Le décrochage… 20 ans après

Le parcours d’un décrocheur

Comme d’autres jeunes, Sébastien s’est vu accoler l’étiquette « décrocheur » en son temps. À 35 ans, ce jeune père de famille travaille au Café Graffiti. Mais avant, il a entrepris de nombreuses choses…

Delphine CAUBET       Dossier Décrochage

D’un naturel pragmatique, Sébastien arrête l’école à 16 ans pour entrer dans la vie active. Il se découvre une passion pour le mixage, qu’il pratique pendant 15 ans.

Durant la vingtaine, il vivra au rythme de la nuit et sillonne la région pour se produire en tant que DJ. Car, si le terme décrocheur a souvent une connotation négative, lui travaillera de ses mains pour gagner sa vie. En tant que DJ (pseudonyme : Stress), mais également boulanger, puis dans une pizzeria et chez Purolator, ou encore chez GDG environnement… il apprend en pratiquant.

Pendant 10 ans, Sébastien vivra de sa passion. Mais l’adolescent devient un homme, il a des enfants. Le rythme des clubs devient incompatible avec la vie de famille et il décide de se retirer progressivement de la scène, qu’il quittera en 2012.

En 2007, il devient son propre patron, et ouvre une entreprise de duplication. Pendant 6 ans, il vivra et fera vivre son entreprise, avant qu’iTunes ne vienne le concurrencer, pour lui faire fermer boutique.

À l’heure actuelle, Sébastien n’a pas de regrets. Il a expérimenté de nombreuses professions. Surtout, il a été réaliste par rapport au marché de l’emploi, et n’a jamais ménagé sa peine. Exterminateur chez GDG environnement, il pouvait travailler jusqu’à 60 heures par semaine !

Aujourd’hui, Sébastien travaille au Café Graffiti, et espère un jour redevenir son propre patron.

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Les Pousses urbaines : une victoire par l’horticulture

Soutien aux décrocheurs

Réinsertion des jeunes

Delphine Caubet         Dossier Environnement, Jeunes, Commerce équitable

Au cœur du quartier Rosemont à Montréal, tenue de travail sur le dos, des jeunes terminent la construction de bacs pour les Ruelles vertes. Dans les semaines à venir, ils effectueront différents travaux d’horticulture et d’agriculture. Majoritairement décrocheurs, ils acquièrent une expérience professionnelle au travers des Pousses urbaines.

commerce équitable communautaire pousses vertes réinsertionLes Pousses urbaines sont nées en 2006. L’idée d’origine était de favoriser la réinsertion des jeunes. Souvent décrocheurs, l’objectif était de leur donner une expérience professionnelle. Soit pour retrouver le chemin de l’école, soit pour avoir une référence sur le marché de l’emploi.

Première victoire

Pendant 10 semaines, une dizaine de jeunes viennent travailler aux Pousses. À l’ordre du jour: horticulture et agriculture urbaine. En tant qu’entreprise d’économie sociale, les Pousses offrent une expérience professionnelle aux jeunes. Grâce à ce secteur original, l’organisme profite du besoin de verdissement de la métropole.

commerce équitable communautaire pousses vertes réinsertion environnementDurant cet emploi saisonnier, les jeunes construisent les bacs des Ruelles vertes, s’occupent des jardins d’une douzaine de résidences de l’OMHM (Office municipal d’habitation de Montréal), tout en semant dans divers potagers. L’hôpital Louis H. Lafontaine (entre autres) leur prête ses terrains pour cultiver. L’expérience est complète, et les jeunes passent par tous les maillons de la chaîne. De la semence à la récolte, pour finir par la cuisine.

Grâce à cette formation (rémunérée!), ils acquièrent des réflexes professionnels de bases: comme arriver à l’heure. Mais en plus, le travail des Pousses vise à les valoriser, notamment en aidant les autres. Et pour certains, c’est peut-être leur première victoire. De quoi leur donner confiance pour une future réinsertion.

S’aider soi-même en aidant les autres

commerce équitable communautaire pousses vertes réinsertion environnementAu travers des contrats, les jeunes peuvent se rendre chez des personnes âgées afin de s’occuper de leur jardin. Ce mélange intergénérationnel vise à briser l’isolement de certaines personnes. Pour les apprentis jardiniers, ce contact vise à les responsabiliser en aidant les autres.

Dans toutes leurs tâches, les jeunes sont soutenus par Matthew Gaddes, le chargé de projet de l’agriculture urbaine. L’année passée, dans les jardins de Louis H. Lafontaine, les jeunes, accompagnés de patients de l’hôpital, ont semé des légumes.

Une partie de la récolte est revendue à prix coûtant au Petit marché de l’Est (marché communautaire), une autre est destinée aux jeunes. Enfin, une part de la récolte est utilisée pour des ateliers cuisine dans les locaux des Pousses. «Car, une tomate ce n’est pas juste la tranche de chez McDonald», s’amuse la directrice, Sabine de Peyrelongue. L’heure est venue de profiter des fruits du travail.

Réinsertion verte

Chaque participant au projet est volontaire. Ces jeunes sont principalement des décrocheurs âgés de 18 à 35 ans. Décrocheurs scolaires souvent, mais également sociaux. Le travail de réinsertion est alors total. Occasionnellement, c’est aussi un travail d’insertion québécoise que les Pousses effectuent. Les jeunes immigrants, fraîchement arrivés, ont besoin d’une expérience locale pour trouver du travail. Les Pousses servent alors de premier employeur.

L’expérience aux Pousses est globale, et les jeunes ont besoin de soutien pour leur discipline professionnelle (ex.: arriver à l’heure) et personnelle (ex.: gestion du budget).

Mais cette année, l’organisme n’a pas trouvé un intervenant psychosocial pour accompagner les jeunes. Ce pour quoi il peut refuser un jeune, comme c’est arrivé il y a peu. Une jeune femme nécessitant un suivi psychologique, l’organisme se trouva dans l’impossibilité de l’accueillir.

Mode survie

Si les Pousses urbaines ne peuvent pas combler ce vide au sein de leur personnel, c’est qu’elles reviennent de loin.

En 2010, l’organisation a vécu une page sombre de son histoire. Service Canada, son principal financeur, retira ses fonds. À partir de là, l’organisation s’est mise en mode survie. Elle a signifié à la communauté que c’était le rachat de l’organisme ou sa fermeture.

Les Pousses ont alors intégré la SODER (la Société de développement environnemental de Rosemont). Cette absorption permit de mutualiser les coûts et de s’autofinancer. Notamment grâce à des contrats d’horticulture, comme les Ruelles vertes ou des travaux de verdissement confiés par l’arrondissement. Si les Pousses soumissionnent autant qu’elles le peuvent pour des contrats, la directrice reconnaît que l’organisme doit encore faire ses preuves.

Impact difficile à juger

L’impact de l’organisme est difficile à évaluer, car on n’y tient pas d’analyse officielle. La coordinatrice d’activité, Charlotte Cordier, est chargée de communiquer avec les jeunes après leur passage aux Pousses. D’après elle, sur les deux dernières années, environ 90% des jeunes sont retournés à l’emploi ou aux études.

Mais l’impact à long terme est difficile à juger. Pendant le contrat, le travail est physique, et les jeunes en soirée n’ont pas forcement envie de sortir. De quoi les distancer, certes,  d’un réseau social parfois malsain. Mais passé la période d’appel des Pousses, difficile de savoir quelles habitudes ils ont gardées.

L’un des projets à venir est d’organiser un «événement-bénéfice» pour reprendre contact avec les anciens. Si la coordinatrice reconnaît qu’il sera quasi impossible de tous les retrouver, elle compte bien rassembler ceux qu’elle a vu travailler depuis son entrée, il y a deux ans.

Une façon pour les Pousses d’avoir des rétroactions sur leur pédagogie. «Car ce sont des adolescents. C’est difficile de juger de ce qu’ils pensent. Et encore plus de le leur faire exprimer.»

Travailler la terre en ville

Pour les jeunes décrocheurs, les Pousses sont une chance. Car si l’école n’a pas fonctionné, ils peuvent retrouver une activité rémunérée et physique en ville. De quoi les encourager pour trouver leur propre voie.

Pour les Pousses, l’horticulture et l’agriculture ne sont qu’un prétexte pour aider de jeunes marginaux. Mais leur enseignement n’est pas à sous-estimer. Les premiers jours, une formation leur est offerte pour se familiariser avec le travail de la terre. Par la suite, ils produiront de leurs mains et démystifieront le cycle de la nature.

Et pour certains, les Pousses ont été un révélateur : à l’heure actuelle, deux anciens jeunes y sont revenus… en tant qu’employés!

 Principes de l’économie sociale

Les entreprises d’économie sociale produisent des biens ou des services qui répondent aux besoins de la communauté. Le Café Graffiti et les Pousses urbaines en font partie: ils travaillent à la réinsertion des jeunes.

D’un statut différent, ces entreprises sont régies par plusieurs principes:

1— le principal est leur finalité. Elles n’ont pas pour but de faire des bénéfices, mais de servir la communauté. Leur raison d’exister est donc leur mission sociale. Toutefois, comme toutes entreprises, elles doivent satisfaire à des besoins économiques pour leur survie.

2— Les entreprises peuvent recevoir le soutien ou l’aide de l’État, mais elles doivent rester indépendantes et autonomes dans leur gestion.

3— Leur gestion est administrée de façon démocratique. Lors des prises de décisions, tous les membres ont le même poids, et une personne équivaut à un vote.

4— Si l’entreprise génère des profits, ils ne sont pas reversés aux investisseurs. Selon le choix des membres, les bénéfices peuvent être réinvestis dans l’entreprise ou versés à d’autres organismes d’aide à la communauté.

5— Pour fonctionner, ces entreprises reposent sur la participation individuelle et collective de la communauté. Leur engagement est donc nécessaire.

Au Québec, il existe environ 7 000 entreprises d’économie sociale, coopératives ou OSBL (organisme sans but lucratif). Leurs services se répartissent sur une vingtaine de secteurs, allant de la culture, en passant par l’immobilier, jusqu’aux biens manufacturiers. D’après le Chantier de l’économie sociale, ces entreprises emploient plus de 150 000 personnes au Québec et y génèrent 8% du PIB.

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L’amour en 3 dimensions.

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

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Les Français sont-ils plus doués que les Québécois?

Décrochage et échec scolaire

Les différences entre la France et le Québec

Le décrochage scolaire est un des nombreux fléaux de la jeunesse actuelle, ce terme trouve d’ailleurs naissance au Québec avant d’être expatrié en France. Plutôt que d’en trouver les causes -ce que des sociologues, psychologues et autres spécialistes de toute sorte ont fait bien mieux que moi-, on va se centrer sur les analyses faites par ces auteurs pour comprendre pourquoi l’échec scolaire est plus ancré au Québec qu’en France.

Robin Drevet, stagiaire Français.  Dossiers Décrochage, Éducation

En premier lieu, je propose de partir sur des chiffres pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène dans les deux pays :

  • Nous avons en France 14.000.000 d’élèves inscrits dans un cycle d’étude dont 12.700.000 dans un cursus pré universitaire. On a 150.000 personnes qui sortent du système sans aucune qualification soit 1.2% du total.
  • Au Québec il y a 40% des garçons et 28.4% des filles qui quittent l’école sans diplôme, et plus de 1/3 des élèves n’ont pas terminé leur secondaire dans 50% des écoles de Montréal. Numériquement, la population d’étudiants représente 1.813.859 individus, et on estime les étudiants pré universitaire à 1.559.918. Il y a 533.492 personnes qui sortent du système sans diplôme soit 34.2%.

Ces chiffres quelque peu fastidieux nous permet de nous rendre compte que la différence est assez importante pour être soulignée.

Les Français plus doués que les Québécois?

En France, nous sommes en ce moment dans un but social d’atteindre 80% de notre génération avec le diplôme du Baccalauréat (diplôme d’entrée à l’université correspondant à la fin du CEGEP) que nous sommes en passe d’atteindre. La question que l’on pourrait poser serait est-ce que les élèves français sont plus doués que les jeunes québécois? Ce à quoi je répondrai rapidement : bien sûr que non!!!!!

La cause est bien plus complexe et profonde, regardons donc plutôt du côté du système lui-même et de la pédagogie. L’éducation en France a toujours été un secteur privilégié dans les politiques publiques et l’encadrement y est donc très prononcé avec un accompagnement et une diversité importante de l’enseignement. Les réorientations se font dès l’âge de 14 ans et donc les jeunes voulant travailler vite peuvent y trouver leur voie.

Mais avec l’objectif du 80% d’une génération bachelière, ne brade t’on pas le diplôme? En effet, le système a finalement peu changé par rapport aux années 70, on a toujours le même nombre d’années, le même cursus d’enseignement alors pourquoi serait-on plus diplômé que nos parents? Finalement n’a-t-on pas sacrifié en France la qualité du diplôme à la quantité d’élèves diplômés?

Les chercheurs québécois meilleurs que les Français!

Cette explication pourrait être la conséquence du fait que les chercheurs québécois sont meilleurs que nos chercheurs français… pour évaluer un parcours, il faudrait regarder aussi ce qui se passe après avoir eu le Baccalauréat, quel est le parcours de ces jeunes bacheliers, s’intègrent-ils dans la société et parviennent-ils à faire ce qu’ils veulent faire? Et là les résultats sont inquiétants.

En effet, de nombreuses personnes se retrouvent perdues après l’obtention de leur diplôme, car il faut savoir qu’aujourd’hui avoir le Baccalauréat ne signifie plus rien sur le marché du travail. On a donc de nombreuses personnes qui se retrouvent à l’université par dépit, ne connaissant pas les autres possibilités ou simplement ne sachant pas quoi faire, de plus les frais d’inscription de notre enseignement supérieur sont très bas (en France les étudiants financent seulement à hauteur de 3% leur cursus), seulement on remarque que plus de 2/3 de ses étudiants ne finissent pas le premier cycle et se retrouve dans des positions très inconfortables face à la volonté de trouver un emploi convenable.

Peut-on alors dire que le phénomène du décrochage scolaire est moins important en France qu’au Québec ou est-ce de la poudre aux yeux que nous jettent les statisticiens et les différents ministres qui se sont succédés? Je pencherai plus pour cette dernière affirmation et plutôt que de toujours vouloir faire des comparaisons, on pourrait espérer que nos gouvernements s’entraideraient pour arriver à éradiquer ce fléau qui pourrit nos jeunes, et les fait s’enfoncer dans des abîmes souvent bien plus profondes.

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École pour décrocheur

Décrochage scolaire

Marie prend un break

Annie Mathieu   Dossiers Décrochage , Éducation

entre-la-rue-et-l-ecole-decrochage-education-alternative Marie, 15 ans, a lâché l’école il y a un mois. Ses piètres résultats scolaires, les professeurs qu’elle juge incompétents et le stress l’ont épuisée. «J’avais besoin d’un break», affirme-t-elle. Pour se garder motivée et en attendant d’aller à l’école pour adultes, elle fréquente Entre la rue et l’école, un organisme qui vient en aide aux décrocheurs de 12 à 17 ans.

Au premier coup d’œil, il est difficile de s’imaginer que cette adolescente timide peut avoir des troubles de comportement et qu’elle était, jusqu’à tout récemment, la bête noire de ses professeurs.

Au moment de la rencontre, Marie fait des exercices dans son cahier d’anglais secondaire 4. Fort probablement, personne ne les corrigera mais au moins, pendant la période d’aide aux devoirs de l’organisme, elle est occupée. Elle prend volontiers une pause pour discuter de son cheminement.

«J’ai le goût d’être enquêtrice, d’être dans l’action», affirme d’entrée de jeu l’adolescente soigneusement maquillée. Ambitieuse, Marie déclare qu’elle ira faire une technique policière au cégep. «Ça ne me tente pas d’avoir une petite job toute ma vie, renchérit-elle. Retourner aux adultes à 25 ans, ça ne va pas me tenter non plus.»

Pour Marie, l’école est synonyme de stress. «Les profs se concentrent juste sur ceux qui sont motivés. Ils voient bien qu’on a besoin d’aide», reproche-t-elle. «Je dirais que j’avais un prof sur six qui était bon. Le prof que j’aimais, c’était un professeur de français et il préparait bien son cours. Les autres, ils font juste dire «ouvrez vos cahiers» et nous font faire des exercices sans expliquer la matière.»

Responsabilité partagée

entre-la-rue-et-l-ecole-education-decrochage-scolaire Les professeurs sont-ils les seuls responsables du décrochage de Marie? Jointe par téléphone, Chantale Payette, la maman de l’adolescente, met de l’eau dans son vin: «Je veux faire attention à mon jugement. Il y a les deux côtés qui peuvent être coupables, les élèves et les professeurs. Elle admet tout de même avoir été déçue de l’attitude de ces derniers: «Je suis allée à toutes les rencontres de profs. J’ai vu des professeurs blasés qui se foutaient s’ils donnaient ou pas leurs cours», explique-t-elle.

Résultat: les notes de Marie ont chuté de manière catastrophique. Dans les dernières semaines où elle fréquentait les salles de classes, elle obtenait en moyenne 10% dans ses évaluations. «Je n’étais plus capable de me lever à 7 heures le matin pour rien. Je perdais mon temps» explique Marie.

Pour ses parents qui ont vu ses notes dégringoler, il n’y avait plus rien à faire. «Ça ne remontait plus», explique Mme Payette, qui avoue trouver l’épreuve difficile. «À ce qui paraît, c’est très fréquent» avance-t-elle comme pour se rassurer. Ce peu de réconfort n’a pas empêché les parents de l’adolescente de se sentir seuls au monde. «C’est comme un échec en tant que parents», affirme Mme Payette.

Néanmoins, ils ont retroussé leurs manches et cherché, avec l’aide d’amis de la famille et différents intervenants du milieu scolaire, des ressources pour leur fille. «On a fait des recherches par Internet, on ne savait pas par quel bout prendre le problème» explique-t-elle. Ils ont découvert Entre la rue et l’école et immédiatement, une relation de confiance s’est installée: «Ce sont des gens très humains, les parents sont bien accueillis» affirme Mme Payette qui admet que cela donne à son couple le temps de souffler. «Je la sens entre de bonnes mains».

Jacques Cordeau, le père aujourd’hui à la retraite, conduit Marie à la porte de l’organisme tous les jours. Pendant la période d’aide aux devoirs du matin, sa fille utilise ses cahiers d’exercice pour s’avancer un peu dans la matière des cours auxquels elle n’assiste plus, question de ne pas se couper complètement de l’école. Elle ne sera ni notée, ni pénalisée si elle ne progresse pas assez rapidement. Pour Marie, le stress est éliminé, surtout qu’elle peut bénéficier de l’aide aux devoirs donnée par des bénévoles. «Ici, ils sont fins. Ce ne sont pas des vieux qui ne comprennent rien».

Marie a été chanceuse, ses parents sont compréhensifs. «Mes parents savent que mon but, c’est de retourner à l’école. Ils ne sont pas frustrés. Ils m’ont dit ‘‘ok, si t’as besoin d’un break’’. Peut-être qu’en septembre prochain, je vais recommencer à l’école aux adultes, avance Marie. Je travaille mieux de mon propre gré. Je vais peut-être aussi me sentir plus libre.»

Des coupables?

«Coupable» n’est pas le mot à employer, selon Égide Royer, professeur en éducation à l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES). Il est plutôt question d’une conjoncture de facteurs lorsqu’il est question de décrochage scolaire.

D’une part, beaucoup d’élèves entrent au secondaire avec un niveau de lecture équivalent à la 3-4e année du primaire, indique-t-il. Les professeurs ne doivent pas laisser filer de tels élèves, croit-il. C’est malheureusement trop souvent le cas. Un faible niveau de lecture entraîne des retards importants dans toutes les matières scolaires, précise-t-il.

Les enseignants, pour leur part, ne manquent pas de bonne volonté. Ils sont souvent très bien formés mais manquent de ressources ou de connaissances pour encadrer ceux qui sont en difficulté, indique Égide Royer. Avec des classes de 25 élèves qui en comptent au moins 5 en difficulté, la situation tend à dépasser le personnel enseignant.

Finalement, M. Royer note une hausse importante de jeunes affichant un comportement d’incivilité, manifestant l’ignorance ou un rejet des règles élémentaires de la vie sociale. Les relations des jeunes avec les adultes se sont profondément modifiées, ajoute-t-il. C’est le problème actuel des enfants rois.

On parle aussi des parents rois qui «prennent fait et cause pour leurs enfants alors que le travail d’un parent c’est de tenir le fort», précise-t-il. Les parents devraient être plus attentifs dans le suivi de l’éducation de leur enfant, croit M. Royer. Ceci commence, par exemple, par la simple lecture d’histoires avant le coucher. Un bon moyen pour initier les jeunes à la lecture et éviter qu’ils accusent un retard crucial au primaire.

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Écoles pour décrocheurs

Décrochage scolaire

Entre la rue et l’école

Annie Mathieu   Dossiers Décrochage, Éducation

entre-la-rue-et-l-ecole-education-decrochage-scolaire Entre la rue et l’école n’a rien d’un établissement scolaire conventionnel. Situé à Anjou, la coquette maison blanche accueille, depuis une vingtaine d’années, des jeunes de 12 à 17 ans qui sont en raccrochage ou sur le bord de décrocher. L’organisme ne pourrait pas mieux porter son nom.

Dès 9 heures, les premiers décrocheurs –ou futurs décrocheurs– font leur entrée. Il n’y a pas foule, le problème de ces jeunes est bien souvent la motivation ou le manque de discipline qui rend le lever du corps pénible. On est loin du son de cloche strident des écoles publiques.Café brûlant à la cuisine, murs aux couleurs chaleureuses et bureaux aménagés dans un ancien salon, l’ambiance évoque des souvenirs d’enfance, d’une maison familiale où l’on se sent bien. Les jeunes sont omniprésents, l’un fume dehors, l’autre est assis sagement devant ses cahiers d’exercice.«On a une atmosphère familiale et chaleureuse», explique Dominique Poulin, directrice de l’organisme depuis plus de 3 ans. Lors du dernier déménagement, c’est elle, ainsi que d’autres membres du comité d’administration, qui ont insisté pour trouver un lieu personnalisé. «Le respect est aussi très important pour nous», ajoute-t-elle.entre-la-rue-et-l-ecole-decrochage-education-alternative Le matin, des bénévoles offrent de l’aide aux devoirs pour les adolescents qui veulent garder un pied dans le système scolaire et souhaitent raccrocher dans un avenir prochain. L’après-midi, différents types d’ateliers sont offerts. Par exemple, des conseils en matière de cv et d’entrevue à ceux qui souhaitent se lancer sur le marché du travail. Un moyen de les intéresser à ce qui se passe à l’extérieur tout en incorporant quelques notions techniques et d’apprentissage.«On leur donne des outils pour s’orienter professionnellement et les aider dans leur recherche d’emploi», explique Marc Griffiths, l’un des deux intervenants jeunesse de l’organisme. Ce dernier doit interrompre son explication, une urgence met fin à l’entretien. Un jeune, laissé à la porte de l’organisme par ses parents, s’est enfui avant d’en franchir le seuil. Du déjà vu pour les intervenants d’Entre la rue et l’école. L’organisme est reconnu par le ministère de l’Éducation comme un établissement scolaire. Un jeune est obligé de fréquenter ce type d’organisme s’il souhaite décrocher sans avoir l’âge requis de 16 ans pour le faire officiellement.La relation de proximité entre les jeunes et les intervenants, la clef du succès de l’organisme, permet le «cas par cas», selon Dominique Poulin. «L’idéal pour une intervention efficace», croit Kim De Baene, responsable des communications du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage scolaire (ROCQLD) dont Entre la rue et l’école est membre. Elle soutient qu’un ratio minimal –idéalement un intervenant, un élève– ainsi qu’un suivi psychosocial et un accompagnement personnalisé sont des éléments favorisant la réussite d’une intervention auprès d’un jeune à risque.«L’important est d’assurer le suivi d’un jeune par un adulte en qui il a confiance. Il doit sentir qu’on l’on se préoccupe de lui et de son cheminement», explique Égide Royer, professeur en éducation à l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).Un objectif atteint par le personnel de l’organisme. Calculs, grammaire et cahiers scolaires font place à une franche camaraderie le temps de la pause dîner. Assis autour de la table de la cuisine, impossible de dissocier les jeunes des intervenants.

Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage scolaire (ROCQLD)

Né en 2003, le ROCQLD favorise les échanges entre les organismes qui travaillent sur la problématique du décrochage scolaire, assure leur représentation auprès des diverses instances publiques et communautaires et les soutient dans la consolidation et le développement de leurs activités.Le Regroupement compte 34 membres à travers le Québec. Dans la province, il existe, selon Kim De Baene, responsable des communications du Regroupement, environ 200 organismes communautaires qui luttent contre le décrochage scolaire.Une partie de ces organismes sont financés par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du gouvernement du Québec via son programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation (PACTE). D’autres sont financés par différents ministères, de la Famille et des Services sociaux entre autres, ainsi que des fondations et organismes tel que Centraide.Depuis ses 15 ans d’existence, la clientèle qui fréquente Entre la rue et l’école ne diminue pas. «Aux premiers mois du printemps, les élèves s’aperçoivent qu’ils sont en situation d’échec et qu’il ne vaut pas la peine de continuer», explique Mme Poulin.Près de 100 jeunes fréquentent annuellement l’organisme sur une période pouvant s’étirer de quelques semaines à une année. «Le trois quart des jeunes raccrochent» affirme humblement la directrice. Réaliste, elle admet toutefois que cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne re-décrocheront pas.

Statistiques sur le décrochage

Les données pour 2007 du ministère de l’Éducation indiquent que le taux d’obtention d’un diplôme du secondaire, tant chez les jeunes que chez les adultes, est de 70,2% pour 2005-06. Le gouvernement comptabilise tous ceux qui obtiennent un diplôme d’études secondaires avant l’âge de 20 ans.Si on considère uniquement les jeunes qui obtiennent un diplôme avant l’âge de 17 ans –soit l’âge moyen pour terminer ses études secondaires– ce taux baisse à environ 60%, souligne Égide Royer, professeur en éducation à l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).En 2005-2006, au Québec, 40% des jeunes n’ont pas obtenu leur diplôme d’études secondaires dans un délai ordinaire, soit avant l’âge de 17 ans. Et 29,8% d’entre eux ne l’ont pas obtenu avant l’âge de 20 ans.

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Kistcisakik: le village sans école

Écoles musulmanes à Montréal

Choisir l’école à la maison

Apprentissages clandestins

Éducation désaccordée

Photo Charles Mathieu Audet

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.Merci de votre soutien.

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quand-un-homme-accouche-roman-cheminementQuand un homme accouche. Roman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

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Les régions, une nouvelle vie pour les jeunes marginalisés

Les régions, une nouvelle vie pour les jeunes marginalisés

Dossier Alcool et drogue, toxicomanie, Gaspésie

Au Journal de la Rue ainsi qu’au Café-Graffiti, nous accompagnons des jeunes marginalisés. Leur vécu est très varié; décrocheur, trouble de comportement, violence, difficulté avec l’autorité, alcoolique, toxicomane et j’en passe.

Suite à leur passage chez nous, plusieurs restent en contact, viennent nous donner des nouvelles, saluer les anciens encore chez nous ou dire bonjour aux nouveaux qui arrivent. Nous avons eu des nouvelles d’un de nos anciens. Il est maintenant en Gaspésie, ils étudient à l’université en environnement. Il a cessé de consommer. L’exil en Gaspésie aura été important pour lui, pour recommencer à zéro. Sortir du milieu.

Et ce n’est pas le premier qui réussit cet exploit en passant par les régions. Le stress des centres urbains, le mode de vie qu’ils ont développés est devenu infernal pour plusieurs. Leur planche de salut passe par un nouvel environnement, une vie plus calme et sereine, un rapprochement de la nature. Nous avons maintenant des anciens qui se sont ainsi rétablit dans plusieurs régions du Québec. Plusieurs s’impliquent auprès des jeunes de leur région adoptive.

Il est venu nous saluer au Café-Graffiti. Il est reparti avec plusieurs copies du magazine Reflet de Société en nous disant: « Il y a plusieurs jeunes là-bas qui en ont besoin ». Ç’a fait chaud au coeur de voir un ancien sensible à la cause des plus jeunes.

https://raymondviger.wordpress.com/2006/12/08/les-marginaux-les-regions-et-les-ressources/

https://raymondviger.wordpress.com/2006/11/06/les-gangs-de-rue-sexportent-en-region/

Autres textes sur Alcool et drogue.

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l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelle L’amour en 3 dimensions. Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les événements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

Le livre est disponible au coût de 19,95$.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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