Seul à mourir

« J’aurais aimé que ce récit ne soit qu’une fabulation. Pourtant, cette histoire est inspirée de mon expérience terrain, trente ans d’intervention auprès de personnes marginalisées »

Un texte de Raymond Viger publié sur RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Santé mentale

Personne n’ose lui demander comment ça va. Parce que ça ne va pas. Mais vraiment pas.

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Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Le cerf-volant de ma vie

Un éditorial de Raymond Viger – Dossier Santé mentale

Je ne suis pas fou.

Je n’ai pas de problème de santé mentale.

Je suis juste différent.

Je ne pense pas comme toi.

Je n’apprends pas comme toi.

Je ne communique pas comme toi.

Mon cerveau ne réagit pas comme celui des autres.

Et c’est tant mieux.

C’est ce qui fait ce que je suis.

Ce qui explique le chemin parcouru.

Je suis différent et fier de l’être.

Quand tu commences à me parler et que je te dis arrête, je ne comprends pas.

Ou que je dois te poser une question pour mieux comprendre.

Ça ne te donne rien de continuer à essayer de me parler.

C’est totalement inutile de me crier après pour me dire que je ne t’écoute pas.

Prends le temps de m’écouter pour que je puisse rétablir la communication entre nous deux.

Pour que je comprenne mieux ce que tu essaies de me dire.

Parce que je deviens anxieux de ne pas avoir compris adéquatement.

Je dois reprendre ce que tu dis en te demandant : « Est-ce que tu veux dire…? », et te décrire les différentes interprétations que mon cerveau aura faites de ton discours.

Trop de chemins

Il m’est très difficile de lire un livre. Pour mieux comprendre les quelques bouquins que j’ai lus, je prenais des notes sur ce qu’il était important de retenir ou de comprendre de l’histoire. Un livre de 250 pages pouvait ainsi se résumer à une quarantaine. Cela me permettait par la suite de lire un condensé du livre sans que mon cerveau se perde dans toutes les distractions possibles.

 Je suis devenu un adepte des mots courts, des phrases courtes, des paragraphes courts… Des petites bouchées à apprécier une à la fois. Faut pas me donner le buffet au complet. Je m’y perds.

Dans mon cerveau il y a toutes sortes de ramifications. Jamais en ligne droite.

Ça lui arrive de devoir passer par la bande pour se rendre en avant.

Il faut que je respecte sa façon d’être et ce qu’il m’impose.

Apprendre un texte par cœur, ça se fait. Mais ça demande énormément de temps et d’énergie. Je dois mettre des images, des trucs mnémotechniques un peu partout. Ça fait un document lourd à porter. C’est pour ça que je ne peux vivre que par et pour l’improvisation.

Je suis aussi dyslexique. Non pas que j’inverse les lettres dans un mot, ça serait trop simple. C’est plutôt que je ne cesse de permuter les mots dans une phrase. Un sujet, un verbe, un complément, dit-on. C’est facile pour plusieurs, mais pas pour moi.

Le temps

La dyslexie est un monde à part. Je suis aussi dyslexique temporel. Je ne sais pas si c’est une différence reconnue en santé mentale, mais ça m’appartient. Je suis fait comme ça. Le lundi matin, je te donne une semaine pour remplir une mission. Je reviens en après-midi en te demandant si tu m’as oublié. Et c’est là que tu me réponds que nous sommes toujours la même journée et que la semaine prévue pour boucler le travail se termine… la semaine prochaine!

Le temps se bouscule dans ma tête. Ça ressemble à ces petites boules vitrées avec des flocons de neige dedans. On peut les brasser à l’infini et tout se mélange. Il y a des fois où j’ai l’impression que le bonhomme de neige dans le fond de sa cage, c’est moi. Un peu comme un phoque en Alaska pogné sur sa banquise. 

Je me considère du genre maniaco-dépressif. Je ne suis pas diagnostiqué, donc pas médicamenté. La médication peut être importante pour aider à stabiliser notre vie. Jusqu’à présent, j’ai eu la chance de pouvoir m’en passer. Ma vie est comme une montagne russe. Mais j’ai l’impression que je suis la plupart du temps dans une phase maniaque. J’ai aussi fait deux tentatives de suicide. Même si elle ne resurgit pas souvent, il doit y avoir une dépression latente, prête à refaire surface à tout moment.

Des drogues légales

C’est peut-être ce qui explique que je travaille 15 heures par jour, sept jours sur sept. Je ne pourrais même pas dire depuis combien d’années je n’ai pas pris de vacances. Genre sept ou huit ans. Je suis accro à l’adrénaline. Je n’ai pas le bonheur facile. Aucun photographe n’a réussi à immortaliser un de mes sourires.

C’est cette condition qui m’aura valu de compléter trois diplômes d’études collégiales dans trois écoles différentes. Ou, durant une autre période, d’être étudiant plein temps, travailleur plein temps et de m’occuper de ma mère et de ses traitements de chimiothérapie. Ou encore, pour m’acquitter de toutes mes responsabilités, de passer 148 heures sans dormir au moment de la naissance de mon garçon. Une époque où caféine et nicotine me tenaient éveillé et fonctionnel. Deux drogues légales, mais qui demeurent des drogues.

Quand tu consommes, chaque jour, une vingtaine de cafés et trois gros paquets de cigarettes, on peut dire que tu es dopé ben raide. J’étais malgré tout très vivable pour mon entourage… dans la mesure où ma drogue n’était pas loin. Quand je devais performer, ma drogue de choix était le café. Quand je devais ravaler mes émotions, je prenais une puff de cigarette. Pour demeurer viable dans ce monde, j’ai traversé 40 ans de ce régime, en ne dormant que quatre heures par jour et en passant une nuit blanche par semaine. Si vous n’avez pas encore pensé que j’ai un problème majeur entre les deux oreilles, sachez que je suis capable de me le dire tous les matins quand je me regarde dans le miroir.

Cerveau lent

Je pourrais me définir avec un peu de chaque maladie répertoriée en psychiatrie. Je dirais que, sans doute, ma principale différence réside dans la vitesse à laquelle certaines émotions ou certains échanges de communication se font dans mon cerveau. Étonnamment, en situation d’urgence, je peux réagir avec rapidité et froideur grâce aux particularités que me confère mon cerveau lent. Ne pas confondre avec un cerf-volant. Dopamine, sérotonine, adrénaline… La production de tout ce qui peut être in dans la vieet qui peut nous faire sourire ne s’effectue chez moi que lentement et difficilement.

Dans les parcs d’attractions, c’est à bord des manèges les plus intenses que je me sentais le plus vivant. Pendant que les autres criaient de peur à s’en déchirer les poumons, moi j’affichais calmement un sourire de complète béatitude. Les montagnes russes venaient de brasser mon petit bonhomme de neige intérieur et je voyais des flocons de neige partout.

Un cerveau lent peut s’avérer être une grande force. C’est dans l’aviation que je m’en suis rendu compte. Il y a près d’un demi-siècle, j’ai mené une carrière de pilote. La qualité des avions et la sécurité aérienne n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. En vol, quand un de tes moteurs prenait feu, tu n’avais que quelques minutes pour poser ton avion. Tu te posais là où tu pouvais. Des événements beaucoup plus fréquents à l’époque qu’aujourd’hui. En cinq ans, j’ai enterré 10 de mes confrères.

Atterrissage forcé

Un jour, je me retrouve au réservoir Gouin. On y voit des lacs à perte de vue. Un endroit peu invitant pour effectuer un atterrissage d’urgence avec un avion sur roues. La seule option qui s’offre à nous est un chemin en friche dans un état lamentable. Un long moment après l’atterrissage, mes passagers sont encore en état de choc. Difficile pour moi de comprendre leur réaction. En sortant de sa torpeur, un homme du groupe m’interpelle : « Raymond, quand tu faisais atterrir l’avion, tu n’arrêtais pas de siffler… Tu arborais un large sourire d’allégresse, comme quand un homme vient de faire l’amour à une femme pour la première fois… » Je n’ai jamais su s’ils m’avaient trouvé étrange, si je leur avais fait peur ou si j’avais accompli une bonne job.

Malgré tout, j’ai un cerveau en montagnes russes. Un cerveau lent, mais qui peut aussi être hypersensible à un rien. Pas n’importe quel rien, mais certains riens. Je suis capable de m’asseoir pour regarder pousser le gazon. Je l’ai fait avec une plante que, tous les matins, je regardais quelques instants. Comme si mon cerveau prenait une photo chaque jour. Et quand une feuille avait poussé, il me renvoyait toutes ces images en même temps pour en faire un film. Ce genre d’expérience m’inquiète parfois. Parce qu’on dit qu’avant de mourir, on revoit sa vie défiler devant soi.

Ce que je suis n’est pas nécessairement reconnu en santé mentale. C’est normal. On est tous différents. À l’aide de quelques étiquettes, la science tente de nous catégoriser. Il serait illusoire de vouloir créer des noms pour toutes ces particularités qui font de nous des êtres uniques.

Je suis différent. Je suis fier de mes différences. J’ai besoin que l’on me respecte dans ce que je suis, mais, surtout, que l’on m’accepte tel que je suis.

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GUIDE D’INTERVENTION DE CRISE AUPRÈS DE PERSONNES SUICIDAIRES

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le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires

Reflet de Société est un organisme communautaire publiant à l’échelle provinciale un magazine traitant de thématiques sociales.

Reflet de Société constitue un projet d’économie sociale qui permet de financer notre intervention auprès des jeunes.

Pour certains de nos proches, le stress, l’anxiété, voire la dépression générés par le confinement et la crise mondiale du coronavirus peuvent avoir des conséquences dramatiques dont le suicide fait tristement partie.

https://editionstnt.com/produit/l-intervention-de-crise-aupres-d-une-personne-suicidaire-2/Afin de reconnaître les signes avant-coureurs du suicide et comprendre comment tous peuvent intervenir auprès d’une personne suicidaire, nous vous présentons un guide accessible, écrit avec simplicité, pour mieux s’y retrouver et démystifier ce fléau social.

Reflet de Société veut contribuer à soutenir ses concitoyens en période de crise. C’est pourquoi nous offrons maintenant un accès Internet gratuit à la version PDF du guide, en français et en anglais sur le site Internet de Reflet de Société.

https://www.refletdesociete.com/wp-content/uploads/2020/05/livre-suicide-anglais-final-numerique.pdfDe plus, pour quiconque préfère une copie papier, nous disposons de 500 exemplaires en français et 200 en anglais, que nous offrons aussi gratuitement.

Pour éviter les frais de transport, ceux-ci peuvent être ramassés dans Hochelaga-Maisonneuve. Les conditions pour le ramassage vous seront communiquées au moment de votre demande, effectuée par courriel à journal@journaldelarue.ca,

Une valeur de 7 000$, sans compter les frais d’envoi.

Prenez soin de vous et de vos proches pendant cette période de confinement.

Solidairement vôtre,

Raymond.

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Survivre au suicide de son enfant

Santé mentale et suicide | La douleur d’un père

Dominic Desmarais | Dossiers SuicideSanté mentale

Jean est défait. Il a perdu son fils Michel qui s’est suicidé à 47 ans. Une douleur trop grande pour les frêles épaules d’un père. Michel, aux prises avec des problèmes de santé mentale, s’est enlevé la vie. Il avait trop peur d’être stigmatisé par les autres. Il a refusé toute forme d’aide. Jean est allé aussi loin qu’il le pouvait pour tenter de le sauver. Il a échoué. Aujourd’hui, il ne souhaite à personne de connaître une souffrance comme la sienne.

«Mon fils n’est pas né avec la maladie. Il a aimé la vie», raconte Jean sans cesse au bord des larmes. Son fils, diplômé en commerce de l’université McGill, était toute sa richesse. Jean se sent vide, pauvre. Il se questionne, se demande s’il n’aurait pas pu en faire plus. Tout a commencé il y a 4 ans, lorsque Michel s’est mis à raconter des histoires étranges de gens qui lui voulaient du mal. Jean ne veut pas nommer la maladie qui affectait son fils. «Il était différent, bizarre», se limite-t-il à dire, soucieux de ne pas banaliser le désarroi de son enfant par une étiquette.

Peur de l’étiquette

L’absence d’aide n’a pas tué Michel. Bien au contraire. Employé d’une institution financière, il avait droit aux soins d’une thérapie avec congé payé. «Je voulais qu’il en parle avec une personne responsable, aux ressources humaines. On lui a offert de l’aide. Ça l’a inquiété. Il a refusé de peur d’être stigmatisé. S’il avait accepté, ses collègues auraient su qu’il avait un problème. Il était en position de rester à la maison pendant quelques mois tout en recevant son salaire.» Malgré cette proposition honorable, Michel avait peur du regard des autres. Il comptait s’en sortir seul, fier qu’il était.

Devant son refus, Jean doit puiser au fond de son amour. Sa femme et lui offrent une thérapie à Michel. Un autre refus et Jean se sent encore plus impuissant. «Que faire comme parent? Je lui disais : “J’ai toujours été fier de toi. Je vais l’être encore si tu acceptes d’aller chercher de l’aide. Si tu étais un enfant, je ferais ce qu’il faut. Mais tu es un adulte, c’est à toi de décider.” »

Michel reconnaît l’amour inconditionnel de son père et sa mère. Il ne repousse pas l’appui de ses parents pour leur faire mal. Il voulait s’en sortir seul. «Il me disait: “Papa, donnez-moi du temps. Je ne suis pas encore prêt. Quand je le serai, je le ferai.” C’était un homme fier. Il ne voulait pas que les autres sachent qu’il avait un problème. Mais il avait peur d’en parler. Il ne voulait pas être étiqueté.» S’il accepte d’en discuter avec ses parents, Michel refuse de voir son jeune frère. «Il ne voulait pas qu’il le voie dans cet état», dit Jean les yeux rougis.

Au travail, on lui donne 6 mois pour corriger la situation. Passé ce délai, voyant l’absence d’améliorations, il est mis à la porte. Jean, propriétaire d’un restaurant familial, lui propose d’y travailler avec lui. Il essuie un autre refus qui le chamboule. Jean est désemparé. Il aimerait forcer son fils à suivre une thérapie pour se soigner, mais respecte sa décision en constatant les efforts de son garçon pour s’en sortir. «Il a arrêté de fumer et de boire du café par lui-même. Il essayait de s’aider. Mais il n’a pas réussi. S’il avait su qu’il n’y aurait pas de stigmatisation, peut-être qu’il aurait suivi une thérapie. Mais il savait qu’il y en aurait…»

Tentatives de suicide

Michel a tenté de se suicider. Il est interpellé par des policiers qui ne croient pas à ses explications. Ils l’emmènent sur-le-champ à l’hôpital Notre-Dame pour y être examiné. Trois psychiatres le rencontrent et diagnostiquent un état dépressif, pas suicidaire. «Ils l’ont laissé sortir la journée même», raconte Jean qui, plus tard ce jour-là, rencontre son fils sans se douter de ce qui venait de se passer.

Une semaine plus tard, Michel récidive. Découvert par les policiers, il est conduit à l’hôpital Général de Montréal, où il décède quelques heures plus tard.

En insistant auprès des médecins, Jean a pris connaissance de ces deux tentatives de suicide. Dans les deux hôpitaux, Michel avait demandé de ne pas communiquer avec sa famille. «Je ne blâme pas les médecins. J’ai parlé à l’un d’eux. Il m’a dit que son travail était de garder mon fils en vie, pas de communiquer avec moi. Il a raison. Mais l’hôpital devrait avoir quelqu’un pour rejoindre la famille. Notre fils était encore vivant et ma femme et moi n’étions pas là, près de lui», dit-il en sanglotant.

Jean est encore sous le choc d’avoir perdu son fils. Il cherche une raison pour justifier cette mort qui l’a déchiré. D’abord, il se dit que la loi devrait être plus flexible et permettre aux hôpitaux de communiquer avec la famille d’un patient. Et, surtout, il espère une meilleure sensibilisation de la société sur les maladies mentales et les effets de la stigmatisation. «Nous sommes en 2012. Nous devons arrêter d’appeler ces êtres humains des fous, des tordus. Je n’ai pas sauvé la vie de mon fils. Si je peux sauver celle d’autres fils ou filles, de frères ou sœurs, ce sera une grande satisfaction.»

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Agression sexuelle d’un enseignant sur une jeune

Pédophilie et agression sexuelle

Lettre à mon agresseur

À la demande de plusieurs lecteurs, je présente ici un texte touchant que nous avions publié en 2008 dans Reflet de Société et dont les gens voulaient avoir accès à une version électronique.

Maline | Dossier Sexualité

LETTRE AGRESSEUR2

Huit années séparent la jeune femme que je suis de l’enfant que j’étais. Tu étais mon enseignant. Je n’ai pas eu la chance de te regarder dans les yeux pour te dire ce qui  suivra, mais je crois, que, par l’encre et le papier, j’arriverai à te faire ressentir toutes les larmes qui ont mouillé mes joues, toute la rage que j’ai eue au cœur pendant presqu’une décennie, et toute la peur que j’ai eue de parler et d’être. Parce qu’en tant qu’enfant, on peut éprouver un certain malaise dans une situation donnée. Moi j’ai su, j’ai oublié, puis je me suis souvenue.

C’était en août 2000. J’étais une grande de cinquième année. Il faisait encore chaud, ça sentait le début de l’année. J’adorais l’école, j’étais une curieuse de nature, une fouine. Je suis entrée dans la classe, un peu nerveuse à l’idée de tout recommencer, de voir qui seraient mes compagnons pour l’année à venir.

L’acuité des souvenirs que j’ai de cette première journée en ta compagnie est impressionnante. Je me souviens de tout, de l’emplacement des bureaux à l’ombrage que créaient les deux arbres derrière les fenêtres de la classe. J’étais assise face à ton gros bureau brun de professeur. Tu nous as dit bonjour, puis tu t’es présenté.

Provenant d’une grande famille de la région de Québec, croyant, pratiquant, un enseignant de 52 ans. Tu semblais très intéressant, voire attachant. Tu as parlé de beaucoup de choses, très longtemps. De ce que Dieu t’avais apporté, de ce qu’il t’avait fait découvrir, de la passion que tu avais pour l’enseignement…

Je dois avouer que la suite m’échappe un peu, mais tu en es venu à nous parler de pédophilie. Que ce n’était pas correct, mais que, de nos jours, c’était plutôt courant. Puis tu as dit: «Ça m’arrive souvent d’accrocher des p’tites filles dans les parties intimes, mais j’m’excuse toujours.» Tu as dit ça exactement comme ça. Pourquoi ça m’a marquée? Pourquoi je m’en suis sou-venu six ans plus tard dans un cours d’éthique et culture religieuse? Je ne sais pas.

Septembre a passé comme l’éclair. J’aimais la façon dont tu partageais ton savoir, le temps passait rapidement à l’école.

Tes parents sont décédés en octobre si je ne m’abuse. Tu as été absent pendant quelques semaines, pour revenir vers la fin du mois d’octobre. C’est à partir de là que je t’en ai voulu, que je t’en veux encore.

Aurais-je tort de prétendre que j’étais ta chouchou? J’avais un accès presqu’illimité à la classe, quand j’en avais envie. Tu m’offrais de rester aux récréations et sur l’heure du midi pour jouer à l’ordinateur. J’avais même le privilège suprême de laver le grand tableau à la fin de la journée. Tu me gardais toujours près de toi. Quand tu organisais des concours de dessins, je gagnais. À l’heure de l’improvisation, je gagnais. J’avais tout ce que tu voulais me donner. À un certain point, j’en étais profondément mal à l’aise. Peut-être, toutefois, avais-je réellement du talent, peut-être…

Souvenirs de l’agression

Puis, tu te souviens de novembre? Novembre est froid, pluvieux, triste. C’est ce que je retiens de novembre. Quand il arrive, je me terre dans un coin jusqu’en mars. Tu te rappelles de novembre? Moi oui.

J’étais au troisième étage, en direction de ta classe. Tu te souviens de ce corridor? Sur la gauche, il y avait cinq ou six casiers. À la droite, l’escalier menant au deuxième. C’était très étroit et sombre. Puis tu es apparu. Tu marchais dans ma direction. Tu veux savoir ce que j’ai vu de mes jeunes yeux? Tu veux savoir ce que mon petit corps a ressenti? Tu veux savoir ce qui s’est passé dans ma tête à ce moment-là? Je te l’offre.

Tu ne m’as pas saluée. Tu ne m’as pas regardée. Mais arrivé à ma hauteur, tu m’as attirée contre toi et tu as placé ta main entre mes cuisses. Entre les cuisses d’une enfant. Tu as pris deux de tes doigts que tu as forcés à travers mon pantalon. Tu voulais les entrer en moi, n’est-ce pas? Dans une enfant, c’est ça? Tu as forcé, forcé, jusqu’à ce que j’aie mal, parce que j’avais mal, oui. Tu t’es retiré et tu es parti. J’ai eu du mal à marcher. Je me suis arrêtée. «Il ne s’est pas excusé.»

J’ai fait le lien. Mais j’avais dix ans. J’ai osé penser que tu étais peut- être pédophile. C’était ça, non, la pédophilie? La définition que tu en avais donnée… Je me suis traitée de folle. J’avais dix ans, je me suis traitée de folle. Tu ne pouvais pas être pédophile, tout le monde t’adorait! Moi aussi, d’ailleurs. Sauf qu’à ce moment, j’ai commencé à angoisser vis-à-vis l’école. Tu ne m’as pas aidée, pour être franche. D’abord, il y a eu le clavardage sur l’heure du midi avec des étrangers sur internet. Tu trouvais ça bien drôle qu’un homme dans la trentaine face des avances sexuelles à une enfant. Tu te souviens des autres jeunes? K…, J…, D…, A… et J…. Tu nous avais inscrites sur un site de clavardage et tu nous regardais faire. Tu as poussé l’audace jusqu’à demander à ma mère de signer une lettre qui te donnais l’autorisation de me garder en classe sur l’heure du midi pour me faire travailler à l’ordinateur. Félicitations!

Cours de sexualité

Tu te souviens des cours de sexualité? Combien de fois tu nous les as présentés comme des cadeaux? «Si vous n’êtes pas sages, vous n’aurez pas de cours de sexualité. M’dérange pas, moi, j’enseigne pas à des bébés.» Tu nous as donné un papier, à chaque élève. Tu nous as obligé à poser des questions. Tu les lisais à l’avant, celles qui n’étaient pas assez explicites, tu les jetais. Je t’ai même dis: «J’en ai pas de questions, moi!» Tu m’as répondu, que tout le monde avait des questions et qu’on était obligés d’en poser une. Je n’avais pas besoin, à dix ans, de savoir ce qu’était une fellation.

Chaque fois que tu m’approchais, je me crispais toute entière. Quand tu passais tes mains sur mes épaules, dans mes cheveux, j’arrêtais de respirer, de parler, mon cœur faisait un bond. Le traumatisme de la victime face à son agresseur, c’est ça?

Les conséquences d’une agression sexuelle

Après le voyage de fin d’année à Québec, j’ai commencé à souffrir d’un trouble psychologique étrange. J’ai cherché, de l’âge de 10 à 15 ans, ce dont il pouvait s’agir. J’ai consulté un psychologue durant 7 ans (une rencontre chaque mois pour 70$ = 5880$) pour mettre le doigt sur mes problèmes, un à un. On m’a prescrit des anti-dépresseurs, que je prends depuis maintenant 2 ans (une bouteille de prozac par mois = 1000$). J’ai fait trois dépressions et une tentative de suicide. Tu veux savoir de quoi j’étais atteinte?

  • Trouble obsessif-compulsif s’étant déclenché suite à un traumatisme durant l’enfance.
  • Attaques de panique récurrentes.
  • Crises d’angoisses sévères.
  • Peur incontrôlable de l’école.

J’ai parlé pour la première fois en novembre 2007. J’ai réalisé le mal que tu m’avais fait lors d’une visite du C.A.L.A.C.S. (Centre d’Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel). Je l’ai annoncé à ma mère. Je lui ai pleuré dans les bras pendant des heures. Je ne l’ai pas dit à mon père, je ne savais que trop bien qu’il serait parti à Québec en furie, et le mot est faible. Ma mère s’en est chargée et l’a retenu. Tu m’as fait pleurer. Tu as fait pleurer mes tantes, mes cousines, ma sœur. Tu t’en souviens, de ma sœur? Mon père t’aurais tué, mon frère te détestait. Ils t’ont tous fait confiance et tu en as profité. Ma famille entière m’appuyait. Et pourtant…

Porter plainte à la police

En février, j’hésitais toujours à porter plainte à la police. Mes parents nous ont offert des vacances. J’ai porté plainte la veille des vacances. J’ai passé une semaine de rêve, loin de ma tête. À mon retour, j’ai reçu un appel de l’enquêteur qui me disait que le procureur de la couronne avait rejeté ma requête et que l’entrevue que tu devais avoir avec lui était, du même coup, annulée. Tu as eu peur, n’est-ce pas?

Mon anxiété, je la sens dans ma tête à chaque minute. Je doute à chaque seconde. À l’école, j’ai un taux d’absentéisme assez impressionnant. Mais tu sais ce qui me rend fière? Je me sais intelligente. Malgré tout. J’ai toujours gardé une moyenne scolaire aux alentours de 85%, 98% en anglais, 92% en français, 90% en histoire de l’art. J’ai lu Freud, Socrate, Camus et Proust. J’ai étudié Le Bernin, Michel-Ange, Duchamp et Magritte. Mes professeurs me disent que j’ai du potentiel. Ils aiment mes dissertations, eux aussi. Je vais étudier à l’université en communication, branche publicité et relations publiques.

J’apprends tranquillement à vivre avec une nouvelle moi, qui vit chaque jour comme s’il s’agissait du dernier. J’ai appris à ne plus me censurer, à exprimer qui je suis et ce que je ressens, soit par l’art, l’écriture, le théâtre, et maintenant la parole…

Et moi qui n’a jamais été capable d’approcher un garçon, voilà maintenant que j’essaie de mon mieux de lui accorder toute la confiance qu’aucun homme n’a eu de moi. J’ai des passions et des buts. Je n’ai pas oublié.

Et chaque fois que j’entends parler d’un pédophile, je tends l’oreille. Quand j’entendrai parler de toi, je jure que je serai la première au front. Je sais qu’il y en a eu d’autres, j’attends. Et si elles n’arrivent jamais, ce n’est pas grave. Parce que toi, tu sais. Toi, tu vivras chaque jour dans la peur que l’une d’elles se manifeste, encore. Tu auras peur de perdre ton équilibre, de te faire sortir de force de cette jeune retraite. Je ne t’aurais pas souhaité la prison ou la mort. Ta tête est capable elle-même, de te faire justice.

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Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les événements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

Le livre, au coût de 19,95$ est disponible dans toutes bonnes librairies au Québec ainsi qu’à la Librairie du Québec à Paris.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet. Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

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Schizophrénie, santé mentale et suicide

Où s’arrête la liberté d’une personne malade?

Il y a trois ans, ma meilleure amie me téléphone à 1 h du matin. Elle se sent menacée et poursuivie. Son discours est décousu. Sa sœur jumelle ayant développé la schizophrénie un peu avant elle, je comprends rapidement qu’elle est en état de psychose. Je l’invite à venir chez moi sans délai. Je tente de la raisonner, mais rien n’y fait. Je me sens dépourvu et impuissant.

Roberto Mayer | Dossiers Santé mentale, Suicide

Le lendemain, elle part avec son fils de neuf ans vers un chalet dans les bois où elle croit qu’elle sera en sécurité. «De toutes façons, me dit-elle, si je crois qu’ils sont pour nous retrouver, ils vont me trouver pendue avec mon fils dans le garde-robe». Je lui demande si elle est consciente de ce qu’elle vient de me dire. Elle me répond que oui, mais que ce n’est que pour protéger son fils, car ce qu’ils lui feraient serait bien pire, et elle s’en va…
La seule façon que je trouve pour l’aider est d’appeler la Direction de la protection de la jeunesse (D.P.J.). J’ai l’impression de trahir une amitié et j’ai peur qu’elle m’en veuille. Je téléphone aux autorités. Ils agissent, placent l’enfant chez ses grands-parents et incitent la mère à se faire soigner.

Désinstitutionalisation psychiatrique

Elle quitte ensuite l’hôpital sans aucun encadrement imposé. Avec la désinstitutionalisation, elle n’a qu’à formuler un refus de traitement pour qu’on la laisse partir en prétextant qu’elle n’avait rien dit qui prouvait qu’elle représentait un danger pour sa personne. À mon avis, son refus de se faire soigner prouvait plutôt le contraire.

Pour l’obliger à suivre un traitement, cinq membres de sa famille devraient intenter un recours judiciaire pour lui retirer ses droits. Si la famille et les gens autour n’ont pas l’idée ou la capacité de le faire, rien ne peut contraindre une personne atteinte de maladie mentale de se faire soigner.

Le suicide d’une schizophrène

Quatre mois plus tard, je reçois un appel de sa mère. Mon amie s’est pendue. Elle est entre la vie et la mort. Après deux semaines dans le coma, elle garde des séquelles dues au manque d’oxygénation au cerveau. Elle n’a aucun souvenir de moi mis à part mon nom. Elle ignore pourquoi elle est à l’hôpital. Elle ne se souvient pas de son geste… Moi, je m’en souviens.

À mon avis, il est inacceptable que notre société se soit à ce point déresponsabilisée à l’égard de ces personnes au nom de la liberté de la personne et de l’intégration sociale.

Il est plus que temps de regarder notre responsabilité vis-à-vis de ces personnes qui ont besoin d’aide et qui sont laissées à elles-mêmes.

NDLR: Je suis un intervenant de crise. L’histoire que décrit Roberto, je l’ai vécue à maintes reprises. Malgré la difficulté d’appeler les ressources pertinentes, Roberto a très bien agi en les faisant intervenir. Cette difficulté d’avoir un suivi après la psychiatrie ou l’hôpital est malheureusement réelle. J’ai vu des jeunes faire des tentatives de suicide. Dès que le «physique» du jeune le permettait, l’hôpital le laissait partir. Au mieux, avec un rendez-vous avec un psychiatre, dans six à neuf mois! Pas de suivi. Pas d’encadrement.

La question est bien posée par Roberto. Est-ce acceptable de laisser des gens qui ont besoin d’aide sans encadrement, sans suivi, sans ressources adaptées?

Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
  • Canada: Service de prévention du suicide du Canada 833-456-4566
  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
  • BelgiqueCentre de prévention du suicide 0800 32 123.
  • Suisse: Stop Suicide
  • Portugal: (+351) 225 50 60 70

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Survivre, un organisme d’intervention et de veuille en prévention du suicide et en promotion de la Santé mentale. Pour faire un don. Reçu de charité pour vos impôts. Merci de votre soutien.

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Suicide, tentative de suicide et dépression

Tentative de suicide et dépression

Passages nuageux sur ciel ensoleillé

En 2006 j’ai tenté de me pendre. Contrairement à ce que certains pensent, ceux qui veulent se suicider ne le font pas toujours sur un coup de tête mais y pensent, y travaillent, l’envisagent pendant de longs mois, voire des années, consciemment, patiemment, méticuleusement.  

Sunny Boy | Dossier Suicidesuicide se tuer moyens mourir sans souffrance se suicider suicidaire

Il est particulièrement déplacé de traiter de «con» quelqu’un qui souffre ou de prétendre qu’il tient encore à la vie parce que sinon il aurait déjà tenté de mourir. Désirer se tuer sincèrement est une chose et passer à l’acte en est une autre. Mais la seconde ne vient pas si on ne passe pas par la première.

Quiconque n’a jamais pensé au suicide ne devrait pas être autorisé à faire des reproches et des accusations à ceux qui vivent avec cette idée depuis des années, ou prétendre que la vie est belle. C’est son avis, sa vision de la vie. C’est peut-être sa vie, mais ça n’a rien à voir avec la souffrance de l’autre.

Les mauvais conseillers n’écoutent qu’eux-mêmes et n’essaient pas de se mettre dans la peau de l’autre, de celui qui souffre. L’empathie ne s’apprend pas à l’école.

Mon histoire de vie et de crise

Depuis l’adolescence je pensais à mettre fin à mes jours. Je ne me sentais pas à mase suicider suicidaire moyens se tuer sans souffrance mourir suicideplace. C’est toujours le cas. À la suite de viols répétés commis par un membre de ma famille, j’ai fini par sombrer dans une dépression qui s’est transformée en psychose. Et ce n’est qu’en 2006 à l’âge de 24 ans que j’ai tenté de me pendre. Pendant des mois j’ai cherché les meilleures méthodes.

En même temps, par ambivalence, j’avais peur de l’état dans lequel, si je me tuais, je laisserais ma famille qui n’était pas au courant de ces agression subies pendant des années. Un homme qui passait aux yeux des autres comme quelqu’un de bien, de généreux et qui réussissait. Un homme marié à une femme qui ne pouvait pas être au courant de certaines choses. Je revois cette femme aujourd’hui, cette tante dont le sourire crispé posé sur moi en dit long. Et moi j’étais celui qui sombrait sans qu’on comprenne pourquoi. J’étais le vilain petit canard, posé là, dans des états déplorables. Des semaines sans manger, dans le noir, à dormir, des mois sans hygiène. L’enfer.

La mort de mon agresseur

Le premier cadeau de la vie fût le décès naturel de mon agresseur. Une crise cardiaque. Sur le moment, ce fût des pleurs de soulagement et de colère entremêlés. J’ai pensé qu’il y avait une justice finalement.

Mais les années ont passé et je vivais toujours dans la haine. J’ai fini par pardonner à cet homme, tout en n’arrivant pas, malgré tout, à remonter la pente dans mon cœur. J’ai abandonné les études. J’avais de grandes difficultés à me faire des amis. Je suis agoraphobe. Les seules choses que j’étais capable de faire était peindre, écrire, lire et aller au cinéma, que j’adore. Ces occupations peuvent paraître futiles, mais de nombreuses fois, j’ai pensé ne pas mourir pour continuer mes œuvres. Et plusieurs fois, elles m’ont sauvé la vie. Comme quoi la vie tient à presque rien.

La fuite

J’ai fui de chez mes parents pendant trois ans. J’ai rencontré des hommes et je suis tombé dans la prostitution masculine. J’ai curieusement su éviter l’alcoolisme et la drogue. J’ai vu des choses très sombres autour de moi, j’ai vu que j’avais une grande capacité d’encaisser le mal. J’ai connu la rue.

Un jour mes parents m’ont retrouvé et m’ont ramené chez eux. Ils ont entrepris des démarches pour que je reçoive l’aide sociale que j’avais toujours refusée. Ils m’ont trouvé un thérapeute à l’écoute…

À mon retour chez eux, j’ai tout de même tenté de me pendre. Pour qu’ils aient un meilleur souvenir de moi, j’ai menti sur mes sentiments de désespoir pendant 3 mois. En apparence, je sais très bien montrer de la gaieté. J’ai un côté rayonnant qui peut faire énormément de bien aux autres. À l’intérieur, dans mon esprit, mon âme et mon cœur, c’est l’abattoir, l’horreur et les ténèbres. L’impression de n’être chez moi nulle part sur cette planète. De ne pas être fait pour la vie à moins qu’elle ne soit pas faite pour moi. Je pense que beaucoup de lecteurs me comprennent.

Jouer un rôle

Pendant 3 mois, j’ai joué le rôle de  celui qui reprenait goût à la vie. J’écoutais, je réagissais en fonction de ce qu’on attendait de moi. Rien de plus facile. Je n’arrivais pas beaucoup à sortir mais j’ai tout de même fait semblant d’aller un peu mieux. Un jour, j’ai attendu que mes parents soient sortis. J’ai fait le ménage dans ma chambre, j’ai jeté beaucoup de vêtements, j’ai rédigé une lettre très précise et très courte, qui leur disait, en gros, de ne pas être tristes, que c’était mon choix et que c’était probablement le meilleur que je puisse faire en tant qu’adulte.

La vie est ainsi faite: par le plus grand des hasards, mon grand frère est entré dans l’appartement, alors que ce n’était pas prévu, au moment même où je poussais la chaise et que je n’arrivais plus à déglutir. Une sensation effroyable la pendaison! Il m’a retenu à temps et m’a sauvé la vie. Il était venu à la demande de ma mère pour ne pas que je reste seul ce jour-là. Elle avait un mauvais pressentiment.

L’hôpital psychiatrique

J’ai passé quelques mois à hôpital psychiatrique. Aujourd’hui, je suis toujours enfermé, chez mes parents, qui sont dépassés. Incapable de travailler, de parler, de me lier à quelqu’un. Je le dis avec humour mais, les seuls êtres vivants avec qui je m’entends, ce sont les chiens, les chats et les perroquets, qui d’ailleurs m’apprécient fortement. À croire qu’eux m’acceptent sans discuter dans leur monde. Je suis aussi incapable d’aimer la société et l’avenir de consommateur ou de miséreux qu’elle offre au bout du compte.

J’ai des épisodes psychotiques traités. Je reste lucide dans ces bouffées délirantes. J’envie ces malades qui ne se rendent pas compte.

Le soir, avec ma lunette astronomique je regarde les étoiles dans le ciel, la seule chose qui m’intéresse en ce moment. À force de regarder le ciel, je me demande comment les croyants peuvent penser une seule seconde mériter après leur mort une chose aussi incroyablement belle et immense, une chose aussi réelle que le ciel, aussi belle.

Aujourd’hui le désir de mourir est inhérent à l’air que je respire. Quand je me réveille, je pleure, quand je me couche, je prie n’importe qui de me permettre de partir tranquillement dans mon sommeil. Je n’ai pas très envie de retenter la pendaison, parce que c’est particulièrement douloureux. Je sais qu’il existe des étouffements possibles aidés de somnifères adéquats. Mais mon thérapeute me surveille de près. J’ai beau lui mentir sur mon désir de mort, je vois bien qu’il le perçoit malgré tout.

Y a-t-il un espoir?

Prendre cet espace pour m’exprimer, pour être lu et entendu m’a fait un peu de bien. Merci pour votre écoute et votre soutien. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.

Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
  • Canada: Service de prévention du suicide du Canada 833-456-4566
  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
  • BelgiqueCentre de prévention du suicide 0800 32 123.
  • Suisse: Stop Suicide
  • Portugal: (+351) 225 50 60 70

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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