siège social et de la dizaine d’emplois qu’il représente dans la Gaspésie dite administrative. L’historien Jules Bélanger, l’un des premiers défenseurs du rapatriement du siège social, résume l’enjeu : «Avec les difficultés économiques qu’on lui connaît, la Gaspésie n’a pas le moyen de se priver du moindre siège social qui la concerne.»

Ce commentaire est paru dans une lettre envoyée aux médias locaux en juin 2008, après que l’historien ait entendu pour la première fois parler des projets de l’ATR. Son intervention a rapidement trouvé écho auprès de la population. Des citoyens, des élus municipaux et quelques entrepreneurs membres de l’ATR ont réclamé le retour du siège social dans la région.

Identité gaspésienne

Pour les opposants au déménagement, il en va de l’indépendance de la Gaspésie, qui a longtemps été administrée par le Bas-Saint-Laurent. «Un siège social, c’est là où les gens décident comment le tourisme va se développer en Gaspésie. Il faut qu’il soit sur les lieux», soutient Jules Bélanger.

«Est-ce qu’une gang qui vient de l’extérieur de la Gaspésie administrative peut débarquer et venir nous dire quoi faire? Il faut que ça s’arrête», dénonce aussi le président de la Conférence régionale des élus (CRÉ) de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Bertrand Berger. Cet organisme regroupe des élus municipaux et les préfets de région.

Mais pour nombre d’habitants de la péninsule, la question du tourisme est indissociable de la notion d’identité. Comme le bleuet représente les gens du Lac-Saint-Jean ou le Château Frontenac, les citoyens de Québec, le territoire gaspésien permet à la région de la distinguer du reste de la province. «Les Gaspésiens ont une histoire différente: c’est un peuple de la mer. Nous avons un sentiment d’appartenance et nous voulons prendre en main notre développement», explique Jules Bélanger.

Les opposants au déménagement de l’ATR vers Mont-Joli ironisent souvent sur l’attitude des habitants de l’est du Bas-Saint-Laurent. Ils leur reprochent de proclamer leur appartenance à la Gaspésie pour attirer les touristes, mais de s’affirmer comme Bas-Laurentiens lorsqu’il est question d’investissement économique. L’historien résume bien ce qui dérange nombre de ses compatriotes: «Les gens de Sainte-Flavie et de Mont-Joli ne se considèrent pas comme des Gaspésiens.»

Mais tous les habitants de la péninsule ne pensent pas ainsi. «J’ai une vision d’ensemble de la région touristique», soutient le maire de la municipalité gaspésienne de Mont-Saint-Pierre, Jean-Sébastien Cloutier. Le tour de la Gaspésie fait partie de notre région. Je le vois comme une force et non comme une faiblesse.» Quant à elle, la directrice par intérim de l’ATR, Joëlle Ross, s’oppose farouchement à cette frontière identitaire. «Les gens qui travaillent à l’ATR sont autant Gaspésiens que ceux qui travaillent sur le territoire», soutient-elle.

Les touristes de la Gaspésie d’abord

Lorsqu’elle a commencé à parler du déménagement de son siège social vers Mont-Joli, l’administration de l’ATR était loin de se douter de l’émoi que cela créerait. Pour cette association, le déménagement de ses bureaux était avant tout une question stratégique. Depuis que l’autoroute 20 est complétée à Mont-Joli, les gens en provenance du centre et de l’ouest de la province ne passent plus automatiquement devant le bureau d’accueil de Sainte-Flavie. L’été dernier, une diminution d’environ 30 % de l’achalandage a été observée, selon Joëlle Ross. «Il n’y a pas moins de touristes qui arrivent sur le territoire. Mais ils sont moins bien accueillis parce que l’ATR n’est pas situé au bon endroit.»

Devant l’opposition générale, l’administration de l’ATR demeure catégorique: son devoir est d’assurer le meilleur service possible à l’endroit des visiteurs et c’est pour eux qu’elle déménage à Mont-Joli. «Notre job à nous, c’est de recruter des touristes qui sont à l’extérieur de la Gaspésie. Et ça, on le fait très bien!», soutient Mme Ross.

Toutefois, au sein même de l’association, dont la plupart des membres se trouvent en Gaspésie administrative, les opinions divergent. Certains entrepreneurs, appuyés par la CRÉ, critiquent la manière peu démocratique dont l’ATR les aurait consultés. Le vote tenu en assemblée générale extraordinaire le 13 février 2009 et qui a penché en faveur du déménagement, a mis le feu aux poudres.

Pour les opposants, il s’agissait d’un coup monté puisque selon eux, certains membres en faveur du déménagement avaient en leur possession des procurations qui leur permettaient de voter au nom de personnes absentes. Les détracteurs estiment que sans ces procurations, l’issue du vote aurait été différente.

De l’avis du responsable des communications de la CRÉ, Benoît Pilon, l’ATR n’essaie pas de savoir ce que les membres veulent vraiment. «Elle est dans un effort de mobilisation pour garder leur bureau et sa dizaine d’emplois au Bas-Saint-Laurent», soutient cet avocat, qui est aussi propriétaire du Gîte Bleu sur Mer, membre de l’ATR.

La situation s’est envenimée à un point tel que l’affaire a été portée devant les tribunaux. Le 8 juillet 2009, le Gîte Bleu sur Mer, la Conférence régionale des élus et la Municipalité d’Escuminac, dont le maire est Bertrand Berger, ont demandé à la Cour supérieure d’émettre une injonction permanente pour faire invalider le vote. La cour doit maintenant trancher pour savoir si les résolutions ont été émises en toute légalité.

L’ATR Gaspésie va de l’avant

Malgré la demande d’injonction permanente, l’ATR a décidé d’aller de l’avant avec le déménagement. Le bâtiment a été transporté à sa nouvelle adresse en janvier, sur un terrain que la Municipalité de Mont-Joli a accordé pour la somme symbolique de 1 $.

De son côté, la CRÉ n’a pas attendu la décision de la Cour pour déployer sa gestion régionale du tourisme. Le 20 novembre, elle a annoncé vouloir se doter d’une politique-cadre de développement touristique. Elle souhaite ainsi que les décisions politiques concernant le tourisme soient prises en Gaspésie, tout en laissant à l’ATR son mandat de promotion. «On ne laissera pas le développement touristique dans les mains d’une autre région. L’industrie touristique, c’est probablement 25 à 30 % de nos activités économiques. C’est fondamental», soutient Bertrand Berger.

En Gaspésie, plusieurs veulent toutefois tourner la page sur cette phase houleuse de l’industrie. La peur de bien des élus et entrepreneurs : effrayer les touristes. «Il faut que cesse le conflit. On a une belle industrie et on doit travailler ensemble», conclut le maire de Mont-Saint-Pierre, Jean-Sébastien Cloutier.

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GRAFFICI, ma vie, ma Gaspésie

Magazines du Québec

GRAFFICI, ma vie, ma Gaspésie

Qui a dit que les médias devaient se faire concurrence? Certainement pas l’équipe de Graffici.

Geneviève Boivin   Chronique Magazine du Québec. Médias, Gaspésie

Graffici-Frederic-Vincent-magazine-gaspesie-journal-mediaDepuis ses débuts, ce petit mensuel toujours indépendant offre à la population gaspésienne de l’information différente qui complète ce qui se retrouve dans les autres médias, électroniques ou imprimés. Autrefois entièrement culturel, le journal couvre maintenant l’ensemble de l’actualité de la région. Même à travers les moments difficiles Graffici a toujours eu et gardera comme but d’offrir de l’information de qualité qui permet à la population d’en apprendre plus sur sa région.

En 2000 la population gaspésienne traverse une période difficile. Plusieurs fermetures d’industries, dont la mine de Murdochville, affectent durement l’économie de certaines parties de la région. C’est dans ce contexte que Pascal Alain et Normand Canuel décident de fonder un journal qui donnera une image positive de la Gaspésie.

Les bons coups de la Gaspésie

À travers la culture, un secteur très riche mais peu couvert par les médias locaux, ils démontreront qu’il se fait aussi de bons coups. Ils se sont donnés corps et âmes à ce projet qui a vite porté fruit. Rapidement, le journal s’est démarqué par son contenu et est devenu la référence culturelle de la région. «Beaucoup de gens qui nous trouvaient ambitieux, pour ne pas dire suicidaires, mais on a plongés et le journal fêtera bientôt ses huit ans d’existence. Notre idée a fonctionné», déclare le cofondateur Pascal Alain.

Pendant plus de 5 ans, l’équipe de Graffici a maintenu le cap sur ses objectifs premiers. Avec l’aide de collaborateurs bénévoles qui, pour la plupart, n’avaient aucune formation en journalisme, la publication couvrait les événements culturels partout en région.

Par contre, tout était loin d’être rose. Le journal avait de gros problèmes financiers et les revenus de la vente publicitaire étaient loin d’être suffisants. «Au fil des ans, on a trouvé des moyens d’obtenir les fonds nécessaires par le biais de campagnes de financement. On a même déjà vendu des portions de la route 132. Cela allait de paire avec notre mission d’unir la Gaspésie», affirme le directeur actuel du journal, Frédéric Vincent. Mais malgré  de nombreuses campagnes de financement, la situation ne s’améliorait pas.

2005: point de non-retourpublication revue magazine édition journal journalisme pour Graffici

«En 2005, on s’est rendus compte que plus rien n’allait du côté financier.  Soit on réussissait à amener le journal dans une autre direction, soit on fermait. On  n’avait plus de temps, il était minuit moins une», explique Frédéric Vincent.

L’équipe s’est alors tournée vers la Conférence régionale des élus. «La CRÉ nous a offert un soutien non seulement financier mais aussi technique. Ils nous ont donné assez d’argent pour qu’on puisse se concentrer entièrement sur le journal pendant un an mais ils ont aussi formé un comité pour nous aider à trouver des solutions», ajoute Frédéric Vincent. Une étude de marché a confirmé que le journal était très apprécié mais que le concept ne pouvait plus fonctionner. Graffici avait atteint son potentiel de lectorat. Le modèle n’était plus viable.

Un nouveau magazine Graffici

Face à cette réalité, l’équipe de Graffici n’a pas baissé les bras.  Déterminée à garder le mensuel en vie, elle a pris la décision de tout changer. Le journal allait désormais couvrir l’ensemble de l’actualité régionale.

Il a fallu plusieurs mois de travail avant d’en arriver à la version finale du nouveau produit. L’équipe du journal et le comité de remise sur pied se sont concentrés sur l’élaboration d’un magazine qui conviendrait à toutes les tranches de la population. Ils ont travaillé l’image et les textes mais aussi décidé de faire affaire avec des journalistes professionnels.

Dans toute l’élaboration de ce nouveau concept, un mot d’ordre dominait: accessibilité. «On s’est dit qu’il fallait que le journal soit plus accessible en terme de contenu, de visuel mais aussi physiquement. Donc on a décidé de le distribuer gratuitement dans toutes les maisons», explique Frédéric Vincent.

En octobre 2007, la première édition généraliste est lancée. Depuis, Graffici est distribué à plus de 37 000 exemplaires, ce qui en fait le journal indépendant avec le plus grand tirage au Québec. Sa situation financière va  beaucoup mieux. La vente publicitaire a augmenté passablement grâce, entre autres, à la promotion de divers organismes à travers des publi-reportages. Avec des revenus annuels de 500 000$, le budget de Graffici est maintenant équilibré. Sa bonne réputation est demeurée intacte. «Nous prendrons le pouls de la population au cours de la prochaine année. Cependant, nous pensons vraiment que les résultats sont positifs. Nous le constatons avec l’augmentation des re-venus publicitaires et des commentaires que nous recevons», ajoute le directeur.

Graffici: Une locomotive pour la Gaspésie

Graffici n’a pas été créé pour concurrencer les autres médias et même s’il couvre maintenant l’actualité générale, il ne le fera pas. Publié une fois par mois, le journal traite des mêmes sujets que les autres mais sous des angles très différents. «Je crois que les médias de la région se complètent et forment un tout», affirme le directeur.

Quand il pense à son journal dans les prochaines années, Frédéric Vincent n’a qu’une idée en tête: «Je veux vraiment que Graffici devienne une locomotive de l’information. Nous voulons faire bouger les choses.» Faire réagir la population tout en continuant de développer la nouvelle image du magazine est primordial pour toute l’équipe. Pour elle, les médias ne doivent pas se contenter de livrer de l’infor-mation, ils doivent prendre part aux événements.  Frédéric Vincent compte atteindre son but, entre autres, en publiant des sondages sur des sujets qui touchent la population régionale.

Appel aux Gaspésiens Hors Gaspésie

Le rêve de Frédéric Vincent est de rejoindre l’ensemble des Gaspésiens vivant partout à travers le monde. Restez en contact avec vos racines gaspésiennes. Laissez-nous un commentaire pour que nous puissions vous donner des nouvelles de la Gaspésie.

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