Les handicapés mentaux qui se retrouvent incarcérés

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, le gouvernement provincial, par souci d’optimisation de ses ressources, à relâché une bonne partie des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Ces hommes et ces femmes qui furent longtemps institutionnalisés se retrouvèrent libres du jour au lendemain, sous une supervision réduite.

Un texte de Jean-Pierre Bellemare publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

Si plusieurs d’entre eux ont réussi à se trouver une place dans ce nouveau monde, ça n’a pas été le cas pour tous. Leurs problèmes de santé mentale ne se sont pas volatilisés comme par enchantement.

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Autres textes sur Chronique d’un prisonnier

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Système carcéral: la relativité du temps

À la recherche du temps perdu

La société d’aujourd’hui fonctionne sur un temps mesuré à la minute, à la seconde, à la nanoseconde. Ce n’est que depuis peu dans l’histoire humaine que nous disposons d’horloges suffisamment précises. Les fuseaux horaires ont été inventés au 19e siècle de manière à harmoniser les horaires des trains, puisque jusqu’alors, l’heure locale pouvait varier d’une ville à l’autre. Mais il demeure un endroit sur la Terre qui ne s’inscrit dans aucun fuseau horaire.

Colin McGregor – prison de Cowansville | Dossier Chronique d’un prisonnier

old-clock-prison pénitencier tole bagne système carcéralDans le grand désert central de la péninsule arabique, le ciel semble s’étendre à l’infini; les dunes demeurent les mêmes, où que vous alliez; il n’y a pas de saisons. Les Bédouins ajustent leur montre à chaque lever de soleil, ainsi que leur emploi du temps en accord avec les anciennes traditions du Coran. Qu’il soit midi, 14 heures ou 14 h 30 importe peu au pasteur nomade du désert.

La prison ressemble beaucoup à cela, en ce sens que chaque jour ressemble à l’autre, dans le contexte d’un emprisonnement de longue durée. La même nourriture; les mêmes édifices; les mêmes visages. L’hiver ou l’été, les jours de semaine ou de fin de semaine… Vous vous réveillez dans la même couche à structure métallique, portez les mêmes vêtements, allez au même gymnase, à la même classe, à la même chapelle…

brisbane-town-hall-clock-systeme carcéral pénitencier tole bagneDans ce milieu, des sirènes et des sonneries vous disent quand passer d’un lieu à l’autre. Mais les mois ressemblent à des jours et les jours à des semaines. Vous perdez la notion du temps à long terme. Les Bédouins d’Arabie peuvent au moins compter sur la lune pour marquer leurs mois, puisqu’ils utilisent un calendrier lunaire qui suit les phases de l’astre d’argent dans leurs ciels purs, sombres et étoilés. En prison, vous remarquez à peine la lune. La nuit, nous avons la télé.

Une enseignante à l’école de la prison où je travaille me demande quand un de ses étudiants, dont j’étais le tuteur, avait quitté la prison. Je hausse les épaules. «Ça peut être l’hiver dernier ou il y a trois ans. J’ai perdu la notion du temps depuis bien des années», lui dis-je. «Moi aussi», murmure-t-elle en secouant la tête.

pocket-watch-systems carcéral prison pénitencier prisonnierAprès quelque temps, vous cessez de penser à ce que vous portez et au lieu où vous vous trouvez. Vous vous habituez à tout cela. Lorsqu’il n’y a plus rien de nouveau à remarquer, la partie de votre cerveau qui enregistre les nouvelles informations visuelles se ferme. Il ne vous reste que vos propres pensées.

C’est exactement l’état d’esprit que les moines, les penseurs, les ermites et ceux qui se consacrent aux techniques de méditation recherchent depuis des millénaires. Il y a 26 siècles, deux écoles de pensée ont vu le jour en Chine, qui était alors de loin la société la plus avancée de la planète; elles représentaient deux façons d’atteindre l’état d’esprit dont jouit chaque détenu de longue durée sous autorité fédérale.

time-prisonnier systeme carcéral pénitencier prisonConfucius était un sage qui croyait à l’approche fédérale du système carcéral: porter les mêmes vêtements, manger la même nourriture, suivre une même routine quotidienne, écouter la même musique, s’exposer aux mêmes couleurs encore et encore… essayer de ne pas essayer. Rendu à un certain point, le monde extérieur disparaît. Il ne vous reste que l’enfant intérieur, le «moi» intuitif uni à l’univers. Confucius appelle cet état «chi». À l’âge de 70 ans, Confucius ne remarquait plus ce qu’il portait ou ce qu’il mangeait: il se sentait alors complètement libre. Il avait réalisé le «chi»: une vie où l’on ne forçait rien.

Les taoïstes, à la suite de Lao-Tseu, parvenaient au même état d’esprit par une route différente: une absence totale de rigidité. «Soyez comme le bois non sculpté», écrivait Lao-Tseu dans son livre, le Tao Te King. Renoncez; menez une vie simple; lâchez prise; consacrez-vous à quelque chose de plus grand que vous. Vers la fin de sa vie, Confucius fut accosté par un groupe de taoïstes qui lui apparut comme que de sales hippies. Aujourd’hui, la société chinoise vit avec les 2 écoles de pensées: elle suit les principes confucéens, tandis que les écrits de Lao-Tseu sont de grands succès en librairie.

J’ai essayé de convaincre un autre détenu, hier, de la chance que nous avions d’être en prison et d’à quel point nous étions près du «chi». À la fin, je n’ai pu le convaincre que d’une chose, et c’est de ne pas me tabasser.

Autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Les livres de Colin McGregor

    Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

    Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

    love-in-3dLove in 3D

    Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

    This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

    Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

    teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

    Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

    This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

    Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

    quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

    Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

    Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Prison et occupation double

    Stephen Harper et sa vision des prisons

    Où tout cela va nous mener?

    Raymond Viger | Dossier Prison

    Un fonctionnaire du système carcéral a osé dire à la radio:

    Une double occupation en prison ce n’est pas pire que deux étudiants qui cohabitent ou des soldats en service qui logent ensemble.

    prison-prisonnier-etablissement-carceral-systeme-penitencier-toleCependant, selon le recueil des règles et normes de l’Organisation des Nations Unies en matière de prévention du crime et de justice pénale, qui prévoit ce qui suit :

    Les cellules ou chambres destinées à l’isolement nocturne ne doivent être occupées que par un seul détenu. Si pour des raisons spéciales, telles qu’un encombrement temporaire, il devient nécessaire pour l’administration pénitentiaire centrale de faire des exceptions à cette règle, on devra éviter de loger deux détenus par cellule ou chambre individuelle.

    Selon les chercheurs Levy et Tartaro :

    Les cellules ou chambres individuelles permettent aux détenus d’avoir leur intimité et leur offrent un lieu qui les protège contre les agressions d’autres détenus.

    La position de Union of Canadian Correctional Officers – Syndicat des agents correctionnels du Canada – Confédération des syndicats nationaux (UCCO-SACC- CSN)

    La double occupation est un moyen non sécuritaire et inefficace pour aborder la gestion de la population carcérale, et elle se révélera inévitablement problématique pour les agents correctionnels, le personnel correctionnel, les délinquants, le SCC et, finalement, la population en général.

    Dans le Rapport annuel du Bureau de l’enquêteur correctionnel 2009-2010, l’enquêteur correctionnel Howard Sapers postule que:

    Au fur et à mesure que la population à gérer augmente, il y aura probablement une recrudescence des incidents de violence en établissement. (Rapport annuel du Bureau de l’enquêteur correctionnel 2009-2010)

    Selon les recherches de Lappin, 2009:

    Le surpeuplement des prisons et la double occupation influent sur le taux d’agressions graves commises par les détenus. Le surpeuplement submerge les gardiens de prison et conduit à une augmentation du nombre d’incidents violents parmi les détenus.

    Et pour répondre à ce fonctionnaire, non, une double occupation en prison, n’a rien de pareil à la vie d’un étudiant en colocation ou de séparer une chambre en tant que soldat. Parce qu’en prison, il y a une situation de permanence, une incapacité à sortir et fêter, une cohabitation subie, une perte d’intimité…

    Imaginez-vous que vous vous retrouvez en prison et qu’on vous présente votre nouveau colocataire… Un criminel notoire. Une personne violente et contrôlante…

    Êtes-vous d’accord avec ce fonctionnaire qui ose dire que la double occupation en prison est similaire à la cohabitation de deux étudiants pendant leurs études ou deux soldats pendant une mission?

    Notre chroniqueur de la prison Cowansville, Colin McGregor avait déjà, dès 2011, traité de la problématique de la double occupation dans les prisons. Référence sur la double occupation et la violence dans les prisons.

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      L’amour en 3 dimensions

      l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement Roman de cheminement humoristique.

      Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

      L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

      Le livre est disponible au coût de 19,95$. Une co-écriture avec le journaliste Colin McGregor a permis de présenter une version anglophone LOVE in 3DPar téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 Par Internet: Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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      La liberté après un emprisonnement

      Choisir ses barreaux, la progression

      Jean-Pierre Bellemare | Dossier Prison

      Totalement libre depuis maintenant un an, je me permets de faire un léger bilan sur cette trajectoire remplie de surprises incroyables. Pour commencer, en définissant notre liberté, celle qui s’arrête là où celle des autres commence, ne m’apparaît pas un concept pas facilement assimilable pour tout le monde.

      Un vieil ami, Roger Gamache, avait cette maxime: la liberté est le pouvoir de choisir ses propres barreaux. Mon Dieu que cette phrase m’avait choqué… on n’était et on ne serait jamais libre finalement.

      Bilan d’une nouvelle liberté

      Donc où en suis-je aujourd’hui? Autant je pouvais disposer de temps libre en étant incarcéré, autant j’en manque en étant libre! Sacré constat, que la recette du succès, s’il en existe une. D’abord s’oublier. Car chaque arrêt pour se plaindre, critiquer, juger ou même condamner sont de véritables freins à notre propre progression. Il y a des gens et des situations que j’aurais voulu changer. Mais cela ne m’appartient pas. Je ne peux pas changer le monde. Mais je peux changer ma façon de le percevoir. C’est plus facile ainsi et plus réaliste aussi.

      Un an plus tard, j’ai encore le même emploi que j’affectionne. Il me permet de socialiser avec toutes les classes de la société. J’apprends constamment à découvrir leur idéologie, leurs préoccupations, leurs angoisses et leurs petits tracas qui me font, je l’avoue, parfois sourciller. Comment les gens oublient leur façon de faire en pointant celles des autres. C’est connu : lorsque l’on pointe quelqu’un du doigt, il en reste quatre dirigés vers nous. Les gens aiment bien voir et analyser les choses qui vont toujours dans la même direction. C’est la même chose pour moi. Je ne suis pas plus fin qu’un autre. Lorsqu’une personne m’irrite, je trouve tout ce qu’il faut pour la condamner sans préliminaires.

      Mes plus grandes difficultés ne sont jamais venues des autres, mais bien de moi-même. Des objectifs parfois très farfelus que je me fixais. Des attentes inaccessibles. Un emploi à 100 000$. Miss Univers à la porte. Et surtout, aucun sacrifice sur quoi que ce soit pour atteindre tout cela.

      Famille et cancer

      On m’avait tellement arraché ce que je possédais, que je ne voulais plus rien laisser aux autres. Triste constat. Mais la vie ne fonctionne pas ainsi. Sortir de prison, avoir perdu toute ta famille ou même d’avoir survécu à un cancer ne te rend pas la vie moins facile. Toutes les dévotions aux saints, aux études ou même à une cause généreuse ne t’octroient pas de passe-droit. Aussi plate que cela puisse sonner.

      Arrêter la drogue, la boisson, le jeu, avec les efforts que cela exige ne fait pas en sorte que tu auras la partie plus facile que les autres qui n’ont pas souffert comme toi. Nous avons la fâcheuse habitude, en commençant par moi-même, de croire qu’après un certain nombre de sacrifices, les choses doivent se régler. NON, ce n’est pas nous qui avons le dernier mot. J’ai compris qu’il faut se relever les manches. En pensant que certains, peut-être moins privilégiés que nous, n’aurons jamais de répit jusqu’à leur mort.

      Voilà ce que j’ai compris après un an de travail acharné, d’efforts, et d’oubli de soi. Rien n’est encore fini et tout reste à faire. Mais si un homme averti en vaut deux, combien d’hommes vaut celui qui avertit les autres ?

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        Le monde secret

        Survivre grâce à son monde intérieur

        La bande de Gaza est un mince quartier de citron glissé entre Israël et la Méditerranée.

        Colin McGregor, prison de Cowansville | Dossier Prison

        Le-monde-secret prison pénitencier prisonnierUn lieu désertique et pauvre où s’entasse près d’un million de gens, coincés derrière des clôtures, où ils vivent dans la misère, sans emploi et souvent désespérés.

        Un livre récent à propos d’eux donne la raison de leur survie: la seule manière de tenir le coup, peut-on y lire, est «de se construire un monde secret à l’intérieur», la manière habituelle d’expliquer comment les gens survivent aux situations difficiles de ce genre.

        Du prisonnier à l’enfant abusé, en passant par l’étudiant du secondaire qui tente de demeurer éveillé dans une classe intolérablement ennuyeuse, quiconque se trouve coincé dans une situation dont il ne peut se déprendre se crée un «monde secret».

        Vivre en société

        Dans ce monde, il nous est possible de vivre. Sans lui, nous ne faisons qu’exister. Le monde secret que nous nous créons peut être bon ou mauvais, constructif ou destructif. Richard More, le philosophe d’Oxford, qui fut prisonnier durant la Deuxième Guerre mondiale, dit que ces mondes sont «faits de rien». Nous voyons les résultats de ces mondes secrets tout autour de nous.

        L’art résulte en grande partie du monde secret d’une personne. Le sculpteur d’une œuvre que vous admirez lors d’une exposition, l’artiste qui peint un tableau merveilleux ne ressemblent peut-être pas à ce que vous imaginez lorsque vous regardez leurs productions. Ainsi, le peintre d’un skate aux couleurs vibrantes peut être un sexagénaire diabétique. Mais dans son monde secret, il est agile et capable d’une rotation à 720 degrés sur le bord d’une demi-lune.

        La réalité de ce monde secret

        Les psychologues gagnent bien leur vie à ramasser les dégâts après les crimes. Un voisin pourra répondre aux médias: «On n’aurait jamais cru qu’il puisse faire une chose pareille. Il avait l’air si tranquille.» Mais en examinant son monde secret, on pourrait trouver des indices. Ou peut-être pas.

        On ne peut contrôler le monde secret des autres. Mais nous pouvons maîtriser le nôtre. L’espace entre mes deux oreilles m’appartient. Rempli de musique, de littérature, de pensées altruistes et du désir d’aider les autres, cet espace peut devenir un lieu de lumière. Des études montrent que plus on lit de la fiction, plus on devient sensible aux autres. Pourtant, il y a des limites. Je ne peux deviner ce que pense ce brave homme, au bout du corridor, lorsqu’il lave chaque parcelle de sa cellule tous les jours. Que lave-t-il? En prison, on ne peut jamais demander.

        Un monde secret en prison

        Deux genres de monde secret font souffrir les prisonniers plus que tout. Premièrement, celui de ceux qui vivent dans le passé. Ceux qui parlent du bateau qu’ils possèdent (acheté grâce aux revenus de la cocaïne) ou des gens célèbres qu’ils ont fréquentés, ou des endroits où ils allaient, comme s’ils pouvaient y retourner demain. L’amertume ronge leur âme.

        Puis il existe un cachot pire que tous ceux fabriqués par l’homme: celui de ceux qui ont des enfants, qui vivent au présent. Des enfants qui grandissent sans père. Une cellule remplie de photos d’enfants souriants devient ainsi une salle de torture. Une mise à l’écart de l’amour. Gaza est pleine de familles rassemblées, à plusieurs générations dans le même appartement. Leurs mondes secrets leur offrent au moins cela.

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          Le don des pauvres

          Comment chercher de l’aide pour soi?

          La peur de la pauvreté

          Il y a déjà plusieurs années alors que j’étais détenu au pénitencier du Centre fédéral de formation à l’Institut Leclerc, j’ai collaboré avec Marie-Lise Nobert, une des fondatrices de la soupe populaire St-Maxime.

          Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville | Dossiers Prison, Bénévolat

          don soi bénévolat prison pauvreté chercher aideCette expérience a été extrêmement valorisante. Elle m’a permis de me reprendre en main. Ceux qui y ont participé, à un moment ou un autre, en ont aussi retiré une bonne leçon. Ce fut si enrichissant sur le plan personnel qu’une sérieuse réflexion a monté en moi: pourquoi n’avais-je pas su, comme eux, chercher de l’aide? Pourquoi m’étais-je enfoncé aussi profondément dans la dèche?

          J’ai découvert que la plupart des détenus comme moi avaient une peur viscérale de la pauvreté. La plupart d’entre nous préfèrent attaquer un dépanneur, une banque et même un étranger, plutôt que de se rabaisser à demander la charité. Pourquoi autant de mépris? La peur d’admettre mon échec, mon besoin des autres, ma propre incompétence à réussir? J’ai eu honte.

          Préjugés et démunis

          Étonnamment, ma sévérité pour les plus démunis me condamnait à repousser sans cesse mes propres défaillances, ma propre vulnérabilité. En tant que criminel, être pauvre me semblait plus lourd à porter qu’être tueur, voleur ou même fraudeur. J’ai réalisé à quel point mes valeurs étaient fuckées.

          Certaines publicités ont réussi à me convaincre que je ne valais rien, que j’étais condamné au désespoir si je n’avais pas cette dernière paire de jeans griffés ou cette voiture. Que les belles femmes ne s’intéressent qu’aux hommes fortunés. Que seule la réussite économique compte. Cette expérience à la soupe populaire, au service des plus pauvres, est venue fracasser plusieurs de mes préjugés.

          Bénévolat auprès des démunis

          Un beau matin, cinq détenus triés sur le volet, ceux qui n’avaient rien à gagner à s’évader ou à déconner, prennent place avec moi à l’intérieur d’une petite fourgonnette. Escortés par deux gardiens en civil, nous nous dirigeons vers cette soupe qui se situe au sous-sol d’une église, comme la plupart des soupes populaires, je présume. À notre arrivée sur place, la présidente, accompagnée d’une petite armée de bénévoles, nous accueille avec une chaleur séduisante. Eh oui, des bagnards endurcis ont besoin de réconfort.

          Après une brève présentation sur le déroulement de la journée, on se répartit les tâches et responsabilités: placer les tables et les chaises, décharger les camionnettes remplies de denrées, en faire le tri… Juste avant d’ouvrir les portes, nous prenons quelques minutes pour s’asseoir ensemble afin de se connaître un peu mieux.

          La majorité des bénévoles étaient des personnes du troisième âge qui dégagent une bonté, une serviabilité qui, personnellement, me dépassent. Incarcéré depuis plusieurs années pour des crimes graves, j’ai peu d’estime de moi, même si je feins le contraire. Aider mon prochain, un étranger de surcroît, est une approche qu’on ne m’a jamais enseignée. Je découvre un nouvel univers qui se révèle être un moyen de guérison.

          La métamorphose

          À l’entrée, je constate que rien ne peut vraiment distinguer les bénéficiaires de la soupe populaire des gens qui attendent à l’arrêt d’autobus. Des familles entières, parents et enfants, prennent place. Pour la première fois de ma vie, des regards remplis de considération se posent sur moi. Des gens me considèrent avec gratitude, des enfants m’admirent. Une transformation s’effectue en moi. J’observe les autres détenus qui se métamorphosent. Les gardiens ressemblent à s’y méprendre à des hommes.

          En moins d’une demi-heure, j’en apprends plus sur moi que pendant mes dix dernières années de détention. Cette soupe populaire m’offre une occasion de me sentir enfin bien avec moi-même. Ma dignité refait surface d’un passé si trouble que je l’avais complètement oubliée. Le reste de la journée est une suite d’émerveillements.

          Je joue avec des enfants, fais connaissance avec des pères et des mères qui apprécient mon travail. Cette expérience vient décrasser un paquet de préjugés qui obscurcissaient ma vue depuis trop longtemps.

          À plusieurs reprises, j’observe les autres détenus pour savoir s’ils ressentent la même chose. C’est difficile de lire en eux, mais leurs yeux pétillants et leurs sourires incontrôlables ne mentent pas. Ils relèvent du bonheur. Eux aussi apprécient cette expérience, les plus vieux plus particulièrement. Un peu craintif, je veille à ce que rien ne dérape. Nous sommes des détenus. Nous portons en nous un lourd bagage de criminalité. Étant le principal instigateur de cette activité, je veux que tout se passe bien. Ce souhait est exaucé.

          Le succès d’une expérience

          Cette expérience a été renouvelée durant de nombreuses années. Ç’a été un tel succès qu’un second pénitencier, celui de Laval, se greffe au projet. J’en retire une grande satisfaction. J’ai découvert des choses en moi qui m’ont permis de grandir, de reprendre ma croissance là où je l’avais laissé.

          Les humains que j’ai connus, fréquentés et côtoyés durant ce projet ont laissé une profonde empreinte d’amour dans ma vie. Je leur en suis reconnaissant. J’en profite pour saluer tous ceux qui se donnent pour les plus démunis. Vous possédez une beauté intérieure qui transparaît à travers vos yeux, vos gestes et votre toucher.

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            Les livres de Colin McGregor

            Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

            Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

            love-in-3dLove in 3D

            Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

            This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

            Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

            teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

            Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

            This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

            Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

            quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

            Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

            Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

            Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
            4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

            Prison: quand la souffrance rassemble

            Les enfants handicapés de l’établissement Leclerc

            Si le sens moral des détenus est parfois élastique, il y a des moments où le besoin d’aider son prochain refait surface.

            Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville | Dossiers Prison, Criminalité

            prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleLe plus connu est sans doute l’organisation biannuelle d’une journée consacrée aux enfants handicapés de l’établissement Leclerc.

            Pour réaliser cet événement, tous les détenus joignent leurs efforts dans un élan de solidarité afin de rendre ce moment inoubliable. Cette activité est financée directement par les détenus avec leur minuscule salaire.

            Ainsi, les enfants, qui arrivent en fin de matinée, passent une journée à s’amuser avec des détenus déguisés en clowns. De plus, à l’aide d’une tombola, on offre des cadeaux à tous ces enfants prisonniers à l’année longue de leur handicap. Cette fête donne un peu de répit aux parents de ces enfants dont les soins nécessitent un travail exigeant.

            Lors de cette journée, tous les détenus, sans exception, contribuent solidairement à faire oublier le handicap. Les prisonniers, comme les jeunes, retirent des enseignements personnels; leurs propres blessures deviennent subitement insignifiantes.

            Concerné et impliqué

            Dans d’autres établissements, comme le Centre fédéral de formation, le Leclerc et à la prison de Cowansville, les détenus procèdent à des collectes de fonds avant la période des Fêtes. La somme ramassée sert à acheter des sacs de provisions pour les familles les plus pauvres de la région.

            La conscience collective est également ressentie à travers la participation d’enfants de certaines écoles qui conçoivent des cartes de souhaits avec des dessins et des messages d’encouragement. Elles sont remises aux détenus pendant les fêtes.

            Les détenus réalisent qu’ils ne sont pas complètement oubliés par les gens du dehors. Tout le monde n’est pas indifférent à leur sort.

            Aussi, les bénévoles qui donnent de leur temps pour nous rendre visite au pénitencier contribuent à élargir l’expression de cette solidarité humaine. La chapelle et le socioculturel sont deux endroits de rassemblement pour ceux qui désirent comprendre ou ressentir ce qui s’est passé dans leur vie afin d’apporter les correctifs nécessaires.

            Un soutien, une communauté, une fraternité

            Les laïcs qui communiquent leurs cheminements spirituels contribuent à augmenter notre conscience. Tout comme les membres des fraternités qui comptent pour beaucoup dans le soutien que reçoivent les détenus lors de leur remise en question. Pour la majorité d’entre nous, les expériences d’entraide sont pratiquement inexistantes. C’est pourquoi il est si difficile de reproduire un comportement que l’on ignore.

            Mais ce qui unit ou rassemble le plus la communauté carcérale, c’est la souffrance vécue sous toutes ses formes. En commençant par celle que plusieurs vivent secrètement dans la honte. Oser rechercher de l’aide, de la compréhension ou du soutien serait un aveu de notre incapacité à surmonter la difficulté. Pourtant, cette souffrance devrait être le maillon principal pour nous entraider. Peut-être que la fragilité, la vulnérabilité que peuvent ressentir les détenus font resurgir un passé où la demande d’aide fut cataloguée comme de la faiblesse, trop souvent associée à la lâcheté.

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            Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

            Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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