Des aînés dans la rue

Vivre dans la rue

L’itinérance chez les aînés

Lorsque nous observons notre société, c’est à se questionner qui peut vraiment être fier de la direction qu’elle prend. Je regrette de voir notre communauté dépérir en apercevant des personnes aînées déambuler dans nos rues, sans vraiment comprendre ce qu’il leur arrive.

Caroline Leblanc  Dossier Itinérance

itinérance-ainésL’hiver dernier, j’ai rencontré un homme au dos courbé qui avançait à pas de tortue avec de lourds sacs. Après discussion avec lui, il m’a raconté qu’il s’était fait expulser de son logement où il habitait depuis plus de 15 ans et qu’il n’avait pas réussi à en trouver un autre. Ce qui m’a marqué est lorsqu’il raconta: «Parfois, je n’arrive pas à me lever le matin, car j’ai mal et mon corps ne répond plus pendant des heures. Ce sont mes chats qui habitent dans la ruelle avec moi qui me tiennent compagnie.»

Cet homme de 84 ans n’est pas la seule personne dans cette situation. J’en croise chaque fois que je marche dans les rues de la métropole.

Vraisemblablement, notre système de santé laisse transparaître des failles lorsque l’on réalise que des personnes peuvent vivre dans un contexte d’itinérance contre leur gré, et ce à l’année, été comme hiver. Sachant que notre population fait face à un vieillissement, de nombreux scientifiques constatent, et la réalité du terrain le confirme, que notre société est loin d’être en mesure de relever les défis qui en découlent. Aujourd’hui, grâce au combat qu’a mené Québec Solidaire, la loi 492 a été votée pour protéger, en autres, les locataires aînés d’une éviction entre le 1er décembre et le 31 mars. Une modification législative qui apportera probablement des conditions de vie plus décentes à notre population vieillissante.

Par contre, c’est à se demander avec notre gouvernement actuel, comment la population vieillissante arrive-t-elle à survivre lorsqu’elle a basculé dans l’errance? Après avoir lu un article du Devoir de 2014 sur la réalité des femmes poussées à vivre dans l’itinérance après une hospitalisation, j’ai souhaité vérifier si la Maison Marguerite (refuge pour femmes itinérantes) arrivait maintenant à répondre à la demande. En dépit d’une réponse positive, on m’a précisé que 10 à 15 demandes d’admission par jour sont toujours refusées! Oui, par jour! Et uniquement dans ce refuge! Où s’en va-t-on? Cette réalité m’inquiète et les mesures mises en place ne sont pas pour me rassurer.

Sans que la population ait le temps de dire un mot, les instances sociales se fusionnent, se déshumanisent et se déconnectent de la population qu’elles servent. Les longues procédures institutionnelles, les démarches protocolaires et le nombre de paliers que les intervenants doivent passer pour prendre une décision d’urgence sont une réalité qui vient non seulement, complexifier l’accessibilité aux services, mais vient aussi brimer les droits des personnes vulnérables tels que des individus vieillissants.

C’est à croire que l’itinérance chez les personnes aînées ne reçoit pas l’attention nécessaire pour répondre à leurs besoins. Dans une communauté riche de connaissances et de possibilités, il est aberrant de voir dépérir les conditions de vie et de santé de ceux qui ont contribué toute leur vie à cette société. Il est important de comprendre qu’après avoir roulé leur bosse toute leur vie, les personnes aînées ne perdent pas seulement leur autonomie, mais aussi leurs repères en étant déracinées du peu qu’elles avaient. Autrefois, la communauté n’aurait jamais laissé vivre personne dans de telles conditions.

Alors, pendant que les services institutionnels sont complexifiés par le remaniement de leur structure et que les organismes communautaires sont pris dans un carcan de survie pour sortir la tête de l’eau, ne serait-il pas temps de promouvoir les valeurs d’entraide et de dénoncer les structures organisationnelles qui sont en carences humanistes. Actuellement, un déséquilibre social est palpable et c’est inconcevable de voir qu’avec toutes les initiatives qui sont disponibles, nous n’arrivons pas ensemble à mettre un frein à l’effritement social. Le manquement de notre gouvernement québécois actuel est inacceptable et nous devons être plus solidaires que lui, si nous ne voulons pas laisser ce reflet de notre société aux prochaines générations.

Autre texte de Caroline Leblanc :

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Après la pluie… Le beau temps

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L’amour pour sortir de la rue

Pour l’amour d’un chien

Les gens de la rue et leurs animaux

De nombreuses années me séparent de la rue, mais je peux encore la sentir en moi.

Caroline Leblanc dossier Itinérance

amour chien itinéranceMon voyage dans la rue a commencé dès mes 14 ans dans les rues de Sherbrooke, Granby, Montréal puis Toronto. Assoiffée de liberté ou plutôt hantée par le désir de m’enfuir d’un monde dans lequel j’étais incomprise, la rue est devenue mon milieu de vie.

Durant ce parcours, il y a eu beaucoup d’aventures et de mésaventures, mais comme on dit, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise route. Chacune d’elles nous apprend quelque chose et nous grandissons riche d’expériences acquises au fil du voyage. Peu importe la destination, c’est le voyage qui compte!

Je pourrais vous parler de certaines destinations telles que mon enfance tumultueuse, mon adolescence incomprise et incompréhensible, mes relations d’amitié et d’amour malsaines ou l’univers de la rue. Mais je préfère vous partager ce qui a changé le cours de ma vie.

Parfois, on a l’impression de courir après le bonheur chaque jour de notre vie, mais dans la rue c’est souvent à chaque instant.

Mais à un moment donné, un bonheur est arrivé dans ma vie. Un être magnifique que j’ai nommé Draft, une chienne extraordinaire qui a été là à traverser les ouragans, les petites tempêtes et les beaux et les mauvais moments de ma vie. Elle était là sans me juger, à m’aimer, à m’accepter comme nul autre a su le faire. Gravé dans ma mémoire cet être merveilleux m’a aidé à surmonter mon chagrin, mes difficultés et m’a donné la confiance et la force de m’aimer.

Vous vous demandez sûrement pourquoi je raconte cela, comprenez que la rue fut un moment que j’ai partagé avec ma chienne Draft. À travers mes souffrances, mes déboires et les nombreux pays que j’ai traversé, elle a été là pour veiller sur moi sans jamais me laisser tomber dans cette aventure. Riche de cœur, son amour inconditionnel m’a donné la force et la motivation d’affronter cette société et les jugements qu’elle a eus envers moi et les autres qui vivions dans la rue. Pour certains, elle restera juste un chien, mais pour moi elle est la force qui m’a permis de me sortir la tête de l’eau et de trouver ma place.

Par respect pour elle, une fois fatigué d’errer, j’ai pris un appartement et j’ai décidé d’aller à l’université. Avec seulement un secondaire 3 en poche et mon expérience de la rue, j’ai quêté mon inscription universitaire. Quelle idée folle m’est venue en tête vous me direz. Mais pour moi, c’était la seule façon d’arriver à me faire entendre et de rendre à la rue ce qu’elle m’avait permis de devenir. C’est-à-dire une femme forte et déterminée, une femme se battant contre les injustices sociales.

Le père Pops (prêtre montréalais reconnu pour son intervention auprès des itinérants) a toujours cru en moi et m’a aidé à obtenir une bourse d’études. Mais après un an de belle réussite, j’ai abandonné, car à cette époque je jugeais que l’université n’était pas nécessaire. Ce n’est que lorsque j’ai eu ma fille que je suis retournée sur les bancs de l’école pour m’y donner à 100%.

Aujourd’hui, Draft n’est plus de ce monde, mais elle reste gravée dans mon cœur. Pour elle, je continue à gravir des montagnes pour arriver à mon but: améliorer les conditions de vie des personnes itinérantes et leurs animaux de compagnie. Je termine bientôt ma maîtrise en travail social qui porte sur l’influence des animaux sur le parcours de vie des personnes itinérantes. Qui aurait cru !

En l’honneur de mon parcours, j’ai fondé un organisme à but non lucratif (Solidarité dans la rue) pour sensibiliser les différentes instances publiques, sociales et communautaires sur l’importance des animaux auprès des personnes vivant en situation de précarité. Depuis 3 ans, je passe Noël dans la rue pour apporter mon soutien aux personnes itinérantes et leurs animaux. À Montréal d’abord et depuis 2015 en Estrie (Sherbrooke) en l’honneur de mes racines.

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Décès d’itinérants, l’histoire d’Alain Magloire

Police et itinérance

Violence à outrance

Raymond Viger Dossier Santé mentaleItinérance

L’émission Tout le monde en parle avec Guy A. Lepage invite Pierre Magloire, le frère d’Alain Magloire, l’itinérant assassiné par les policiers de la Ville de Montréal en début de semaine.

Sans avoir vu les vidéos, sans avoir entendu les versions des témoins et des personnes impliquées, à froid, je demeure frustré de ce genre de situation.

Depuis 22 ans, je m’implique auprès de jeunes marginalisés. Je croise régulièrement des gens qui ont des difficultés de santé mentale.

Depuis 22 ans, lorsque je me couche le soir, je pense à tous ces gens que je connais. Je suis conscient qu’à tout moment, le téléphone pourrait sonner pour m’annoncer que l’un d’eux a été tiré par la police.

Ces gens qui se font brutaliser par la police, dans les heures avant que les malheureux événements arrivent, sont tellement intéressant à côtoyer. Des gens qui pourraient être un frère, un enfant, un parent…

Je suis et je demeure attristé par ces événements. Pourquoi le tuer plutôt que de le blesser dans une jambe ou autres? Pourquoi ne pas avoir des moyens alternatifs pour l’immobiliser tel que le teaser? Pourquoi nous retrouvons-nous dans de telles situations extrêmes?…

Parce qu’une société doit être capable d’inclure l’ensemble de ses citoyens. Parce qu’une société doit être capable de soutenir tous ses citoyens, incluant les plus fragiles et les plus vulnérables.

Il y a-t-il trop de personnes délaissées dans nos rues?

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

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Parcours d’un itinérant

Comment devenir un itinérant

On ne naît pas itinérant, on le devient. Chaque itinérant a son histoire, ses raisons qui l’ont mené à la rue. Certains, comme Bernard Martin, doivent remonter à l’enfance pour comprendre pourquoi ils ont vécu en marge de la société. .

Dominic Desmarais, dossier Itinérance

Bernard Martin est dans la mi-cinquantaine. Il est petit, mais tout de nerfs. Dans son appartement rempli d’objets hétéroclites, il se repose de sa longue course. Il en a fait du chemin, pour simplement apprécier la stabilité d’un toit au-dessus de sa tête. Pour s’extasier devant un garde-manger garni. Pour se sentir en paix. Le bonheur, pour lui, repose entre ces quatre murs étroits. Sur son divan, il scrute sa demeure des yeux comme s’il n’en revenait toujours pas

Parents alcooliques

Bernard n’est pas né dans la rue. Dès son jeune âge, il a appris à rester longtemps dehors, à traîner. Il y était mieux qu’à la maison, où l’orage menaçait tous les jours. Issu d’une famille de parents alcooliques, avec 11 enfants à s’occuper, Bernard n’a pas connu la ouate. Ses besoins essentiels, comme se nourrir et se vêtir, n’étaient pas comblés.

Ses besoins émotifs encore moins. «Mon père se défoulait souvent sur nous», raconte Bernard. «Il nous battait avec tout ce qui lui passait par la main. Mais le pire, c’était mentalement. Toujours l’engueulade, avec la claque derrière la tête et le coup de pied au cul.»

Ce que Bernard vit chez lui, ses cousins et cousines le subissent également. La vie de misère gangrène la famille élargie. C’est un ghetto. Il ne connaît rien d’autre que l’instabilité. Rien pour apaiser son besoin d’être aimé, encouragé et reconnu.

Chez la famille Martin, les études ne sont pas importantes. Bien que dégourdi et curieux, le petit Bernard ne reçoit aucun éloge pour ses résultats scolaires. Que l’école lui fasse sauter des années parce qu’il est trop fort pour les jeunes de son âge ne paie pas le whisky. Bernard doit se motiver par lui-même. Mais aller à l’école lui rappelle cruellement sa pauvreté. «Je n’aimais pas y aller parce que je n’avais pas de vêtements. J’y allais le ventre vide. J’avais honte.»

Voler pour vivre

Bernard réalise que le luxe ne viendra pas de ses parents. S’il veut des gâteries, il ne peut compter sur personne. Avec ses cousins, il chaparde de la nourriture dans les dépanneurs. Ils traînent dans les rues, avec de petits méfaits ils apprennent à s’endurcir, se battent entre eux… Ce qu’ils vivent à la maison, ils le reproduisent. L’alcool et le pot deviennent un moyen pour oublier.

«J’ai appris jeune à mentir. Quand mon père allait s’acheter du vin ou de la bière, il me payait pour que j’aille cacher les bouteilles. Ma mère le surveillait. Elle ne voulait pas qu’il boive sans elle. Alors elle me payait pour savoir où j’avais caché l’alcool. J’avais 7 ans et je savais jouer avec les deux côtés.»

Bernard est placé à trois reprises en foyer d’accueil. Mais aucun adulte ne réussit à l’apprivoiser. «J’ai foutu le bordel, dans les familles!» Bernard revient chez lui au sein d’une famille qui ne s’occupe pas de lui. À 12 ans, la maison est incendiée. Les 11 enfants sont disséminés au sein de la parenté. Bernard va vivre avec ses grands-parents. «Mon grand-père, gardien de prison, avait un grand cœur. Pour se faire un peu d’argent, il hébergeait d’anciens détenus, tout juste sortis de prison. Moi, je les côtoyais. J’ai appris d’eux.» Le jeune adolescent recherche l’admiration de ces hommes qui ont commencé, comme lui, par de petits larcins. Il a enfin des modèles. Il ressent pour la première fois de sa vie des encouragements. Mais surtout, il développe des contacts. Son horizon s’élargit.

Un criminel endurci

Bernard se met au trafic de stupéfiants. Lui-même consommateur de drogues douces, il commence à vendre dès l’adolescence. Il est approché par des motards de Montréal. Les Popeyes, les ancêtres des Hells Angels. «Je faisais de l’argent! Mais ça allait trop mal dans ma vie.»

Il abandonne l’école à 15 ans et se met en colocation avec deux amis à Québec. Ils font l’aller-retour à Rivière-du-Loup tous les jours. «La violence venait de commencer. Ceux qui dérangeaient notre petit commerce, on les mettait à leur place. On s’est fait une très bonne réputation. On marchait dans la rue et les gens changeaient de trottoir. Quand il se passait quelque chose, la police ne se posait pas de question. Elle venait nous voir directement.»

Menaces, intimidation, passages à tabac. La décennie 1970 débute dans la violence. L’enfant impossible à discipliner qu’il était hier encore n’est plus qu’un vague souvenir. Bernard, à 15 ans, est un criminel endurci. Il règne sur Rivière-du-Loup. Il détient l’argent et le pouvoir. Mais le bonheur, lui, se fait toujours attendre.

Meurtres

C’est à 16 ans que la vie de Bernard a pris un tournant décisif. Il est arrêté pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Un chauffeur de taxi de Rivière-du-Loup, impliqué lui aussi dans le trafic des stupéfiants, est retrouvé assassiné. Les soupçons convergent vers le jeune dur du Bas St-Laurent qui contrôle le territoire pour les Popeyes.

La nouvelle de l’arrestation de Bernard crée un émoi. «Rivière-du-Loup, c’est une petite ville. Pendant un mois et demi, soit le temps que la police trouve le vrai coupable, les médias et les gens m’ont associé au meurtre. Quand j’ai été libéré, ça n’a pas changé. Leur idée était faite. Les gens s’enfuyaient quand ils me voyaient. Alors que les criminels, eux, venaient me féliciter. C’est ce qui a tout déclenché. J’étais enfin reconnu! Les citoyens avaient peur de moi. Les criminels me demandaient conseil. Ça nourrissait mon ego. Là, j’ai commencé à faire du gros trafic.»

Bernard, qui n’avait jamais de sa vie reçu l’estime de ses pairs, voguait sur un nuage. Enfin, il existait aux yeux de gens importants. Peu lui importait que ce soit des gens d’un milieu malsain. Après tout, ces personnes qui le regardaient avec admiration étaient redoutées et respectées par bon nombre de gens. Ce nouveau sentiment lui faisant voir la vie en grand.

De la rue à la prison

Bernard passe plusieurs années entre deux eaux. Entre des combines lucratives qui le font vivre comme un pacha, la rue ou une cellule qui le tient à l’écart du monde.

Après des années de ce manège, Bernard sent qu’il tourne en rond. Il veut se recycler. La jeune vingtaine, il aspire à une vie normale. «J’avais entendu dire que dans les prisons fédérales, ils t’aidaient. Ils offraient des thérapies et des cours pour apprendre un métier. J’étais tanné. Je voyais les autres et ça me donnait envie de changer de vie. Je voulais être normal. Je savais que j’étais travaillant. Que j’avais beaucoup de potentiel. Je voulais le développer.»

Bernard est envoyé au pénitencier Leclerc. La prison des Hells Angels. Il se sent en sécurité, avec eux. Et cette vieille histoire de meurtre, alors qu’il n’avait que 16 ans, lui ouvre des portes. «La confiance régnait. J’avais fait mes preuves. Moi, j’amplifiais l’histoire. Je ne disais jamais que le coupable, ce n’était pas moi!»

Drogue et prison

Bernard profite des thérapies et des cours offerts à l’établissement. On lui demande d’exercer le rôle d’exterminateur de bestioles. Pour ce faire, il a accès à toutes les ailes de la prison. Il est le rare privilégié à pouvoir se promener librement à l’intérieur de l’établissement. «C’est moi qui faisais la livraison, les commissions. J’allais partout! J’avais un entrepôt pour mes produits qui sentaient fort. Ça cachait l’odeur de la drogue. Les chiens ne pouvaient pas sentir la marchandise.»

Bernard est incapable de mener une vie stable. Si, enfant, il passait son temps à traîner dans les rues pour fuir la maison familiale, il partage sa vie adulte entre des projets éphémères et la prison. Il erre dans la vie sans savoir où se poser.

«Je couchais dans des refuges, au centre-ville. Tu sors de prison, t’as rien. Ils te donnent un chèque de 50$, quand ils te donnent quelque chose, puis ils te foutent dehors. Tu te gèles pour oublier les deux ans que tu viens de passer en dedans.» Quand Bernard sort de prison, il se dirige vers la rue. Il y vit un certain temps, jusqu’à ce qu’il se tanne et qu’il trouve une combine qui le fait vivre comme un prince. Et il se défonce.

«Malgré les thérapies suivies en prison, je n’étais pas encore assez tanné de ma vie pour m’en sortir. J’étais tranquille pendant un an ou deux, puis je faisais une petite arnaque et je retournais en dedans.» Il a fait cela pendant 40 ans.

Changer, mais comment?

Quand Bernard sortait de prison, sa priorité, c’était de trouver de l’argent pour consommer des drogues. Par la fraude, le recel ou toute autre combine. «J’avais de l’argent pour payer un loyer, mais je préférais geler mes émotions. L’itinérance, c’est un cercle vicieux. Les refuges offrent un toit et à manger. Mais ils deviennent un port d’attache. J’ai mon chèque du bien-être, je peux aller me geler la face et j’aurai quand même un toit, des vêtements, de la nourriture. C’est maintenant que je le réalise. À l’époque, c’est un mode de vie que j’avais appris sans me poser de questions. J’avais des problèmes émotionnels comme tout le monde. Mais j’ai juste appris à les geler. Si j’avais à choisir entre consommer ou payer mon appart, le choix était facile.»

Dans la rue, Bernard se lie à d’autres itinérants. C’est son monde. «Quand j’étais dans la rue, ce que je voulais entendre, c’est où est le pusher, combien ça coûte. Dans la rue, on cherche l’argent facile. J’avais de l’argent tous les soirs. Puis, comme je n’avais plus d’argent, je retournais dans un refuge.»

Aider de la bonne façon

Bernard passe de refuge en refuge. Les possibilités diminuent à mesure que ses prises de bec avec les employés s’intensifient. Il se trouve une niche au refuge Welcome All. Un premier pas vers la sédentarité.

«On a le droit d’y rester 3 mois si on y fait du bénévolat. On a une sécurité. Notre dortoir et notre cafétéria sont à part. Ça veut dire qu’on n’a pas à partir dès 6 ou 7 h du matin. Parce que dans les refuges, ils te lèvent à 6 h, te donnent le déjeuner à 7 h, un café et 2 toasts, et ensuite ils te foutent dehors. Tu tournes en rond jusqu’au souper à 17 h.»

Il demeure un mois et demi au Welcome All à faire du bénévolat. Puis, le refuge lui présente des intervenants affiliés avec l’hôpital Douglas qui a reçu du gouvernement fédéral le mandat du projet Chez Soi pour sortir 500 itinérants de la rue en 5 ans. «Après m’avoir questionné au sujet de mon itinérance, on m’a choisi pour le programme de logement subventionné.» Ce qui signifie que les intervenants du projet l’aident à se trouver un appartement et à le payer. «Ça a pris huit jours pour qu’ils me dénichent un endroit. J’ai reçu des meubles flambants neufs», dit-il tout fier de son trésor bien à lui.

Bernard ne tarit pas d’éloges pour les gens de l’hôpital Douglas. Une différence tranchante avec son mépris pour les refuges qui lui ont procuré un toit et des repas. «Je me suis tout de suite senti reconnu, dès notre première rencontre. Toutes les semaines, ils viennent chez moi pour voir comment je vais. Ils s’occupent de moi de A à Z.»

La vie d’itinérance semble avoir eu raison de la nature rebelle de Bernard. Il fait tous les efforts pour conserver son nouveau statut de locataire. «Je vais au centre Dollar-Cormier toutes les semaines pour m’aider à comprendre pourquoi je consommais autant. C’est la même chose pour le YMCA. Dès que ça ne va pas, je sais où aller grâce au projet Chez Soi. C’est ce qui est dommage pour les itinérants. Ils ne connaissent pas les ressources qui pourraient les aider à sortir de la rue.»

Se poser, enfin

Bernard habite un petit appartement en plein centre-ville de Montréal. Son chez-soi ressemble à la caverne d’Ali Baba. Il croule sous l’amas d’objets hétéroclites qui meublent les deux pièces et demie de son logis. De la vaisselle, de l’encens, des objets décoratifs, des œuvres d’art. Comme un itinérant qui amasse les objets qu’il trouve. Pour Bernard, tous ces biens ont une valeur inestimable et donnent à son loyer une atmosphère sereine. Il prend un soin jaloux du peu qu’il possède. Il a tourné le dos pour de bon à l’itinérance.

«Depuis un an, j’ai changé mon monde. Je ne vais plus dans le centre-ville avec les sans-abris. Je ne vois plus ceux avec qui je consommais. Personne ne vient me visiter. Je ne veux pas. C’est chez moi. Je suis bien, je n’attends plus après personne. Je me sens bien dans mes petites affaires. Dans la rue, j’ai appris à mentir, aux autres et à moi-même, à consommer. Je ne me respectais pas.»

Après une vie de vagabondage, de crimes et de consommation, Bernard Martin recherche le repos. Une vie calme qui commence chez lui. Il lui a fallu toutes ces expériences pour comprendre qu’aujourd’hui, à 55 ans, il est prêt. La stabilité a longtemps été une inconnue. Maintenant qu’il l’a, il ne veut plus s’en départir. Un rêve si simple qui lui a pris 40 ans à réaliser.

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Le C.A.P. St-barnabé: intervenir auprès des itinérants

Pauvreté, itinérance et isolement

Le C.A.P. St-Barnabé: au cœur d’Hochelaga-Maisonneuve

Le Carrefour Alimentation et Partage (C.A.P.) St-Barnabé vient en aide aux résidants d’Hochelaga-Maisonneuve depuis 1991. Ces gens doivent constamment se battre contre les problèmes qu’engendrent la pauvreté, l’isolement ou l’itinérance.

Anders Turgeon Dossiers Communautaire,

Outre les familles pauvres, le C.A.P. St-Barnabé vient en aide auprès de diverses clientèles marginalisées. «Nous sommes en première ligne pour aider les exclus: les itinérants, les toxicomanes et les prostituées», explique Jeannelle Bouffard, fondatrice, directrice et coordonnatrice de l’organisme.

Une église pour la communauté

Depuis sa fondation, le C.A.P. St-Barnabé a ses bureaux au sein de l’ancienne église St-Barnabé. Mais il a fallu attendre 2000, lors du décès d’Yves Poulin, dernier curé de la paroisse, pour que l’organisme songe à occuper l’ensemble de l’église. Après avoir reçu les fonds nécessaires pour acquérir et transformer la bâtisse, l’organisme l’occupe en entier dès 2005. «L’église reste fidèle à sa vocation: elle offre un milieu de vie pour l’accueil et le partage», affirme Mme Bouffard.

Les services de l’organisme se sont multipliés au cours des années. «Au magasin alimentaire se sont ajoutés d’autres volets d’aide. Ils se comptent aujourd’hui au nombre de cinq: un lieu d’accueil pour socialiser et briser l’isolement, un service de contrôle des aliments, un service de dépannage alimentaire d’urgence, un service de magasin d’alimentation et un lieu d’information et d’action citoyennes», ajoute Mme Bouffard.

Cette multiplicité des services fait en sorte que le C.A.P. St-Barnabé reçoit beaucoup de demandes d’aide annuellement. L’organisme fournit divers services, allant de l’accueil au dépannage alimentaire, à quelques milliers de personnes dans Hochelaga. Il procure aussi le nécessaire à de nombreuses familles du quartier à l’occasion de Noël et de la rentrée scolaire.

Pour assurer la vitalité et le dynamisme de ses activités, le C.A.P. St-Barnabé compte sur une équipe d’une centaine de bénévoles à chaque année. L’organisme s’appuie également sur une action concertée avec d’autres organismes comme le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ). «Cette action concertée entre organismes a pour but d’améliorer la santé des habitants du quartier en plus de lutter contre la pauvreté par le biais de l’alimentation», expose Mme Bouffard.

Lutter contre les pauvres ou contre la pauvreté?

Afin de financer ses services, le C.A.P. St-Barnabé reçoit des fonds de Centraide et des subventions du gouvernement provincial. Il reçoit aussi de l’argent grâce aux revenus locatifs de ses coopératives d’habitation.

Malgré ces sources de financement, Mme Bouffard croit qu’il n’y a pas de vision à long terme pour lutter contre la pauvreté. «Il y a davantage une lutte contre les pauvres que contre la pauvreté. Notre système économique capitaliste ne prêche que des valeurs de charité afin que ceux qui donnent aient bonne conscience», s’insurge-t-elle.

Mme Bouffard juge qu’il est difficile de s’attaquer à la pauvreté dans le contexte social et politique actuel. «Dans notre société, on sacrifie les plus pauvres. Ce qui leur fait perdre l’espoir de s’en sortir. Nous devons travailler plus fort pour les aider à croire à leur dignité», constate-t-elle.

Néanmoins, Mme Bouffard a foi dans le C.A.P. St-Barnabé. En tant que gestionnaire principale, elle s’assure que son personnel garde le cap sur la mission de l’organisme et reste fidèle aux valeurs de don de soi et d’altruisme qui le caractérisent. Par ailleurs, deux projets majeurs attendent la directrice: l’ouverture de lits d’urgence pour les itinérants et la mise en place d’un lieu de répit pour les prostituées. Le C.A.P. St-Barnabé demeure un lieu de partage et d’ouverture pour tous, comme l’église qui abrite l’organisme.

Des aquarelles pour le Cap St-Barnabé avec Albec.

Autres textes sur Communautaire

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L’itinérance de mon père, un sans-abris au grand coeur

Itinérance et démunis

Mon père, cet itinérant

Marie-Françoise Bélondani travaille auprès des démunis. Originaire de la République démocratique du Congo, elle offre de la nourriture, des vêtements et beaucoup d’amour aux sans-abris de Laval et de Montréal.

Dominic Desmarais Dossier Communautaire

Portée par sa foi, elle offre un message d’espoir à des gens désœuvrés: les épreuves d’hier ne sont pas synonymes d’un échec fatal. Pour toucher ces gens, elle s’inspire d’une histoire bien personnelle. Celle de son père qui, parti de rien, a atteint son but en fondant une famille remplie d’amour.

Marie-Françoise possède cette assurance qui peut déplacer des montagnes. D’une force tranquille qui retient une énergie inépuisable, elle voue son existence à aider les plus démunis. Ceux qui n’ont rien, qui ont tout perdu, tout abandonné. Ceux qui se demandent à quoi bon se battre pour vivre.

Marie-Françoise puise son courage dans l’exemple que son père lui a laissé en héritage. Celle d’un homme seul au monde qui s’est accroché à la vie en se fixant un but: s’entourer d’une famille unie par l’amour. «Mon père fut un itinérant. Je prends son exemple pour donner de l’espoir à ceux qui n’en n’ont plus. La vie peut changer. Ce n’est pas parce qu’ils vivent un échec aujourd’hui qu’ils vont le vivre demain.»

Un enfant orphelin

Son père est né en République démocratique du Congo en 1909. Alors sous domination belge, le Congo servait de garde-manger pour ce pays européen. « Dans son village natal, au Kasaï Oriental, ses parents sont morts alors qu’il avait un peu plus de 10 ans. Personne ne pouvait le prendre en charge. Pour survivre, il devait quitter son petit village afin de gagner Kinshasa, la capitale. »

Dans les années 1920, au Congo, il n’y a pas de routes. Le pays n’est pas développé. Le petit Bélondani n’a qu’une possibilité, s’il veut sortir de son Kasaï natal, c’est le bateau. Pour un enfant sans parents, dans un pays où la pauvreté est la règle, c’est une mission quasi impossible. « Dans son village, la nuit, on jouait de la musique. Il avait appris à jouer de la guitare. En quittant son village, il a offert ses services comme porteur. Il s’est fait un peu d’argent. C’est comme ça qu’il a pu s’acheter une guitare.»

Avec son instrument de musique, le jeune adolescent s’installe dans les places publiques et joue pour amasser de l’argent. « Les passants lui donnaient des sous. C’est la guitare qui l’a aidé à se procurer l’argent pour son passage en bateau. » Marie-Françoise ne sait pas combien de temps son père a erré, avec sa guitare, dans l’attente d’avoir les moyens pour s’offrir un aller simple vers la capitale.

Marie-Françoise passe sous silence les moments de doutes, l’absence d’espoir que vivait son père, alors adolescent. Ses nuits à se sentir abandonné, à se demander pourquoi tant d’efforts pour essayer de survivre. Il se concentrait sur son billet comme avant il s’était concentré à obtenir sa guitare. Un pas à la fois.

Puis, un jour, à force de chanter et de gratter les cordes de son instrument, il touche au but. Il peut enfin passer à l’étape suivante: prendre le bateau pour se trouver un avenir à Kinshasa. « Dans le bateau, il n’a pas arrêté de chanter. Il égayait les passagers. Il chantait son espoir. »

Pendant le trajet de plusieurs jours, des passagers lui apprennent une bien triste nouvelle. Sa grande sœur, qu’il n’a pas vue depuis bien longtemps, est morte. « Il s’est jeté dans le fleuve pour en finir. Il était seul au monde. Mais, son enthousiasme à jouer de la musique a permis qu’il soit sauvé. On a dépêché des plongeurs. Ils l’ont sorti de l’eau, de la noyade. C’était son premier miracle. Ça lui disait qu’il y aurait toujours quelqu’un pour lui venir en aide, qu’il avait un avenir. Ça l’a encouragé. Si pour toi la vie n’est pas terminée, tu ne mourras pas. Pas avant d’accepter le but pour lequel tu as été créé. Le meilleur est à venir. »

Terre promise

En débarquant du navire, il se présente aux missionnaires pour trouver un refuge et de quoi se nourrir. Il cogne à toutes les portes avec enthousiasme. Mais, personne n’avait de place pour le prendre en charge. Bien que n’ayant pas de place pour lui, un missionnaire lui parle d’une école qui allait bientôt s’ouvrir. Il pourrait y suivre une formation pour faire des tests de médicaments sur les souris. « C’est comme les programmes de réinsertion au Canada. Pour suivre ces cours, il n’avait pas besoin de diplômes. Ce fut son 2ème miracle, la formation. Ils étaient plusieurs personnes qui voulaient apprendre. À l’époque, l’emploi était rare, au Congo. Après la formation, parce qu’il a montré qu’il était travaillant, on lui a donné un travail. C’était le début d’une nouvelle vie. »

Marie-Françoise n’aborde pas les conditions de vie de son père à son arrivée dans la capitale, pas plus que le temps qu’il a fallu à son père avant qu’il ne suive sa formation. Son père, habitué à l’itinérance depuis des années, vivait ici et là, accompagné de sa guitare pour se nourrir. Son père avançait en se donnant des buts simples et immédiats. Il venait de faire un pas de géant juste en dénichant un emploi. Mais il ne pouvait en rester là.

Un cadeau du ciel

«Grâce à son salaire économisé, il s’est acheté un terrain. Un autre cadeau du ciel. Mais avant de construire sa maison, il voulait se marier. » Encore une fois, le destin frappe à sa porte. Dans son lieu de travail, il fait la rencontre d’une religieuse. Une Congolaise également originaire de sa province natale, le Kasaï Oriental. « En échangeant, ils sont devenus amis. Il s’est ouvert à elle. Il lui a parlé de son intention de trouver une femme pour partager sa vie. Cette relation lui a permis de rencontrer la petite sœur de la religieuse. Il a épousé celle qui allait devenir ma mère. Comme quoi l’échec d’hier, la perte de sa famille, ne signifie pas que tout est perdu. »

Pour son père, c’est un nouveau départ pour une vie meilleure. Avec sa femme à ses côtés, il peut se procurer son terrain. « Ils l’ont travaillé à deux. Dans un endroit marécageux. Seul, il aurait été incapable d’arranger le terrain, de l’aplanir, le débroussailler. Il a construit notre maison familiale avec ma mère.»

Ils ont eu un garçon et 9 filles. « Mon père, qui était seul au monde, sans famille, en a créé une de 10 enfants. Ça, c’est la foi. Il savait que Dieu ne l’abandonnerait pas. C’est pour ça que je me sers de son exemple. Pour encourager tous les démunis, ceux qui ont des obstacles dans la vie. Il y a de l’espoir. La foi, ça dépend dans quoi tu la mets. Si c’est dans le mauvais chemin, ça te détruit. Mon père a fait de bons choix. Mettre sa foi en Dieu, en l’amour. Même sous les décombres, Dieu voit les itinérants, il les connaît. »

Le père de Marie-Françoise est mort entouré d’une grande famille. « Il nous a laissé une grande maison. Il est mort en 1986 à l’âge de 77 ans. Avec ses 10 enfants toujours vivants. »

Mariage empoisonné

Marie-Françoise pensait bien suivre les traces de son père et vivre un mariage harmonieux. C’est plutôt l’épreuve de sa vie qui l’attendait. « Mon mariage, c’est toute une histoire! J’ai traversé des épreuves qui demandaient un grand coeur. J’ai eu onze enfants. Des morts-nés, des prématurés. J’ai eu cinq rivales, des maîtresses. De ces femmes, mon époux a eu 8 enfants. Je les ai acceptés. J’aimais mes enfants. Et c’est parce que je les aimais que j’ai supporté mon union. L’amour avant tout. Mais, ce n’était pas facile à avaler. Mon mari me considérait comme un objet. J’ai dû vivre comme une chose. Je n’avais pas le droit de parler, d’avoir des opinions, de prendre des décisions. Je devais rester à la maison comme une bonne épouse. Malgré tout, j’ai supporté. J’ai pris mon mal en patience.»

Bien que son mariage batte de l’aile, Marie-Françoise émigre au Canada avec son époux et ses enfants en 1995. « J’ai même fait venir les enfants de mes rivales. J’ai fait venir tout un territoire! Mais, je n’en pouvais plus. Mon père, comme il était orphelin, recevait et hébergeait dans sa parcelle les enfants qui n’avaient pas d’endroit où aller. Quand ils pouvaient voler de leurs propres ailes, il les laissait partir. C’est pourquoi moi aussi j’avais un gros cœur pour recevoir tous ces enfants dans l’espoir de leur donner un avenir. » La dynamique familiale est éprouvante. Marie-Françoise met un terme à son union et à cette famille rapiécée. Son père, parti de rien, avait terminé sa vie avec une grande famille unie. Marie-Françoise sentait qu’elle était sur le point de perdre cet amour légué par son père.

Fraîchement arrivée au Québec, elle fait le tour des organismes pour nourrir ses enfants et les vêtir. Comme son père avant elle, elle participe à toutes les formations qui lui sont proposées. Dans des manufactures, des épiceries et en technique de garde pour ouvrir une petite garderie chez elle. « Quand je suis arrivée au Canada, j’ai tout de suite aimé le pays. Tu ne peux pas prospérer dans un endroit que tu n’aimes pas. »

La semence de l’amour

En utilisant les services d’organismes de bienfaisance, Marie-Françoise noue des contacts et fait connaissance avec le milieu communautaire. En formation dans une épicerie, elle demande l’autorisation de donner le pain qu’il faut jeter à la poubelle. Elle le distribue dans les églises et dans des organismes. Petit à petit, l’immigrante apprend à s’intégrer et, surtout, à s’émanciper. De la femme au foyer qui n’avait pas un mot à dire, elle devient autonome. « Ma formation en technique de garde m’a bénie. Ça m’a permis de bien vivre. Aujourd’hui, j’ai un organisme de bienfaisance. J’étais venue comme une immigrante, j’ai demandé du linge et de la nourriture aux organismes et maintenant, c’est moi qui en donne. C’était une semence pour moi. Je l’ai pris et j’ai semé dans la terre du Canada. »

Quand Marie-Françoise regarde des personnes accablées, elle repense à son père. Elle voit, dans chacun d’eux, la force de l’être humain qui peut trouver sa voie. Elle ne les prend pas en pitié. Elle leur donne de l’amour et de la charité. Comme son père le lui a montré.

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Anders Turgeon  Dossier Itinérance

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«Ils pourraient bien être nos proches, nos amis, nos frères et sœurs, ils sont sans-abris… Ils n’ont pas choisi de dormir dans la rue. Nous voulons leur dire que nous pensons à eux, d’où vient l’idée de les photographier et de les faire parler à propos de leur vie», expose Erika Arrieta, l’instigatrice du projet sur l’itinérance.

Afin de nous sensibiliser à la réalité et au quotidien des itinérants, Erika a rassemblé ses amis, une équipe de six jeunes professionnels de tous les milieux, pour l’aider à aller rencontrer ces personnes vivant dans la rue. Durant ces rencontres, la professionnelle et son équipe ont photographié et recueilli les témoignages émouvants de plusieurs itinérants montréalais.

L’itinérance en photo

itinerant-itinerance-montreal-exposition-photosVous pouvez observer le résultat de ces rencontres à travers les différents clichés captant l’itinérance sur le vif, textes à l’appui de chacun d’entre eux. Les photos présentent un message clair : les itinérants vivent à côté de nous! Cette exposition offre une opportunité de comprendre davantage le phénomène de l’itinérance et de respecter ceux qui en sont victimes. Et, qui sait, vous pourriez contribuer à changer leur sort…

Du 12 au 26 septembre, aux bureaux de Compagnie F, 6323, rue Saint-Hubert, (métro Beaubien).

Informations Tamara Kvintradzé: 514-381-7333, poste 203.

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