Sécurité d’emploi pour un prisonnier

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

Présentation en français de LOVE in 3D

Prisonnier et système carcéral

Colin McGregor, prison Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleUn long champ, recouvert de gazon brun, s’étend entre la manufacture de la prison et la cellule où j’habite. Pendant des années, ce terrain était abandonné. Récemment, il a repris vie. C’est en revenant de mon quart de travail, un avant-midi, que je l’ai remarqué. Il y avait de nombreux camions bennes remplis de sable, des ouvriers pelletaient, creusant d’énormes trous. Je pouvais voir la terre noire empilée comme des pyramides qui pointaient vers le ciel.

Aux abords du site, des ingénieurs rassemblés en cercle échangeaient amicalement, les yeux rivés sur les camions. En regardant les ouvriers travailler, une femme s’est mise à sourire. Tous étaient à la fois décontractés et concentrés sur leur travail. Personne sur le chantier ne semblait craindre la présence de prisonniers dans leur dos.

Une résidente des environs m’a écrit une lettre à laquelle je pensais en me rendant à la cafétéria. Elle me racontait les problèmes économiques que vivait sa région, autrefois envahie de consommateurs. Ils provenaient des États-Unis, à quelques kilomètres de là, motivés par l’avantage de leur dollar et la facilité à passer les douanes. Ils arrivaient aussi des quartiers fortunés de Montréal, attirés par l’aspect bucolique des lieux. À l’époque, magasiner à Knowlton était une sortie prisée par les familles d’Outremont ou de Baie- D’Urfé. Plus maintenant.

Le dollar canadien est élevé. Les États-Unis sont en récession. Traverser la frontière est plus compliqué. Avec l’Internet, les gens peuvent acheter tout ce qu’ils désirent sans sortir. Depuis des années, la foule anglophone de Montréal, mon ancien monde, ne vient plus visiter la région. Les entreprises de la région de Granby et des environs ferment.

De retour à la prison

J’ai délaissé la lettre pour aller dîner. Il se faisait tard. Arrivé à la cafétéria, il ne restait plus de salade. J’ai dû me contenter d’un ragoût de fèves et d’une orange. De la bonne nourriture pour un système digestif de 50 ans! Les hommes avec qui je mange tous les jours, du même âge que moi, étaient toujours à la table. Une cafétéria de prison, c’est très territorial. Nous avons pris possession d’une petite table ronde, située dans un coin.

prisons-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleEn les regardant, je me suis mis à sourire. Tous les jours, ces deux francophones de Montréal se moquent de mon écriture et de mon accent quand je parle français. Je leur réponds alors qu’ils sont jaloux parce que je regarde TV5 et que j’essaie d’imiter mes héros de l’émission Des chiffres et des lettres. Ils me disent que je suis une tête carrée délirante. Je me plains d’être pris avec mes deux gros caves. On s’amuse en mangeant.

En quittant la cafétéria, quelqu’un me demande «quand est-ce que le gouvernement va nous habiller en tenues orange?». Pour le moment, nous portons des jeans et des t-shirts blancs ou bleus. En haussant les épaules, je lui réponds ne rien en savoir et espère que ce ne soit pas pour bientôt.

Derrière la prison, les camions s’activent toujours, dans le champ. Ils ont commencé avant l’aube et creusent bien après le coucher du soleil. Dans mon aile, de nouveaux prisonniers ont été placés dans des cellules doubles. Ils sont jeunes, de style hip-hop, avec des casquettes de baseball qu’ils portent sur le côté. Ils ont des jeans larges portés bas. Ils parlent trop fort et sont plein d’enthousiasme. La prison est excitante pour eux, comme s’il s’agissait d’une aventure. Mais, très tôt, ils vont comprendre que leur énergie n’a pas d’endroit où se dépenser, que la prison n’est pas une vidéo de rap.

Je ferme la porte de ma cellule et j’allume ma petite télévision. Aux nouvelles, on annonce une autre fermeture d’usine, dans la région. Hommes et femmes sont atterrés. Certains travaillaient depuis 20–30 ans pour la compagnie. Ils ne comprennent pas. Mais la fermeture n’est qu’une petite nouvelle dans le bulletin. On passe rapidement à la politique.

Une cloche sonne. Le son est plaisant, harmonieux. La porte de ma cellule s’ouvre. C’est l’heure d’aller travailler. Je purge une sentence à vie. Je ne serai pas congédié de ma peine. J’ai la pleine sécurité d’emploi.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Comportements d’un prisonnier

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Système carcéral et pénitenciers

Au dessus de tout soupçon

Que cache la carapace criminelle? Par un excès d’orgueil ou de fierté, j’ai dû attendre de traverser mes quarante ans avant de déterrer et d’exposer à la lumière ce qui m’avait détourné de ma véritable voie.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

prison-prisonnier-penitencier-tole-bagnardDépassé et maintes fois ébranlé par mes propres comportements, je ne pouvais continuer sans trouver une explication claire. Comment m’étais-je transformé en cet être si méchant, un voyou? Pour comprendre, je décide de dévorer toute la documentation qui me passe entre les mains: psychologie, criminologie… Puis, je m’attarde sur des documentaires qui peuvent me diriger afin de reprendre mon chemin à reculons. À quel endroit ma route a-t-elle bifurqué. Et surtout, pourquoi?

La haine de l’autorité

Une première lumière attire mon attention. C’est l’incompréhension que j’ai de ma haine viscérale envers toute autorité. Un problème qui me rend la vie infernale. La police, les juges, les gardiens de prison: tout ce qui porte un uniforme et détient de l’autorité me rend fou et ce, sans raison apparente.

Mes lectures et mes discussions afin de comprendre cette haine m’orientent dans le même sens. Cette violente colère doit provenir de mon père. Violent et suicidaire, il cadrait bien avec cette hypothèse. Pourtant, dans mon for intérieur, je ne peux le croire. Mon père, malgré ses sérieux défauts, je l’ai aimé de tout mon cœur. Il m’a offert le mieux de ce qu’il avait, selon ses capacités. Quand je revisite mon conflit avec les uniformes, je ne pense pas à lui.

Introspection douloureuse

Je veux comprendre. Armé de ma pelle, je me suis mis à creuser en moi avec acharnement. Durant cette introspection, je rencontre bien des obstacles: des roches de préjugés et d’impressions très difficiles à déloger. Plus je creuse, plus les roches deviennent dures et grosses. Puis, j’atteints une muraille qui me semble infranchissable. Je ne sais pas comment, mais je dois faire exploser ce mur. Peut-être cela m’a-t-il coûté une dépression ou un burn out, pour fissurer le ciment qui maintient la muraille. Tout ce que je sais, c’est qu’il m’a fallu vivre un évènement de taille pour déboulonner mes anciennes certitudes. J’imagine que cet évènement était incontournable pour que je puisse faire sauter ce mur. Qui sait, peut-être était-il imaginaire!

Passé cet obstacle, j’atteins mon but. Ce lieu où les évènements prennent tout leurs sens. On m’a toujours enseigné de faire confiance à mon ressenti, parfois même en faisant abstraction du rationnel. Je réalise que les deux se marient très bien et durent beaucoup plus longtemps en couple que seul. Finalement, je rassemble toutes les composantes de ma vie pour en faire un tableau harmonieux. Cela nécessite des sacrifices qui en valent cent fois la peine. Je reprends le développement de mes propres idées pour ensuite entreprendre le rétablissement d’une véritable identité.

Retour à l’enfance

J’ai commencé à bifurquer de mon chemin dès mon très jeune âge. Incapable de m’imaginer une personne en autorité indiquant la mauvaise direction à prendre, je me suis laissé guider dans un cul-de-sac. Je n’étais pas assez mature et développé pour distinguer les bons des mauvais comportements.

Malléable et influençable comme un enfant peut l’être, j’ai cru en toute innocence que j’étais seul responsable de ce qui m’était arrivé. Que ceux qui m’avaient fait des attouchements ne répondaient qu’aux réactions mécaniques de mon corps d’enfant de 12 ans. Ils avaient réussi à me convaincre. Pendant plus de 30 ans, je me suis empoisonné la vie avec ces préjugés d’universitaires.

J’écoute à la télé des émissions qui donnent la parole à d’ex-victimes. J’y entends des pédophiles justifier leurs gestes par le fait d’avoir été eux-mêmes agressés dans leur enfance, qu’ils ne font que répéter ce qu’ils ont subi. Quelle magnifique façon d’effrayer les victimes à s’ouvrir!

J’ai la certitude que plusieurs victimes ont pris la ferme décision d’enterrer encore plus profondément cette blessure. Il serait préférable de mourir avec ce secret odieux que de laisser planer un doute sur sa capacité à devenir à son tour un agresseur. Je n’en reviens d’ailleurs toujours pas. Des agresseurs sexuels qui diminuent la portée de leurs gestes en se proclamant victimes eux aussi!

Tabou carcéral

Pour un criminel, admettre que des blessures du passé alimentent la soif de violence ou l’aversion envers l’autorité est tabou. C’est inadmissible. Ces souvenirs sont parfois si bien enterrés qu’ils semblent ne jamais avoir existés. J’ai dû moi-même attendre plus de 30 ans avant de comprendre. Je traverse cette muraille qui bloque l’accès à cette partie fragile de moi. Je sais très bien ce qu’ils peuvent vivre et comme le chemin est long. Combien d’hommes hyper violents qui maudissent toute forme d’autorité ont perdu de vue l’origine de ce mal qui les ronge de l’intérieur, silencieusement, tel un cancer? Ils deviennent leurs pires ennemis.

Dans le domaine du droit, on perd de vue une partie des conséquences qu’engendrent l’abus sexuel. Une fraction des dommages collatéraux passe inaperçue. Au pénitencier, il est exceptionnel pour un homme étiqueté «gangster», «motard» ou «braqueur», d’être soupçonné d’être le produit d’un agresseur.

Fierté criminelle

Le titre de criminel intimide, éloigne et repousse les questions. Ce titre se porte avec ravissement et fierté dans le milieu carcéral. Avouer qu’une carrière dans le crime a pris naissance dans la réaction d’un drame vécu à l’enfance serait impensable. Le prestige que retirent certains criminels de leur saga judiciaire disparaîtrait automatiquement si la vérité se savait. C’est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs victimes préfèrent disparaître sans révéler leur secret.

L’agression sexuelle à l’endroit d’un enfant par un être en autorité déclenche une rébellion, une violence vis-à-vis tout ce qui porte un uniforme et qui prétend agir pour le bien. C’est ainsi que je me suis fait piéger. Ce qui m’a donné bien du mal à accéder au bonheur.

Vaincre ses démons

Ma souffrance me transformait en un animal sauvage et blessé. Ma vérité était trop douloureuse pour être domestiquée. Voilà en bonne partie la décortication de ma criminalité. C’est pourquoi il m’apparaît essentiel de rappeler aux juges de ne pas oublier le nom de ceux qui se suicideront, ceux qui deviendront des junkies, ceux qui saboteront leur vie familiale de ceux qui deviendront des criminels violents. Pour que leurs jugements correspondent vraiment à la gravité des actes commis.

Je ne peux pas revenir en arrière. Mais j’aimerais bien fermer cette piste boueuse et la transformer en un magnifique jardin d’enfants. Si j’ai vaincu mes démons, je sais aussi que les mauvaises habitudes ont la vie dure. Il faudra que je demeure vigilant jusqu’à la fin de mes jours.

Si à vaincre sans effort, on triomphe sans gloire, je rajouterais qu’à se laisser berner trop facilement par les autres, on finit par se berner soi-même.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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Zoothérapie en prison

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Zoothérapie pénitenciaire

Le pénitencier ressemble parfois à une véritable animalerie, à une diversité d’animaux à faire pâlir de jalousie un directeur de zoo.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, Dossier Prison, Criminalité, zoothérapie

zoothérapie prisons prisonnier animaux L’emploi des quolibets pour se décrire entre détenus prend souvent naissance chez un trait comportemental ou physique de la personne visée. Le cachalot ou le pic décrivent bien la corpulence ou la maigreur des personnes identifiées, alors que «Buzz» et «Fess» correspondent à un non-dit qui sous entend un état stone ou violent.

Voici quelques exemples révélateurs de la faune carcérale: la mouette est un détenu toujours affamé qui ramasse tout ce qui lui tombe sous la main, le requin est celui qui prête de l’argent à des taux d’intérêts exorbitants, le rat est celui qui utilise la délation pour obtenir une libération anticipée, le poisson ou le méné est celui qui se fait arracher son argent par une magouille quelconque.

La zoothérapie en prison

zootherapie-prison-animaux-systeme-carceral Plus sérieusement, au Canada comme dans plusieurs autres pays, des pénitenciers utilisent la zoothérapie comme programme de réhabilitation. Le dressage de chevaux sauvages aux États-Unis est probablement le plus connu d’entre eux. Plusieurs documentaires télévisés furent réalisés à ce sujet.

Dans une moindre mesure, il existe des projets moins connus mais tout aussi bénéfiques et efficaces. Le dressage de chiens pour des personnes handicapées en tout genre se pratique aussi à l’intérieur de certaines prisons.

Ici à Cowansville, des détenus paient de leur propre poche pour un service de zoothérapie. À raison d’une fois par mois, un petit groupe de détenus se retrouvent dans un minuscule local avec les animaux. C’est dans cet endroit que les détenus ont la possibilité de caresser, câliner, serrer, cajoler ces animaux. L’activité débute normalement par la déclaration de l’état civil de la responsable, histoire de décourager les mâles en chaleur. Par la suite, elle explique l’objectif de l’activité. C’est la seule du genre dans tout le pénitencier où les détenus payent eux-mêmes leur participation. Cette démarche personnelle démontre sans aucun doute les bienfaits que les gars en retirent individuellement.

Découverte de soi-même par la zoothérapie

hibou-zootherapie-prison-penitencier Pour plusieurs d’entre nous, les émotions que nous avions laissées au placard à notre arrestation rebondissent en force dès que nous sommes mis en contact avec ces animaux.

D’autres, découvrent pour une première fois le réconfort qu’un animal peut procurer. J’ai vu des détenus redevenir des hommes l’instant d’un échange avec un gros chat ou un petit hérisson. C’est rassurant de réaliser que derrière quelques visages patibulaires se cachent des petits garçons en mal de tendresse et d’amour.

Je peux l’affirmer pour l’avoir vu de mes propres yeux, le contact avec des animaux humanise les hommes. Ils apprennent à se laisser apprivoiser. J’ai discuté avec plusieurs des détenus prenant part à l’activité et après leur première participation, tous découvraient leur premier amour inconditionnel. Cela change radicalement la vision de ceux qui furent victimes d’abus en tous genres.

La mission première du Service correctionnel est la protection du public. Cette protection devrait commencer par le désamorçage des bombes ambulantes que deviennent certains détenus durant leur détention. Il n’y pas suffisamment de reconnaissance attribuée aux bienfaits que procure la zoothérapie.

zootherapie-grenouille-prison-penitencier

Autres textes sur zoothérapie

Toiles du lion, artiste Boo-Boo. Le hibou, artiste Fléo. La grenouille, artiste Arpi

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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Témoignage: condamné à garder ses distances

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Témoignage: condamné à garder ses distances

Jean-Pierre Bellemare      Dossiers Prison, Criminalité

En prison, nos façons de faire et notre comportement répondent à un code propre au milieu carcéral. Traiter un codétenu de «cochon» ou de «rat» est considéré comme une provocation pouvant entraîner la mort. S’adresser à un gardien comme un ami est une erreur grave. Il existe plein de petites choses qui, sous des apparences anodines, cachent des problèmes potentiels.

prisonnier systeme carceral prisons penitencier bagne toleUne catégorie de détenus s’adapte plutôt mal à la culture en place: les auteurs de drames passionnels. Par exemple, des pères de famille qui ont sauté les plombs à cause d’un événement dramatique ou d’une accumulation de frustrations. Dans un délire momentané, ils commettent l’irréparable. Ces condamnés sont dénommés citoyens en prison. Ils ne connaissent pas la barrière qui existe entre les gardiens et les autres détenus. Ces citoyens croient à tort que les gardiens sont là pour les aider. Ceux-ci profitent de leur naïveté pour soutirer des informations. Ce faisant, ils ne réalisent pas les risques auxquels ils s’exposent.

prisons penitencier prisonnier tole bagne systeme carceralLe mandat des gardiens est d’empêcher les détenus de s’échapper pour protéger le public. Le bien-être du détenu n’est pas inclus dans ce mandat. Quand un gardien adoucit la détention d’un prisonnier, c’est pour améliorer sa propre qualité de vie au travail. Un détenu satisfait est moins provoquant ou injurieux envers les gardiensjurieu

Les histoires reliées à la dangerosité de leur travail sont surfaites. C’est un préjugé que les syndicats utilisent pour revendiquer des salaires plus élevés. Les armes artisanales qu’ils affichent devant les caméras ne sont que de la poudre aux yeux. Au pénitencier, lorsqu’un incident violent survient, c’est généralement entre les détenus. Il y a tellement de caméras de surveillance au pénitencier que ceux qui passent à l’acte sont pratiquement toujours pris.

Le pénitencier Leclerc est connu pour ses récidivistes et ses motards criminalisés. Pourtant, de jeunes secrétaires traversent souvent la cour intérieure alors que des centaines de détenus s’y trouvent.

Trop souvent, les gardiens qui désirent des augmentations de salaire poussent les détenus à bout, en utilisant différents stratagèmes. Retarder les repas, faire attendre les familles qui visitent leurs proches, déclencher des fouilles en brisant des choses personnelles, etc. Puis, lorsqu’un détenu crache sur un gardien, ce qui est extrêmement rare, on le transfère dans une prison à sécurité «super maximum». L’événement est considéré comme un assaut. Cela donne du poids à leurs revendications. Les gardiens ont beau jeu: qui nous accorderait de la crédibilité? Ils se permettent des libertés et utilisent les détenus comme boucs émissaires.

Si on comparait leur travail aux dangers qu’affrontent les chauffeurs d’autobus, de taxis ou même les facteurs, on constaterait rapidement que le travail d’un gardien est une vraie sinécure. Beaucoup d’universitaires traînent leurs travaux et complètent leurs devoirs pendant leur quart de travail. J’ai personnellement émis des plaintes pour que les membres du personnel ne lisent pas de magazines, de journaux ou écoutent la télévision pendant leur quart de travail.

Le jour où les détenus seront récompensés pour l’amélioration de leurs comportements plutôt que pour les informations qu’ils donnent, le travail de gardien pourra retrouver un peu plus de dignité. La victime de ce marchandage restera toujours la sécurité du public.

Si la majorité des détenus provient de milieux dysfonctionnels et pauvres où leur voix n’a jamais été entendue, cela ne change pas lorsqu’ils arrivent au pénitencier.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

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Un transfert et ses revers

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Un transfert et ses revers

Jean-Pierre Bellemare     Dossiers Prison, Criminalité

Les transferts de prison ne s’effectuent pas que dans une seule direction. Vous pouvez être transféré dans un établissement à sécurité moindre si vous devenez plus « gentil ». Vous pouvez aussi être déplacé vers une prison à haute sécurité lorsque vous êtes pris en train de tuer, de battre ou d’avoir un comportement dangereux. Cela a pour conséquence de prolonger votre période de détention. Lorsque vous présenterez une demande de libération, les décideurs seront aussi beaucoup plus frileux à l’idée de vous libérer.

D’un côté, il y a ceux qui demandent un transfert de leur plein gré en raison de leur bon comportement pour se rapprocher de leur famille, pour participer à un programme de réinsertion ou pour poursuivre des études. De l’autre, on retrouve ceux qui sont récompensés à titre de collaborateurs (les délateurs) ou encore d’autres qui, craignant les représailles de leurs codétenus, demandent à être protégés (pédophiles, voleurs de cellule et ceux qui sont incapables de payer leurs achats de drogue…).

Stress et angoisse

Tout prisonnier transféré subit un stress considérable, ce qui peut conduire à la dépression, à la surdose, voire jusqu’au suicide. Surtout lorsque le transfert se fait contre son gré. Situation qui peut être perçue comme un enlèvement avec séquestration suivi d’une longue période d’isolement.

Le dépaysement est total. Vous n’avez pas vos propres vêtements ni accès à vos ressources, aussi restreintes soient-elles. Vous êtes menottés aux mains et aux pieds. On vous trimbale dans des conditions semblables aux animaux destinés à l’abattoir dans une cage métallique.

Le transfert est une grande source d’anxiété et d’angoisse. Généralement, vous ne choisissez ni l’endroit ni vos nouveaux voisins. Votre arrivée est menaçante, dérangeante. Vous serez probablement mis dans une cellule double avec un pur inconnu. La cellule, de la taille d’un placard muni d’une toilette et d’un lavabo, est beaucoup trop petite pour deux prisonniers.

Votre « stature » physique ou criminelle peut alors aider. Un homme de 6 pieds et 4 pouces sera très bien accueilli. Le fils d’un chef de gang aussi. Mais ce sont des exceptions à la règle. Pour le père de famille condamné pour crime passionnel ou le jeune drogué condamné pour vol de dépanneur, l’histoire est loin d’être drôle.

Un pénitencier n’est pas un camp de vacances. Lorsque vous êtes transféré, on ne tient pas compte de votre besoin d’être rassuré. Les gars ne peuvent jamais exposer leur vulnérabilité ni leurs besoins affectifs, ce qui est essentiel à tout individu. Nous apprenons à les ignorer, à les refouler, à les dénigrer. Pour pallier la souffrance subie en prison, la drogue devient une forme d’auto-médication, l’équivalent du Valium, du vin ou de la bière pour celui qui est « dehors ».

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

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Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Délateurs: traitement de faveur

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

Présentation en français de LOVE in 3D

Délateurs: traitement de faveur

Jean-Pierre Bellemare         Dossier Prison, Criminalité

Dans l’enceinte du pénitencier, les gardiens ferment souvent les yeux sur le trafic de drogue. Certains détenus peuvent en vendre et en acheter. Ils peuvent aussi battre leurs voisins de cellule et provoquer les gardiens. Quelles que soient leurs actions, ils s’en tirent toujours sans problème… Il arrive même que ceux-là soient libérés plus rapidement et avec moins de conditions. Qui sont-ils? Les délateurs.

Le pénitencier est un terrain de jeu pour eux, et le monde au-delà des barreaux l’est d’autant plus. Une fois libérés, ils récidivent. Leurs crimes sont à nouveau punis. Alors, ils retournent au pénitencier pour le quitter aussi rapidement.

Cette situation existe, parce que les détenus connaissent bien les rouages de la prison et la façon de penser des fonctionnaires qui leur permettent d’être libérés. Ils savent par conséquent les utiliser à leur avantage, tout en leur laissant l’impression que ce sont eux qui ont le pouvoir.

Ces fonctionnaires prennent vraiment les prisonniers pour des idiots. Il m’arrive souvent de voir un autre détenu vendre de la drogue sous les yeux des gardiens ou se battre sans se soucier d’être pris. J’estime que les agents de libération en charge de ces détenus informateurs font preuve d’irresponsabilité et de naïveté.

Il y a plusieurs années, une grosse pointure (un criminel notoire) m’offrait de faire entrer de l’héroïne pour lui. Méfiant, j’ai refusé. Il a alors adressé sa proposition à un autre prisonnier qui, lui, a accepté. Il s’est fait prendre. La grosse pointure n’a jamais été suspectée de manipulation par les détenus, parce que c’est elle qui «perd son stock». Celui qui s’est fait prendre ne pensait pas au fait qu’il était seulement une simple marionnette, et qu’il avait permis d’accélérer le processus de libération du criminel notoire. J’ai tiré une leçon de ce coup monté et changé ma perception du milieu criminel.

Malheureux contribuables

Un des recours de ces détenus futés pour avoir droit à certains privilèges est de coopérer avec les autorités pénitentiaires. Cependant, en réalité, ce sont souvent eux les véritables criminels. L’administration devient alors complice de leurs crimes en les relâchant de façon précoce. Comment les autorités peuvent-elles croire que ces détenus opportunistes deviendront des citoyens respectables?

Cette méthode de travail, l’encouragement à la délation, est une technique développée par les régimes totalitaires. Être informateur devient une tendance chez les prisonniers, puisque ce statut leur garantit une libération prématurée.

Le détenu qui est libéré pour avoir dénoncé ses pairs aura la certitude d’être intouchable et de pouvoir s’en sortir à nouveau, à sa prochaine incarcération. Pour l’administration, aussi longtemps que le délateur fournira de l’information, peu importe la façon dont il se la procure, il sera libéré. Le contribuable est la victime de ce marchandage honteux.

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

love-in-3dLove in 3D.

Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

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Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

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Témoignage: Mes remords

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Témoignage: Mes remords

Témoignage de Pierre, Michel  et Jean-Pierre Bellemare
Dossier Prison, Criminalité
 chronique prisonnier, prison, prisonnier 1

Système carcéral à deux vitesses

Pierre

J’ai habité plusieurs maisons de transition. Les écarts entre le privé et le public sont énormes. Une maison de transition privée: trois intervenants pour dix-huit pensionnaires. Des ordinateurs datant quasiment de la guerre. Une maison de transition publique: 18 intervenants pour 30 pensionnaires. Chacun a un ordinateur des plus performants. L’espace de cuisine pour les intervenants est plus grand que les espaces réservés aux prisonniers.

Aussi, je trouve que le système carcéral est comme une entreprise privée. Actuellement, il y a moins de prisonniers. Au lieu d’accepter que les prisons ne se vident et qu’elles perdent leur budget, l’administration est sur le dos des prisonniers et, au moindre écart, elle les accuse de bris de conditions. Tout est passé au peigne fin et on vous ramène en dedans pour terminer la sentence.

Vous étiez là, accomplissant un travail intègre
J’ai soudain donné un goût amer à votre existence
J’aimerais pouvoir revenir en arrière et changer les choses
Pour vous, la vie ne doit pas toujours être rose

Je prends conscience des torts que je vous ai causés
Comment pourrais-je les atténuer?
Que puis-je faire pour mettre un baume sur vos cœurs blessés?
Prier et vous écouter, du plus profond de mon cœur
Vous dire que je suis sincèrement désolé

Si cela peut vous consoler, ne croyez pas que je m’en sois tiré
Aujourd’hui je paye pour les fautes de mon passé

À toutes ces victimes innocentes, j’adresse une prière de guérison intérieure
Si vous me le permettez, un jour, je vous ouvrirai mon cœur
Je prie en silence, pour que vous puissiez me pardonner
Afin que, de mes remords, je sois libéré

par Michel Morin

Jeunesse à l’ombre

Jean-Pierre Bellemare

Pour protéger un enfant, lorsqu’il n’y a pas de famille d’accueil disponible, l’enfant est retiré de son milieu familial et remis dans un établissement de détention juvénile. Entouré de jeunes délinquants, ce n’est pas une combinaison idéale. Selon le juge Jacques Lemarche du Tribunal de la jeunesse, 80% des jeunes en centres de détention finissent dans les pénitenciers fédéraux (sentence de plus de deux ans).

L’institutionnalisation des enfants les déresponsabilise et les infantilise. Les enfants en besoin de protection sont punis pour des comportements adultes. Dans leur tête, des questionnements ambigus alimentent la confusion. Pourquoi doivent-ils subir une mise à l’écart dans un groupe aussi perturbé qu’eux? Mis avec des délinquants, ils deviennent eux-mêmes à risque. Ce traitement engendre en quelques années des adolescents qu’il est préférable d’éviter sur la rue.

Est-ce que les fonctionnaires se comportent comme les infirmières et les médecins, qui sont continuellement confrontés à la douleur? Deviennent-ils immunisés et moins sensibles aux besoins et aux droits des jeunes? Plus l’institution est grosse et plus la relation avec le jeune est dépersonnalisée.

Dans le cas d’un jeune qui utilise la menace ou le chantage, une approche humiliante de la part du parent ou de la personne en autorité risque de ne pas porter ses fruits. À mon avis, il faut utiliser des moyens plus subtils que les parents doivent adapter à la personnalité de leur enfant.

Je privilégie une approche étroite, une relation directe avec le jeune. Lui manifester de l’attention. Après avoir établi une relation de confiance avec le jeune, le temps offrira des occasions d’intervenir. Il n’y a rien de mystérieux dans le soutien aux jeunes. Impossible de se tromper en manifestant un désir sincère de protection et de relation. Cela permet de cicatriser toutes les souffrances antérieures et de rétablir la confiance.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

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Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

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