Peut-on jouir pendant un viol?

Sexualité, agression, jouissance et orgasme

Raymond Viger     Dossiers Sexualité

Je sais que le sujet fait énormément réagir les victimes de viol. Est-ce possible de s’imaginer que l’on puisse jouir pendant que l’on se fait violer?

Depuis plus de 25 ans que je fais de l’intervention. Les 25 autres années préalables, j’ai été le confident d’une quantité assez phénoménales de femmes.

Ces femmes ont été violées et agressées de différentes façons. Pour la majorité, elles connaissaient leurs agresseurs. Les agressions et les viols se sont passés dans des endroits qu’elles connaissaient et où elles avaient été consentantes d’y aller, entre autre, leurs propres appartement ou ceux de leurs agresseurs.

J’ai eu des femmes en thérapie qui, plusieurs années après les évènements, en arrivaient à conclure que, finalement, elles n’avaient jamais été consentantes. Elles avaient abandonné leur résistance et cessé de dire NON. Lasse, épuisée et incapable de se faire respecter.

Une importante définition des mots utilisés

La subtilité de la question, à savoir si on peut jouir pendant un viol, dépend de la définition que l’on donne à ces mots. La jouissance implique un plaisir intense. Un orgasme est une réaction physique du corps de la femme à différents stimulus.

On associe souvent l’orgasme à la jouissance. Pendant un viol, les différents stimulus sur le corps de la femme peuvent l’amener à un orgasme. Mais a-t-elle vraiment eue une jouissance dans le terme d’un plaisir intense? J’ai rencontré plusieurs femmes qui ont été agressées et qui n’ont jamais osées porter plaintes. Des femmes confuses entre l’idée d’avoir eu un orgasme pendant une relation non consentante. Comment puis-je avoir été violée si j’ai eu un orgasme?

Et même si elle pense avoir eu un certain plaisir dans un acte sexuel, est-ce que l’alcool, un contexte particulier, des drogues, peuvent avoir prédisposé la femme à une relation qui n’était pas consentante?

Et que dire de la peur d’une femme devant un homme violent. La peur de se faire battre peut-elle être une raison pour baisser les bras et « faire semblant » d’accepter la relation sexuelle?

Faire semblant n’est pas un consentement.

Toute forme de violence est à proscrire:

verbale, physique, émotionnelle…

Un orgasme n’est pas synonyme de jouissance et de plaisir. Et oui, nous pouvons être violée et avoir un orgasme. Et cela demeure un viol.

Ce soir à l’émission Tout le monde en parle, Guy A. Lepage va débattre du sujet avec la journaliste Léa Clermont-Dion, Aurélie Lanctôt, la sexologue Sylvie Lanctôt et Lise Bilodeau.

couverture.jpgVanessa, Voyage dans les Caraïbes

Un roman humoristique sur la sexualité.

Un roman qui, je l’espère, pourra être lu autant par des jeunes qui s’éveillent à leur sexualité, qu’à des adultes qui veulent guérir des zones de grandes blessures.

Si vous avez peur que votre jeune ne soit pas encore assez vieux ou mature, accompagnez-le dans sa lecture. Soyez prêts à répondre à ses questions, à en discuter ouvertement avec lui.

Ce roman a été nourri par des années de travail de rue et de thérapie dans différents milieux. Des instants privilégiés qui auront permis de recevoir de grandes quantités de confidences sur un sujet, trop souvent tabou.

Bonne lecture et bon voyage dans les Caraïbes avec Vanessa.

Compte tenu du sujet développé, je ne peux pas affirmer que certains passages explicites ne choqueront pas certains. C’est pourquoi j’ai décidé de le classer 14 ans et plus. C’est l’âge à laquelle une jeune fille peut rencontrer une infirmière du CLSC et demander que les parents ne soient pas avisés de sa démarche.

14 ans et plus. Parental Guidance

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

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Jeunes socialistes: stéréotypes et erreurs

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Portrait des homosexuels et violeurs

Socialistes français: la campagne de la honte

La France manifeste, pleure et crie depuis plusieurs mois. Le Mariage pour tous a entraîné la Manif pour tous… et les questions du genre, du sexe et des droits n’en finissent plus d’attiser les passions. Le 5 octobre dernier l’inconcevable est venu de Jeunes militants socialistes. Leur compagne contre la Manif pour tous se résume en un mot: l’insulte.

Delphine Caubet Dossiers Égalité Homme-FemmePolitiqueHomosexualité

Jeunes socialistes France campagne Manif pour tous honteHonnêtement, c’était ma résolution: arrêter de parler du genre et de tout ce qui le rejoint. J’ai l’impression que le sujet me colle à la peau sans vraiment l’avoir choisi. Homosexualité, théorie du genre… j’ai fait, au suivant!

Mais voila que l’actualité me rattrape et je suis incapable de respecter ma propre décision. Une vraie junkie. Il faut dire que la campagne des Jeunes socialistes met les nerfs de tout le monde à rude épreuve. Et moi qui pensais que seuls les réactionnaires pouvaient me mettre dans cet état.

Campagne choc

Pour ceux qui l’ignorent, il y a actuellement un mouvement en France qui s’appelle la Manif pour tous. Ce qui au départ était un mouvement contre la légalisation du mariage gay, prend maintenant la forme de manifestations contre l’homoparentalité, gestation pour autrui…

Pour galvaniser les troupes des pro-réformes, les Jeunes socialistes ont sorti une campagne choc le 5 octobre 2014: images d’un homme dépressif au bord de la voie ferrée, d’une femme au regard triste collée contre un mur par homme, enfin, une autre femme recluse dans un coin avec une main d’homme qui la menace…

Le tout souligné de slogans: «s’il avait appris à l’école qu’une femme n’est pas un objet, il ne l’aurait peut-être pas violée» ou «s’il avait pu être accompagné à l’école, il vivrait peut-être mieux son homosexualité».

Ignorance

Je ne sais pas par où commencer pour dire à quel point cette campagne est insultante: les femmes et les homosexuels y sont représentés comme des victimes (!!!). Ceux d’entre eux qui essaient de se relever d’un traumatisme apprécieront sûrement cette délicate attention des Jeunes socialistes.

Autre cliché : les violeurs et les batteurs de femmes sont idiots et ignorants. C’est le genre de stéréotypes qui est dangereux et erroné, tel que celui des pédophiles qui s’en prennent à des enfants inconnus (la majorité des agresseurs font partie de l’entourage proche de l’enfant). Pour battre ou violer une personne, il n’y a pas de culture ou de classe sociale. Je dis ça au passage…

Pour terminer en beauté, si tu es un homosexuel qui a des difficultés avec ta sexualité, n’oublie pas de t’arrêter sur une voie ferrée pour réfléchir à la vie, à la mort… Avec cette campagne, les socialistes envoient le message que le suicide est la finalité pour les jeunes en difficulté avec leur sexualité.Un désastre à un âge aussi influençable.

Enfin, je trouve même cette campagne insultante pour les hommes. Sérieusement, faut-il aller à l’école pour apprendre à ne pas violer ou agresser une personne? S’il est vrai que je peux reprocher beaucoup de choses aux conservateurs, je ne pense pas qu’ils soient davantage sociopathes que les autres.

Qui l’eut cru, mais pour la première fois, je me porte à la défense de l’extrême droite…. cette situation me bouleverse à tel point que je me retire pour réfléchir à la situation!

Et vous, êtes-vous aussi choqués que moi par cette campagne?

Lien vers les photos de la campagne des Jeunes sociales.

Autres textes sur Politique

 

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

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Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Journalisme: quelles limites à l’information?

Toute la vérité et rien que la vérité

Information ou voyeurisme?

Est-il bon de donner tous les détails d’une information? Étant journaliste, cette frontière entre l’information et le voyeurisme m’a déjà interpellée. Je n’en suis qu’au début de ma carrière, mais cette question ne cesse de me travailler.

Delphine Caubet dossiers Médias et publicité

Comme chaque matin, je lis les journaux et j’écoute les nouvelles. Mais ce jour là, c’est un viol dans le métro qui fait la une. Tragédie qui n’est pas une première.

Mais cet article est différent: il donne des détails intimes de l’agression (attouchements, fellation…). Bien sûr, ces informations ne sont pas gratuites, et elles ont un raison d’être car l’agresseur reconnait une partie des faits. Le journaliste ne fait que retracer ce dont l’homme se rend coupable.

Réflexions

Journalisme voyeurisme agression limite médiaCette nouvelle m’a mise mal à l’aise. Je me suis imaginée dans la peau de la jeune femme: comment aurais-je réagi si j’avais entendu le détail de mon agression?

Cette frontière entre l’information et le voyeurisme m’a déjà inquiétée, particulièrement lorsque je retraçais le vécu sensible de certaines personnes.

Dans les cours de journalisme, on nous dit de ne rapporter que les faits utiles. Mais quand bien même, ces derniers paraissent indécents par moment.

Il y a quelques mois, je travaillais un dossier sur les sectes. Un témoignage particulièrement intéressant, mais difficile, m’étais parvenu. Je crois que j’ai passé plus de temps à lutter contre moi-même pour ne pas tomber dans le voyeurisme, qu’à rédiger l’article.

Au final, ce dernier n’est pas paru: le fait de m’avoir parlé avait ravivé trop de souvenirs douloureux au témoin. Après discussion, il a été choisi d’enterrer l’article.

Cette subtilité dans l’information est un débat récurrent avec mes collègues à Reflet de Société. Au vu des témoignages parfois sensibles que nous retraçons, la «bonne» conduite est parfois difficile. Et lorsque je vois mes confrères, je me dis qu’à ce jour, personne n’a encore trouvé la formule magique.

Quant à vous, en tant que lecteur, vous êtes-vous déjà senti gêné par des informations que vous n’auriez pas dû avoir?

Autres textes sur Média

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Victimes d’actes criminels

Agression sauvage

Le 21 mars 2004, Mathieu a été sauvagement battu dans une ruelle à Montréal. Nez fracturé, yeux pochés qu’il ne pourra ouvrir pendant deux jours, oreilles tailladées par des coups de poignard, ses assaillants l’ont laissé pour mort. Sans savoir comment il s’est déplacé, Mathieu s’est réveillé trois heures plus tard dans un banc de neige de la rue Prince-Arthur. Maculé de sang, mal en point, les passants de cette artère achalandée sont passés à ses côtés en l’ignorant.

Dominic Desmarais Dossier Criminalité

Après un séjour à l’hôpital, Mathieu s’est rendu compte qu’il peinait à marcher. Un mois après l’agression, son état se détériorant, il doit déménager, incapable de grimper les escaliers le menant à son appartement au 3e étage. Moins de 6 mois plus tard, il doit se résoudre à passer le reste de ses jours en fauteuil roulant. Mathieu a développé la maladie de la sclérose en plaques qui affecte sa motricité. En l’espace de quelques mois, sa vie chavire. Il perd son emploi et la possibilité de subvenir à ses besoins. Encore sous le choc de l’agression dont il a été victime, il doit affronter sa dégénérescence qui le rend handicapé.

Justice à tout prix

Mathieu est amer. Il aimerait bien obtenir justice. Mais il n’a aucune idée de l’identité de ses agresseurs qui ne paieront jamais pour ce crime gratuit. Il en veut à tous ceux qui sont passés près de lui sans broncher, le laissant dans sa mare de sang. Il a été reconnu comme victime d’un acte criminel par l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) qui lui a accordé 17 000$ pour des consultations psychologiques. Il n’a rien obtenu pour son incapacité physique qui le rend invalide à vie.

À ses frais, au coût de 600$, il a produit une expertise médicale pour démontrer que l’agression a causé sa sclérose. «Mes médecins, quatre neurologues, ont dit qu’il y avait une très grande probabilité que l’agression ait causé cette maladie dégénérative. Ils ne voient aucun autre événement dans mon dossier médical.» Devant le tribunal administratif de l’IVAC, l’expertise médicale doit être certaine à 100%. Une exigence impossible à remplir au sujet de la sclérose en plaques, une maladie dont personne ne connaît la source. «Mon cas est incompréhensible. Je déjoue les diagnostics. Après trois heures dans la neige, je devrais être mort. Si j’étais décédé, l’IVAC m’aurait dédommagé.»

La décision de l’IVAC assomme Mathieu. Déjà en choc post-traumatique pour son agression et son handicap, chaque coup dur amplifie son ressentiment et sa colère. Le jeune trentenaire veut réparation, mais n’accumule que des échecs. On le refuse à l’aide juridique, il n’a pas les moyens de s’offrir un avocat. Sans vraiment y croire, il a laissé son dossier au Protecteur du citoyen. «Je veux justice. Je suis vraiment fâché. Je me sens comme une bombe humaine. Je suis endetté, mes cartes de crédit sont remplies.»

Mathieu reçoit 60% du salaire qu’il recevait en 2004 de sa compagnie d’assurance et 300$ par mois de l’IVAC pour ses soins psychologiques. Ses revenus s’élèvent à 19 000$ par année. Le jeune homme sait qu’il ne pourra jamais gagner sa vie. Sa bataille contre l’IVAC, c’est sa survie financière qui est en jeu.

Handicap onéreux

Devenu handicapé, Mathieu s’est rapidement aperçu du coût qu’engendrait son état physique. Il lui fallait un logement adapté. Il énumère quelques exemples de ce dont il a besoin pour sa vie quotidienne. «Pour se brosser les dents, ça prend un lavabo avec de l’espace en dessous pour le fauteuil roulant. Pour la douche, il faut un lève-personne et un banc pour s’asseoir. Ça me prend un lit pour handicapé. C’est super cher!» S’il s’est senti impuissant et ignoré devant le tribunal de l’IVAC qui a refusé de voir un lien entre l’agression et la sclérose, Mathieu n’était pas au bout de ses peines. Comme personne handicapée, il s’est aussi senti démuni devant le ministère de la Santé et le CLSC qui s’occupe de son cas. Avant d’avoir accès à sa douche, Mathieu a dû attendre un an et demi. «Je ne sais pas combien de malades il y a au Québec, mais le gouvernement n’a jamais de budget.»

Mathieu a eu droit à des complications, pour sa douche. Quand son lève-personne est enfin arrivé, il s’est aperçu qu’il n’était pas fait pour lui. «On en a commandé un autre pour moi. Ce n’était toujours pas le bon. Mais là, on me dit que le CLSC est hors budget. Ce n’est pas mon erreur, mais c’est moi qui paie pour. Aïe, j’ai passé 18 mois sans prendre de douche. J’ai tellement crié pour en prendre une!»

Ce genre d’irritants, Mathieu les accumule. «Mon fauteuil roulant est trop petit. Ça fait 5 ans que je l’ai. On m’a dit que j’en aurais un autre. Mais il faut que j’attende 6 mois. Pendant ce temps, c’est moi qui suis pris à l’étroit.» Depuis qu’il est handicapé, Mathieu a l’impression de se battre pour exister. Il se sent comme un miséreux abandonné à son sort qu’on aide par pitié quand il n’y a rien d’autre à faire.

Cette impuissance, il la vit avec son logement adapté. Pendant trois mois, il n’a pu ouvrir la porte qui donne sur son balcon. Personne n’est venu réparer la seule porte de son appartement qui donne vers l’extérieur et qui permettrait de changer l’air chargé de la fumée du cannabis qu’il consomme à longueur de journée. «On m’a dit que la porte n’était plus sous garantie. L’immeuble a été construit par une compagnie qui a fourni le prix le plus bas et le moins bon produit. Il n’y a rien de durable, ici!»

Médicaments coûteux

Comme bien d’autres malades, le coût des médicaments grève son mince budget et fait monter son stress. Son médicament à lui, c’est la marijuana. Sans ce remède, Mathieu serait confiné à se tordre de douleur dans son fauteuil roulant. Il ne consomme pas pour fuir le cauchemar qu’est devenue sa vie. Mathieu fume joint par-dessus joint pour délier ses doigts. Pour lui, tout geste est un effort. De son fauteuil roulant, il égraine son herbe sur un plateau poussiéreux de pollen. Il utilise une rouleuse où il glisse son papier à rouler. Cette simple tâche lui demande un effort et une concentration considérables. Des gestes qu’il répète pourtant plusieurs fois par jour. Pour fumer, il enserre son joint entre des ciseaux, plus faciles à tenir, mais qui l’éteignent plus souvent. Et chaque fois qu’il le rallume avec son briquet, sa main lui fait mal.

Sa consommation lui coûte 15 000$ par année. Le gouvernement lui rembourse 20%, soit 3000$. Avec des revenus de 19 000$, il lui en reste peu pour vivre. L’endettement, pour Mathieu, est un problème omniprésent et les pistes de solution sont nulles.

Pour obtenir ce remboursement de 20%, Mathieu va chercher son cannabis dans des centres de distribution autorisés. Mais les descentes policières dans les centres Compassion, en 2010, l’ont empêché de recevoir cette déduction. «La police a conservé tous les dossiers. C’est injuste. Je pète les plombs, je n’en peux plus.» Mathieu est furieux contre le gouvernement du Québec qui accepte de rembourser une partie de ses dépenses de marijuana tout en fermant les endroits qu’il accepte pour remettre ses déductions.

Mathieu ne sait que faire. «Je n’ai plus de vie, je l’ai perdue dans l’accident. Je suis emprisonné dans ma chaise roulante. Je sens que je vais bientôt mourir. Je ne suis plus capable de rien, plus rien ne bouge. Mes mains, mes jambes, mes pieds: je suis comme un spaghetti. Mon tronc est en train de s’enfoncer. Ça va vite, la maladie.»

L’amour fout le camp

Dans une autre vie, Mathieu était le plus heureux des hommes. Il filait le parfait amour avec une jeune femme avant d’être tabassé sévèrement. Par amour, ils se sont mariés après l’agression. Ils auront une fille. Un enfant conçu comme un don offert à la vie.

Mais la maladie qui affecte Mathieu aura raison de cette vie idyllique. Après 6 ans passés à prendre soin de son époux immobile et démoralisé, sa conjointe le quitte et demande le divorce. Mathieu est dévasté. Il pense mettre fin à ses jours.

«Elle m’a dit qu’elle n’était plus capable. J’étais trop malade: incontinent, dur à laver, incapable de marcher. Pour les raisons du divorce, elle a indiqué que j’étais trop handicapé. Pas qu’elle ne m’aimait plus. Simplement que j’étais trop difficile à vivre.»

Mathieu encaisse le coup difficilement. «Elle a commencé à me faire de la violence physique et psychologique. Elle levait mes jambes bien hautes et les laissait retomber. C’était rendu que j’avais peur d’aller me coucher. Car c’est là qu’elle pétait sa coche. Elle vivait une dépression.» Sa conjointe est débordée. Elle doit s’occuper d’un enfant en bas âge et d’un adulte invalide qui n’est d’aucun secours pour les charges familiales.

L’appartement est dans un état insalubre. En découvrant des couches sales dans le linge à laver, des préposés portent plainte. La conjointe de Mathieu est au bout du rouleau. «Ce n’était pas sa faute. Elle partait travailler à 7 heures et rentrait à 19 heures. Elle devait se lever la nuit pour la petite, elle s’occupait de moi.»

Mathieu est totalement dépendant de sa conjointe. Il est incapable de garder leur enfant, faire à manger, le ménage ou rapporter de l’argent à la maison. Il n’arrive même pas à se laver seul. Il marche constamment sur des œufs pour éviter la catastrophe. Surtout, il veut épargner à sa fille les crises conjugales. Il doit refouler ses plaintes, sa colère, et encaisser les débordements de son épouse.

Le 12 juin 2010, Mathieu dit adieu à sa petite famille et quitte l’appartement de Longueuil. Il comprend la décision de sa conjointe. «Elle m’a donné un bon support. Je ne lui en veux pas, je sais que c’est terminé. Mais mon amour pour ma fille, lui, ne disparaîtra jamais.»

Si Mathieu est rejeté par sa conjointe, il sent la même attitude auprès de ses proches et de sa famille. Mathieu pense être devenu un objet de honte pour sa famille. «C’est comme si on m’en voulait. Comme si c’était moi le criminel. Mes proches sont écœurés de m’entendre me plaindre.»

Traité comme un bébé

Mathieu s’est déniché un loyer dans un immeuble adapté pour personnes handicapées à Montréal. «J’aurais préféré à Longueuil pour être plus près de ma fille mais je n’ai rien trouvé. C’est super dur. Je suis passé à un cheveu d’aller en centre d’hébergement. Là, tu ne décides de rien. Ce n’est pas ta bouffe, tu es lavé deux fois par semaine. Toi, tu prends ta douche à tous les jours? Pourquoi un handicapé ne le pourrait pas?»

Seul dans son appartement, Mathieu ne peut subvenir à ses besoins sans l’aide de préposés qui le lèvent et le couchent à tous les jours. Le jeune homme ne choisit pas l’heure à laquelle il se lève ni quand il va dormir. «Le soir, il vient à 20h30. Même si je voulais me coucher plus tard, je ne pourrais pas. Et le matin, on vient me lever à 8h. Si j’avais envie de faire la grasse matinée, ce serait impossible.» Mathieu a beau être un adulte, il est traité comme un enfant qui ne décide de rien.

Pour prendre sa douche, il a besoin d’aide. «J’ai besoin de la prendre une fois par jour. Je n’ai pas le choix, j’ai un problème d’incontinence majeur. Je me réveille la nuit avec des cauchemars. Dormir, c’est l’enfer. J’ai mal, je tremble, j’ai des spasmes. Et je suis seul.» À chaque jour, Mathieu appréhende le moment d’aller au lit, période d’angoisse extrême pour lui. «Chaque fois que je me couche, je me demande si je vais me réveiller le lendemain. Et quand je me réveille, je me pose toutes sortes de questions. Suis-je encore en vie? Est-ce vrai ce qui m’arrive?»

Un matin, il a attendu la venue de son préposé jusqu’à midi. Il téléphone au CLSC pour y apprendre qu’on l’avait oublié. Quatre heures prisonnier d’un lit, à attendre pour éviter d’avoir l’air de se plaindre. Lorsque le préposé, dépêché à toute vitesse, est débarqué, Mathieu s’est senti intimidé. En se faisant demander comment il allait, d’un ton menaçant, il a répondu qu’il avait envie de se jeter en bas du 3ème étage. Le préposé a appelé au CLSC pour qu’un intervenant s’occupe de ses idées suicidaires. «Comment j’aurais pu me jeter par la fenêtre? Je suis en chaise roulante, j’ai besoin d’aide pour me sortir du lit… » Mathieu en profite pour dire à l’intervenant qu’il trouve le préposé violent. Le préposé l’a mal pris. «Je suis violent moi? Tu vas voir quand je vais te laver», lui aurait-il dit. Mathieu a eu peur. Il s’est senti à la merci d’un homme qu’il ne connaît pas.

Le CLSC lui accorde un préposé pour 6 heures de nettoyage par semaine, incluant le lavage. Il fait coïncider les visites de sa fille avec la présence de ce préposé, incapable d’assurer une supervision parentale minimale.

Mathieu songe à une opération miraculeuse. Au coût de 6800$, la chirurgie qui, croit-il, lui permettrait de retrouver ses sens, est offerte aux États-Unis. Ottawa vient de s’ouvrir à l’idée de financer des essais cliniques. Pour combler un mauvais drainage sanguin au cerveau, les traitements à l’étude débloqueraient des veines à l’aide d’une prothèse vasculaire. Mathieu ne voit aucune autre issue. Il compte sur l’opération pour se rétablir. Il vit d’espoir, c’est tout ce qui lui reste. Et, encore une fois, il ne décide pas de son sort.

Mais il s’accroche en pensant à sa petite fille. «Je pense que je vais m’en sortir, mais c’est long.»

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Intimidation sur l’Internet et le suicide

La France VS le Québec

La gendarmerie française très efficace

Je fais de l’intervention de crise auprès de personnes suicidaires sur l’Internet. En 2008, 2 Françaises se rencontrent sur un site et font un pacte de suicide. La gendarmerie fait enquête et ferme le site sur lequel elles se sont rencontrées.

Raymond Viger Dossier Taxage et intimidation

Une de ces femmes étaient venu commenter sur mon blogue. Cet évènement avait fait la une des médias français qui annonçaient que le pacte de suicide avait eu lieu sur mon blogue.

L’enquête de la gendarmerie a démontré que le pacte de suicide avait eu lieu sur un autre site. Celui-ci a été fermé. La gendarmerie m’a confirmé que je n’étais plus sous enquête et que je pouvais continuer mon travail d’intervention.

Au Québec, personne ne s’est jamais inquiété ou questionné de mon intervention auprès de personnes suicidaires sur l’Internet. Pour intervenir rapidement auprès de personnes qui venaient de faire une tentative de suicide, j’ai et des contacts avec plusieurs corps policiers à travers le monde, dont Interpol.

L’intimidation des jeunes dans les écoles

Pendant ce temps, au Québec, les jeunes font de l’intimidation et des agressions sur l’Internet envers d’autres jeunes. Rien ne bouge, tout semble difficile d’être une autorité cohérente pour les jeunes.

Le témoignage que nous a livré hier Nathalie sur l’immobilisme d’une direction d’école et de la DPJ concernant l’intimidation de sa fille à son école confirme qu’au Québec, on ne prend pas l’intimidation au sérieux. Au Québec, on ne se donne pas les moyens pour agir rapidement et efficacement pour contrer l’intimidation.

En avril dernier, le jeune Maxime Collard avait organisé une marche contre l’intimidation. La ministre de l’Éducation de l’époque, Line Beauchesne, avait participé à cette marche. Maxime Collard avait fait plusieurs médias, dont Tout le monde en parle avec Guy A. Lepage ainsi que l’émission de Christiane Charette. C’est plaisant de votre une ministre participer à une marche de sensibilisation contre l’intimidation. Mais qu’est-ce qui a été fait depuis pour aider des jeunes comme Marjorie Raymond à trouver des solutions autres que le suicide face à l’intimidation?

Le laxisme du Québec

En France on peut fermer un site Internet qui encourage des gens à se suicider. Tous les corps policiers sont capables de retracer les agresseurs qui se cachent derrière un clavier pour lancer leurs menaces.

Partout… sauf au Québec.

Souvenons-nous de notre laxisme vis-à-vis les groupes de motards qui sont devenus par la suite de puissant groupes criminalisés. Ou encore notre temps de réaction devant les gangs de rue…

Autre texte sur le Taxage et intimidation

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Viols et agressions sexuelles d’une prostituée

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Prostitution

Viol et agression d’une prostituée

Britanny nous conte son histoire dans le monde de la prostitution. Une histoire qui se termine par le viol et l’agression sexuelle.

Dominic Desmarais  Dossier Sexualité, Prostitution

viol-abus-sexuel-agression-sexuelle-sexe-sexualiteLa journée de l’entrevue avait bien commencé pour Britanny. Elle était sereine à l’idée de raconter son expérience de la prostitution. Spontanée, articulée et enjouée, elle s’est ouverte sans pudeur  ni censure. Pratiques sexuelles, relations avec les clients et dépendance à l’argent, elle n’éprouve aucun regret.

Les seules fois où Britanny devenait soucieuse c’est en abordant le sujet de sa sécurité avec la police, car elle craignait d’être fichée comme prostituée et surtout avec les clients. Le stress qu’elle vivait à chaque nouvelle rencontre était au cœur de ses préoccupations. C’est ce nouveau client, potentiel agresseur, qui la poussait à consommer davantage et c’est pour éviter ces premiers contacts qu’elle consacrait beaucoup d’efforts à se créer une clientèle régulière. C’est pour éviter les hommes agressifs qu’elle préférait recevoir elle-même les appels afin d’accepter, ou non, un nouveau client.

Prostitution, agression sexuelle et viol

prostitution-escorte-call-girl-prostituee-prostitueesDès ses débuts, sa plus grande peur était de se faire agresser. L’acte sexuel, contre rétribution, ne l’indignait pas. Elle n’a jamais culpabilisé d’avoir pratiqué la prostitution. Britanny a commencé dans la rue. Puis, elle a essayé l’agence d’escorte pour, finalement, recevoir les clients chez elle. Mais la rue, c’est le dernier sujet qu’elle a abordé. Car c’est dans la rue qu’elle a vécu le pire moment de sa vie. Un souvenir enfoui bien loin dans sa mémoire et qui, 13 ans plus tard, la chamboule encore.

C’était en août 1997. Alors âgée de 23 ans, Britanny se trouvait sur la rue Ontario. Ses annonces classées et l’agence d’escorte pour laquelle elle travaillait ne lui rapportaient pas suffisamment de clients. Ce n’était pas la première fois qu’elle vivait une accalmie, depuis ses débuts, 5 ans plus tôt et à chaque fois, elle retournait à la rue, son dernier recours.prostitution-escorte-prostituées-danseuses-nues

Prisonnier d’un prisonnier

Elle commence sa nuit de travail à 23h30. Très rapidement, un client en voiture l’aborde. «En ouvrant la portière, j’ai eu des doutes mas je n’ai pas écouté mon instinct. Il avait la fin trentaine, le regard mesquin, les bras pleins de tatouages. Je sentais qu’il avait fait de la prison mais j’avais déjà fréquenté des gars de pénitencier.»

Britanny cesse de respirer un moment. Elle revisite une scène qu’elle avait rayée de sa vie. Elle voit encore distinctement le visage de son agresseur,  revoit son viol avant même de le raconter. La jeune femme s’excuse de pleurer et reprend le fil de son histoire. «J’ai embarqué. Il a commencé à rouler. J’étais nerveuse. Ma main s’agrippait à la poignée. Quand il l’a remarqué, il s’est mis à accélérer», dit-elle la voix tremblotante.

L’homme l’emmène dans le stationnement d’un concessionnaire automobile, à l’abri des regards. Il avait accepté de payer 30 $ pour recevoir une fellation mais, une fois le véhicule immobilisé, il tend un billet de 20 $ à la jeune femme affirmant qu’elle n’aura pas un sou de plus. «Il m’a dit: tu vas faire tout ce que je veux sinon, ne pense même pas sortir vivante de mon char.» Britanny prend une autre pause. Elle s’excuse à nouveau. «Le pire, c’est qu’il m’a payée», dit-elle en sanglotant.

La panique du viol

Britanny est en état de panique. Elle a peur de mourir dans cette voiture. Elle le supplie de ne pas lui faire de mal. En état de choc, elle se plie aux exigences de son bourreau. Elle est seule, sans défense, prise au piège dans un véhicule et personne pour les remarquer. Elle avait peur de fuir et d’être battue à mort. Elle ne se sentait pas de taille à lui tenir tête. «Il était très agressif. Il n’a pas eu besoin de sortir un couteau ou une arme à feu. Il m’a empoignée par les cheveux et les tirait pour me forcer à lui faire une fellation. Sans condom. J’étais affolée. J’ai pensé le mordre. Mais j’avais trop peur qu’il se déchaîne sur moi.»

prostitution-escorte-call-girl-prostituee-prostituees-erotisme-danseuses-nuesÀ genoux, à se faire arracher les cheveux, Britanny se sent entre deux mondes. Sa peur prend toute la place. Elle ne réalise pas les gestes qu’elle pose tant elle est paniquée. «J’étais là mais j’étais absente», décrit-elle.

Un viol interminable

Britanny poursuit son cauchemar sans s’arrêter. Les images défilent dans sa tête. Des scènes crues, dures. Le bras de son agresseur qui passe au-dessus de sa tête pour atteindre la manette du siège pour l’abaisser et forcer ainsi la jeune femme à s’allonger. «Je savais ce qui s’en venait. Je l’ai supplié de mettre un condom. Il s’est étendu sur moi. Il m’a violé toute la nuit. Pendant 4 heures. C’était interminable», dit-elle encore ébranlée.

La jeune femme a réussi à se sauver alors que son violeur se retirait pour jouir. Elle s’est mise à courir, hystérique, au beau milieu de la rue, tout en se rhabillant. Des conducteurs, apeurés par son état, ont passé leur chemin. C’est un chauffeur de taxi qui a joué les bons samaritains. Il l’a reconduite jusqu’à sa porte gratuitement.

«Il a été très gentil. Il a essayé de me calmer. J’étais toujours en état de choc. Il m’a offert d’aller voir la police. Je ne pouvais pas. La police aurait alors su que je me prostituais. Et on m’aurait dit que rien ne serait arrivé si je n’avais pas fait la rue…»

Britanny sort de son cauchemar. La tension de ses souvenirs retombe. Elle se laisse aller à pleurer. Elle s’allume une rare cigarette pour se calmer. Puis elle replonge 13 ans en arrière.

L’après-viol

«J’ai pris des douches et des bains. Je me suis lavée, lavée. Pour enlever toute cette crasse. J’ai passé des tests pour savoir s’il m’avait refilé une maladie.» Les tests se révèlent négatifs. Mais l’attente de ces résultats s’ajoute au traumatisme d’avoir été sauvagement violée.

«J’ai été traumatisée pendant des mois. J’en faisais des cauchemars. Pendant au moins deux mois, peut-être plus, je ne me souviens plus, je ne recevais que mes clients réguliers. J’avais trop peur. Mais je devais payer mes comptes et mes habitués ne viennent pas me voir toutes les semaines», dit-elle d’une voix résignée.

Britanny ne voit pas d’autre solution. Elle retourne à la rue. «Je ne songeais pas à me trouver une autre occupation,  je ne pensais qu’à survivre.» Sur la rue, elle analyse sans cesse les clients potentiels qui l’abordent.  «J’avais peur des hommes. Même de mes clients réguliers. Je revivais mon viol avec eux. Dès qu’un client me prenait un peu vigoureusement, je l’arrêtais.»

Treize ans après le viol, Britanny reconnaîtrait facilement son agresseur. Mais avec le temps, ce visage ne revient plus la hanter. Elle est parvenue à l’oublier, à l’enfouir très loin. Pas complètement, mais assez pour vivre normalement. Sauf aujourd’hui. Le souvenir est frais. Comme si elle l’avait vécu hier. «Je ne veux plus y penser. C’était d’ailleurs mon dilemme, quand c’est arrivé. J’en parlais pour le faire sortir, mais ça me faisais trop mal car je le revivais.»

La journée de Britanny avait bien commencé. Mais son cauchemar a tout changé. Elle ira travailler dans quelques heures, un emploi légal, avec ces images sur le cœur. Puis, elle remisera ce visage au plus profond de sa mémoire. Jusqu’à la prochaine fois.

L’histoire de Britanny, 1ere partie: Une escorte se raconte

2e partie Agence d’escorte à domicile

3e partie Agence d’escorte et prostitution à domicile

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Illustration Marie-Gabrielle Dion et Zek

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Violence familiale et famille dysfonctionnelle

De l’Angleterre au Canada

Fuir la violence, fuir sa famille, son pays

Cindy a quitté son Angleterre natale pour le Canada sans se retourner. En s’établissant au Québec, la jeune femme fermait le livre d’une enfance difficile. Une famille violente et sans amour, une ville terne et dure et une vie de souffre-douleur.

Dominic Desmarais   Dossiers Famille , Développement personnel  

cindy-breakdance-hiphop-hip-hop-danseCindy vit au Québec depuis plus de 10 ans. Sous son air chaleureux et sympathique, la jeune femme dissimule un lourd vécu qui ne semble plus la hanter. Elle a refait sa vie à Montréal et tourné la page sur son passé avec beauté, sans animosité.

Cindy a grandi à Peterborough, une ville anglaise morne où le chômage est élevé, la violence omniprésente. «Quand je suis arrivée au Québec, je me demandais s’il y avait quelqu’un la nuit pour surveiller les fleurs en bordure des rues! Je n’en revenais pas de la sécurité, ici. Chez moi, c’est normal de voir une voiture en feu sur la route», dit-elle, encore incrédule.

Son patelin, où chacun doit se battre pour vivre, est fait pour les durs. Il n’y a pas d’université et ceux qui aspirent à sortir de la misère quittent Peterborough. «Sinon tu te trouves un emploi à 16 ans et tu arrêtes l’école à cet âge car ça ne donne rien de continuer. Toute la ville est comme ça.» Les meilleurs éléments se sauvent et ceux qui restent ne sortent pas. «Ils ne vont pas voir ailleurs. Même pas Londres!»

Famille dysfonctionnelle

Cindy est la plus jeune d’une famille de cinq enfants qui se fond bien dans le décor de Peterborough. Son père, militaire dans un régiment de parachutistes, s’absente régulièrement. Homme de peu de mots, il est sévère avec ses enfants. Le grand frère de Cindy s’est lié avec les cindy-goldylock-breakdance-danse-hiphop-hip-hop-breakHells Angels avant de fuir le pays pour éviter d’être assassiné par son clan. Un autre de ses frères a fait de la prison pour fraude et trafic de drogue.

Après la naissance du deuxième de la famille, sa mère est devenue dépressive. «Elle a rejoint sa famille qui était dans les témoins de Jéhovah. Mon père ne voulait rien savoir. Il ne nous laissait pas aller à ces réunions ou être présents quand d’autres témoins étaient à la maison. C’était un sujet tabou, on n’en parlait jamais.»

Témoin de Jéhovah et transfusion de sang

Alors qu’elle était très jeune, un de ses frères a eu un accident de voiture à l’âge de 17 ans. Sa mère, première arrivée à l’hôpital, a refusé la transfusion sanguine, en vertu de ses principes religieux. «Mon père n’en revenait pas qu’elle refuse de le sauver. Les enfants non plus. À partir de ce moment-là, mon père n’était plus capable de la comprendre.»

Cindy assiste alors à des disputes quotidiennes à la maison. Il n’y a plus d’amour entre ses parents. «Ils sont nés pendant la Deuxième Guerre mondiale. À cette époque, tu te mariais pour la vie. Que tu sois en amour ou pas. Ils se battaient sans arrêt mais ne voulaient pas se séparer pour les enfants…» Son père demandera finalement le divorce alors qu’elle a 12 ans et que tous ses frères et sœurs ont quitté le domicile familial. «Il a fallu que je vienne m’établir au Québec pour avoir du recul et comprendre que ce n’était pas un milieu familial normal», avoue la jeune femme sans rancune.

Souffre-douleur à l’école

Très jeune, Cindy est victime des sarcasmes des autres élèves à son école. Toutes les raisons sont bonnes pour l’accabler. «Je n’avais pas confiance en moi. Je ne parlais pas. Je ne prenais pas ma place. On me ridiculisait à l’école à cause de ma mère qui faisait partie des témoins de Jéhovah. Elle partait chaque fin de semaine mais je ne savais pas ce qu’elle faisait. Alors quand elle rencontrait les familles des autres élèves chez elles, on se moquait de moi la semaine suivante. Mais je ne comprenais pas pourquoi. Je ne pouvais pas me défendre car je n’avais aucune idée de ce que c’était. Et mon père nous empêchait d’en parler à la maison.» On la laissait, elle la plus jeune, dans l’ignorance. Ses aînés et ses parents discutaient sans jamais lui expliquer les sujets abordés. Ce qu’elle vivait à la maison se reproduisait à l’école, amplifiant son malaise.

La jeune Cindy est prise dans un cercle vicieux d’incompréhension. Elle se fait intimider à l’école à cause de sa mère et elle ne peut en parler car le sujet est tabou à la maison. Elle doit vivre avec son mal. Et quand ce n’était pas à cause des croyances de sa mère, on se moquait de son apparence physique. «On n’avait pas beaucoup d’argent donc je devais porter les vêtements des plus vieux. Je n’avais vraiment rien de nouveau à porter et, en plus, c’était du linge de garçon, trop grand pour moi. J’avais l’air grosse. Et mon prénom, c’est celui d’une marque de poupée, comme Barbie. On m’appelait Cindy Doll: Tu es supposée être Cindy Doll mais tu n’es même pas belle et tu es grosse. Je voulais mourir.»

La famille à l’école

Peu importe ce qu’elle faisait, tout se retournait contre elle. «Ma mère est devenue surveillante à l’école. Ça n’a pas aidé. Si elle chicanait quelqu’un, c’était de ma faute. Je me sentais toujours mal. J’avais peur dès qu’elle parlait à un élève.»

Malgré son statut de souffre-douleur, Cindy avait des amis. Ou croyait en avoir. «Moi, je voulais me tenir avec les plus cool. Ils me gardaient parce que je faisais tout pour eux. J’ai donné beaucoup pour obtenir leur amitié, pour leur faire plaisir. Mais je n’étais pas leur amie. J’étais leur servante. Dès qu’ils avaient un problème, c’est moi qu’ils envoyaient pour manger la claque. Ou ils pouvaient décider de tous se liguer contre moi.» Cindy marche continuelle-ment sur des œufs. Elle n’apprend pas à se connaître mais essaie de répondre aux attentes des autres qui changent continuellement. Elle passe son temps à se questionner pour tenter de comprendre ce qu’elle fait de mal.

De l’intimidation à la violence

Enfant, Cindy n’a pas seulement connu la violence psychologique. À l’extérieur de l’école, une foule d’élèves s’était massée autour d’elle. Une pseudo amie lui en voulait. Cindy, du haut de ses 7 ans, devait subir la hargne d’une foule qui voulait du sang. Son sang. «Tout le monde l’encourageait à me frapper. Elle m’a donné juste un coup de poing. Je suis tombée dans la rue. Les voitures ont dû s’arrêter pour ne pas me frapper. J’étais en état de choc.»

Déjà, à cet âge, elle sait que dénoncer n’aidera pas sa cause. Mais la direction de l’école n’a pas écouté ses doléances. Les parents de son agresseur ont été avertis. «Ça n’a fait qu’empirer la situation. Le lendemain, on m’a traitée de faible, de snitch. Moi je n’ai rien dit à la maison. Sinon mes frères seraient allés la voir avec un batte. Et mon père, en vrai militaire, tu ne peux pas montrer une faiblesse devant lui. Tu ne peux pas pleurer. Il n’a aucune sympathie.» Cindy devait ravaler son mal dans son petit corps d’enfant de 7 ans et espérer des jours meilleurs.

Perdre ses amies

À 10 ans, ses amis cool se liguent contre elle par pur plaisir. «Demain, on va te battre.» La petite est apeurée. Elle se sent seule avec son mal. Personne vers qui se tourner. De retour à la maison où on ne s’occupe pas d’elle, Cindy s’effondre en larmes sur son lit. Sa grande sœur, qui a près du double de son âge et qu’elle connaît peu, s’informe de son état. Cindy s’ouvre à elle avec la promesse de ne pas en glisser un mot au paternel.

L’histoire se rend cependant jusqu’aux oreilles de ses frères. «Ils ont agi comme je l’avais pensé… Ils m’ont emmené avec eux et sont allés voir mes amis armés de battes. Ils les ont menacés. Mes amis ont eu peur et m’ont laissé tranquille.» Cindy a perdu ses amis. Les seuls qu’elle avait. Même si, au fond, elle reconnaît qu’ils n’avaient rien de gentils.

Autodéfense

Son père a pris connaissance de cet épisode. Le militaire en lui a inscrit sa plus jeune à des cours de judo et de Tækwondo pour qu’elle apprenne à se défendre. «Là, je sortais mes émotions refoulées. Je suis devenue championne du comté. Je battais tous mes adversaires en laissant sortir toutes mes frustrations! Mais ça n’a pas réglé mes problèmes…»

Cindy se met à sourire. Son passé lui paraît soudain si loin. Elle se replonge dans ses souvenirs d’après l’école primaire. «À 12 ans, je suis sortie au centre-ville avec des amis. Des gitans sont venus. Ils m’ont poussé par terre et rué de coups de pieds pour me voler. J’étais pleine de sang. C’était une agression sauvage. Quand mon père est arrivé, il s’est senti mal de me voir salement amochée. Mais son émotion est mal sortie. Il l’a virée contre moi. Il a réagit avec colère. Il ne comprenait pas qu’avec mes cours de judo j’avais été incapable de me défendre.»

Cindy, qui espérait se refaire une nouvelle vie en quittant son école pour le secondaire a vu ses vieux démons réapparaître. «L’histoire a fait le tour de l’école. Les gens qui me connaissaient depuis le primaire me niaisaient: tu vas me battre, Cindy?» Pour la jeune adolescente, le retour à la réalité a été dur. Championne d’une discipline, c’est une chose. Mais réagir à la violence en est une autre. Ses cours, et ses succès, l’avaient aidé à se bâtir un début de confiance qui s’avérait bien fragile.

NDLR: Ce billet est le premier d’une série de 4. La suite sera publiée le 19 septembre prochain.

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